• Classique
  • Théâtre de L'Athénée - Louis Jouvet
  • Paris 9ème

L'autre monde ou les états et empires de la lune

L'autre monde ou les états et empires de la lune
Mis en scène par Benjamin Lazar
  • Théâtre de L'Athénée - Louis Jouvet
  • Square de l'Opéra Louis-Jouvet - 7 rue Boudreau
  • 75009 Paris
  • L 3-7-8 Opéra
Itinéraire
Billets de 10,00 à 36,00
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Connaît-on vraiment ce romancier du XVIIe siècle, polémiste, et libre-penseur, philosophe et escrimeur, qui écoutait les cailloux parler aux rivières, et s’envolait vers le soleil, lesté de fioles de rosée ?

Entouré de musiciens et de bougies, Benjamin Lazar, passeur éclairé des arts du baroque, reprend ici un spectacle plébiscité par le public et la critique.

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9 oct. 2019
9,5/10
25
Hier soir (prononcer « souére » en roulant le « r »), devant l'Athénée, le lune n'étoit point pleine, le ciel étoit couvert !
En revanche, à l'intérieur du théâtre, la lune était bien au rendez-vous !

Benjamin Lazar reprend ce spectacle, adapté de l'œuvre quasi éponyme de Savinien de Cyrano de Bergerac.
Il l'avait créé en 2004 à l'Académie Bach d'Arques-La-Bataille, et l'avait déjà joué ici même, place Louis-Jouvet en 2008 et 2013.

Nous allons donc encore une fois faire un sacré voyage, à la fois astronomique et temporel.

Cette œuvre écrite en 1645, constitue véritablement le premier roman de Science-Fiction français.
Un homme, un terrien, entreprend de se rendre sur la lune, persuadé que sur notre satellite, des « Lunaires » existent et veulent se rendre eux aussi sur la Terre, qu'ils considèrent eux-mêmes comme leur lune.
Oui, oui, nous sommes bien au milieu du XVIIème siècle !

Nous allons donc suivre les péripéties de cet humain, qui ratera sa première tentative pour se retrouver... au Canada par la voie des airs, au moyen de petites fioles remplies de rosée cousues sur ses vêtements.

Ce faisant, Cyrano de Bergerac s'affirme comme un fervent défenseur de la science de l'époque.

Il reconnaît la loi de la pesanteur, cite Képler et Copernic, milite résolument en faveur de l'héliocentrisme.
Pour autant, il crée de merveilleuses inventions, comme par exemple... le livre audio ! Dans sa pièce, il nous parle en effet d'un livre à lire avec les oreilles !

L'auteur, le libre-penseur que l'on sait, en profite également pour se livrer à une profonde réflexion philosophique concernant la condition humaine, la place de l'homme au milieu de l'univers, sans oublier d'analyser les rapports avec Dieu et les religions.

Et puis nous allons rire. Beaucoup.

Le titre original de l'œuvre comporte l'épithète « comiques ».
Parole donnée à un chou qui reproche aux hommes de lui couper la tête afin de le déguster, héros pris pour une femelle sur la lune, rapports "inversés" parents-enfants, étonnante mécanique de la résurrection mettant en scène un « mahométan » sont parmi bien d'autres des moments qui tirent beaucoup de rires aux spectateurs.

Voyage « spatial », donc, mais également temporel.
Benjamin Lazar, metteur en scène, nous fait remonter le temps, en nous installant dans un théâtre au XVIIème siècle.
Eclairage en contre-plongée aux bougies, parfum de la stéarine qui se liquéfie, fumées qui se dégagent de la combustion, maquillages appuyés...

Et puis surtout, Benjamin Lazar a étudié la déclamation et la gestuelle baroques, auprès d'Eugène Green.
Nous sommes donc vraiment devant un comédien sous Louis XVI.
Les « r » dans les mots sont roulés, les « r » finaux sont prononcés, (comme par exemple dans la phrase « on eût beau "crière" après elle... »), la diphtongue « oi » prononcée « oué », les gestes amples, etc, etc, tout ceci nous ramène à la période classique baroque.

Et puis, le comédien n'est pas seul sur scène.
Deux musiciens de l'ensemble instrumental La rêveuse interprètent une vingtaine d'œuvres pour instruments baroques.

Florence Bolton, au dessus et basse de viole, ainsi que Benjamin Perrot, au théorbe, guitare et luth, nous jouent (de bien belle façon) des pièces de Marin Marais, Sainte-Colombe, Dufaut, Dubuisson, Kasperger, Hume et autres compositeurs de ce répertoire.

Tout ceci concourt à un sacré dépaysement historique et artistique.
Hier soir, le temps semblait s'être arrêté à Paris, vers 1650...
J'ai été subjugué, enchanté par ce que j'ai vu et entendu.

C'est en effet un spectacle rare et fascinant.

Si vous ne le connaissez pas, ou si vous le connaissez déjà, ce merveilleux spectacle-là, foncez séance tenante à l'Athénée.

Ce ne sont pas les élèves du Lycée Honoré-de-Balzac, dans le XVIIème arrondissement de Paris qui vous diront le contraire, eux qui restaient hier bouche bée devant ce qu'ils voyaient, et se joignaient furieusement à l'ovation générale réservée aux trois artistes au moment des saluts !
30 sept. 2019
8/10
0
En 2006, Benjamin Lazar crée sa compagnie "Le Théâtre de l'Incrédule". Il fixe un objectif assez surprenant en voulant redonner les lettres de noblesse au répertoire du théâtre du XVIIème et les techniques anciennes de l'acteur.

Quand en 2008 il s'empare du texte, c'est pour lui redonner sa noblesse. Par cela, il faut comprendre comme on aurait pu l'entendre et le voir à l'époque. Ainsi on découvre une scène illuminée par des bougies et un comédien qui nous incite à suivre un fil rouge grâce à un bougeoir avec lequel il joue. D'ailleurs, dès le début, il s'amuse avec la lumière et son ombre créant une ambiance mystérieuse et intrigante. Cette impression se poursuit avec la façon de s'exprimer très particulière. Il roule et étire certains sons et cela perturbent. On entend quelques personnes chuchoter. Puis très vite, on se plaît à cette manière de déclamer si atypique et si normal au vue du contexte créatif.

La fidélité historique est poussée jusqu'à la présence de la viole, théorbe, guitare ou luth baroque. Florence Bolton et Benjamin Perrot de l'Ensemble La Rêveuse donne à entendre la délicatesse, la douceur et l'ingéniosité du patrimoine artistique du XVIIème et XVIIIème. L'alternance entre jeu et musique donne force et dynamisme à ce texte d'1h40. Il faut de la fougue et de la conviction pour emporter le spectateur dans ce voyage incroyable sur la lune. Une épopée lunaire qui critique l'ethnocentrisme, l'égocentrisme, le pouvoir religieux... tout en prenant une autre société comme témoin. Une écriture maline, intelligente et remplie d'humour. Quand on allie le talent d'un comédien et metteur en scène passionné, un texte espiègle et des musiciens enthousiastes cela ne peut donner qu'un spectacle impressionnant et époustouflant.

On se laisse guider à chaque instant au fur et à mesure des rencontres nous poussant aussi bien à rire qu'à réfléchir. Impossible de ne pas être séduit par tant de qualité et d'ingéniosité.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor