Histoire d'une femme

Histoire d'une femme
De Pierre Notte
Mis en scène par Pierre Notte
Avec Muriel Gaudin
  • Muriel Gaudin
  • Théâtre du Rond-Point
  • 2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
  • 75008 Paris
  • Franklin D. Roosevelt (l.1, l.9)
Itinéraire
Billets de 30,00 à 40,00
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"J’ai vu un homme à vélo, se rapprocher d’une passante, elle traversait la rue, il roulait, je l’ai vu ralentir, lui mettre une main aux fesses, et repartir en riant. La femme s’est effondrée, au milieu de la route qu’elle traversait.

Je me suis approché, je voulais lui demander pardon au nom de toute l’humanité des hommes, elle m’a rejeté, parce qu’elle a vu en moi une autre menace, un autre danger masculin.

Je suis parti, j’ai pleuré, j’ai voulu écrire l’histoire d’une femme qui n’en peut plus d’avoir à supporter une société d’hommes."

Pierre NOTTE 

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11 nov. 2019
9/10
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La comédienne Muriel Gaudin et l’auteur/metteur en scène Pierre Notte nous accueillent avec un quiz : les questions portent sur la place des femmes dans notre société. Quel est le pourcentage d’autrices de théâtre ? De réalisatrices ayant remporté la palme d’or ? Etc. Les gagnants reçoivent des bonbons, l’ambiance est bon enfant même si les chiffres annoncés et les citations mentionnées font grincer des dents.

Quand tout le monde est installé, la pièce peut commencer. Pierre Notte disparait en coulisse et la comédienne se prépare, cheveux attachés et lissés avec un peu d’eau, pieds nus, tout en noir. Elle est n’importe quelle femme, elle est toutes les femmes.

Commence alors un monologue à la fois poignant, plein d'humour et sans concession, comme souvent dans les textes de l’auteur. C’est une histoire banale, l’histoire d'un sexisme ordinaire subit par une femme dans son quotidien. C'est une femme confrontée à une accumulation de réflexions et de gestes machistes. Ces actes et mots qui sont dits et faits le plus souvent « sans intention de nuire », ces blessures involontaires et inconscientes, par simple plaisanterie, habitude, et par méconnaissance totale des souffrances qui en découlent.

Quelle femme n’a jamais subi ce genre d’humiliation : main baladeuse, sous-entendus, blague grossière. Nous avons toutes notre « petite » anecdote de dégradation. Nous avons toutes eu le sentiment d’être brimée, méprisée, ignorée ou humiliée à cause de notre sexe.

C’est une femme en lutte, une femme en rupture qui fait face à la misère de ses relations avec les hommes et à ce cumul de petites violences quotidiennes.

Difficile de ne pas se reconnaitre dans ces clichés, ces lieux communs bien connus par nous toutes mais si minimisés par les hommes qui souvent ne se rendent même plus compte qu'ils sont les acteurs (même involontaire) de ce machisme ordinaire.

Le texte de Pierre Notte oscille entre comédie et drame, émotion et rire. C’est ce qui fait la réussite de cette pièce, on rit, on est surpris et touché. C’est féroce, incisif, subtil, vif, drôle et à la fois extrêmement poétique.

La mise en scène est minimaliste – une table, une chaise, un verre et une carafe d’eau. Tout est concentré sur la prestation de la comédienne. Et quelle performance ! Muriel Gaudin semble habitée, elle débite le texte à vive allure, une logorrhée scandée au rythme parfaitement maitrisé, aux ruptures étudiées. Elle est vibrante, sincère, puissamment émouvante. Elle interprète une palette de personnages avec précision, intensité et intelligence.

Un spectacle utile qui s’inscrit dans le mouvement actuel de dénonciation qui va, on l’espère, vers une prise de conscience et un réel changement.
5 mai 2017
10/10
35 0
Muriel Gaudin accueille elle-même le public qui est tout de suite mis dans le bain ... de la misogynie sociale en particulier. Des fiches dans la main gauche, une corbeille de pastilles Vichy dans l'autre, elle interroge et on se prend au jeu de tenter de trouver une bonne réponse pour gagner un bonbon.

Ce quiz est une excellente idée. Les questions semblent faciles et pourtant suscitent une vraie surprise. On apprend plein de choses.

C'est sans surprise qu'on apprend que les femmes soient chefs de 84% des familles monoparentales. On sait qu'elles sont par contre sous-représentées dans tous les postes à responsabilité, mais quand il s'agit de donner une proportion hommes-femmes nos chiffres sont quasiment toujours en deçà de la réalité.

Le nombre de femmes metteur en scène, chorégraphe, chef d'orchestre ou dirigeant une entreprise du CAC 40 est absolument stupéfiant. On n'imagine pas qu'elles soient si absentes ... ou écartées des fonctions de direction ... Qui sait que le salaire moyen d'une femme est inférieur de 24% à celui d'un homme ? Une femme ne vaudrait donc que trois quarts d'un homme ? Au fil des questions, et surtout des réponses, le public est de plus en plus prêt à écouter un texte qui soit une ode aux femmes.

C'est ma petite musique dit Muriel qui aime ce moment de complicité avec le public. On partage sans arrière-pensée un moment très joyeux et soudain, paf, ça capote alors que s'égrènent quelques notes de musique à la Satie mais composée par Emily Loizeau. La comédienne est entrée dans la peau de son personnage ... il faudrait employer le pluriel car elle se dédouble à vitesse grand V.

Sa voix peut descendre dans les graves et elle joue les mecs sans problème. Pierre Notte, qui a écrit les textes et assuré la mise en scène, a été heureux de constater qu'elle pouvait endosser tous les rôles. Mais tout de même il a réduit leur nombre. Jusque là on disait la pièce inmontable mais le désir de Muriel a été tel qu'il a spontanément voulu reprendre l'adaptation, spécialement pour elle, en se laissant porter m'a-t-elle confié par les situations entre les personnages.

Pierre Notte assume le féminisme de ses textes. Histoire d'une femme témoigne que la misogynie ordinaire est partout. Cette femme n'en meurt pas mais elle est tirée vers la folie quand même. Excessive, elle ira jusqu'à mette le feu à son appartement. L'écriture est intense, comme l'auteur nous y a habitué et son style très particulier fait mouche.
J’ai vu un homme à vélo, se rapprocher d’une passante, elle traversait la rue, il roulait, je l’ai vu ralentir, lui mettre une main aux fesses, et repartir en riant. La femme s’est effondrée, au milieu de la route qu’elle traversait. Je me suis approché, je voulais lui demander pardon au nom de toute l’humanité des hommes, elle m’a rejeté, parce qu’elle a vu en moi une autre menace, un autre danger masculin. Je suis parti, j’ai pleuré, j’ai voulu écrire l’histoire d’une femme qui n’en peut plus d’avoir à supporter une société d’hommes.
La mise en scène est une nouveauté pour Pierre Notte qui jusque là était surtout un auteur. Muriel Gaudin dit éprouver un grand bonheur à travailler sous sa direction parce qu'il est très précis, quoique très exigeant. Il lui a laissé malgré tout une part de créativité et de proposition importante. La performance est formidable, surtout quand on sait qu'il n'y a eu que deux semaines de répétition de quatre heures par jour.

Arrêtez de vous excuser de tout ce qui vous arrive ! Ça s'enchaîne à un rythme serré entre quelques noirs, de brèves pauses dont elle profite pour s'hydrater. La puissance et l'énergie avec laquelle lutte cette femme se voit visuellement.

Et ça marche ! Le public rit mais il réfléchit aussi. L'engagement de la femme se ressent : elle nous harangue avec sa bouteille (d'eau) comme un clochard apostrophe le chaland avec son litron (de vin). La tension ne nous lâche pas. On s'enivre de ses paroles.

Les lumières sont parfaitement dosées, osant parfois un rouge intense avec beaucoup d'à propos. Le spectacle évoque l'univers des contes avec les chaussures de Cendrillon, les escarpins rouges comme ceux que Dorothy portait dans "le Magicien d'Oz" en 1939, la syncope de la Belle au Bois Dormant, la figure de l'ogre, Barbe bleue. On pense à Joël Pommerat, avec moins d'effets spéciaux, et ce n'est pas plus mal.

La voix d'Emily Loizeau annonce la fin avec un extrait des Eaux sombres de l'album "Mona". L'amour nous emportera un jour, peut être ce soir.

Le ton est mélancolique. On sort sonné de la salle en se demandant ce qu'il va advenir d'elle.

Après le Poche Montparnasse ce formidable spectacle sera en tournée au Théâtre de Belleville en mai, puis en juin (sous réserve). On le verra au Théâtre des Trois soleils, en juillet, dans le cadre du festival d’Avignon off.
12 avr. 2017
8/10
30 0
L’histoire de départ de cette femme, c’est l’histoire de bien trop de femmes, peut-être l’histoire de toutes les femmes… Toutes celles qui, un jour ou l’autre, voire tous les jours, ont été blessées, humiliées, meurtries. Ces histoires qui les renvoient à leur condition de femme, précisément. Ces incidents provoqués par des hommes, nécessairement, qu’ils soient leurs pères, leurs buralistes, leurs voisins…
Ce genre d’épisodes glauques -insultes verbales, agressions physiques…- la femme de l’histoire ne veut plus en parler. Un jour, elle prend le parti, purement et simplement, de se taire.
« Je l’ai vu ralentir, lui mettre une main aux fesses, et repartir en riant. »

La femme se retrouve à terre, après la main aux fesses de trop, et elle décide en se relevant de ne plus jamais adresser la parole à aucun homme. Pas plus à son compagnon qu’à son médecin, pas davantage à son patron qu’à son frère. Décision bien radicale et qui n’attire pas forcément l’empathie…
C’est en ce sens, notamment, que le texte de Pierre Notte est très réussi : il n’est en rien manichéen, pas plus que ne l’est son héroïne.
La pièce interroge, pose question sur la posture à adopter. Quelles seraient, quelles sont nos propres réactions ? Trop ou pas assez radicales ? Le silence est-il la meilleure des armes ? Sans doute pas, mais pour la femme de l’histoire il est devenu vital…

Muriel Gaudin s’est emparée du texte dense, parfois très cru, toujours extrêmement poétique de Pierre Notte avec une vitalité, une force, une énergie palpables et communicatives. Elle est non seulement cette femme qui se raconte, mais également toute une galerie de personnages masculins qui la hantent, la maltraitent, l’irritent, et parfois, mine de rien, la réconfortent…
La mise en scène très minimaliste – une table, une chaise, un verre et une carafe d’eau – concentre toute l’attention sur la palette de jeu de cette brillant comédienne.

On sort du Poche-Montparnasse un peu sonné avec, contrairement à l’héroïne, une formidable envie de crier : allez écouter l’histoire d’une femme !
20 mars 2017
10/10
85 0
Une femme marche.
Derrière elle, surgit un cycliste qui lui met une main aux fesses.
Elle s'écroule sur la chaussée.
Des hommes approchent. Elle ne veut pas de leur aide. Pour elle, ce sont d'autres menaces, d'autres dangers potentiels.

Voici le point de départ de cette "histoire d'une femme". (Il s'agit d'un fait divers auquel a vraiment assisté Pierre Notte, l'auteur de la pièce.)

C'est Muriel Gaudin qui la raconte cette histoire, qui l'interprète, qui la vit, seule en scène.

Une histoire bouleversante.
Une chronique des « sexismes ordinaires », volontaires, assumés, ou bien « involontaires ».
Et ce sont peut-être les pires, ces sexismes « involontaires », ceux qui arrivent par plaisanterie, par habitude, ou par méconnaissance totale des enjeux sociétaux.

Muriel Gaudin interprète donc cette femme, mais pas que.
Elle va également incarner une trentaine d'hommes différents, auxquels elle a eu, a, ou aura à faire.

Dans un flux de paroles quasiment ininterrompu, dans un débit ultra-rapide, saccadé, âpre, elle parle.
Elle raconte ces hommes qui assument cette oppression d'un sexe sur l'autre, il faut appeler un chat un chat, ou ceux qui ne se rendent pas compte.
Un buraliste, un père, un DRH, un clodo, des collègues, un psychiatre, des clients d'un club gay de rencontres rapides et sans lendemain, et bien d'autres.

Tous à leur manière, à des degrés divers, vont incarner ce que Pierre Bourdieu définissait comme « la domination masculine ».

La comédienne est véritablement prodigieuse.
Durant une heure et dix minutes, elle EST purement et simplement cette femme dont on ne connaîtra pas le nom. Cette femme qui pourrait être n'importe quelle femme.

Dans une gestuelle tendue, en totale adéquation avec le logorrhée verbale, elle ne nous lâche pas.

C'est un combat auquel nous assistons.
Elle bougera peu.
Pour autant, elle se débat, elle lutte.
Ses bras, ses mains la matérialisent cette lutte, un peu comme ces combattants rompus aux arts martiaux.

On comprend très vite que le personnage refuse toute relation avec les hommes, et leur dira souvent de se taire. Mais pour autant, elle veut néanmoins vivre, désirer, aimer.

Une chaise. Un guéridon. C'est tout. Besoin de rien d'autre.
A part deux accessoires importants.

Une bouteille d'eau que Muriel Gaudin ne lâchera pas durant pratiquement tout le spectacle. Elle la brandira, parfois comme une arme, parfois comme un étendard.
Dans l'autre main, un verre.
De temps en temps, elle se verse à boire, le goulot pénétrant le verre.
La symbolique est ici évidente. Pas besoin de grand dessin : oui, ces accessoires matérialisent la domination masculine.

Nous assistons à une véritable catharsis qui sera portée à son paroxysme au fur et à mesure du déroulement de la pièce, avec une fin explosive.

Pierre Notte, servi au mieux par une comédienne épatante, nous livre une nouvelle fois un texte important.
Un texte qui interroge notre monde, et nous interroge, surtout nous, les spectateurs masculins.
Impossible de ne pas se questionner, au cours de cette pièce, sur son vécu et son positionnement sur le sujet abordé.

Un conseil : il faut ABSOLUMENT arriver au Poche-Montparnasse un quart d'heure avant le début de la pièce, dès l'ouverture des portes.
Dans un prologue pédagogique et jubilatoire, Muriel Gaudin interpelle le public, avant que la pièce ne commence, sur un ton qui tranche totalement avec ce qui suivra.

C'est une idée formidable et un moment très fort, à ne surtout pas rater.
Et non, je ne vous en dirai pas plus !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor