Critiques pour l'événement Pour un oui ou pour un Non
8/10
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Une production simple et efficace d'un désormais classique du théâtre français.

Avec un Nicolas Briancon juste et épatant.
8 déc. 2016
8/10
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Pour un oui ou pour un non est une pièce qui a été beaucoup montée et interprétée par de brillants acteurs (par exemple Jean-François Balmer et Sami Frey au Théâtre du Rond-Point en 1986).

Léonie Simaga qui en propose une mise en scène au Poche Montparnasse en est d'ailleurs familière puisqu'elle l'avait proposée à la Comédie-Française, avec une autre distribution et un décor différent.

Nathalie Sarraute n'a pas donné de nom à ses personnages, désignés seulement par le code H1 et H2. Il est arrivé qu'on aille jusqu'à demander aux comédiens de les jouer en alternance pour signifier combien les rôles sont interchangeables. En relisant mes notes je remarque que lorsque j'ai noté des mots prononcés par Nicolas je ne peux rien affirmer puisque les deux comédiens portent le même prénom.

La conception du décor, blanc comme une page qui n'est pas encore écrite, laisse tout pouvoir à l'imagination. Après une introduction musicale au violoncelle H1 demande à l'autre : Je voudrais savoir ... Qu'as-tu contre moi. Il reçoit une réponse qui ne va pas le convaincre : Mais rien, pourquoi ?

N'y a-t-il eu alors qu'une maladresse de langage, un quiproquo insignifiant ? L'affaire va monter crescendo car aucun des deux ne cède. Ce ne sont pas tant les mots qui sont en cause. L'homme blessé reconnait qu'il s'agit de mots qu'on n'a pas eu justement.

Alors quoi ? Pourquoi ces "on", "vous" "nous" si indéfinis blessent-ils tant ? Parce que tout est dans l'intonation, ce que l'on sait très bien aujourd'hui à une époque où les échanges se font de plus en plus en abréviations, SMS et messages courts, tellement privés de ton que l'on a tendance à ponctuer à grands renforts de ... et de !

On parle à tort et à travers ... et soudain la catastrophe est consommée. On a beau dire je t'aime bien tu sais, justement on ne sait pas assez, on ne sait plus.

Il nous est tous arrivé de chercher à calmer le jeu par un trait d'humour, pas toujours bien pris lui non plus, par tenter une pirouette, ... la vie est là ... lâche H2, ce qui au lieu de (re)crer la connivence avec son ami ne fait qu'envenimer les choses parce que celui-ci croit reconnaitre de l'implicite en songeant au poème de Verlaine (Le ciel est par dessus les toits). Cherche-t-il à lire un sens caché qui serait en rapport avec la dernière strophe ?
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse ?

Nicolas (Briançon) attaque, fouille, interroge. Nicolas (Vaude) esquive, réplique, affronte. Il faut être deux pour se réconcilier. Les joutes verbales s'enchainent. La plus petite altération, la moindre hésitation, une virgule et voilà que se creuse un gouffre émotionnel. Jusqu'au bout on comprendra qu'ils peuvent rompre pour un oui ou pour un non. Oui ou non, ce n'est pourtant pas la même chose. Oui ... ou ... non. Chacun aura le mot de la fin.

Si Nathalie Sarraute a volontairement laissé le champ libre à l'interprétation il importe que la mise en scène prenne parti, ce que fait admirablement Léonie Simaga dont la direction d'acteurs est très précise. Le public ne parvient pas à deviner qui l'emportera ni comment l'affaire se terminera et c'est exactement ce qu'on aime au théâtre où le jeu prend toute son importance.
6 déc. 2016
8,5/10
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"Saviez-vous que 70% de la communication est non verbale"? C'est la première chose que je dirai à quelqu'un qui aurait trouvé cette histoire "un peu tirée par les cheveux". C'est vrai que la situation est légèrement absurde: deux amis réunis pour se parler et pour parler de quoi? de "ça" oui c'est bien, ça... mais après?

C'est que ce drame entre ami, cette rupture d'une amitié fondée sur une expérience difficile à verbaliser et presque de l'ordre de l'indicible est partagée par tant de gens que le sujet n'en est finalement pas si absurde. Dans ce texte, "pour un oui ou pour un non", Nathalie Sarraute cherche à mettre des mots sur des blessures en sourdine, des soupirs et des accents plus porteurs de sens que les paroles elles-mêmes. Et le défi est de taille puisque c'est la parole comme seule action qui va devoir dénouer tout cela! Une fois l'intérêt du sujet bien cerné, il faut parler des acteurs et de la mise en scène: de la qualité on vous dit!

Je me retrouve souvent à dire d'un acteur "il fait toujours le même jeu, c'est lui que je vois sur scène et non son personnage" mais cette mise en scène vient prendre le contrepied de ce constat si souvent établi: et si le talent d'un metteur en scène tenait dans le fait de pressentir quel acteur, pour ce qu'il a en lui et qui l'habite, pourra au mieux mettre son jeu et son talent au service d'un personnage de théâtre? A mon sens, en faisant le choix de Nicolas Vaude et de Nicolas Briançon, Léonie Simaga prouve avoir eu cette sensibilité. Les acteurs incarnent parfaitement leurs personnages, leurs donnent de l'épaisseur, de la crédibilité et leurs insufflent la vie pour ce (trop) court moment de théâtre. Pour une fois j'ai pensé: c'est ça, c'est deux là sont parfaits dans ces rôles! Nicolas Vaude que j'avais tant aimé dans "le neveu de Rameau", un poil tortueux et marginal est la pointure parfaite pour H1. Nicolas Briançon plus posé, plus social, plus "Philinte"que son ami vient équilibrer le jeu pour qu'on prenne cette étrange conversation avec le sérieux qu'elle mérite. Chacun d'eux sait aussi créer le rire d'un claquement de doigt, signe d'une grande maîtrise de leur jeu!
De plus, en montant la pièce dans un théâtre privé, Léonie Simaga a sûrement bénéficié de cette largesse de choix que la Comédie Française ne lui avait pas permise en 2008 puisque le choix des acteurs devait se faire dans la troupe. Un goût d'inachevé aujourd'hui comblé, je présume!

Un bon moment de théâtre donc, un peu trop court à mon goût mais qui plaira aux spectateurs prêts à se prêter au jeu des mots et des silences!
28 nov. 2016
8/10
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J'avais vu la mise en scène de Léonie Simaga, il y a quelques années avec Laurent Natrella et Andrzej Sewerin, dans un décor un peu plus fourni que celui du Poche !

L’amitié est une chose bien délicate qu’il faut savoir cultiver…
Dans le cas présent, pour une phrase dite avec une certaine intonation « Ah c’est bien … ça », H1 s’en est trouvé blessé, et en fait le reproche à son ami H2.
Celui-ci tombe des nues ! Leur amitié de vingt ans remise en cause par la susceptibilité de l’un d’eux. Cette remarque détruit leur amitié, mais était-elle si solide après tout ? Dès lors tout s’enchaine, les reproches pleuvent de part et d’autre, les souvenirs d’une randonnée qui a mal tourné, et d’une photo de famille qui provoque de la jalousie chez l’autre.
Ils vont même chercher une voisine pour les départager, celle-ci est bien embarrassée…
Le texte est toujours aussi intéressant et interrogatif, on se remet en question. Comment a commencé leur amitié ? l’un et l’autre semble sortir du même milieu social, on ne sait pas grand chose sur eux, on peut donc construire les personnages avec une entière liberté.
Nathalie Sarraute a écrit cette pièce pour deux hommes, qu’en serait-il si les protagonistes avaient été des femmes ? L’amitié n’est pas la même, sans doute moins compétitive.
Une pièce qui ne laisse pas indifférent et que l’on a toujours plaisir à voir et revoir.
26 nov. 2016
8,5/10
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Encore un spectacle « phare » au théâtre de Poche Montparnasse.

Phare parce qu’il met à l’affiche la pièce la plus célèbre et la plus jouée de l’un des plus grands écrivains français du XXème siècle, Nathalie Sarraute. Phare aussi, parce que cette pièce, intitulée « Pour un oui, pour un non », est jouée par deux grandes pointures de la scène, Nicolas Briançon et Nicolas Vaude, sous le regard vigilant et malicieux d’une ex-sociétaire de la Comédie Française, Léonie Simaga.

De quoi s’agit-il dans ce texte, composé initialement en 1982 pour la radio, mais sans cesse interprété sur des scènes de théâtre ? D’une histoire de mots, à la fois simple, terrible, machiavélique et drôle, oui, drôle, parce que tout (le point de départ, le sujet et le ton) y frôle l’absurde...
Deux amis de longue date, qui ne se sont pas revus depuis un certain temps, se retrouvent, à l’occasion d’une visite que le premier, nommé H1, rend à l’autre, appelé H2. Parce qu’elle les considère comme les représentants de deux exemples de « figures mentales », Nathalie Sarraute n’a pas donné de prénom à ces deux personnages. Mais on comprend vite que H1 représente l’homme comblé, qui a tout réussi, aussi bien sur le plan familial que social, alors qu’au contraire H2 est le symbole de l’artiste raté, rongé par l’acrimonie et la susceptibilité. Quand ces deux là se retrouvent, on sent qu’entre eux, rien ne va plus. De silences lourdement chargés de sens, en minuscules lambeaux de phrases sibyllines, la vérité finit par éclater. Quelques années plus tôt, à propos d’un petit succès de H2, H1 s’est exclamé : « c’est bien…ça ! ». Ce ne sont pas les trois mots de la phrase qui ont meurtri H1, c’est le léger silence qui a été marqué, par H2, entre l’émission de son « bien » et celle de son « ça ». Dans ce suspens, H1 a cru déceler chez son ami H2, l’expression d’une condescendance, d’un mépris à son égard. Il s’est produit, alors, à l’intérieur de lui, comme une déflagration, qui a fait voler en éclats son amitié pour H1… H2 tombe des nues, n’en revient pas. Les deux anciens amis vont ferrailler à n’en plus finir, quant au pouvoir des mots (même et surtout, peut-être) les plus anodins, sur la pensée de l’Homme et son comportement. Leur dialogue, sera éblouissant d’intelligence, de finesse et d’humour.
Pour dire ce texte qui explore, avec des mots simples, des phrases très courtes et une acuité redoutable, la complexité de la pensée humaine, il faut des interprètes de haut vol, qui n’en laissent échapper aucune intention.
Dans un décor géométrique, blanc bordé de noir qui évoque l’abstraction, Nicolas Vaude (H2) et Nicolas Briançon (H1) sont ici à leur affaire. Ils donnent à entendre, avec gourmandise et retenue (surtout Nicolas Briançon, absolument parfait), toutes les subtilités de ce dialogue brillantissime. Ils donnent chair à l’abstraction, ils s’amusent, avec respect. Ils enchantent la salle.
25 nov. 2016
9,5/10
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J’avais manqué la mise en scène de Léonie Simaga il y a quelques années à la Comédie-Française (sisi, c’est vrai…). Après son départ de cette Maison, j’ai guetté son retour, et c’est avec joie et impatience que j’ai attendu sa nouvelle mise en scène de la pièce de Sarraute. Invitée par les Théâtre Parisiens Associés, que je remercie au passage, j’ai passé une excellente soirée au Poche, grâce à l’intelligence, la maîtrise, et la subtilité de l’équipe du spectacle.

Voilà une pièce qui peut laisser perplexe ; à la lecture, pas de personnage défini mais H1 et H2, deux amis qui s’affrontent pour rien, ou ce qui peut nous sembler rien. Un rien qui part d’une phrase, d’une intonation, et qui peu à peu s’élargit pour devenir un tout. Une pièce sur le conformisme, sur la difficulté d’exprimer le rien, le ressenti intérieur. Le non-dit, maître mot du spectacle, est brillamment transmis dans cette mise en scène de Léonie Simaga.

L’une des grandes réussites du metteur en scène, à mon sens, est qu’à aucun moment, on ne prend parti. Léonie Simaga a l’art de faire parler le texte, de lui faire avouer tout ce qu’il a à dire, sans le dénaturer. Certes, on serait tenté d’envier Nicolas Briançon, l’homme qui a réussi : l’air assuré, imperturbable, il domine aisément le conflit. Mais qu’a-t-il vraiment réussi ? N’est-il pas un pion de plus, comme le dénonce l’autre Nicolas ? Ce dernier n’est-il pas dans la vérité, malgré son apparente folie ?

La scène a l’air d’un ring. Progressivement, la tension monte. Les deux Nicolas se regardent et s’affrontent, anciens amis que tout semble opposer aujourd’hui : d’un côté, Briançon apparaît calme, simple et tranquille, bien habillé, coiffé, élégant. Il respire la satisfaction de soi, la fierté plus que l’orgueil. De l’autre, je découvre un Nicolas Vaude impressionnant dans son égarement : le regard fou, le geste brusque, la diction saccadée, la composition est poussée à l’extrême mais jamais caricaturale. Un très beau duo de comédiens.

On le sait, on le sent, le bonheur apparent de l’un ne reflète pas la vérité, tout comme le rejet absolu de l’autre. Au lecteur de gratter sous le texte, de lire entre les lignes les suppositions de Nathalie Sarraute. Au spectateur de se laisser porter par une mise en scène menée de main de maître par Léonie Simaga, qui dirige ces deux grands comédiens pour notre plus grand bonheur : aux amoureux des mots, voilà un spectacle à ne pas manquer.

La vie est là, simple et tranquille, dans toute sa complexité, au Poche-Montparnasse, du mardi au samedi à 19h, et le dimanche à 17h30.
10/10
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La pièce de Nathalie Sarraute est créée à la radio en 1981 puis jouée au théâtre depuis 1986 à de nombreuses reprises. Son argument est tapageur et signifiant, son langage rageusement fourbe et malicieux.

Une brouille peut-être, une stupide brouille surement, a séparé ces deux amis d’enfance. Le temps étant passé, sont-ils prêts à résoudre l’énigme ? À tenter de s’entendre enfin sans s’embrouiller pour un oui ou pour un non ? Ils se retrouvent car H1 veut savoir pourquoi la relation avec H2 a changé. Ils essayent de se souvenir de ce qui les a éloignés l’un de l’autre. Une attitude condescendante de l’un des deux en est la cause, une formule dite sur un ton qui a déplu.

C’est ça, oui c’est bien ça… Un mot de trop, une intonation équivoque, un regard significatif, un silence lourd de sens... Un rien qui déclenche tout. Entre non-dits et sous-entendus, entre explicite et implicite, entre dicible et indicible, les deux amis font la paire pour se méprendre et se surprendre sans vouloir ou pouvoir se comprendre.

Ce texte pousse puissamment dans ses retranchements tout ce qui se cache, entre deux êtres proches, derrière les mots. Voire tout ce qui ne se dit pas mais se ressent jusqu’à leur faire dire ce qu’il ne fallait pas dire mais tant pis c’est dit et tiens là, c’est ce que tu voulais dire non ? C’est bien ça ? C’est bien !... Ça.

Dans un univers où l’absurde sourit et la réalité coasse, sont-ils fous ou pas ces deux hommes-là, amis d’enfance et frères de cœur ? Il y en a sans doute de la folie dans cette relation, du trouble aussi, peut-être même une sorte de jeu de dupes, fait de soumission rebelle et de persécution perverse. On ne sait pas. Même la voisine, appelée pour départager le bien du mal, ne saura pas le dire.

Ce que nous voyons ressemble à une joute sans merci, affectueuse et meurtrière. Joute qui n’aura ni vainqueur ni vaincu mais qui sciera la branche de l’amitié sur laquelle, assis l'un proche de l'autre, les deux hommes postillonnaient leurs invectives remplies de rancœurs et d’espérances. Ils finissent leur bagarre comme deux enfants le feraient. Car il se peut qu’ils soient devenus grands, ce jour où tout a été dit.

Magnifiquement jouée par Nicolas Briançon, Roxanna Carrara et Nicolas Vaude, la mise en scène de Léonie Simaga relève du travail d’orfèvre. Chaque élément semble pesé : Les intonations précisées, les mouvements dessinés, les silences mesurés, les éclats posés là où il le faut pour que le tourbillon dramatique ne s’arrête plus avant la fin.

Les comédiens sont vibrants d’intensité. Ils nous captivent dans ce qui semble être un combat de mots et qui se révèle la dernière bataille d’une guerre d’amitié. Nous sommes suspendus aux aléas de l’histoire qu’ils vivent pour nous avec fougue, drôlerie et sensibilité.

Du théâtre d’acteurs riche et attirant, joué avec un brio époustouflant et mis en scène avec une grande finesse, où les questions affluent et les sensations restent. Un superbe spectacle à ne pas manquer !
21 nov. 2016
9,5/10
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Enfin un rayon de soleil dans cette morne rentrée théâtrale (déjà bien entamée).

Conçue à la base pour la radio, ce texte de Nathalie Sarraute est un vrai bijou, cité par Vinaver comme la première de ses analyses des écritures dramatiques (que je vous conseille de lire, c'est un bonheur).

Le texte est fort, puissant, plein de subtilité, de drôlerie, de mystère, de non-dit, de trop-dit, je comprends qu'il puisse dérouter, agacer, déranger, mais il me met personnellement en orbite. C'est un cadeau offert aux comédiens, un cadeau empoisonné tant il est bourré de pièces.

Mais là ! Le génie de Nicolas Vaude et Nicolas Briançon fait merveille. Deux de mes comédiens préférés, quel pied ! Deux comédiens stratosphériques, en plein forme, donnant au texte toute sa saveur, dans une très bonne mise en scène de Léonie Simaga.

Je vais me répéter, mais c'est encore le Poche qui place la barre haut et réussit un fois de plus cette prouesse, là où tant de théâtres font de la facilité. Bravo encore à toute l'équipe du Poche. Infiniment.
Allez-y.
19 nov. 2016
10/10
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C'est bien... ça !

Oh que oui, c'est bien, ce « Pour un oui ou pour un non », mis en scène par Léonie Simaga.
C'est même mieux que ça !

Melle Simaga a placé la barre très très très haut !
Je ne voudrais pas être à la place du prochain metteur en scène décidant de monter cette pièce de Nathalie Sarraute.

Le langage. Les mots. L'espace entre les mots.
Cette pièce ne raconte pratiquement rien.
Deux amis se retrouvent. H1 et H2.
L'un des deux a décidé naguère de rompre leur amitié. Ils se retrouvent. Pourquoi ?

Ici, les dialogues ne servent pas à faire avancer l'action. Ce sont ces dialogues qui sont l'action.

Et ces dialogues, Léonie Simaga a choisi de les faire dire par deux grands acteurs, au sommet de leur art.
Les deux Nicolas sont excellents.
Nicolas Briançon et Nicolas Vaudé, accompagnés par Roxanna Carrara, la voisine.
Ces deux-là expriment de façon lumineuse l'intention première de l'auteure : ce sont les mots qui importent, ce sont de ces mots et de ce qu'il y a entre ces mots que vont naître ces fameux tropismes, ces « réactions psychologiques élémentaires peu exprimables, souvent liés à l'enfance », comme aimait à les décrire Nathalie Sarraute.

Et notamment ces quatre mots : « C'est bien... ça », avec le suspens entre les deux derniers.

Léonie Simaga s'est montrée très exigeante : le texte coule admirablement, les répliques s'enchaînent. Pas de temps mort, pas le temps de lâcher le public.

L'antagonisme entre le oui et le non est bel et bien là, très présent, incarné à tour de rôle par les deux comédiens.
Les oppositions lexicales caractérisant les deux personnages, voulues par Nathalie Sarraute, sont vraiment bien mises en valeur.

Et l'on rit.
Cette pièce, si le public ne rit pas, est à mon sens ratée.
Car de ces mots et de leur façon de les dire doit naître également une forme humour.

Cependant, la metteure en scène n'a pas voulu ici aborder une approche purement théorique et littéraire de ce texte.
Dans sa note d'intention, dans le dossier de presse, elle nous dit avoir voulu « rendre à cette écriture le poids de la chair, le goût du sang et la démesure purement théâtrale ».

Et le pari est gagné.
Les comédiens ont une approche viscérale, organique de la situation.
Ils bougent beaucoup, se touchent, s'étreignent, et occupent tout l'espace. (Coup de chapeau au scénographe et concepteur des lumières Massimo Troncanetti, qui propose un plateau épuré, et des lumières subtiles qui mettent en valeur les corps.)

Ils se défoncent vraiment pour que nous puissions répondre à la question « qui est le raté ? »
Comme on dit trivialement, ils mouillent la chemise (témoin le t-shirt de Nicolas Vaudé à la fin de la pièce.)

Neuf années après avoir monté pour la première fois ce « Pour un oui ou pour un non » à la Comédie Française, la volonté de Melle Simaga de revenir à cette pièce est pour elle une nouvelle approche de ce texte.

Une approche qui laissera à n'en pas douter un important jalon dans l'histoire de la mise en scène de cette pièce.

Vous l'aurez compris, j'ai assisté ce soir à un grand moment de théâtre.
De ces moments qui comptent dans la vie de quelqu'un qui aime les belles pièces et les belles mises en scène.

C'est bien... ça !