En ce temps là, l'amour

En ce temps là, l'amour
De Gilles Ségal
Avec David Brécourt
  • David Brécourt
  • Petit Théâtre des Mathurins
  • 36, rue des Mathurins
  • 75008 Paris
  • Havre-Caumartin (l.3, l.7, l.8, l.9, RER A et E)
Itinéraire
Billets de 11,50 à 26,50
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Dans un wagon plombé qui roule vers Auschwitz, à côté de ceux qui se révoltent, se lamentent, prient ou meurent, un homme crée son espace de liberté en résistant à l'inhumain par la transmission et l'humour : apprendre à son fils de 12 ans la vie, TOUTE LA VIE, tout ce qu'il faut pour devenir un homme dans le court laps de temps qui lui est accordé.

Des années plus tard, un père décide de raconter à son fils un épisode marquant de sa vie qu'il avait étouffé dans un coin de sa mémoire : une rencontre incongrue au milieu du chaos et de la mort.

 

Né en Roumanie en 1932, Gilles Ségal, auteur dramatique, metteur en scène, comédien et mime, est mort le 11 juin 2014.

 

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Toutes les critiques
30 nov. 2019
7,5/10
3
« En ce temps là, l’Amour » de Gilles Ségal dans une mise en scène de Christophe Gand au théâtre des Mathurins est un voyage dans le temps meurtri par la folie des hommes, par la folie d’un homme si on peut lui autoriser ce sens, cette définition.

Avant tout c’est la curiosité de voir, d’entendre, d’écouter, David Brécourt sur scène dans un registre que je ne lui connaissais pas, qui m’a fait pousser la porte du théâtre des Mathurins pour découvrir cette histoire apportant une nouvelle pierre à la construction de ce mur contre l’oubli de la barbarie nazie.
Un seul en scène de plus me direz-vous, oui mais un seul en scène drôlement efficace, qu’il faut avoir vu pour ne pas oublier.

« Z » un homme qui vient d’être grand-père se sent profondément investi pour transmettre à son fils une part enfouie de son passé, un témoignage nécessaire à sa condition d’homme.

Depuis ce qui ressemble à son atelier d’horloger, où de multiples exemplaires d’horloges, de réveils viennent encombrer la pièce, avec le son du tic-tac permanent qui a cadencé notre attente avant le lever du rideau, « Z » va et vient, cherchant les bons mots, les bonnes phrases pour les enregistrer sur une bande magnétique, témoignage qu’il veut expédier à son fils demeurant aux Etats-Unis, terre symbole de la liberté.

Avant de s’asseoir pour enregistrer sa confession, tout en regardant les photos de son petit-fils, il ne peut s’empêcher de répéter « En ce temps là, l’Amour était de chasser ses enfants ».
Comment trouver les mots et le ton justes pour ne pas apporter de l’horreur à l’horreur, ne pas tomber dans le pathos pour ce récit qui ne se veut qu’une retranscription de ce qu’il a vécu. Un voyage dans ce train de la mort se dirigeant vers la Pologne, terre de tant de souffrances, dont il a fort heureusement survécu.

Dieu, quelque soit le nom qu’on lui donne aurait créé le monde en six jours, puis se serait reposé le septième.
Sept jours, c’est le temps que le convoi a mis pour atteindre sa destination du camp d’extermination d’Auschwitz.

Sept jours pendant lesquels un père va faire vivre à son fils de douze ans une histoire extraordinaire. Sept jours pendant lesquels ils vont vivre unis comme les cinq doigts de la main, faisant fi de leur entourage ; au point d’agacer « Z » qui a du mal à comprendre cet isolement.
Un père qui préserve son fils, dans une bulle poétique, de l’inexorable.
Il faut à tout prix préserver cet enfant, lui faire oublier le temps qui passe, lui éviter de penser pour le soustraire à l’effroyable vérité.
Une vérité de douleur, de fin, qu’un père digne de ce nom ne peut accepter de partager avec sa chair.

Alors pourquoi pas ne pas parler de l’école, des devoirs, du français, des mathématiques, de Spinoza !
Jouer avec la sonorité des mots pour en extraire leur essence, leurs joies.
Y joindre la musique de Mozart ou encore celle de Bach dont la langue doit passer outre la folie des hommes.
En quelque sorte un apprentissage accéléré de la vie avec en point d’orgue un mariage avec la belle jeune fille qui l’accompagne dans ce wagon où la mort est omniprésente ravagée par ses odeurs insupportables.
Un défi contre le temps, contre la mort, contre l’absurdité d’un homme que ce père veut gagner : sourire, rire à la vie le temps d’un voyage.
Mais comment en sortir vainqueur, comment soustraire son enfant des griffes des bourreaux ?
Son Dieu, sa foi a la réponse, certes pas des plus attendues, mais celle de la délivrance : le septième jour étant celui du repos, dans ce cas celui du repos éternel.

Dans un décor évocateur du discret et talentueux Nils Zachariasen, baigné par les lumières choisies de Denis Koransky, Christophe Gand a mis en scène efficacement David Brécourt dans un tourbillon de la mémoire où se bousculent tant d’images de ce chaos qu’il ne peut oublier.
La musique prenante de Raphaël Sanchez accompagne les jours qui passent et ses tic-tacs qui rythment le récit.

David Brécourt a gagné son pari, celui de nous faire oublier ses rôles comiques de la scène où il excelle. Une belle facette de ce comédien qu’il faut découvrir le temps d’une très belle histoire, d’une ode à la mémoire.
8 nov. 2019
6/10
1
Le texte est beau, bien écrit et tout le long du spectacle, je me suis dit que je l’aurais beaucoup apprécié si je l’avais lu. Cela aurait fait un petit roman émouvant.
Mais ce texte est trop littéraire et pas assez théâtral pour être joué et rien, dans ce texte ne dit qu’il gagnerait à être oralisé. C’est une confession sur des bandes magnétiques mais cela aurait aussi pu être une lettre que l’homme écrit à son fils. David Brecourt s’efforce de lui donner une oralité, de le « jouer » et comme ce texte ne s’y prête pas, il est obligé de surjouer par moment. Les déplacements, les gestes sont souvent artificiels et n’apportent rien. Certes, il y a un décor travaillé mais sans aucun lien avec l’histoire et inexploité. Une lecture aurait peut-être été plus judicieuse...
je ne suis pas du tout entrée dans le spectacle, gênée par ce décalage.
24 oct. 2019
8,5/10
1
J'ai ressenti beaucoup d'émotions à assister à ce spectacle.
Le texte est fort et l'interprétation de D. Brécourt parfaite.
La mise en scène, les lumières et les décors (notamment ce temps figé) sont très réussis.
21 oct. 2019
8/10
4
J’appréciais jusqu’à maintenant David Brécourt dans des comédies et ma curiosité m’a poussé à venir le voir jouer dans un autre registre avec la pièce ‘En ce temps là, l’amour’ de Gilles Ségal.

Un homme que nous appellerons Z. vient d’être grand-père. Ce changement le décide à enregistrer sur un magnétophone des souvenirs marqués au fer rouge dans sa mémoire : une rencontre si particulière avec un père et son fils dans un wagon qui les emmenait vers un camp d’extermination durant la guerre. Les mots ont du mal à sortir de la bouche de Z., on sent qu’il revit ce qu’il a vécu : ce père créé une ‘bulle’ au milieu du chaos, pour transmettre à son fils de 12 ans, ses valeurs et tout ce qui aurait pu faire de lui un homme.

Ce récit initiatique est riche en émotions de tout poil : il y a des pointes d’humour et des fulgurances poétiques qui se dégagent de ce texte ciselé et qui donnent à la pièce une force profonde. On ne ressort pas indemne de la petite salle des Mathurins tellement nous sommes bouleversés. Cette histoire des transmission est intense et la preuve d’un amour paternel inconditionnel qu fait tout pour protéger son enfant et le laisser vivre normalement et non dans la peur alors qu’ils filent vers la mort. J’avais la gorge serrée d’émotion à la fin.

La mise en scène efficace de Christophe Gand sert à merveille ce texte et les lumières de Denis Koransky sont parfaites pour nous plonger dans l’histoire. J’ai découvert une nouvelle facette de David Brécourt : il est fantastique dans son interprétation.

Vous ne pouvez pas rester de marbre devant ce bijou.
17 oct. 2019
8/10
4
Une pièce, une cave apparemment, tout un bric à brac, caisses, valises, horloge, pendule. Un homme que nous nommerons Z, enregistre sur un magnétophone à bandes, il hésite plusieurs fois, il reprend sa phrase, on sent bien que ça lui coûte de parler, il s’adresse à son fils, qui vient d'être papa.

C’est une confession, un message que veut transmettre cet homme. Lors de l’enregistrement il parle aussi de sa femme et de sa fille. L’homme a vécu la déportation, mais le héros ce n’est pas lui, c’est un compagnon d’infortune avec son petit garçon. Ce père de famille, fera tout pour vivre “normalement” pendant le trajet qui les conduit à Auschwitz. Dans le train, il continuera à donner des leçons de français à son enfant, l’encourageant à dire des récits, à inventer des histoires. Ne pas se laisser aller, et pourquoi pas, devenir amoureux !

Bien sûr, les autres le prennent pour un fou, et Z ne supporte pas cette inconstance, le père n’écoute pas les autres gémir ou prier, il fera en sorte que son petit garçon ne souffre pas. Z est excédé et ne peut imaginer que l’on puisse passer outre ce qui les attendra au bout. Il s’en prend à tout, aux religions, à Dieu ou Jéhovah. Et puis, peu à peu, sa violence se transformera, il finira même par entrer dans le jeu de l’homme.

C’est une leçon d’humanité que nous propose Christophe Gand, le texte de Gilles Segal est poignant, parfois comique, mais pas de pathos, les sept jours du trajet sont ponctués par de la musique, dont Bach et Mozart. Comédien exceptionnel David Brécourt prend le récit à bras le corps et lui insuffle la vie et l’amour. Il est brillant, drôle.

Un spectacle qui ne laisse pas indifférent.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor