Le Testament de Marie

Le Testament de Marie
De Colm Tóibín
Mis en scène par Deborah Warner
Avec Dominique Blanc
  • Dominique Blanc
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
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Elle s’appelle Marie.

Elle a vu son fils supplicié sur la croix. Nous croyons connaître son histoire. Vraiment ? « De temps en temps », écrit Deborah Warner, « arrive un récit qui réclame d’être raconté, une rencontre personnelle, une intimité éprouvée, une expérience profonde qui dans le calme de la soirée exigent d’être partagés, compris ensemble par l’interprète qui la raconte et le public ». Le Testament de Marie est au nombre de ces récits.

Cette histoire est celle de l’une des femmes les plus célèbres au monde, les plus représentées dans l’art occidental. L’Irlandais Colm Tóibín lui donne la parole, avec des mots de tous les jours. Ce simple geste opère un renversement fondamental : l’Histoire perd sa majuscule. Nous entendons une histoire, celle d’une mère qui vit en exil, surveillée par ceux qui tiennent à préserver saintement la mémoire de son fils. Une femme qui en des temps troublés lutte de toutes ses forces pour faire entendre la vérité, révélant ainsi sa propre humanité fragile.

Telle qu’elle l’incarne, son témoignage mérite d’être découvert à mesure qu’elle le raconte depuis la scène. Deborah Warner aime et pratique toutes les dimensions du théâtre, depuis le grand spectacle shakespearien jusqu’au solo. À ses yeux, « solo » n’est d’ailleurs pas un simple synonyme de solitude en scène. La parole de l’interprète, même si elle s’élève « dans un désert », nous est adressée. Son monde, tandis que nous l’écoutons, se reconstruit autour de nous, englobant scène et salle, pareil à un « rêve-paysage » (dreamscape) étrange et familier.

Dans le récit théologique, le jour de la Crucifixion est un pivot du destin du monde. Dans le récit de cette femme, ce fut pour bien des gens un jour comme un autre, tout à fait banal – un jour où Marie vit, comme dans une hallucination de douleur, des marchands ambulants griller de la viande sur leurs braseros, des maquignons ferrer des chevaux. Ce jour-là, « ce jour de confusion, de terreur, de hurlements et de cris, » elle vit aussi un homme près d’elle : « cet homme portait une cage qui contenait un grand oiseau furieux au bec acéré, au regard indigné. L’homme portait aussi un sac, dont j’ai découvert peu à peu qu’il était à moitié rempli de lapins vivants. Et au cours des heures sur la colline, ces heures qui ont passé plus lentement que toutes les heures, l’homme tirait de temps à autre un lapin de son sac et le glissait dans la cage entrouverte »... Notre conscience court sans cesse d’une piste à l’autre : l’une est ce que nous pensions savoir, l’autre ce que nous entendons. Le contraste de l’un à l’autre nous entraîne en terrain inconnu. Une histoire inouïe se révèle, tel un défi que le public doit relever chaque soir : celui que lui jettent « une réalité différente, une possibilité différente ». Et peu à peu une autre entente l’emporte – celle de l’émotion partagée.

D’abord créée en 2013 à Broadway avec Fiona Shaw, puis applaudi à Londres, au Barbican, ce Testament de Marie fut « un tour de force dramatique aussi audacieux que subversif » (Los Angeles Times). À l’invitation de la Comédie-Française et de l’Odéon, Deborah Warner réinvente en langue française sa mise en scène. Dominique Blanc, inoubliable incarnation de La Douleur, de Marguerite Duras, sous le regard de Patrice Chéreau, retrouve à cette occasion celle qui la dirigea en 1998, sur notre scène, dans l’un de ses plus beaux rôles : celui de Nora dans Maison de poupée d’Ibsen.

 

Note rapide
6,6/10
pour 5 notes et 5 critiques
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4 critiques
Note de 4 à 7
80%
1 critique
Note de 8 à 10
20%
Toutes les critiques
1 juin 2017
6/10
19 0
La pièce m'a laissé un peu froid. Je suis passé à côté.

Très belle interprétation de Dominique Blanc, comme toujours.
Mais à part ça... J'y étais sans y être.

Aucune émotion. La chaleur peut-être...
22 mai 2017
6/10
17 0
Désolée mais pas de miracle

«J’étais là. Je me suis enfuie avant la fin, mais si vous voulez des témoins, alors je suis un témoin, et je peux vous le dire à présent. Vous affirmez qu’il a sauvé le monde, mais moi, je vais vous dire ce qu’il en est. Cela n’en valait pas la peine. Cela n’en valait pas la peine.»

Moi, je ne me suis pas enfuie, le témoignage était intéressant mais ...
19 mai 2017
5,5/10
17 0
Le Testament de Marie. Le spectacle est un seul en scène, l’affiche a quelque chose de très solennel. En haut, en ombres chinoises, Dominique Blanc transporte l’échelle dont on peut supposer qu’elle servira lors de la descente de croix du Christ. En dessous, c’est un gros plan sur le visage de l’actrice, les yeux levés vers le ciel, très digne, une larme sur la joue, qui laisse alors mon esprit vagabonder sur le spectacle que je vais voir. Pour moi le théâtre est un temple, et ce soir cette phrase va prendre tout son sens, car la scène aura quelque chose d’encore plus sacré. J’aurais peut-être mieux fait de lire un petit résumé avant…

En réalité, ce n’est pas une Marie convaincue, possédée, religieuse, qui nous est présentée. Le texte veut présenter une version bien plus rationnelle du mythe biblique, totalement terre-à-terre. Lors du début de la pièce, on comprend que Marie est appelée à témoigner sur la vie de son fils, mais elle répond qu’elle ne donnera pas le récit que les disciples du Christ attendent. Les grandes étapes qui accompagnent la vie de Jésus jusqu’à sa crucifixion sont totalement rationalisés : Lazare n’est pas ressuscité et les jarres des Noces de Cana étaient remplies de vin dès le départ. Amis rabats-joie du soir, bonsoir !

En fait, je crois que je n’étais pas disposée à recevoir ce genre de spectacle. Je me suis un peu sentie trahie, surtout après la scène d’ouverture du spectacle, qui promet une suite pleine de grandeur. En effet, c’est très particulier : lors de l’entrée dans la salle de l’Odéon, les spectateurs sont invités à se rendre sur scène pour se fondre dans le décor qui par la suite accueillera Marie. Elle est déjà là d’ailleurs, postée dans sa cage de verre, telle une statue dans son habit rouge et bleu. Le visage de Dominique Blanc a quelque chose de très majestueux à ce moment-là. On croit reconnaître en elle est des airs de la Marie qu’on est venu voir. Lorsqu’elle lève les yeux et croise mon regard entre admiration et méditation, elle me sourit, une chaleur m’envahit. La Grâce est là. Même si le reste du spectacle ne suit pas cette ligne initiale, je ne peux regretter d’avoir vécu ce moment suspendu.

Petit à petit, les spectateurs descendent de scène. Un écran se baisse pour cacher la partie sacrée de la scène et ne laisse aux spectateurs que la vision des éléments plus relatifs à l’homme qu’a été Jésus : une échelle, une éponge, une couronne d’épines, des chaises, une jarre, un seau… Le message passe rapidement : tout ici tend à nous présenter l’histoire à travers une banalité que nous avons trop souvent niée. Ce n’est pas ce que j’étais venue voir, et je m’avoue un peu déçue. D’autant que le texte montre très rapidement ses limites : il est très verbeux, et ne décolle pas. Certes, on cherche à s’éloigner d’une certaine forme de beauté. Mais rien n’empêche de raconter avec style la banalité.

Malgré tout, il faut bien reconnaître que Dominique Blanc fait dire à ce texte tout ce qui est possible. Évidemment, je l’aurais souhaitée plus possédée, plus passionnée, mais ce sujet qui l’entraîne à nous raconter une certaine forme de médiocrité ne peut laisser place à trop de grandeur. La scénographie même, qui l’agite autour de tâches du quotidien, tend à nous rappeler la platitude d’une vie ordinaire. Néanmoins, elle donne à cette Marie désacralisante une humanité parfois poignante, avec un crescendo net sur la fin de la pièce. Une belle incarnation.
16 mai 2017
7,5/10
26 0
Petite originalité, avant la pièce les spectateurs ont la possibilité d'aller déambuler sur la scène où se trouve un vautour ou un rapace et où finit par s'installer Dominique Blanc.

S'il n'a pas tromperie sur la marchandise et que le titre tout comme l'affiche reflètent bien le contenu de cette pièce, je n'ai pas été pas passionné par la thématique. Par contre, je ne peux qu'applaudir la qualité du texte et de la prestation de Dominique Blanc.
10 mai 2017
8/10
15 0
Sur scène, les touristes déambulent, photographient le décor, les bougies allumées, l’olivier suspendu, et la femme assise dans sa châsse, robe rouge et drapé bleu, l’icône de son fils placé devant elle.

Les touristes partis, elle se lève, se défait de son voile bleu, les cheveux au vent, elle prend soin du grand oiseau, petit rapace, elle va et vient entre les objets placés par terre.

L’intérieur de l’église disparait, une forme blanche sur scène, se lève en hurlant. Marie se retrouve en tee-shirt et jeans, son fils dont elle n’ose prononcer le prénom, est parti. Elle prend parole, pour une fois, elle s’insurge contre les « disciples » les « désaxés » comme elle dit, qui lui ont pris sa Vérité.

Elle raconte le combat de son fils, son martyr, sa souffrance. Et elle, sa souffrance de mère, de n’avoir pu garder son enfant, de le voir partir pour « sauver le monde », d’empêcher sa mort...

Ce texte m’a fait penser au tableau de Caravage « la mort de la Vierge », la scène peinte était trop réaliste pour l’époque, une simple femme allongée morte, ne pouvait convenir dans une église.

Là l’Irlandais Colm Tóibín, donne la parole à la mère du Christ, ce n’est pas irrévérencieux, la mise en scène de Deborah Warner et l’engagement de Dominique Blanc, donne une autre dimension. Le simple fait de prendre un objet ou un tissu est une référence à l'art religieux, tel sa façon de prendre le linge blanc, de le poser sur ses genoux comme la Piètà.

Marie n’a pas eu prise sur son fils, il était déjà "ailleurs", malgré tout son amour de mère. Les mères d’aujourd’hui sont dépassées par l’engagement de leurs enfants pour quelque cause que ce soit. Cela en vaut-il la peine ?

A voir pour Dominique Blanc, merveilleuse et lumineuse comédienne.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor