• Classique
  • MC93, Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
  • Bobigny

George Dandin ou le mari confondu

George Dandin ou le mari confondu
De Molière
Mis en scène par Jean-Pierre Vincent
  • MC93, Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
  • 9 Boulevard Lénine
  • 93000 Bobigny
  • Bobigny - Pablo Picasso (l.5)
Itinéraire
Billets de 9,00 à 25,00
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Molière, cruel, lucide et drôle, organise en trois actes la descente aux enfers d’un paysan parvenu, victime volontaire de son ambition débordante, aux prises avec une très jeune épouse qui, avec force et détermination, revendique son désir de liberté.

Un tableau sans concession, véritable combat où les sexes et les classes sociales s'affrontent sans merci, dressé par un maître incontesté de la comédie de mœurs, mis en scène avec la férocité, la jubilation et l'élégance d'un maître de la mise en scène.

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Toutes les critiques
3 oct. 2018
9,5/10
42 0
« Souriez, vous êtes filmés ! »
Tels sont les derniers mots figurant sur la note d'intention de Jean-Pierre Vincent.

Oui, l'ex-administrateur de la Comédie française, à travers cette pièce de Molière assez rarement jouée, nous renvoie à la figure une image sans concession du monde du XVIIème siècle, certes, mais surtout un instantané de notre propre et actuelle société.

Les malheurs conjugaux de George Dandin sont en effet le prétexte pour décrire une impitoyable et terrible société faite de luttes de classes (appelons un chat un chat), une lutte des sexes, un monde de tensions et de beaucoup d'incompréhensions.
Pour le metteur en scène, rien n'a changé depuis, rien de neuf sous le soleil français.

On connaît l'argument de la pièce : un paysan parvenu, désirant accéder à la noblesse, a acheté leur fille à un couple de nobliaux locaux.
Acheté ! Il n'y a pas d'autre verbe.
Ce mariage arrangé et catastrophique conduira à la descente aux enfers de George Dandin.

Dès le lever de torchon, nous savons à quoi nous attendre.
Côté jardin (c'est logique...) nous aurons le monde de la paysannerie. De la paille, du fumier, et une vache qui nous tourne la croupe.
Côté cour (là aussi, logique...) nous verrons que ce sera le monde de la noblesse, le coin où la Haute ridiculisera la paysannerie.

Au milieu, un puits fermé, sur lequel Dandin, emperruqué de blond, moustachu de brun, exécute une bourrée avec force gesticulations maladroites. Immédiatement, nous comprenons qu'il n'a pas les bons codes...
Sur les murs de scène, des projections évoquent une image fantasmée d'un château du XVIIème.

Jean-Pierre Vincent a axé sa vision sur deux thèmes : la déconfiture du héros, certes, mais il a peut-être et surtout travaillé sur la dureté de la condition féminine et la lutte pour accéder à une réelle émancipation vis-à-vis du mari. Un combat pour exister.

Il est permis de penser que la nouvelle Mme Dandin est probablement une femme battue. Les scènes de violence seront nombreuses, les coups de poing seront retenus au dernier moment parce nous sommes des témoins potentiels.
On comprend donc que l'aventure extra-conjugale d'Angélique lui sert également à échapper à ce mari violent qu'on lui a imposé.

M. Vincent a réuni une formidable petite troupe.
Les huit comédiens sont véritablement excellents. Les duos fonctionnent à merveille, que ce soient George/Angélique, Angélique/Clitandre, Claudine/Lubin ou encore celui des deux Sottenville.

Vincent Garanger réussit brillamment à nous faire partager l'ambivalence du rôle-titre.
Il nous fera éprouver de la pitié à son égard et en même temps une vraie répulsion.
Le comédien est en alternance drôle et grave.
Il parvient à éviter de surjouer le paysan ou le parvenu. Il a su placer le curseur à son exacte position.

Olivia Chatain est une Angélique toute en rouerie. Elle confère immédiatement une vraie sympathie à son personnage qui se débrouille pour échapper à sa condition.

Aurélie Edeline et Iannis Aillet sont respectivement de parfaits Claudine (la servante) et Clitandre (l'amant).
Elizabeth Mazev et Alain Rimoux sont les Sottenville, tous deux impeccables en représentants de la vieille noblesse provinciale.

J'ai eu un petit faible pour Gabriel Durif, qui incarne Colin, le valet du "maître" de maison...
Ici, ce personnage est en fait une sorte de conscience musicale du héros.
Car le comédien est également musicien. Avec son accordéon diatonique et en chantant, c'est lui qui intervient entre les différents actes, nous disant sa vérité.
C'est lui qui aura le dernier mot, après la scène finale, soulignant elle aussi la pathétique vie de Dandin.

Jean-Pierre Vincent fait interpréter à Colin une autre bourrée paysanne qui ne laisse planer aucun doute sur sa vision très « pessimiste » du mariage. (L'épithète est faible...)
C'est très drôle, et bien des spectateurs reprennent en choeur le refrain. A vous de découvrir ces paroles...

Je vous recommande donc chaudement ce très beau spectacle, qui nous démontre s'il en était encore besoin, la capacité de Molière à dresser le portrait sans concessions de ses contemporains, pour en faire une histoire universelle et toujours et plus que jamais d'actualité.
Un moment de théâtre indispensable.
30 sept. 2018
7,5/10
3 0
Je n’avais encore jamais vu sur scène cette pièce de Molière. Je pourrais même dire que cela n’aurait pas été la première qui me serait venue à l’idée en pensant au célèbre dramaturge.
Mais Jean Pierre Vincent revisite ce texte de fort belle manière sans pour autant le dénaturer.

Construit en trois actes, Molière nous conte la descente aux enfers de Georges Dandin, devenu De la Dandinière suite à son union avec la très jeune Angélique De Sotenville. Lui, paysan fortuné, achète son épouse à des parents ruinés et obtient ainsi son titre de noblesse.
Mais face à Angélique, éprise de liberté, son rêve se transforme en un cauchemar qui lui ferait presque regretter son ambition débordante.

A travers cette pièce, Molière dresse un tableau social sans concession de la France que reprend à son compte le metteur en scène Jean Pierre Vincent avec fidélité et modernité. Bien que cette dénonciation intrinsèque ne soit plus celle de notre « temps », il n’en demeure pas moins que la thématique soit toujours d’actualité. Quelle est la place de la femme dans notre société ? Les tensions sociales ont –elles disparues ? Qu’en est-il de l’ascension sociale ?

Cette pièce drôle est bien menée, une belle performance des comédiens avec une diction d’antan mais moderne. C’est une belle découverte.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor