Critiques pour l'événement Poussière
29 juin 2018
6,5/10
47 0
La lenteur, la tristesse se font ressentir à chaque minute qui passe. Le temps semble long. Heureusement qu’une belle brochette de comédiens remarquable nous montre l’étendue de leur talent, qui n’était plus à prouver. On retrouve Anne Kessler dans une émouvante drôlerie, Françoise Gillard dans un silence éloquent, Didier Sandre qui est peu de mots traduit sa lassitude, la douceur de Dominique Blanc qui s’oppose à la folie de son binôme, Hervé Pierre, l’autoritaire et odieuse Danièle Lebrun, le râleur Bruno Raffaelli qui garde en main les centres de son chien, la fragile Martine Chevallier, le discret Alain Lenglet en quête d’un livre, le gracieux dandy Gilles David et l’impassible Christian Gonon. Chacun joue sa partition pour créer une sorte de dynamique même si les phrases n’ont pas toujours de sens ou d’intérêt. Ils font le deuil commun de leur jeunesse enfuit et de la décrépitude qui les a gagné.

Le spectateur suit cette longue agonie. La vieillesse a saisi chacun des personnages pour les guider vers le bal de la mort. Et quand tout a disparu, le spectateur enfin revit et prend une bouffée d’oxygène.
20 mars 2018
6,5/10
37 0
Bouleversant, oui, malgré tous les problèmes de placement et de rythme... Que de monde sur scène ! Exercice fastidieux pour la troupe, et on le ressent.

Mais l'émotion passe, le vertige est là, ce n'est pas bancal non plus. Juste mal équilibré.

Je l'ai vu au tout début, peut-être le souffle juste a-t-il été trouvé depuis !
12 mars 2018
6/10
40 0
« Déjà je ne suis plus, tu m'admirais hier. Et je serai poussière, pour toujours demain » murmurent ces 10 personnages dans la débâcle de leur vieillesse. Partis dans on ne sait quel pays en villégiature comme depuis 30 ans, ces hommes et ces femmes sont assis sur scène, face à nous, à parler sans se répondre. Une pièce contemporaine de Lars Norén, des comédiens sélectionnés par l’auteur lui-même et une écriture de plateau dans la salle Richelieu. Un scénario en somme bien intriguant.

Il faut concéder à ce spectacle un ton qui n’est pas sans rappeler Beckett, dans cette attente absurde et ce décor de cendres et de déchets (cf « Oh les beaux jours ! » avec Catherine Frot ensevelie sous un tas de détritus ou la mise en scène désolée de « Fin de partie » de et avec Charles Berling & Dominique Pinon).

Pour autant, le texte ne mériterait pas une analyse approfondie car les répliques n’en ont pas vraiment- de profondeur. Il y des propos crus, des gros mots, des voix qui ne se répondent pas mais qui s’enchaînent pour ne pas laisser de vide, pour continuer d’exister par la parole et pour continuer de puiser dans la mémoire pour que les proches aimés n’en disparaissent pas. Cela crée une ambiance, un cadre mais il eût été appréciable qu'il y ait plus de sens dans tous ces discours décousus. En fin de compte, chacun parle pour lui-même, ânonne de plus en plus difficilement l’histoire de sa vie et nous, public, nous lassons un peu de ces échanges stériles.

C’est là ma grande réserve car la pièce ne produit qu'une ambiance : une longue plainte sans queue ni tête. Il y a bien la magnifique Anne Kessler qui déclare à un moment « ici, on meurt moins vite qu’à l’Opéra » et qui fait rire le public. Il y a Françoise Gillard, incroyable de douceur dans son rôle d’handicapée. Il y a Didier Sandre perdu, Dominique Blanc fragile. Quelques répliques par ci par là…

Mais laissons le texte de côté car si les mots ne m’ont pas paru captivants certains détails de mise en scène ont fait écho. Il y a d’abord ces chaussures qui restent sur scène alors que petit à petit leurs propriétaires disparaissent derrière le drap de l’autre monde. Cela m’a étrangement fait penser au mémorial de la Shoah de Budapest. Il y a aussi ce cerbère au fond du plateau qui accueille les morts. Pour filer la métaphore, s’il fallait retenir une seule poignée de secondes de cette pièce, ce serait cette déroute de l’autre côté du drap lorsque les uns et les autres lancent des noms de gens qu’ils ont aimés : des âmes en peine au cri déchirant, des âmes terrifiantes comme celles que croise Orphée lors de sa descente aux enfers (cf Odyssée, Homère). Aussi, la scène finale, muette, m’a serré le cœur. Il y a cette mère épuisée qui prend une décision mortifère pour pouvoir enfin mourir en paix : tuer pour pouvoir disparaître.

Poussière tient donc pour moi en quelques éclairs de lucidité. Mais avoir pu entrevoir quelques échos, purement personnels, lorsque l’on parle de l’invariant de la vieillesse n’est pas suffisant pour être totalement convaincue. C’est une mise en scène qui crée un flottement au goût acre et amer : tout est affaire d’atmosphère et les comédiens créent cela. Le texte, lui, pèche un peu!
9 mars 2018
5/10
40 0
Que dire ? Pas grand-chose, je suis partie avant la fin !

Station balnéaire, bord de mer, grisaille dans le décor, les costumes, onze pensionnaires d’une maison de retraite parlent de tout, de leurs maux, de leur vie.

Tout y est représenté, toutes les maladies neurologiques, il y a aussi la jeune femme attardée mentale, celle qui mendie pour nourrir son enfant.

Un seul moment un peu drôle, la prof de gym qui infantilise tout ce petit monde, ils sont affreux sales et méchants, vulgaires.

Le texte ne m’a pas transportée, ni la mise en scène, rien.
3 mars 2018
5,5/10
7 0
Suis-je la seule à devenir lasse des créations du Français présentées Salle Richelieu cette année ? Après la déception de La Tempête, la trahison des Fourberies de Scapin, voilà de nouvelles heures ennuyeuses passées dans le Premier Théâtre de France. Pourtant le spectacle avait de quoi m’appâter : grande admiratrice des vieux comédiens, enthousiaste à l’idée d’une pièce sur la vieillesse de la mort, seul le nom de Lars Norén me laissait de marbre devant cette affiche. Un nom qui a finalement tout envahi, puisqu’en définitive c’est le spectacle entier qui m’a laissée totalement impassible.

Dans cette pièce crépusculaire, on suit les vacances d’un groupe du troisième âge qui se retrouvent régulièrement dans cet hôtel en bord de mer. Cette semaine au soleil pourrait être la dernière, et on sent que la chose les obsède. De la mort à venir, pas vraiment de tabou. Certains la souhaitent même. Les autres passent leur temps à ressasser le passer, à l’embellir parfois, à essayer de reconstruire ce qui semble être devenu flou et que le temps a déconstruit.

Impossible pour moi de ne pas comparer ce texte à Fin de Partie. Même s’il n’a pas tous les traits de Beckett, ces dialogues décousus, ces personnages sans réel lien, cette atmosphère de décomposition omniprésente ou l’on ne sait pas tout de suite si l’on est dans le monde est morts ou bien chez les vivants m’ont rappelé la pièce de l’auteur irlandais. Mais Lars Norén ne semble pas s’être véritablement arrêté sur une atmosphère précise. Ils semblent intemporels, ces vieillards ; leurs problèmes, universels. Et pourtant, ils sont ancrés dans une réalité bien définie, temporellement, mais aussi localement, et ce besoin de situer casse une atmosphère qui peine déjà à s’installer.

Mais n’est pas Beckett qui veut, et le texte de Norén ne prend pas. Il aborde pourtant son thème avec beaucoup de vérité : l’attachement aux animaux, le retour soudain à l’enfance, le manque soudain de conscience de soi, l’incapacité à faire partir d’un groupe ou de tenir une conversation, et surtout cet éternel retour sur le passé, tout semble provenir d’un vécu véridique. Mais l’aspect décousu des discussions, les tirades des personnages sur leur vie passée, leur quotidien monotone dans cet hôtel manque cruellement d’intérêt. Et que dire de sa représentation de la mort – si elle se veut poétique, elle n’en est pas moins ennuyeuse. Les comédiens qui disparaissent au fil de la pièce se retrouve derrière un voile en fond de scène et si l’on s’accrochait encore jusque-là, c’est le moment où l’on lâche totalement tant l’intérêt du texte frôle le néant.

Heureusement, les Comédiens-Français sont en pleine forme. Il faut dire que Lars Norén s’est entouré de pointures : mis à part Alain Lenglet qui est un peu en-dessous de ses camarades, tous livrent une belle performance et les regarder est finalement un intérêt en soi. Chacun donne à son personnage une touche d’humanité : ainsi, la douceur de Dominique Blanc se confronte à la peur d’Hervé Pierre. Tous abordent un aspect spécifique lié à la vieillesse. Anne Kessler se détache du groupe avec des punchlines déclamées avec toujours beaucoup d’élégance et de finesse. C’est quand même chouette de la retrouver sur scène.

Vous l’aurez donc compris, ce spectacle m’a laissée totalement de glace. Je n’ai été ni dérangée, ni touchée, pas une fois émue, encore moins intéressée, parfois vaguement amusée, jamais prise dans ce spectacle. Je reconnais volontiers que des éléments perturbateurs ont pu m’empêcher d’y entrer : merci au monsieur du premier rang qui voulait apparemment déposer son poumon sur la scène. Je pense également à la souffleuse, hurlant son texte à une Martine Chevallier à l’air perdu, si bien qu’on en vient à se demander si cette participation était réellement inopportune. Peut-être la seule réflexion qui m’effleurera au cours du spectacle.
11 févr. 2018
6/10
20 0
70 ans et des poussières

Au bord de la mer, un complexe hôtelier, une pension de famille, une maison de retraite ou bien encore un mouroir? Qui saurait dire exactement où se déroule cette tragédie. Une tragédie ? Pas sûre non plus. Plutôt un chœur de 10 voix, interprétant une musique de chambre funèbre, une symphonie des adieux, une complainte sur les rivages de la vie et ses vagues de souvenirs.

« Mourir cela n'est rien, Mourir la belle affaire, Mais vieillir... Ô vieillir »

Lars Norén, créateur et metteur en scène de Poussière, ne nous épargne rien sur la vieillesse du 21eme siècle : souffrance, incontinence, démence, déchéance… Des maux terrifiants et des mots sinistres. Mais heureusement pour nous, il sait jouer du comique qui sied au désespoir. Humour caustique ou ironie du sort. Le temps laisse des marques, Poussière aussi.

« Le cœur est fait pour battre 50 ans, après c’est du bonus »

Tout cela « servi par les talentueux toujours jeunes « vieux » de la troupe » (@LiaCamel92)… qui oublient de temps en temps leur texte d’où la présence d’une souffleuse (et oui cela existe encore à la Comédie Française)

“Pour se trouver, il faut des cendres en nous-mêmes” (de moi)