Critiques pour l'événement Tristesses
22 mai 2018
8/10
31 0
Quelle histoire ! "Tristesses" se déroule sur l’île danoise du même nom où les 7 derniers habitants de l’île désertée après la fermeture des abattoirs, activité économique principale de l’île, découvrent l’une des leurs pendue au drapeau du Danemark. Différents bâtiments qui ressemblent à des abris jardins occupent l’espace scénique, imposants. Filmés, les acteurs disparaissent dans ces bâtiments et apparaissent à l’écran, créant ainsi des espaces démultipliés et des scènes de « dedans-dehors » qui s’enchaînent avec fluidité.

"Tristesses" est une pièce formidablement atypique : ce sont de petites gens glauques et insipides, pesant chacun son poids de secrets plus ou moins avouables. Il y a les jeunes adolescentes inquiétantes et tourmentées. Leur père, personnage truculent qui multiplie les vexations, sans pitié et pourvu d’un humour très borderline. Sa femme soumise et geignarde. Il y a le prêtre à la voix de castra, victimisé depuis l’enfance, utilisé puis corrompu et sa femme un peu benêt. Il y a le mari de la défunte, fondateur d’un parti populiste cynique et impitoyable malgré son âge. Sa fille, incarnée par la metteuse en scène Anne-Cécile Vandalem elle-même, froide et et calculatrice vient récupérer le corps de sa mère et sceller le destin de l’île.

C’est une saga où le familial et le politique se mêlent et s’influencent et où les affects sont mis à contribution des manoeuvres politiques. En effet, la chef du parti veut obtenir des habitants des signatures pour utiliser l’île comme bon lui semble. Ses sophismes dangereux sèment les graines des discours d’exclusion. Des logiques bien huilées, des mots lisses et qui sonnent acceptables pour dire le rejet fonts douter les habitants, ses proches. Elle utilise le patriotisme exacerbé comme raison de désigner des « nous » et des « eux », ligote l’amour de la patrie dos à dos aux valeurs de partage et d’accueil. Tout cela insidieusement, sournoisement, après tout elle est des leurs et vient de perdre sa mère… Le fruit pourrit peu à peu en mettant les habitants face à leur conscience. Cela finira forcément mal...

Les hommes fantômes grimés et le spectre de la mère sont les musiciens du spectacle : l’ambiance qu’ils créent est poisseuse, sordide et sombre. Beaucoup de vidéos avec des angles rapprochés, des cadres qui rappellent également les thrillers, les films d’horreur. Tous ces éléments sont étonnamment agencés et rendent le spectacle intriguant !

Pour une spectatrice souvent méfiante du théâtre contemporain qui s’entiche un peu trop de la vidéo et de la sonorisation, je dois bien avouer que Tristesses fût une grande surprise ! Fiction politique, ambiance de thriller, humour cinglant et personnages ringards et drôles malgré tout ... Je recommande vivement.

Je peux maintenant dire que j’ai vu mon premier thriller au théâtre !
19 mai 2018
8,5/10
30 0
Réconciliée avec la programmation de l’Odéon cette saison, j’ajoute des spectacles au fil de l’année, à mesure que ma confiance dans le travail Braunschweig en tant que directeur de ce théâtre grandit. Quand je lis le courriel annonçant l’avant-première du spectacle, ni une ni deux, je réserve. D’abord, parce que c’est une compagnie que je ne connais pas du tout et un spectacle qui m’intrigue, mais aussi car la proposition des avant-premières de l’Odéon me plaît énormément et mérite d’être soutenue : assister la veille ou l’avant-veille de la première au spectacle à moitié prix, c’est quand même chouette. Et pour un spectacle comme Tristesses, qui est en réalité une reprise puisque la création date du Festival In de l’an dernier, cela valait franchement le coup.

La pièce s’ouvre sur le suicide d’une des 8 dernières habitantes de l’île de Tristesses, au nord du Danemark. Le lieu autrefois prospère a vu ses habitants déserter avec la mort de ses abattoirs, qui constituait leur principale source de revenue. Martha Heiger, la fille de cette femme pendue au drapeau danois, et par ailleurs favorite des prochaines élections avec son parti du Réveil Populaire, vient chercher sa mère avec pour ambition de la ramener sur le continent, ce qui semble contraire à ses dernières volontés. L’arrivée de Martha sera le catalyseur de l’agonie de cette île, révélant tensions et manipulations jusqu’alors latentes.

J’avoue : j’ai triché. Moi qui ne lis jamais la bible avant un spectacle – connaître l’intention du metteur en scène détruit l’objectivité de la perception du spectateur – j’ai jeté sur le livret un petit gauche-droite juste avant le spectacle pour me faire une idée du sujet de la pièce. C’est peut-être grâce à cette première entrée en matière que je suis rentrée directement dans ce thriller politique qui m’a transportée sans problème jusqu’à son issue finale. Un beau morceau.

Bon alors, on ne va pas se mentir, la caméra au théâtre, on commence à avoir l’habitude. Elle est sortie à toutes les sauces mais elle n’a pas toujours un rôle clairement défini. Ici, simplement, si on enlève la caméra c’est un spectacle entièrement différent qui est joué. Il faut savoir que le décor est constitué de petites maisons fermées dont on ne voit pas l’intérieur. Et toute l’intelligence du dispositif réside en ce que le cameraman n’est jamais à vue des spectateurs – ou rarement, et quand il apparaît c’est pour de très belles raisons – et que tout ce qui est filmé se passe à l’intérieur des maisons.

Ainsi, ce qui se passe sur scène et ce qui se passe à l’écran sont deux événements véritablement complémentaires et il ne s’agit pas, comme dans Festen par exemple, de choisir de regarder l’un ou l’autre par préférence d’un gros plan ou d’un plan d’ensemble. Ce que j’ai trouvé très ingénieux, c’est que ce dispositif soulignait remarquablement la désertification de l’île : lorsque tout le monde est dans sa maison et que l’action est à l’écran, le plateau est bien triste. Oui, triste, c’est le mot.

Tristesses, c’est le nom de l’île, mais c’est aussi globalement l’état d’esprit général qui règne sur le plateau. Au-delà du texte venant vilipender la montée des populismes, l’atmosphère générale est sombre et les relations semblent toutes entachées par un secret passé. Aucune relation, d’ailleurs, ne semble égalitaire, et l’impact du pouvoir, la puissance du paraître, sont merveilleusement rendus par des dialogues et des comédiens dirigés au cordeau. Pour pallier cette lourde ambiance, Anne-Cécile Vandalem a su jongler avec des scènes plus potaches qui déclenchent un rire sonnant comme une issue de secours chez le spectateur. J’ai beaucoup aimé cette alternance de tension et de relâchement, et j’ai presque honte d’avoir ri à des blagues d’un niveau parfois douteux – mais dans ce spectacle, le spectateur est manipulé aussi facilement que les habitants de l’île…

Je découvre à l’instant, en faisant mes recherches sur les acteurs, que c’était l’autrice / metteuse en scène, Anne-Cécile Vandalem en personne, qui a joué ce personnage si désagréable qu’est Martha. J’ai trouvé son jeu d’une finesse et d’une acuité telles que je n’en reviens pas qu’elle signe également le texte et la mise en scène. Son personnage jure avec les autres par son caméléonisme – c’est un effet voulu et cela fonctionne très bien : là où chacun semble accentuer un trait de leur caractère, dans des jeux frôlant parfois la caricature, elle semble se transformer suivant les situations, montrant différentes facettes de son personnage – pour notre plus grande frayeur.
15 mai 2018
9/10
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J'ai vu Tristesses au théâtre Firmin Gémier la Piscine (92) sans me douter qu'il était programmé quelque temps plus tard sur la scène de l'Odéon.

C'est bien la preuve que les scènes de la banlieue parisienne offre à leur public des spectacles qui n'ont rien à envier à ce qu'on peut voir dans la capitale.

Le décor est très surprenant, occupant l'entièreté du plateau, lequel est lui-même très vaste. On reconnait des maisons, un petit port de pêche qui doit se trouver quelque part dans un pays scandinave.

Un bourdonnement monte dans le silence. On s'interroge sur ce qui va se produire. La réponse s’affiche sous forme d'un télex sur l’écran qui est tendu en fond de scène, prévenant que l’histoire qui va suivre est entièrement vraie. Elle a commencé les 17 et 18 novembre 2016 sur l’île de Jutland au Danemark. 811 habitants y vivaient de l’élevage en 2005. Deux éleveurs se donnent la mort en 2008 quand ferment les abattoirs.

Mon esprit s’évade aussitôt quelques secondes vers la silhouette de Stéphane Audran drapée sous la grande cape de Karl Lagerfeld traversant la lande avec son panier. J’imagine les rustres qui bientôt seront sur scène. Au fond cette vision n’est pas si fausse.

Tristesses, ce nom s'écrit au pluriel, car il est à la fois celui d’une île scandinave, d’un suspense policier, et d’un symptôme politique. Toute ressemblance avec des faits ayant réellement existé n'est donc pas fortuite.

Les dialogues commencent par une conversation animée dans la famille du maire, passionné par un Trivial Pursuit. Qu’est-ce qui est symbole de paix ? La couronne de laurier, la colombe ou le rameau d’Olivier ? Sa gamine bafouille, hésite. La colombe bien sur !

On n’en entendra pas gazouiller sur l’île où bientôt la guerre ... des nerfs fera rage.

Pour le moment Bob l’éponge est le héros et on ne cherche pas midi à quatorze heures. Le père de famille enchaîne les questions en exigeant de plus en plus sèchement une réponse. On suit ces échanges musclés sur grand écran (deux vidéastes filment en direct les déplacements des comédiens que la régie sélectionnent et projettent) quand soudain notre œil est attiré par un rideau qui se soulève à la fenêtre d’une des maisonnettes. Seraient-elles habitées ?

On croyait assister à un court métrage. Nous réalisons que l’action s’est déroulée en direct (d’où l’équipement des visages en micro ... qui ceci dit dérangent, d’autant qu’à ce moment là le son est trop fort). On se sent un peu voyeur ... poussant le paradoxe du quatrième mur, effondré.

La fumée s’échappe d'une toiture. On devine que la vieille dame s’est pendue. Chantera-t-on l’hymne national à son enterrement ?

L’île est à peine imaginaire. Anne-Cécile Vandalem y a situé une fable pour notre temps. Elle interprète Martha Heiger, dirigeante du Parti du Réveil Populaire et favorite des prochaines élections, qui revient à Tristesses pour rapatrier le corps de sa mère sur le continent. Mais pourquoi Ida s’est-elle suicidée en se pendant au drapeau danois ? Et que manigance réellement sa fille ? Tristesses étant aussi un polar nordique, je n’en dévoilerai pas plus, mais les maisons isolées sur la nuit du plateau sont le décor d’un drame où extérieurs en scène et intérieurs filmés alternent sur un rythme digne des meilleures séries.

Tristesses propose aussi une réflexion sur la montée des populismes. Selon Vandalem, "l’attristement des peuples" est aujourd’hui l’une des plus redoutables techniques de manipulation des esprits. Mais "les larmes", ajoute-t-elle, "ont une puissance esthétique infinie", indéterminable, et "les émotions peuvent être élan, moteur, énergie vive pour initier une prise de parole ou un acte".

Comme le dit un des personnages : Dans la vie si t’es pas devant t’es derrière.

Certaines scènes sont intentionnellement surréalistes, interrogeant sur la capacité des morts à s'adresser aux vivants. La metteuse en scène fait chanter la mère, morte, avec une sublime voix de soprano. Bien entendu tout est en son direct. Et la musique, que ce soit la tonalité lancinante du violoncelle ou le pas trainant des musiciens, tient une place prépondérante dans le spectacle qui fut un des gros succès du dernier festival d'Avignon.

Même si certains passages sont très drôles, Tristesses est une de ces oeuvres qui font réfléchir, et qui dégagent une force phénoménale. Les personnages devront tous, un a un, renoncer : On n’a rien pour se battre. La relation de la tristesse et du pouvoir est pour l'auteure évidente. La plus grande arme politique actuelle est l’attristement des peuples, dont la culpabilité, la honte, la frustration, l’impuissance, la haine et la désespérance sont des dérivés.

Il s'achève avec mélancolie quand Ida (Françoise Vanhecke) termine en chantant La belle vie (immortalisée par Sacha Distel) :
Alors pense que moi je t'aime
Et quand tu auras compris
Réveille-toi
Je serai là
Pour toi.
8 mai 2018
9,5/10
2 0
Magnifique, bouleversant.
Sur une petite île du Danemark, « Tristesse » autrefois florissante mais aujourd’hui en perdition suite à la fermeture de ses abattoirs, un évènement dramatique va surgir. Ida Heiger vient de se pendre au drapeau national. Les derniers survivants de l’île au nombre de 7 attendent la venue de sa fille Martha Heiger dirigeante du parti populiste.
Dans un clair- obscur baigne une place de village avec une église et de simples petites maisons où la lumière fuse à travers les fenêtres. Un système de vidéo va nous transporter dans ces intérieurs et nous plonger dans l’intimité de chacun. Cette fusion théâtre-vidéo est percutante, deux espaces distincts sont créés. Le dehors et le dedans. Ce que l’on montre et ce que l’on cache.
La place de ce petit village est hantée par les spectres des suicidés de l’île. Ce sont les anciens ouvriers des abattoirs ayant tout perdu. Ils chantent et accompagnent Ida au son de leurs instruments. Ida qui nous transperce par ses chants et sa voix magnifique.
Dans cet univers de contes et de réalités, nous allons découvrir peu à peu la violence conjugale, les trahisons, les non-dits, la noirceur des âmes, la brutalité verbale et la propagande du pouvoir populiste.
Ses hommes et ses femmes sacrifiés à des fins politiques sur leur île, nous dépeignent une comédie humaine cruelle et sans merci. Toutefois certaines scènes nous font sourire et parfois rire, c’est tout l’art d’Anne-Cécile Vandalem
Les comédiens sont excellents, la voix d’Ida Françoise Vanhecke, soprano nous transperce et nous émeut.
C’est un spectacle profond, intelligent et poignant qui ne peut laisser indifférent.

C'est bien dit "ses hommes et ses femmes sacrifiées à des fins politiques". Par contre, ne trouvez-vous pas que la violence est traitée avec humour ? Les scènes qui font sourir et rire sont terribles, c'est lorsque Petersen fait sa loi, et exerce une pression psychologique sur son entourage. ne pensez-vous pas que la violence devrait plutôt être dénoncée, plutôt que valorisée à travers l'humour ?

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Jeudi 17 mai 2018
8 mai 2018
9/10
3 0
Tristesses et pouvoir

La mère d’une future 1ère ministre -populiste- d’un Etat Scandinave se suicide sur une petite île, jadis prospère et qui ne compte plus que huit habitants.
A partir d’un fait divers, qui pourrait se révéler du registre du très banal (malheureusement !), se développe un thriller qui vire -sur scène- au règlement de comptes et, nous interpelle -nous spectateurs- de façon violente sur les dérives et les menaces de notre temps.

Le décor : plusieurs maisons de bois aux couleurs éteintes, et des éclairages assez fades qui créent une atmosphère un peu glauque (bien connue des adeptes des séries et du cinéma nordique...)

Les protagonistes : des personnages bien réels, d’âges variés, plusieurs familles qui se connaissent depuis toujours, et ont accumulé entre elles ou, au sein de leurs membres un sacré passif, que l’on découvre peu à peu, notamment sous l’incitation habile et via les manipulations cruelles de la fille de la disparue, un personnage froid, ambitieux, autoritaire et calculateur, qui revient sur l’île pour tout régler… hum…

Mais aussi, autres protagonistes, des disparus qui prennent part, surtout musicalement, à l’intrigue (2 musiciens et une soprano).
Une bonne approche pour ajouter des interrogations et du mystère à la situation.

Un process vidéo, remarquable par sa précision et sa contribution -essentielle- apportée à l’intrigue (certains spectacles récents devraient en prendre de la graine !!)
Cela nous permet d’être à la fois dans l’intimité des êtres et dans leurs interactions sociales et, d’appréhender l’intime, le non-dit, le caché (certains gros-plans des visages sont éloquents)
Les acteurs se montrent excellents dans la maîtrise de ce double jeu scénique et cinématographique -immédiat- qui leur demande beaucoup de précision.

Je ne veux pas trop en dire sur l’intrigue (c’est mieux lorsqu’il s’agit d’un thriller… !) au risque- sinon- d’amoindrir l’intérêt du propos, et de priver d’étonnements et de questionnements , de sensations fortes et d’émotions vives ceux qui n’ont pas encore vu ce spectacle.

Un projet à la tension dramatique intense : les dialogues, les situations, le jeu des comédiens, la mise en scène, l’occupation de l’espace, l’atmosphère musicale et lyrique ont su progressivement nous faire entrer dans un univers d’une parfaite banalité mais au quotidien traversé par les plus grandes noirceurs, les plus grandes hypocrisies : le goût pour la manipulation, la violence, la lâcheté, la cruauté, les frustrations, l’égoïsme, l’ambition, le chantage, la honte, la peur … se découvrent peu à peu.
La tristesse omni-présente ouvre la voie aux pires excès.
Et le rire qui nous envahit parfois (pour nous laisser souffler ???) est bien empreint de cruauté.

Une vraie réussite que ce "Tristesses" d’Anne-Cécile Vandalem !
C’est une œuvre salutaire, éclairante, mais terriblement pessimiste… avec peut-être une légère lueur d’espoir... en filigrane.
Une autre façon de nous montrer les ravages « de la bête immonde ».
7 mai 2018
8,5/10
35 0
Le Danemark ne peut pas accueillir tous les signes extérieurs de tristesse du monde.
Grâce à Anne-Cécile Vandelem, il y contribue à sa juste mesure !
Oui, il y aura bien quelque chose de pourri dans ce royaume-là...

Tristesse, c'est une île à peine imaginaire dans la province danoise du Jutland.
L'auteure et metteure en scène y a situé un conte dramatique à la fois humain, sociétal, policier et politique qui fait froid dans le dos.

Plusieurs tristesses vont se télescoper. D'où le « s » à Tristesses.

Dans un récit et une mise en scène au scalpel, elle va démontrer de façon magistrale le mécanisme asservissant de la tristesse, des tristesses, d'un peuple.
Bien entendu, ce sera pour mieux dénoncer, nous mettre en garde afin de ne pas nous retrouver piégés par cet asservissement-là.

Sur cette île, autrefois paradis des éleveurs, les abattoirs ont dû fermer, la population a fui et ne compte plus que huit habitants.
Enfin... sept habitants.

La mère d'une dirigeante d'un parti d'extrême-droite est en effet retrouvée pendue, enroulée dans le drapeau national.
Le politicienne débarque sur l'île avec deux objectifs : s'occuper des détails des funérailles de sa mère, mais également pour régler une bonne fois pour toutes les problèmes liés à la faillite des abattoirs appartenant à son père.
Nous apprendrons alors qu'une gigantesque « arnaque » économique est à l'origine de tous les maux de ce petit territoire.

Il va s'agir pour l'extrême droite de bâtir à la place un complexe de propagande cinématographique afin de lutter pour retrouver la "fierté de la race danoise et la pureté et la beauté de son peuple". Sans oublier la lutte contre les « envahisseurs » fantasmés et leurs kalachnikovs.

La démonstration d'Anne-Cécile Vandalem sera implacable.
Dans une première partie, nous allons le voir, ce peuple danois : un échantillon choisi d'individus populistes, obtus, sensibles à l'autorité, au pouvoir et à l'asservissement qui va avec.
A cet égard, Jean-Benoît Ugueux est absolument fabuleux en chefaillon administratif de l'île, beauf et populiste à souhait, violent moralement et physiquement avec sa femme.
La composition du comédien est jouissive.

On comprend donc que ce que veut promouvoir la politicienne extrémiste, c'est justement ce populisme et ce nationalisme de très mauvais aloi.

Froid dans le dos, vous dis-je.

Le propos, s'il est politique, sera également économique.
Force est de constater que l'Europe favorise la montée de ces comportements en « isme ».

La mise en scène de Melle Vandalem est très architecturale, très froide, très peu éclairée.
Et ça fonctionne parfaitement.
Le plateau est constitué de petites maisons, de petites constructions, des petits espaces intérieurs.

Bien entendu, grâce à deux cadreurs vidéastes dissimulés (exceptés en deux occasion), nous pourrons y suivre les comédiens sur un grand écran. Un vrai langage cinématographique vient aider et démultiplier la dramaturgie et l'espace scénographique, avec qui plus est de judicieux gros plans sur le visage de ces comédiens, tous excellents.
Les acteurs ont donc dû mémoriser, en plus du texte, quantité de déplacements et de positions par rapport aux caméras.
C'est vraiment de la belle ouvrage. De vrais parti-pris et de vraies méthodes de travail se font sentir.

Ces tristesses provoquées ou inévitables, selon Deleuze, ce que rappelle l'auteure dans sa note d'intention, ces tristesses, avec d'autres thèmes comme la mort et l'oubli, nous plongent dans deux heures et dix minutes intenses, apparemment froides voire mortifères.
J'ai bien écrit « apparemment », car nous allons rire. Certaines situations, certains dialogues déclenchent force sourires.
Parce que rien n'est jamais tout noir. D'ailleurs, les deux jeunes filles de la pièce apporteront-elles une lueur d'espoir ? Je vous laisse seuls juges.

Anne-Cécile Vandalem m'a totalement convaincu. Dans cet environnement social et politique lugubre, sa thèse est lumineuse.

Les peuples rendus tristes se préparent des lendemains ô combien difficiles.
C'est moment indispensable de beau théâtre, qui ne peut laisser personne indifférent.