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Fauves

Fauves
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets de 17,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
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D’où vient qu’aimer et être aimé soient parfois les prémices des violences les plus brutales et des folies les plus meurtrières, lorsque le territoire de cet amour n’est autre que ce sac de névroses que l’on appelle famille ?

D’où vient parfois que la meilleure des éducations, l’aisance matérielle, n’empêchent en rien les haines les plus âcres, menant irréversiblement aux déchirures et aux crimes ?

À l’aune des silences et des hontes qui se transmettent au fil des ans, surgissent parfois des hasards qui nous jettent dans l’effroyable, dans l’inouï. Un jour le vent se lève, avec lui tout ce qui depuis toujours se tait, se trame, se tisse et s’entasse.

Note rapide
8,4/10
pour 7 notes et 5 critiques
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Note de 4 à 7
14%
5 critiques
Note de 8 à 10
86%
Toutes les critiques
12 juin 2019
8,5/10
0 0
Vue le 09.06.2019 au théâtre de la Colline.

Une très belle pièce : une mise en scène millimétrée (et des décors tops !), des acteurs formidables.
Quelques longueurs et facilités dans certains dialogues / monologues, mais je pinaille...

Très bon moment !
27 mai 2019
8/10
2 0
Fauves fait partie de ces pièces marquantes d'une vie de spectateur.

Dans ce labyrinthe de la vie où les choses étaient ou sont ou plutôt devraient être, cette tragédie décrit l'humain dans son état naturel dont les circonstances extérieures interagissent sur la vie de chacun. Les personnages de Fauves sont pris dans la tourmente de la vie comme une toupie qui tourne inlassablement sur elle-même et dont le mouvement à accélération centrale s'intensifie sans que l'on puisse s'en extraire et sans aucune linéarité.

C'est ainsi la forme elliptique choisie par Wajdi Mouawad pour illustrer le parcours de cette tragédie en 2 actes et une cinquantaine de tableaux. La visite d'un notaire pour la succession de sa mère suite à un accident lui apprend que son père n'est pas celui qu'il croyait et que sa mère vivait autrefois dans un autre pays. La quête de son père biologique lui révèle de nombreux autres faits ayant une incidence sur sa vie. Le génie de cet auteur et également metteur en scène est de composer une mise en scène exceptionnelle, sonore, précise qui renforce les propos et entraîne le spectateur dans les torsions de la vie. Le rythme est rapide et ponctué de claquements de portes pour marquer le début d'un nouveau tableau. C'est la mécanique des rouages de l'existence dans laquelle l'homme est broyé par la force des événements sur laquelle il n'a aucune prise. C'est comme un film avec autant de flash-backs que l'on aimerait bien rembobiner, effacer ou ralentir pour pouvoir interagir sur les faits et les façonner selon sa volonté. Mais la synchronisation des faits en a décidé autrement comme des fauves en cage tel le personnage principal tournant en vrille des histoires du passé qu'il recompose au présent pour créer un nouveau temps le présent composé. Les comédiens sont impressionnants de réalisme et de talent pour jouer une même scène à l'envers avec quelques variables d'ajustement.

C'est de la haute voltige millimétrée tel des acrobates qui jouent sans filet. Wajdi Mouawad est à la tragédie contemporaine du XXIème siècle, ce que Racine est à la tragédie grecque.
19 mai 2019
9,5/10
2 0
Mouawad a frappé fort avec cette pièce. Elle est de la veine et de la qualité de Incendies et Tous des oiseaux.
Grande saga familiale. Il ne faut pas spoiler l'histoire qui va de surprises en suprises. Je me suis laissée prendre à toutes.

Hippolyte perd sa mère brutalement et est effondré de ne pas avoir eu le temps. Il apprend chez le notaire que son père n'est pas son père biologique. Commence alors une histoire entre la France et le Canada. Et puis là, il ne faut plus rien dire et se laisser porter par cette fabuleuse saga.
La première partie dédiée à la chute d'Hippolyte est fabuleuse. Tout est répétition. Tout se rejoue parce que si on avait pu dire, si on avait pu faire. L'histoire est comme une immense spirale où tout se répète à l'infini sans changer les évènements. Cela traduit la pensée d'Hippolyte qui est obsessionnelle et qui repasse tous les évènements. Malgré ses allers-retours, l'histoire avance et nous suprend. L'histoire elle-même boucle. C'est magique. On embarque dans cette spirale globale.
La deuxième partie est dédiée au fils, Lazare. Il rassemblera toute l'histoire et permettra de retracer toutes les générations. Les mots d'une génération sont utilisés par la troisième. Troublant rapprochement des destins entre générations.
La fin est lunaire :-)
Mention spéciale à la mise en scène qui est brillante. Tout le décor aussi et accompagne cette spirale infernale. Modulable, on passe d'une espace à l'autre. Tout est mis à profit et extrêment travaillé. Précis, esthétique.

Mouawad nous propose une pièce de très haute volée, absolument inspirée et géniale.
A voir de toute urgence !
12 mai 2019
10/10
3 0
Wajdi Mouawad a encore frappé, on ne peut être indifférent à son théâtre, quel grand conteur !
Une histoire décousue remplie de flashbacks, de rebondissements et merveilleusement bien construite.
Un mélange de fiction, de série TV, de cinéma, de thriller, de sciences et vies, d’historia… Le tout est arrosé d’une sauce onctueuse d’émotion, de vérité et de philosophie.

Tout commence comme dans Incendie chez le notaire où après la mort accidentelle de sa mère, Hyppolyte découvre une situation perturbante et surprenante.
Sa mère est bigame…
Son père n’est pas son géniteur.
Nous partons en compagnie d’Hyppolyte à la rencontre de ce père géniteur vivant au Canada.
Nous voyageons dans cette saga familiale, quatre générations se croisent dans un tourbillon d’évènements tous plus inattendus les uns que les autres. Nous sommes subjugués.
Nous entrons dans l’intimité de ces personnages, dans leur désarroi et leur souffrance.
Ils sont déchirés par la violence des sentiments, l’amour, la trahison, la jalousie, le mensonge mais aussi par l’abandon, le viol, la mort…
Ils luttent pour survivre et surmonter leur déroute comme des fauves, ils sont en cage, enfermés et prisonniers sans le savoir d’un pacte secret.
Pacte passé il y a 50 ans entre la mère et belle-mère canadienne d’Hippolyte.
Ces non-dits qui étouffent la vie et créent des agissements dramatiques.

Croyant protéger les siens, on les perd car on est incapable de dire.

Non-dit qui sera révélé, dés lors la consolation et la réconciliation apparaitront.

Cette pièce est composée de deux actes : « Hippolyte » et « Lazare ».
La première partie nous suivons le parcours d’Hippolyte perdu dans les méandres de sa vie de fils, de père et d’époux.
Les personnages chutent et se perdent. Les secrets et les silences ont détruit cette famille.
La violence souvent présente et entrecoupée de scènes plus émoustillantes qui calment la tension.
En parallèle Hippolyte cinéaste s’embrouille aussi dans le montage de son film.
Les flashbacks se succèdent, c’est intense et captivant.
Le décor se construit et se déconstruit à l’aide de cloisons mobiles avec grande élégance.

La deuxième partie est une sorte d’épilogue, l’apaisement et la reconstruction sont là. La vérité et la parole ont surgi. C’est poétique, esthétique.
Lazare, cosmonaute nous interroge sur l’avenir de notre planète, nous sommes un peu dans sciences et vie. Nous nous envolons dans les méandres de l’univers.

Les comédiens sont tous d’un grand talent, ils nous émeuvent, nous font frissonner et nous questionnent bien après les applaudissements.
10 mai 2019
9/10
28 0
Avec des si, on mettrait Paris, Montréal, Nuuk, Baïkonour, Alep, Beyrouth en bouteille...
Avec des si...

Et si la guerre du Liban n'avait pas eu lieu ?
Et si le petit Wajdi, un certain 13 avril 1975, sur son tricycle rouge, n'avait pas vu des milices chrétiennes mitrailler un bus de civils palestiniens ?
Et si sa famille n'avait pas été obligée d'émigrer au Canada ?

Le fil narratif de cette nouvelle création de Wajdi Mouwad est en quelque sorte conditionnée par cette interrogation permanente chez le dramaturge.
Ce qui est, ce qui pourrait être...
Ce qui a été, ce qui aurait pu être...
Qui je suis ? Qui aurais-je pu être ?

Dans sa note d'intention, il évoquera l'image de l'escalier à double vis du château de Chambord. Cet espace où l'on peut monter, descendre, partir d'un point A, arriver à un point B, de deux manières différentes.
Comme si l'espace présentait une torsion, celle de la « double hélice ».

Nous allons donc assister à une histoire qui va être répétée, ressassée de plusieurs façons, vue sous plusieurs angles, dont les fils et les trames se brouillent à qui mieux-mieux.
Ou comment passer par la déconstruction pour mieux construire.

Cette histoire, ces histoires, c'est l'histoire d'une famille.
Une famille constituée de fauves, d'hommes et de femmes que la violence transforme à la fois en proies et en prédateurs.

Une violence qui n'est pas seulement intérieure, mais également extérieure.
Ici, ces personnages ne sont pas seulement des êtres qui porteraient psychanalytiquement leur propre violence. L'environnement génère également la brutalité, le chaos, la bestialité.
La violence, nous dit Mouawad, c'est la conjugaison entre deux violences : l'une intime et l'autre collective.

Hippolyte et son fils seront les deux personnages auquel chaque « acte » est consacré.
Le premier est cinéaste, ayant du mal à monter son film, le second, fils du premier, est spationaute et se prépare à devenir le plus jeune homme à sortir dans l'espace.
Ces deux-là font partie d'une famille en proie aux diverses tragédies, au sein de laquelle un pacte mystérieux a été conclu.

J'ai retrouvé dans cette nouvelle fresque comme une mise en abyme d'un précédent spectacle «Incendies ».
Comme si l'auteur racontait autrement une histoire équivalente, avec des « si » différents.
Nous avons encore un notaire qui détaille un héritage, un frère et une sœur paroxystiques, un comédien (l'excellent Gilles Renaud) qui ici ressemble fort à Rémy Girard, la révélation d'un lourd secret... Tout se ressemble, mais tout est différent.
Wajdi Mouawad va au bout de sa démarche et de son obsession narratives.
Avec la virtuosité qu'on lui connaît.

Dans une habile scénographie constituée de blocs mobiles étant souvent déplacés par les comédiens eux-mêmes pour créer différents espaces, nous sont proposées des scènes intenses, parfois dérangeantes ou déconcertantes. C'est à nous de faire l'effort de remettre les choses à leur place, de reconstruire. Et ceci est passionnant.

Wajdi Mouawad, comme à l'accoutumée s'est entouré d'une solide distribution, ici franco-québecoise.

Hugues Frenette, en notaire et en Edouard est très drôle. Car il se dégage souvent un humour très noir, dans cette pièce. Notamment dans tout ce qui concerne l'aspect religieux de certains pans de l'histoire.

Lubna Azabal elle aussi sera très drôle, dans sa robe de chambre, en vieille dame indigne.
Son jeu, comme à l'accoutumée est très intense, très fort. Son interprétation d'Agnès et de Nimrah est très réussie, ses personnages dégagent énormément d'émotions.

Tout comme Jérôme Kircher en Hippolyte, totalement convaincant dans son rôle prenant de cinéaste confronté à la violence, à la douleur.

Jade Fortineau et Norah Krief sont elles aussi parfaites. Leurs partitions respectives nous font souvent froid dans le dos.

La dernière scène visuellement très impressionnante verra Yuriy Zavalnyouk en Lazare (le prénom n'est pas innocent...), gravitant au dessus du plateau dans sa combinaison de spationaute.

Cette dernière création en date de Wajdi Mouawad confirme s'il en était encore besoin la singulière capacité de cet auteur à nous embarquer dans des univers à la fois complexes, terriblement humains et passionnants.
Complexes et humains parce que le dramaturge nous montre des individus qui se débattent dans un monde porteur de terribles contradictions, entraînant un chaos permanent. Ce monde, c'est le nôtre.
Passionnants, parce que son écriture, reconnaissable entre toutes de virtuosité, est porteuse d'images on ne peut plus fortes, de personnages inoubliables et de trames narratives hors du commun.

Il faut aller voir « Fauves ».

Ces quatre heures, entracte compris, sont enthousiasmantes et fascinantes.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor