Comme tu me veux

Comme tu me veux
De Luigi Pirandello
Mis en scène par Stéphane Braunschweig
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 26,00 à 32,00
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Dix ans après la fin de la Grande Guerre, la scène est à Berlin – ville où Pirandello résida cinq ans, à la veille de la prise du pouvoir par les Nazis.

Au centre de la pièce, « L’inconnue », une danseuse de cabaret, maîtresse de l’écrivain Salter, qu’a reconnue dans la rue un photographe italien. Selon lui, elle n’est autre qu’une certaine Lucia, jeune mariée portée disparue à la fin du conflit mondial au nord de l’Italie, dans une région qu’avaient occupée et dévastée les troupes autrichiennes.

Rentré de la guerre dans une maison vide, Bruno, son époux, n’a cessé de la chercher.

Mais est-ce bien elle, cette femme qui semble vouloir oublier son passé dans une vie de débauche ? Ses réactions, face à ces retrouvailles, sont ambiguës, et le restent lorsqu’elle retourne vivre auprès de son époux, en Italie. Imposture ou amnésie traumatique ? Et du côté de Bruno, foi dans le miracle ou opportunisme de celui qui, veuf, aurait été dépossédé des biens de sa femme ? Mi-drame policier, mi-fable existentielle, Comme tu me veux est aussi une pièce sur fond de ruine et de désastre, située dans une Europe au bord d’un nouveau naufrage.

Après Soudain l'été dernier de Tennessee Williams et Nous pour un moment d’Arne Lygre, Stéphane Braunschweig poursuit son enquête théâtrale sur les énigmes de l'identité, la rémanence des traumatismes, et les jeux de simulacres grâce auxquels on survit.

Note rapide
7,5/10
pour 4 notes et 4 critiques
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Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
25%
3 critiques
Note de 8 à 10
75%
Toutes les critiques
3 oct. 2021
8/10
0
Une pièce déroutante et envoûtante à la fois.

Construite comme un thriller psychologique, mais avec beaucoup de moments creux et de répétitions.
Un texte magnifique mais avec beaucoup de longueurs.

Une comédienne fantastique mais entourée de comédiens inégaux.
Un démarrage décevant mais une fin époustouflante.

Une mise en scène dans laquelle il est difficile de rentrer mais qui finit par vous embarquer.
Des décors spectaculaires mais glacials.

Difficile de se faire une opinion nette de ce spectacle dont on sort à la fois emballé et déçu !!
27 sept. 2021
7,5/10
3
C'est avec plaisir que je me suis rendue au théâtre de l'Odéon pour voir la dernière mise en scène de S. Braunschweig.

Si les acteurs sont tous impeccables (mention spéciale à Chloé Rejon qui est éblouissante et qui porte la pièce quasiment à elle seule, et au duo Annie Mercier/Alain Libolt qui sont saisissants de réalisme), ils n'ont pas réussi à totalement m'emporter. La faute peut à la direction des acteurs ou à la mise en scène qui, sans faire aucune faute, m'ont semblé très classiques.

Reste que comme souvent, avec S. Braunschweig, le texte est très bien choisi et résonne férocement avec l'actualité.
17 sept. 2021
9/10
0


Captivant, Attrayant, Bellissime.

Nous sommes à Berlin, 10 ans après la fin de la première guerre mondiale, bientôt Hitler prendra le pouvoir. D’autre part en Italie le fascisme triomphe. Pirandello s'intéresse ici aux traumatismes liés à la grande guerre.

L’intrigue tourne autour de « l’inconnue » interprété avec grand brio par Chloé Réjon. Cette jeune femme est danseuse de cabaret à Berlin où elle mène une vie un peu dépravée, jouissant de la vie festive et se complaisant dans des beuveries sous le regard désapprobateur de son amant, l’écrivain Salter (Claude Duparfait).

Jusqu’au jour où un photographe italien Boffi (Thibault Vinçon) croit avoir reconnu en elle, une jeune femme Lucia.

Lucia a disparue depuis 10 ans après avoir été torturée, violée en Italie du nord par les soldats autrichiens. Boffi désire ramener Lucia en Italie auprès de sa famille et de son mari Bruno (Pierric Plathier) brûlant toujours d’amour pour elle...mais est-ce l'unique raison?

Lucia blasée et désabusée par sa vie berlinoise, finit par accepter.

Se souvient-elle et veut-elle oublier sa vie d’avant ?

Est-elle amnésique ?

Veut elle jouer le rôle d’une autre ?

Qui est -elle vraiment ?

L’imaginaire est-il plus fort que la réalité ?

Nous sommes entre le roman policier et le roman existentialiste.


Nous la retrouvons dans cette famille bourgeoise en Italie? Lucia rapidement, désenchanté et écœurée par les différents événements de cette nouvelle vie va se révolter avec emportement....

La scénographie de Stéphane Braunschweig est élégante et épurée. Des couleurs sombres pour Berlin où Hitler et le nazisme montent en flèche. Des couleurs plus claires et froides dans le salon bourgeois italien. On perçoit des non-dits, les malaises s’installent puis peu à peu les rideaux tombent….

Les comédiens nous réjouissent de par la justesse de leur jeu

Chloé Réjon est éblouissante, elle mène le jeu avec un talent extraordinaire tout le long de cette intrigue.

Cécile Coustillac est fascinante au troisième acte dans le personnage de la « folle »

Magnifique moment de théâtre.
16 sept. 2021
9/10
14
Une équation à une seule Inconnue.
Mais quelle Inconnue !
Je devrais même écrire : Mais quelle Inconnue ?

Berlin. Dix ans après la fin de la première guerre mondiale. Les années folles.

Un groupe de fêtards.
L’un d’entre eux reconnaît en la personne d’une inconnue (un « corps sans nom », pour reprendre les mots mêmes de l’auteur), une certaine Lucia, l’épouse de son ami Bruno, disparue voici une dizaine d’années pendant l’invasion du Nord de l’Italie par les armées austro-hongroises.

Tout d’abord, l’Inconnue ne veut pas se laisser reconnaître.
Une première question nous est posée : les traumatismes de la guerre, les viols successifs par les soldats et leurs officiers l’ont-ils rendue amnésique ?
Ou bien ne veut-elle pas sciemment retourner vers son passé, après tout ce qu’il lui est arrivé ?

Pirandello lui aussi s’est expatrié à Berlin.
Finalement, le fascisme à la Mussolini, ce n’est pas aussi sympa qu’il l’avait espéré… Il ne sait pas encore ce qui attend l'Europe...


Ce sera sa seule « pièce historique », ou en tout cas la seule pièce qui fait référence à l’actualité contemporaine historique.

Finalement de retour en Vénétie, l’Inconnue se retrouve au sein de sa supposée famille.
C’est un monde d’après, symbolisant la reconstruction matérielle et psychologique.
La plus tellement Inconnue Lucia sera la seule qui sera cohérente, intègre.

Ce qui va se jouer sur le plateau de l’Odéon va être une difficile mais passionnante quête de la vérité, ce qui chez l’auteur relève d’un jeu de chat et de la souris, un jeu de dupes.

Le personnage de la Folle, sorte de double-face, reflet miroir traumatisé du personnage principal fait alors son apparition.
Le visage également de l’impossibilité de la guérison du traumatisme.
L’énigme devient totale. Il nous faut nous forger notre propre avis.

Stéphane Braunschweig a mis en scène ses comédiens dans une froide austérité.
Comme pour mieux matérialiser l’Inconnue, dans un contraste saisissant.

Ici, pas de chichis, pas de facilités à la mode.
De grandes tentures successives qui tombent entre chaque acte, trois fauteuils et deux pots de fleurs.
Le poste « mobilier » n’a pas dû exploser le budget de la production…
Seuls comptent les personnages.

Des personnages dont on rappelle parfois leur contexte par des projections d’images d’archives. Des immeubles détruits, promis à la reconstruction. C'est très pertinent.

Le metteur en scène a affûté son scalpel pourtant le plus aiguisé : il se dégage une réjouissante froideur de tout ceci.
Réjouissante parce que l’on ressent ainsi très bien le paradoxe dramaturgique : ce travail au cordeau permet de nous restituer parfaitement le propos incandescent de la pièce.
Ici, le froid chauffe !

Et puis, il y a les comédiens.
Tous parfaits.

Chloé Réjon.
Elle illumine le plateau, au sens propre (dans sa robe en lamé) comme au figuré.
Son interprétation de cette femme énigmatique relève d’un magnifique travail. Elle « embobine » les spectateurs que nous sommes, nous faisant douter en permanence.

Le reste de la petite troupe est lui aussi irréprochable.
Nous retrouvons pour notre plus grand plaisir des habitués des lieux.

Claude Duparfait nous fait bien rire, en conférant à son personnage d’écrivain des airs étonnés et incrédules.

Cécile Coustillac est étonnante dans le personnage de la Folle, durant le dernier acte, poussant des petits cris, ayant des gestes désordonnés.

L’extraordinaire (au sens premier) Annie Mercier, avec son incroyable voix, ravit une nouvelle fois le public.
Son rôle de la tante Lena force le respect.

En restant seule en scène avec la Folle, juste avant le tomber final du torchon, les deux comédiennes nous embarquent loin, très loin. Une dimension mystique s’empare alors du propos général.

Tonnerre d’applaudissements. Ovation.
Normal et ô combien mérité !

Un intense et admirable spectacle !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor