• Classique
  • Théâtre de la Porte-Saint-Martin
  • Paris 10ème

Avant la Retraite, avec Catherine Hiegel

Avant la Retraite, avec Catherine Hiegel
De Thomas Bernhard
Mis en scène par Alain Françon
Avec André Marcon
  • André Marcon
  • Catherine Hiegel
  • Théâtre de la Porte-Saint-Martin
  • 18, boulevard Saint-Martin
  • 75010 Paris
  • Strasbourg-Saint-Denis (l.4, l.8, l.9)
Itinéraire
Billets de 12,00 à 42,00
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Un ancien officier SS, Rudolf Höller, a réussi sans peine à se reconvertir président de tribunal d'une petite ville. Ce nostalgique du nazisme sera bientôt à la retraite.

Comme tous les ans, il va fêter l'anniversaire du jour de la naissance de Himmler, qu'il adule depuis bien longtemps. C'est tout un cérémonial qu'il met en place, auquel sa soeur Vera se prête volontiers.

Néanmoins, tout ce vacarme n'est pas au goût de son autre soeur Clara...

Parfois, on s’attend au pire, mais on a tort, car c’est bien pire encore qui arrive. Une pièce plongée en apnée dans les recoins les plus nauséabonds de la bonne conscience et de l’hypocrisie d’une société toujours travaillée par ses vieux démons.

 

Thomas Bernhard est un auteur de théâtre autrichien né en 1931 et mort en 1989. Il a notamment écrit les pièces Déjeuner chez Wittgenstein et Place des Héros. 

Récemment, Alain Françon, auteur et metteur en scène de 75 ans, a mis en scène Le Misanthrope, de Molière. 

Catherine Hiegel est une actrice française de 73 ans qui a été récompensée de deux Molières (comédienne dans un second rôle en 2007 et comédienne en 2011).

 

Note rapide
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5 critiques
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Toutes les critiques
24 oct. 2020
10/10
10
The man in the low castle...

Pour cet homme là, pour Rudolf Höller, juge allemand à six mois de la retraite, le 7 octobre est une date très importante.
C'est l'anniversaire de la naissance d'un certain Heinrich Himmler.

En tant qu'ancien commandant-adjoint d'un camp de concentration, caché dix ans par sa sœur dès la déroute nazie, cette date est symbolique.
C'est, pour l'ancien officier supérieur SS qu'il est, l'occasion de faire la fête à la maison.

Cette fête annuelle, c'est un repas d'anniversaire, avec ses deux sœurs (l'une, Véra, qui abonde dans son sens de la nostalgie et de la volonté de revoir à nouveau le parti nazi au pouvoir est également son incestueuse épouse), l'autre, Clara, handicapée clouée dans un fauteuil, qui vomit littéralement le discours idéologique de ses frère et sœur, et à qui il a demandé lors du précédent anniversaire de porter le costume rayé de déporté et d'avoir la tête tondue.


Un charmante réunion d'une épouvantable fratrie, quoi.

Alain Françon a pris a bras le corps le brûlot écrit en 1979 par le dramaturge autrichien Thomas Bernhard.
Un brûlot, qui ne l'oublions pas, s'inspire de la véritable histoire d'un juge allemand ancien nazi.

Hiegel. Lvovsky. Marcon. Françon.

Ces quatre-là nous donnent une véritable, magistrale et explosive leçon de théâtre.
Une leçon de mots. Les mots et leur musique, parfois magnifique, parfois horrible.
Bernhard, le dramaturge de la conversation...

C'est bien simple, le metteur en scène, avec sa précision habituelle, avec cette impression qu'il donne à chaque fois de nous faire oublier qu'il a mis en scène, avec cette fluidité magnifique, Alain Françon donc nous livre deux heures rares de théâtre.

Un terrible affrontement entre trois êtres humains, dont deux monstres.

Melle Hiegel et M. Marcon sont ces deux monstres-là, qui vont proférer de véritables horreurs dans des tirades homériques et dans des dialogues sidérants de violence verbale totalement décomplexée.

Les deux, tour à tour, nous font rire tellement ce qu'ils disent et surtout ce qu'ils pensent est pour eux naturel, sans conséquence. (Ah ! Les ruptures de la grande Catherine !...)

Mais ils nous glacent également, lorsqu'ils nous assurent que « le bon temps » reviendra, et que les fascistes en général et le parti nazi en particulier reviendront au pouvoir !

Il serait superfétatoire et inutile de relater ici les mérites des deux merveilleux comédiens.

Ce qu'ils font sur le plateau est une nouvelle fois tout simplement extraordinaire.

Tous les élèves-comédiens, tous les apprentis-acteurs, tous les jeunes (et moins jeunes d'ailleurs) aspirants à se produire devant un public devraient venir les voir jouer.
Une véritable leçon, vous dis-je ! C'en est bouleversant !

Et puis une formidable surprise nous attend, à savoir la présence sur une scène pour la première fois de la comédienne et cinéaste Noémie Lvovsky.
C'est elle qui va nous représenter, nous le public, nous les spectateurs qui ne partageons pas le moins du monde les ignominies proférées.
C'est elle qui osera contredire sa perverse sœur, et qui sera désespérée tout le long du repas et de la remarquable scène de l'album de souvenirs.

Sans rien dire, rien qu'en marquant par son visage sa désapprobation, son mépris, son horreur, son désespoir aussi, Melle Lvovsky nous sidère, elle aussi. En contrepoids du couple frangin-frangine, elle humanise toute la pièce.

Je parlais un peu plus haut de la précision de la mise en scène, je ne résiste pas à l'envie de vous donner un exemple de ces petits détails qui font tout.
Avant la scène du repas, André Marcon a enfilé en coulisse son costume d'Obersturmbannfürher.
Une fois installé, il pose sa casquette noire devant lui, mais à l'envers.
D'un geste sidérant de naturel, il la retourne pour avoir devant lui la tête de mort située au-dessus de la visière.
Tout est dit...

Il faut également remercier Alain Françon : une dernière scène fort réussie permet au comédien de ne pas avoir à saluer en uniforme nazi.

Applaudissements on ne peut plus sonores. Standing ovation. Nombreux rappels.
Normal.

Si vous n'avez qu'une seule pièce à voir cet automne, c'est bien celle-ci !
18 oct. 2020
9/10
4
Avant la retraite de Thomas Bernhard Mis en scène par Alain Françon

Percutant, Terrifiant, Eloquent


Rudolf Höller, ancien SS chef des camps d’extermination est aujourd’hui président du tribunal bientôt à la retraite. Tous les 7 octobre, celui-ci fête l’anniversaire de Himmler un des plus hauts dignitaires du troisième Reich pour lequel il a une vénération sans borne.
Rudolf Hôller (André Marcon) vit en compagnie de ses deux sœurs.
Véra (Catherine Hiegel) admiratrice, vouée à son frère, fait office de confidente, de soutien et d’amante.
Clara (Noémie Lvovsky) antinazie, paralysée dans une chaise roulante est obligée de supporter les animosités de cette fratrie effrayante et tyrannique.

Ce texte est constitué de longs monologues où éclatent la haine des juifs, la haine des vainqueurs, la haine avec un grand H.
C’est violent parfois irrespirable.


Une grande pièce sombre un peu lugubre, des fenêtres trop hautes, à raz des yeux qui ne laissent point voir le paysage extérieur, des meubles sombres.
Dans ce décor austère et quelque peu inquiétant, Catherine Hiegel, André Marcon, Noémie Lvovsky nous plongent dans l’atrocité et la monstruosité des convictions nazies malheureusement non évanouies de notre monde.
Sous le regard désapprobateur de Clara, Véra en robe de soirée et Rudolf en uniforme de SS se noient dans le champagne pour fêter sans mesure l’anniversaire d’Himmler mais aussi la conviction que dans un avenir proche les Nazis retriompherons.


Catherine Hiegel est saisissante, nous sommes happés par son discourt plein de haine mais parfois empreint d’une certaine condescendance. Elle nous suffoque et nous sidère, elle nous mitraille en plein cœur. Quel talent !
Noémie Lvovsky nous transperce d’émotions par son silence. Sa révolte et son indignation brillent aux fonds de son âme et nous bouleversent.
André Marcon incarne ce monstre humain avec grand talent. Il nous ébranle, nous fait tressaillir et nous pétrifie.

Tous trois nous transportent, nous émeuvent, nous font frémir et parfois sourire avec grand brio et justesse.

La mise en scène sobre et merveilleusement orchestrée d’Alain Françon intensifie la puissance de ce magnifique texte Thomas Bernhard.

Merci pour ce grand moment de théâtre.
10/10
11
... Un grand moment de théâtre. Un pur régal, impressionnant et mémorable. Courez-y, c'est grandiose.
11 oct. 2020
8/10
2
Pièce proprement et délicieusement abjecte et cruelle, dure. Mention spéciale à Catherine Hiegel qui, impériale, s’impose formidablement avec une énergie incroyable. Une grande dame.
10 oct. 2020
9/10
3
Texte dur... interprétation magistrale, avec mention spéciale à Catherine Hiegel qui tient la 1ère partie presque seule : respect pour une grande comédienne.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor