Change Me

Change Me
  • Théâtre de la Tempête
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 30,00
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CHANGE ME suit l’histoire d’une jeune fille travestie, qui fait croire à son groupe d’amis et à sa petite copine qu’elle est un homme.

Au cours d’une soirée où les deux jeunes filles s’apprêtent à avoir leur premier rapport sexuel, l’identité de la jeune travestie est révélée et l’histoire bascule dans la violence.

Notre spectacle met en scène la difficulté de l’affirmation de soi au milieu des autres et interroge la question du genre. Suis-je obligé de me comporter comme une fille à cause de mes attributs sexuels ? Puis-je vivre comme un homme, et aimer qui je veux ?

Alors, comme des fantômes surgissant du passé, apparaissent une fable mythologique d’Ovide, des interviews extraites d’un documentaire autour du fait divers de Teena Brandon, des scènes en alexandrins d’une pièce de Benserade….

L’histoire jusqu’ici linéaire, se tord et se transforme.

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12 août 2018
8,5/10
4 0
Axel n'a que vingt-et-un ans, un âge qu'on présente comme celui de tous les possibles. Son voeu le plus cher est de changer de sexe et Change me pourrait être son invocation. Pour le moment la jeune fille se débrouille seule et on la découvre dans la salle d'eau, affairée à sa transformation, incomprise d'une mère à la sensualité provocante (Pauline Bolcatto, qui interprète aussi le rôle de Stéphanie).

On la verra ensuite très à l'aise parmi ses copains. Rien ne laisse supposer qu'un drame couve et que les amis avec qui elle s'éclate seront ses bourreaux ... au moment où Axel s'apprêtera à vivre son premier rapport sexuel avec la jeune fille qui a gagné son coeur (Pauline Briand).

Camille Bernon et Simon Bourgade se sont inspirés d’un fait divers qui s'est déroulé aux Etats-Unis il y a déjà 25 ans et qui pourrait hélas s'inscrire dans une actualité récente tant que l'homophobie demeurera un fléau. Brandon Teena, jeune transgenre, a été violée puis assassinée par ses amis quand ils ont découvert sa véritable identité. Les deux metteurs en scène auraient pu s'arrêter là. Ils ont fort intelligemment relié cette tragédie au mythe d’Iphis (puisé dans les Métamorphoses d’Ovide au premier siècle de notre ère) et à la reprise de ce mythe par Isaac de Benserade au XVII° siècle.
Nous voulons écrire un mythe contemporain qui réponde aux enjeux de cette figure, et comme en établir la généalogie : montrer comment – parce qu'on a toujours censuré, nié ou marginalisé cette partie de la population –, l'histoire n'a cessé de se répéter ; comment –parce qu'elle a été occultée –, elle est toujours au travail à travers le temps, depuis les mythes d'Ovide jusqu'à nos faits divers contemporains ; et comment elle a été, à chaque époque, source de violence.
La scénographie imaginée par Benjamin Gabrié permet au spectateur d'avoir accès aux deux facettes de la personnalité d'Axel : l'image intime qui se joue dans une salle d'eau (à jardin) et l'image publique qui s'expose dans un coin salon (à cour). Le dédoublement se poursuit entre le passé, avec la projection d'extraits vidéo en fond de scène et le futur, qui se dénouera dans la voiture rouge-passion placée à l'avant-scène.

Au début de la pièce, les rôles sont (déjà) inversés puisque les comédiens, passablement imbibés, vautrés (Baptiste Chabauty et Mathieu Métral) devant une télévision sur un canapé défoncé, peuvent mater sans se faire remarquer (ils sont dans le noir) le public qui entre dans la salle inondée de lumière.

On s'interroge quelques minutes sur la tournure que les évènements vont prendre. Le sujet est risqué mais l'interprétation est extrêmement précise et Camille Bernon campe un personnage très juste et très touchant, bien au-delà de la question de son identité sexuelle.

Les identités sont mutantes, les dialogues aussi, jouant sur des registres que tout oppose : le langage chelou, âpre et souvent violent des tecis se heurte à poésie d'ovide et à la sophistication alexandrine de Benserade alors que les témoignages apportent une touche de réalisme confondant.

Jouant sur des niveaux de langue différents, l’histoire se tricote d’une époque à l’autre sans rupture de la trame narrative. On passe de la crudité des dialogues adolescents, à des archives documentaires du film sur Brandon Teena, de la poésie des textes d’Ovide à la préciosité des alexandrins de la pièce de Benserade.

Le drame est joué comme un polar pour terminer dans une forme de résurrection magique symbolisée par la métamorphose d'Axel, qui devient une statue dorée sous les doigts de sa mère.

On aurait envie de croire que tout va bien finir mais la beauté de cette image ne doit pas faire écran à la dure réalité des faits. Change me est un théâtre engagé et brillamment engageant qui interroge bien au-delà de la question du genre sur la liberté d'aimer.
27 mai 2018
8/10
8 0
Bonjour tristesse…

Dans la salle de bains, la radio à fond, Axel, se prépare, se passe de la mousse à raser, se bande la poitrine, se transforme en jeune mec. Axel est transgenre, cherche son identité sexuelle.

Elle a une bande de copains, et une petite amie Léna, mais aucun n’est au courant de sa véritable identité. Sa mère est perdue, maladroite dans ses propos, elle veut aider sa fille, la faire soigner et se heurte à un refus violent.

Thomas et Jonathan fêtent l’anniversaire d’Axel, bien entendu les sous-entendus graveleux, le vocabulaire qui ne fleure pas la rose, l’alcool surtout, les pétards, c’est le monde que choisit Axel où il semble qu’elle se sente à l’aise.

Des textes en alexandrins, qui ne sont pas incongrus dans l’histoire, et tirés de la pièce Iphis et Iante d’Isaac de Benserade, Ovide et les Métamorphoses, et surtout la vie tragique de Brandon Teena, jeune transgenre assassinée par ses « amis ».

La mise en scène se déroule autour de cette histoire, incorpore vidéos, dépositions à la police, bande dessinée, le décor est composé de la salle de bains où tout commence et tout finira, le salon des copains, une voiture. Mise en scène ingénieuse et créative.
26 mai 2018
8,5/10
9 0
Change Me mise en scène de Camille Bernon et Simon Bourgade.
Violent, émouvant, troublant, dérangeant, magnifique.

Camille Brandon et Simon Bourgade nous content l’histoire d’Axel jeune transgenre. Ils juxtaposent avec génie.

* La légende d’Iphis et Iante tirée des métamorphoses d’Ovide :

« Comme il faut respecter la bienséance, Iphis sera changée en homme, mais seulement après sa nuit de noces. »

* Isaac de Benserade poète du XVIIème siècle :
«De la douleur qui me possède : Je suis assuré de périr. Par le mal ou par le remède. »
*Le drame effroyable de Teena Brandon, violé et assassiné en 1993 au Nébraska par ses amis ayant découvert que celui-ci était transexuel.

Nous sommes confrontés à la violence et à la cruauté du monde machiste, à l’intolérance de la société vis-à-vis de la différence et à cette question primordiale : « comment peut-on s’épanouir si nous naissons dans un corps qui en genre ne nous correspond pas ? »
La mise en scène est ingénieuse, les extraits de la métamorphose d’Ovide et les vers de Benserade adoucissent la violence de cette tragédie.
Camille Brandon nous émeut, on ressent la fragilité féminine qui se cache au plus profond d’Axel, sa souffrance et sa détermination de vouloir être lui et de vivre sa vie.
Dans ce monde où la tolérance n’est pas toujours au beau fixe ce spectacle est le bienvenu.
22 mai 2018
9/10
52 0
Des trucs de mec !
Faire mousser la crème à raser sur ses joues, y faire glisser, rageur, le rasoir, sans oublier de se dégager la nuque de trois coups de tondeuse.
Des trucs de mec, quoi.

Et puis se bander la poitrine pour aplatir et faire disparaître ses seins, remplacer dans le caleçon des organes génitaux masculins absents, et pour cause, par une chaussette roulée en boule.
Tout de suite, ça fait moins mec.

Axel est ce garçon-là, transgenre.
Elle ne s'identifie pas avec le genre féminin assigné à la naissance. Pour elle, elle est il.

C'est ainsi apprêté qu'Axel se rend à sa soirée d'anniversaire chez ses deux potes Thomas et Jonathan, deux « kaïras » du quart-monde.
C'est cette soirée à laquelle nous allons assister.

Les metteurs en scène Camille Bernon et Simon Bourgade ont pleinement réussi leur entreprise de montrer, contrairement aux idées reçues, que les personnes transgenres ont toujours existé.
Pour ce faire, ils sont magistralement parvenus à relier le poète Ovide, (qui raconta la métamorphose d'Iphis en homme), l'écrivain Isaac de Benserade, (qui reprit à son compte cette métamorphose dans son ouvrage « Iphis et Iante ») et un fait divers dramatique survenu en 1993.
Cette année-là, Brandon Teena, homme transgenre fut frappé, violé et assassiné, à Falls City, dans le Nebraska.

Le démonstration dramaturgique sera imparable est passera par les registres de la langue.

En effet, l'une des grandes réussites de la pièce est là : mettre en mots le caractère intemporel de la notion de genre, de sexe et d'identité, et peut-être surtout celle de la quête de soi.
Différents registres de langue vont se succéder, se mêler, afin de nous faire comprendre ceci.

Nous aurons ainsi la langue pauvre et très limitée de Thomas et Jonathan : «J'm'en bats les couilles ! », « des « Vas-y ! » et des « Putain ! » à tire-larigot, j'en passe et non des moindres.

Nous entendrons les alexandrins de Benserade qui seront dits de la plus belle des façons.

Il y aura le registre du conte, reprenant la métamorphose d'Ovide. (Je ne vous dévoilerai pas comment sera narré cet épisode. Le procédé à la Terry Gilliam fonctionne parfaitement.)

Et puis, il y aura la forme judiciaire, avec les dépositions des protagonistes du procès ayant suivi le meurtre de Brandon.

Après l'exorde, une première partie très intense, très forte, très puissante va se dérouler.
Camille Bernon est Axel. Son personnage, ainsi que ceux joués par Baptiste Chabauty, Matthieu Metral et Pauline Bolcatto, vont littéralement faire exploser le plateau, côté cour. Nous sommes vraiment dans cette soirée allumée de jeun's plus ou moins paumés.

Ces scènes très musclées feront évidemment ressortir le caractère plus feutré, plus intimiste de ce qui suivra.

Car il y aura le coup de foudre, la rencontre d'Axel avec Léna, la très crédible et très sensuelle Pauline Briand.
Côté jardin, une vieille Renault 5 accueillera leurs amours, et surtout la révélation du genre originel du personnage principal.

Cette idée scénographique, amplifiée par une captation video très justifiée en direct est très forte.

Avec au milieu de la scène, une salle de bains, où tout commencera et tout finira.

La fin de la pièce sera d'une puissance poétique et onirique très belle et très forte. Oui, la métamorphose aura bien lieu, même s'il a fallu en payer un prix on ne peut plus fort.

Camille Bernon est alors saisissante de beauté, de justesse et de crédibilité. Elle irradie le plateau, pourtant très peu éclairé.

Aucune mièvrerie, aucun pathos de mauvais aloi, aucune facilité gratuite ne se dégageront du propos dramaturgique. C'est vraiment de la belle ouvrage !

Le théâtre de Camille Bernon et Simon Bourgade a cette grande vertu de raconter et de mettre en abyme temporel le transgénérisme.
Parce que l'intolérance, et son meilleur vecteur qu'est l'ignorance sont encore et toujours là. Malheureusement.

Un théâtre qui raconte, un théâtre qui dénonce. Un théâtre militant.
Ne passez pas à côté de ce théâtre nécessaire.
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19 oct. 2017
8,5/10
11 0
Elle est une fille qui voudrait être un garçon. Elle se bande les seins, elle se rase, elle s’habille et éructe comme un mec. Et mis à part sa mère qui se désespère, elle fait croire à tous qu’elle est ce qu’elle n’est pas. Mais un jour, la vérité est révélée et le scandale éclate.

Dès la première scène, fascinante, Camille Bernon, auteure et comédienne principale, nous plonge sans ambages dans la violence du parcours intime de cette jeune femme qui ne se sent pas comme les autres. Les alexandrins, les archives vidéos, les vers des Métamorphoses d’Ovide tordentle récit avec brio et donnent une dimension intemporelle à une question que l’on a trop souvent tort de considérer comme « à la mode ». L’incompréhension, le rejet, les préjugés sexistes et la violence des autres nous explosent à la figure. L’issue tragique et inévitable est d’une cruauté sans nom.

Toute l’intelligence de Change me est d’interroger bien au-delà du genre. Elle illustre plus largement la difficulté de la quête de soi dans un environnement modelé et rétréci par les codes sociaux. Et comme il est injuste de devoir mentir pour être soi-même.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor