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  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • Paris 1er

Anéantis

Anéantis
De Sarah Kane
Avec Loïc Corbery
  • Loïc Corbery
  • Christian Gonon
  • Élise Lhomeau
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
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Avec cette mise en scène d’Anéantis (Blasted), le théâtre de Sarah Kane est pour la première fois joué à la Comédie-Française. 

À sa création en 1995 au Royal Court Theatre, la pièce provoque un véritable choc dans le paysage théâtral en faisant jaillir la question de la représentation de la violence en pleine actualité de la guerre de Bosnie-Herzégovine.

La dramaturge iconique, qui a mis fin à sa vie et à son oeuvre, fulgurantes, en 1999 à l’âge de 28 ans, précise alors ce qui préside à son geste artistique : « Nous devons parfois descendre en enfer par l’imagination pour éviter d’y aller dans la réalité. »

Pour le metteur en scène Simon Delétang, directeur du Théâtre du peuple à Bussang, aujourd’hui, vingt-cinq ans après, le temps de la polémique a passé et il nous est enfin permis de nous concentrer sur le poème. Il revient à la version anglaise où Sarah Kane inscrit les didascalies au même niveau que les dialogues, ce qui lui permet de rompre totalement avec les codes de jeu naturaliste pour dire et faire entendre la guerre, le sexe, le cannibalisme, mais aussi le besoin désespéré d’amour des personnages.

De la chambre d’hôtel dans laquelle Ian et la jeune Kate passent leur nuit agitée jusqu’aux décombres après l’arrivée explosive du soldat, l’action prend lieu dans une scénographie inspirée des périactes du théâtre antique permettant des changements d’espace rapides pour répondre au défi lancé par l’autrice dans cette pièce. Tout cela confère à faire ressortir la puissance tragique de l’écriture, son « autorité étrange, presque hallucinatoire » qui vient, selon Edward Bond, « du centre de notre humanité et de notre très ancien besoin du théâtre ».

Note rapide
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2 critiques
Note de 8 à 10
67%
Toutes les critiques
22 nov. 2021
9,5/10
9
Apcalypse now, still and always !

En invitant Simon Delétang à délaisser pour un temps son Théâtre du Peuple, à Bussang, afin de monter la première pièce de Sarah Kane, écrite à l’âge de 25 ans, Eric Ruf fait par là-même entrer la dramaturge britannique au Répertoire du Français.

Ce faisant, les spectateurs du Studio Théâtre vont devoir, pour mériter la catharsis que délivre cette œuvre coup de poing, réaliser un énorme effort de distanciation.
Car cette pièce, créée à Londres en 1995, est de celle qui secouent et qui nous soumet à une véritable exigence : celle d’accepter de voir de façon nouvelle une terrible réalité, afin de comprendre notre humanité, afin d'approcher de quoi l’homme est dramatiquement fait.

Cette pièce est une véritable apocalypse.
Au sens premier du terme.
Au sens étymologique grec : l’apokàlupsis, « l’action de révéler », dérive lui-même du verbe apokaluptein, « découvrir », ou « dévoiler ».

Sarah Kane dévoile l’ultra-violence et le chaos dont sont capables les hommes.

La violence et la sexualité vécus conjointement comme un véritable nihilisme, (la forme ultime du romantisme, selon l’auteure), mettant à nu une humanité incapable d’exprimer son amour, condamnée par là-même à s’auto-détruire.
Car ne nous y trompons pas : ces hommes qui vont se livrer à de terribles exactions ne sont que des hommes. Avant tout des hommes, eux-mêmes victimes de blessures profondes.



Une chambre d’hôtel.
Avec pour décoration la reproduction au mur d’une scène dyonisiaque d’initiation aux futures mariées, issue d’une fresque retrouvée dans les décombres de Pompeï, qui comme chacun sait vit sa population éradiquée. Le message est on ne peut plus clair.

Un couple entre.
Lui est l’archétype du salopard, raciste, sexiste, machiste. Elle va se refuser à lui.
Il va perpétrer ce crime abject qu’est le viol.


Le bourreau va se retrouver victime.
Le pays est en guerre…
Les grondements des bombes (accentués de façon par les vibrations des bus et des métros qui passent non loin du Studio Théâtre, l’effet est saisissant...), les grondements de plus en plus proches l’attestent.

Un soldat fait irruption dans la chambre.

Sarah Kane développe son propos « de la graine à l’arbre ».
La violence au sein d’un couple est étendue à la violence de la guerre. En 1995, en Bosnie, on sait que l’Homme se livrait à de terribles exactions sur ses semblables.

Et des scènes insoutenables, notamment des scènes de cannibalisme hallucinantes, on en trouve, dans « Anéantis »…
Les didascalies, dites d’une voix neutre par Sylvia Bergé, sont par moment insoutenables.

Simon Delétang a choisi de ne rien montrer.
Ce faisant, c’est nous autres, les spectateurs, qui allons devoir faire le job.
A nous d’imaginer l’inimaginable. A nous de penser à l’impensable.
A nous de voir ce qui n’est pas montrable.

La démarche fonctionne, vous pouvez me faire confiance…
Tout au long de la pièce, ce travail indispensable pour mesurer vraiment ce dont est capable l’humanité fait qu’on s’enfonce de plus en plus dans son siège, sidérés, effarés, mais édifiés, au sens premier.
Cette violence qui va en s’intensifiant, elle ne l’a pas inventée, Sarah Kane. C’est celle de nos semblables.

Une gigantesque explosion va tous nous secouer.
Le décor évolue.

Simon Delétang fait lumineusement déboucher cette violence sur une scène magnifique de pieta.
Le soldat tient sa victime tel un christ martyrisé.

Dans une troisième partie, le chaos atteint son paroxysme. La désolation, la cendre…
Avec au lointain, un mot. Un seul. Le titre anglais de la pièce.
« Rien qu’un mot sur une page et le théâtre est là », affirmait Sarah Kane.
Blasted.
Explosés, soufflés. Anéantis.

Elise Lhomeau, Christian Gonon et Loïc Corbery vont nous sidérer et nous embarquer de façon magistrale dans cette heure de violence mêlant un Eros dévoyé et un implacable Thanatos, unis pour le pire.

Mis en scène à la fois au scalpel et au fusil-mitrailleur, les trois comédiens nous mènent la vie dure.
Les trois sont époustouflants. Purement et simplement.
L’ovation qui les accueille une fois les lumières rallumées ne laisse planer aucun doute à ce sujet.

Et l’espoir dans tout ça ?…

Grâce à un petit détail, à la toute fin de la pièce, Simon Delétang semble nous dire qu’on peut reconstruire sur les ruines.
Et pourtant, depuis la Bosnie en 1995, les exactions humaines se sont-elles arrêtées ?

Cette pièce, qui fit scandale à sa création, a été depuis « réhabilitée » à sa juste valeur.

C’est un véritable choc qui nous est proposé, un intense moment de théâtre coup de poing, dont il faut un bon moment pour se remettre.
L’un de ces moments pourtant nécessaires et indispensables.
21 nov. 2021
5/10
1
Je prends mon joker ce coup ci, je ne commenterai pas.
19 nov. 2021
9,5/10
2
Voyage au bout de l'enfer.

Montée en 1995 et violemment critiquée, puis encensée quelques années plus tard, cette pièce de Sarah Kane dénonce de façon crue et sans concession la violence du monde.

La violence morale et physique qui a lieu dans une chambre d'hôtel luxueuse et faussement rassurante.
La violence de la guerre qui fait irruption dans cette chambre sous la forme d'un soldat.

Ce qui interpelle peut être le plus, c'est le rapprochement entre la guerre et le viol ,et leur barbarie commune.
Car pour l'auteure, la violence est le fondement même de notre système.

C'est un théâtre sans espoir où il n'y a que des décombres et des perdants. Où il n'y a aucune échappatoire ni pour les âmes ni pour les corps.

Les scènes trop sexuelles ou violentes sont remplacées par une voix off qui décrit les actes de façon implacable. Le malaise n'en est que plus fort.

Les comédiens sont époustouflants, la mise en scène magnifie parfaitement le texte, nous assistons à un théâtre rare et puissant !

Quelques semaines après sa cinquième pièce, à l'âge de 28 ans, Sarah Kane s'est pendue à l'hôpital .....

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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor