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2666

2666
De Roberto Bolaño
Mis en scène par Julien Gosselin
Avec Guillaume Bachelé
  • Guillaume Bachelé
  • Carine Goron
  • Adama Diop
  • Rémi Alexandre
  • Tiphaine Raffier
  • Victoria Quesnel
  • Caroline Mounier
  • Alexandre Lecroc
  • Noémie Gantier
  • Antoine Ferron
  • Denis Eyriey
  • Joseph Drouet
  • Frédéric Leidgens
  • Ateliers Berthier Théâtre de l'Odéon
  • 32, boulevard Berthier
  • 75017 Paris
  • Porte de Clichy ( l.13, RER C)
Itinéraire
Billets de 20,00 à 54,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

Attention, cette pièce dure 12 heures (plus d'informations sur le site du théâtre).

 

Comme une malédiction, le titre du roman de Roberto Bolaño associe la promesse du troisième millénaire à celle d'une apocalypse prochaine.

Prochaine ou peut-être déjà en marche, si l'on en croit le tableau que l'auteur dresse d'une Europe fatiguée et d'une Amérique corrompue. Crimes monstrueux qui ont ravagé le monde au XXe siècle, atrocités qui naissent dans le nouveau, force de l'art mais aussi constat de sa défaite perpétuelle contre le mal...

Attiré par les thèmes historiques mais aussi esthétiques qu'aborde cette oeuvre monumentale, Julien Gosselin en saisit la structure et les récits qui la composent et leur donne un décor commun. Apparemment distinctes mais reliées par des crimes, un désert, des enquêtes et la ville de Ciudad Juarez – ici nommée Santa Teresa –, les pistes s'accumulent et permettent au collectif Si vous pouviez lécher mon coeur de jouer des registres et d'alterner les rythmes.

 

A l'avant-scène, quatre critiques européens s'enferrent dans la recherche d'un mystérieux auteur et d'une histoire d'amour puis le monde de Bolaño s'ouvre en même temps que la scène.

 

Note rapide
8,2/10
pour 8 notes et 6 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
2 critiques
Note de 4 à 7
25%
4 critiques
Note de 8 à 10
75%
Toutes les critiques
24 oct. 2016
7,5/10
25 0
C'est épuisant à voir, mais on en sort avec plein d'images et flashs qui restent.

Je n'ai pas adhéré à l'ensemble de la pièce. Mais il faut admettre que la mise en scène est impressionnante. La musique jouée en direct est vraiment incroyable. Un peu prise de tête parfois, cette pièce est avant tout une expérience à vivre !
28 sept. 2016
9,5/10
35 0
J'ai vu deux fois cette pièce : à Avignon, et aux Ateliers Berthier de l'Odéon. J'ai donc eu le temps (24 heures en tout) de bien m'imprégner de l'histoire de Bolano, de la mise en scène de Julien Gosselin, du jeu des acteurs, des lumières, des décors...
Et j'ai franchement adoré. J'ai trouvé cette épopée de 12 heures absolument grandiose et impressionnante. Les acteurs sont incroyablement bons, ils incarnent plusieurs rôles et je les ai trouvés épatants. L'histoire est extrêmement bien construite, et j'ai beaucoup aimé le fait qu'on reconstitue tel un puzzle l'histoire peu à peu.

La mise en scène est dingue. Avec 3 blocs sur scène, Julien Gosselin arrive à nous faire voir une dizaine de lieux, avec un réalisme époustouflant. L'utilisation de la vidéo, que beaucoup jugent excessive, m'a parue parfaitement utilisée. Les lumières, la musique, les décors... J'étais tellement impressionnée ! C'est très très moderne, très contemporain, c'est génial.
Et le bonus selon moi, est que je ne me suis absolument pas ennuyée pendant 12 heures, et que j'ai trouvé que c'était une expérience à avoir.

Bref, j'ai hâte de voir une autre mise en scène de Julien Gosselin, jeune prodige de la scène contemporaine.
25 sept. 2016
8/10
38 0
2666, c’est un roman fleuve (1300 pages) où les trois premières parties semblent être totalement distinctes, rassemblant des personnages, situations géographiques, époques totalement différentes. Quatre critiques européens spécialistes d’un obscur auteur allemand Benno von Archimboldi dans la première (la partie des critiques), un professeur de philosophie chilien reclus dans la petite ville de Santa Teresa dans la deuxième (la partie d’Amalfitano) un journaliste politique noir-américain envoyé couvrir un combat de boxe dans la ville de Santa Teresa (la partie de Fate). Seuls points d’ancrages qui reviennent petit à petit puis de plus en plus souvent dans ces récits : une série de crimes violents, inouïs, commis sur des femmes dans la petite ville de Santa Teresa.

La quatrième partie (la partie des crimes) résume un par un les assassinats. Dans la cinquième, enfin, (la partie d’Archimboldi) les pièces du puzzle se rassemblent et on saisira le monstrueux et édifiant tableau qu’a voulu peindre Bolano.

Foisonnant et complexe, donc, mais matière incroyablement substantifique qui permet à Julien Gosselin de proposer un spectacle fleuve (11 h) dont on sort à la fois rincé et sous le choc d’une telle maîtrise.

Du texte, Julien Gosselin retient l’essentiel : les cinq parties sont conservées et le spectateur sera à son tour perdu entre elles, réduit en conjectures et perplexité devant un tel foisonnement. Il a également fait traduire dans les langues originelles de chaque personnage leurs textes et le spectacle en devient polyglotte et multiculturel (allemand, anglais, espagnol, français surtitrés alternent au fil des scènes). Pour représenter ces multiples lieux, contextes, la scénographie de Hubert Colas utilise des cubes qui coulissent en avant ou en arrière, sur eux-même, des voiles : espaces démultipliés, juxtaposés, divisés pour une scénographie toute en volumes et dimensions, ombres et lumières qui décuple l’effet, démultiplie ou atténue, c’est selon, la violence de certaines et scènes, tout comme leur beauté.

L’utilisation de la vidéo permet également des jeux de profondeur et de miroirs : les comédiens se filment (parfois eux même) avec des micro caméras (on est loin de l’imposant et parfois envahissant attirail utilisé par Ivo van Hove dans les Damnés), et les écrans vidéos au dessus et sur les cotés de la scène projettent les images. Le spectateur est pris dans l’étau de ces images démultipliées, envoûté par leur force et la musique jouée en live par des musiciens discrètement installés en hauteur. C’est parfois très fort, parfois trop, parfois aveuglant, parfois déroutant, parfois insoutenable de bruit, toujours captivant.

Au delà ce ce travail impressionnant où l’on devine la minutie extrême de la mise en scène, le travail de fourmi fait en amont pour découper, réécrire, étudier et proposer au spectateur une histoire incroyablement dense, on ne peut qu’applaudir également le travail de troupe qui est offert ici : les comédiens de Julien Gosselin jouent ensemble dans une réelle harmonie. Parfois inégaux ou plutôt parfois lestés de monologues longs et lancinants (monologue de Hugo Halder, de la députée mexicaine ou narratrice finale) mais toujours totalement investis malgré les heures qui défilent, on salue particulièrement Adama Diop, formidable, Carine Goron, parfaite équilibriste des sentiments, tout comme Noémie Gontier ou Antoine Ferron, magnifiques. Surprise pour les connaisseurs, l’apparition de Vincent Macaigne dans une des videos.

On en sort rincés, donc, mais aussi et surtout épatés par le travail monumental, millimétré, minutieux. Epatés par l’énergie des comédiens qui rejoueront dès demain pendant 11 heures et plus, épatés par les heures qu’on n’a pas vues défiler et par cette / ces quêtes entre le bien et le mal, entre l’horreur absolue du monde et l’espoir qu’il ne faut jamais cesser de garder .
18 sept. 2016
6/10
90 0
Pour Julien Gosselin, le théâtre est littérature. Après ses Particules élémentaires rock, le jeune metteur en scène monte d’un cran dans ses ambitions en adaptant 2666, le roman-monstre de Roberto Bolaño aux Ateliers Berthier. Une fresque éprouvante de onze heures sur l’héritage, la violence et les traces. Sans conteste créateur d’atmosphère, Gosselin dévoile encore un fois sa maîtrise léchée de la vidéo et sa capacité à fédérer sa troupe. Malgré tout, une impression décousue domine : le public monte à bord de montagnes russes avec triples loopings et ralentissements soporifiques. Cette odyssée vers l’origine du mal et de l’objet littéraire ne s’accomplit pas sans heurts. À vous de picorer…

À la croisée des chemins, 2666 multiplie les pistes dans un fourmillement labyrinthique. Conçue en cinq parties éclatées qui se rejoindront finalement en un tour de force un brin artificiel, l’adaptation brasse avec plus ou moins de bonheur les genres et les adresses : de la sitcom universitaire parodique entraînante aux monologues philosophico-existentialo-historiques un brin plombants en passant par les contes ou l’enquête policière il n’y a qu’un pas. Là résident la force et la faiblesse du spectacle : on y trouve à boire et à manger et la durée XXL de l’entreprise oblige à picorer les moments qui captent notre attention.

Face-à-face avec l’horreur
On retiendra surtout la beauté saisissante des vidéos de Jérémie Bernaert et de Pierre Martin qui parviennent à capter l’érotisme torride d’une scène d’amour à trois, la moiteur glauque d’une rave alcoolisée. On se croirait au cinéma tellement les prises de vue bluffent. Le jeu des comédiens, inégal mais pleinement investi, est percutant : Noémie Gantier, Antoine Ferron et Adama Diop vous saisissent et ne vous lâchent plus.

De la quête de l’écrivain inaccessible à ses origines ; de Ciudad Juárez à l’Allemagne nazie, 2666 s’inscrit dans une pensée et une matérialisation noir sur blanc (la partie des crimes est à cet égard particulièrement éprouvante, impitoyable et émouvante) de l’horreur, du mal, de la douleur et du deuil. On sort de l’Odéon logiquement épuisés : non seulement par ce marathon théâtral mais aussi et surtout par ce déluge noir et rouge de sexualité et de morbide.

La scénographie cubique de Hubert Colas confine les comédiens dans des cloisonnements asphyxiants et enfumés, portés par des riffles métalliques. La solitude de ces existences qui ne se croiseront pas éclate dès lors avec plus de résonance.

2666 se mérite : le parcours est semé d’embûches et l’ennui pointe assez souvent le bout de son nez. Mais avec une tension crescendo et des atmosphères pénétrantes, le charme opère malgré des réserves sur une intensité en dent de scie.
11 sept. 2016
8/10
142 1
Un véritable et intense voyage, fascinant et envoûtant !

C'est à un véritable maelström de textes,d'images, de sons, de musique et d'émotions en tous genres que nous convie Julien Gosselin.

Adapter le bouquin de feu Roberto Bolano (1360 pages en Folio poche...) relevait de la gageure.
Mettre en vie et en forme ce roman qui traite des rapports parfois ambigus entre littérature, théâtre et violence était un sacré défi à relever.

Il lui a fallu pas moins de onze heures, entractes compris, pour monter fidèlement ce « 2666 » (2 pour le millénaire, 666 pour le nombre maudit du mal).

Onze heures pour un théâtre total ultra-contemporain, un théâtre de la vie (et de la mort, aussi...), un théâtre complet qui vous prend aux tripes, vous retourne, vous dérange, vous emballe, vous séduit.

Un théâtre d'universalité et de diversité, également : le metteur en scène a choisi de faire dire les textes des personnages allemands, espagnols, anglais, mexicains, américains dans leur langue d'origine, sous-titrée.
En effet, nous sommes emmenés à Paris, Berlin, Londres, Varsovie, Turin, New-York, Santa Tereza (qui est en fait la réelle ville mexicaine de Ciudad Juarez, la ville d'ultra-violence aux centaines de femmes assassinées, violées, torturées...)

La mise en scène de Gosselin est intense, nerveuse, rythmée en diable, osée, même si les cinq parties ne sont pas toutes au même niveau. (Mais après tout, dans le roman non plus...)

Il utilise l'espace comme personne, avec une vraie inventivité, grâce à une scénographie (merci Hubert Colas) faite de petits « sous-espaces » transformables, mobiles et modulaires.

En phase totale avec son époque, il utilise également avec bonheur les technologies de pointe : video mobile embarquée, (les images sont en noir et blanc sont vraiment très belles), micros HF systématiques, textes projetés, diffusion sonore parfois assourdissante, étonnantes vitres en verre polarisé, qui s'opacifient à la demande (Merci Saint-Gobain...)

Alors bien entendu, ici ou là, on entend poindre cette insidieuse question : proposer des gros plans video, les murmures des comédiens grâce aux micros, les textes projetés en direct, tout ceci est-il encore du théâtre ?
Je répondrai oui, définitivement oui.
Que le metteur en scène utilise (à bon escient, bien évidemment) les ressources des technologies à sa disposition est selon moi indispensable, voire salutaire
.
Après tout, quand, en 1671, Molière réussit à donner sa tragédie-ballet « Psyché », dans la grande salle des Machines des Tuileries, construite spécialement pour l'occasion, c'est justement parce que pendant cinq heures durant, il va pouvoir se servir de nouvelles machineries, la technologie de pointe de l'époque.
Et toc ! Je termine ma digression.

Julien Gosselin a énormément demandé à ses comédiens.
Et l'a obtenu !

De la première partie (celle des universitaires spécialistes de Benno Von Arcimboldi, écrivain génial et mystérieux) jusqu'à la partie des crimes, à Santa Tereza, (aucun détail des tortures, des viols, des assassinats ne nous sera épargné), sans oublier le dernier acte, qui relie le tout, la quinzaine d'acteurs se donne sans compter, mélangeant et enchaînant texte (très dense, ardu, avec parfois de très longs monologues), performances, chorégraphies...

On assiste parfois à de véritables exploits et à une démesure qui servent parfaitement la totalité du spectacle.
On sent que tous sont vraiment investis.
On ne peut pas aborder ce genre de défi sans une totale adhésion au parti pris du metteur en scène.

Il faut noter également, la chose n'est pas si fréquente que cela, que la musique et les ambiances sonores sont jouées en direct, pendant pratiquement toute la pièce. (Des boucles, des loops, une sorte de musique itérative et hypnotique qui servent à merveille le propos.)

Au final, je retiendrai un sentiment d'immersion totale dans un univers très particulier, un univers fait de vie, d'amour, de violence, de mort (Eros et Thanatos ne sont jamais vraiment très loin).

Une sorte de plongée en apnée qui durerait onze heures dans un monde cruel, un univers implacable, parfois barbare dans lequel on ne peut que pénétrer à ses risques et périls.

Un trip fascinant et envoûtant, vous dis-je !
Votre critique endiablée
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor