• Classique
  • Comédie Française - Salle Richelieu
  • Paris 1er

Les Démons

Les Démons
De Fiodor Dostoievski
  • Comédie Française - Salle Richelieu
  • 2, rue de Richelieu
  • 75001 Paris
  • Palais Royal (l.1, l.7)
Itinéraire
À l'affiche du :
22 septembre 2021 au 16 janvier 2022
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l m m j v s d
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Pour sa première création à la Comédie-Française, le directeur artistique de la Toneelhuis à Anvers, Guy Cassiers, adapte « Les Démons » : cette entrée au Répertoire coïncide avec le bicentenaire de la naissance de Dostoïevski que l’on célèbre en cet automne 2021. 

L’auteur est en exil quand il débute l’écriture de ce roman pamphlétaire, après avoir assisté au Congrès de la paix à Genève en 1867, alors qu’en 1869 la Russie est secouée par l’assassinat d’un étudiant insoumis fomenté par l’activiste révolutionnaire Serge Nétchaïev. Dans tous ses projets théâtraux, notamment son Triptyque du pouvoir, présenté au Festival d’Avignon en 2007 et 2008, Guy Cassiers porte attention aux points de rupture dans l’histoire européenne.

Comme pour Albert Camus, qui compte parmi les nombreux adaptateurs du roman, ces personnages possédés ne sont pas « des créatures absurdes » mais « des âmes déchirées ou mortes, incapables d’aimer et souffrant de ne pouvoir le faire, voulant et ne pouvant croire, qui sont celles mêmes qui peuplent aujourd’hui notre société et notre monde spirituel. » 

Maître dans l’alliage de l’image vidéo et du jeu d’acteur, le metteur en scène conçoit un dispositif scénique innovant à même de faire résonner le conflit entre la génération des pères – des révolutionnaires de salon – et celle des jeunes nihilistes – manipulés au profit d’actions politiques radicales. La Salle Richelieu devient ainsi une chambre d’écho, celle d’une société minée par la manipulation des médias et la fanatisation. Les acteurs y offrent la construction, à vue, d’un monde artificiel, nourri par la frivolité, avant de mettre en œuvre sa destruction.

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15 oct. 2021
9,5/10
2
Une expérience théâtrale hors normes !

Une fois de plus la Comédie Française nous étonne et nous éblouit.

Cette fois c'est par la vidéo que la magie opère.

Car celle ci ne nous renvoie pas les images des comédiens tels qu'ils sont sur la scène, éloignés les uns des autres et souvent de dos. Non, c'est sur les écrans qu'ils se confrontent et se touchent !

Et cette démultiplication apportée par l'image donne une confusion et une dimension incroyable à l'histoire. Les jeux de lumières et les décors renforçent encore l'illusion.

Les comédiens, tous parfaits, rayonnent dans cet exercice inhabituel.
Tout particulièrement Christophe Montenez, alias Nicolaï, qui incarne la folie et le désespoir avec génie.

Les personnages nous emportent dans le tourbillon de leurs histoires, où même les feux de l'enfer ne peuvent rien contre la glace.

L'âme slave dans ce qu'elle a de plus sombre !
1 oct. 2021
9/10
10
Au « non » des pères et des fils…

Quand la génération des vieux n’a rien fait pour entraver le délitement sociétal.
Quand la génération des jeunes ne fait rien pour proposer un nouveau modèle.

Comment donc dans ces conditions, s’étonner, au sein d’un monde qui se détruit de l’intérieur, de l’émergence de courants nihilistes ou populistes ?

Et si le véritable terrorisme venait de l’intérieur, beaucoup plus que de l’extérieur ?

Deux questions d’une troublante actualité, non ?

Ces deux questions-là, fortes, essentielles, indispensables, Dostoïevski les a posées en 1872, dans sa Russie qui se prépare à de profonds bouleversements.
L’observateur quasi-sociologique de la société russe de cette fin du XIXème siècle a tellement appuyé là où ça faisait mal que le roman a suscité un tollé lors de sa parution finale.


Eric Ruf poursuit donc sa démarche d’ouverture de la Comédie Française aux grands metteurs en scène européens.
Après notamment Ivo Van Hove pour Les damnés, Thomas Ostermeir pour La nuit des rois, il a sollicité le metteur en scène belge Guy Cassiers, patron de la Toonelhuis d’Anvers, le principal théâtre de la ville et la plus importante compagnie flamande.

Guy Cassiers va nous démontrer son admirable capacité à mélanger les arts de la scène et toutes sortes de techniques vidéographiques pour parvenir à ses fins.

Ce que nous allons voir va se révéler être un passionnant mix entre théâtre et vidéo, chaque discipline alimentant artistiquement l’autre.

Nous entrons dans la salle Richelieu, et nous ne comprenons pas ce que nous voyons sur le plateau.
Au lointain, un immense pan fait de barres métalliques.
Au sol, trois éléments rectangulaires, surmontés d’un mât au bout duquel est fixé une sorte de boîte…

Nous allons savoir… La vidéo va nous faire comprendre.
Nous sommes à l’intérieur du Crystal Palace, un lieu fait de gigantesques verrières.
Les éléments rectangulaires vont s’élever pour surplomber le plateau : ce sont trois écrans, mobiles individuellement ou conjointement, les boîtes étant des projecteurs.

Guy Cassiers, grâce à ceci, a développé un vrai langage scénique et dramaturgique, avec une véritable grammaire technique.
Grâce à une mise en scène millimétrée (rarement l’expression aura été aussi appropriée), il parvient à nous montrer à l’écran des images pourtant filmées en direct mais que nous ne voyons pas sur scène !

Comme par exemple Hervé Pierre et Dominique Blanc de profil, se faisant face sur les écrans, alors qu'ils sont plantés devant nous, séparés d’une dizaine de mètres.

Comme par exemple encore Jennifer Decker et Stéphane Varupenne qui prennent le thé ensemble, se touchant, se serrant les mains, alors qu’eux aussi sont l’un à jardin, l’autre à cour.

Je vous laisse découvrir en détail sans rien déflorer du procédé, mais ce que nous voyons est non seulement troublant, mais nous montre comment cette société décrite est en pleine déliquescence.
On se parle sans se parler, on est ensemble sans y être.
Ca ne vous rappelle rien ?

Tout ceci témoigne d’un grand savoir faire technique (un grand coup de chapeau au concepteur video Bram Delafonteyne), mais également d’une grande réussite en matière de parti-pris dramaturgique.
Ou quand le signifiant est pleinement au service du signifié, grâce à ces images tournées en direct ou pré-filmées et intégrées à l’ensemble.
Du grand art.

Ce que nous allons voir, durant ces deux heures et vingt minutes que dure le spectacle témoigne d’une grande beauté formelle.
Les magnifique lumières de Fabiana Piccioli, (ah ! Ces fabuleux clairs-obscurs évocateurs, ah cette scène d’incendie !…), la scénographie et les costumes de Tim Van Steenbergen montrant eux aussi une société à bout de souffle confèrent à l’ensemble une magnifique identité visuelle.

Et puis, la Troupe. Avec un T majuscule.

Alors oui, Guy Cassiers a pu choisir sans trop prendre de risques parmi les sociétaires et pensionnaires des personnalités habituées au type de rôle qu’ils interprètent sur cette production.

Après tout, lorsqu’on dispose d’un tel vivier d’admirables comédiens et comédiennes, on aurait tort de se priver d’aller à l’essentiel.

J’ai beaucoup apprécié les prestations de Jérémy Lopez et Christophe Montenez.
Les jeunes personnages.
L’un en populiste implacable, pervers et manipulateur, l’autre en nihiliste convaincu, les deux comédiens nous livrent de sacrés moments d’interprétation.

Hervé Pierre et Dominique Blanc incarnent quant à eux les figures du passé. Les anciens complètement dépassés.
Melle Blanc nous fait bien rire, grâce à sa façon d’interpréter la subtile adaptation d’Erwin Mortier et la traduction très actuelle de Marie Hooghe.

Le reste des comédiens excelle à nous raconter les histoires de familles qui constituent le substrat du roman, paru tout d’abord en feuilleton, ceci expliquant cela.

La fin du spectacle, avec ce « morphing en direct » des visages de M. Pierre, Montenez et Lopez résume parfaitement le propos général.
Cette conclusion relève d’une sépulcrale et sombre beauté.

Vous l’aurez compris, il faut absolument aller se confronter à ces Démons-là.
Cet ambitieux spectacle, très abouti d’un point de vue technique et dramaturgique, est de ceux qui marquent les esprits et restent dans les mémoires.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor