Critiques pour l'événement Politiquement Correct
1 oct. 2016
8/10
75 0
La Pépinière Opéra offre décidément de jolies surprises et propose tous les ans de belles pièces.

Salomé Lelouch dont j'avais déjà vu des pièces au Ciné 13 Théâtre qu'elle dirige, a franchi encore un niveau en qualité d'écriture avec celle-ci. On sent que le thème lui tient à coeur : le Front National séduit énormément de personnes aujourd'hui et pas forcément les profils auxquels on l'associait jusqu'ici. Et cela l'inquiète.

Tant et si bien que son héroïne Mado tombe follement amoureuse d'un homme, dont jamais elle n'aurait accepter d'être proche, si elle avait découvert les opinions politique avant de coucher avec lui.
Il faut dire que ces deux là, lorsqu'il se sont rencontrés, ont parlé de portable, puis de tout sauf de politique.
Le Front National, depuis qu'il a polissé son discours, divise toujours mais malheureusement s'est aussi renforcé en voix. D'ailleurs, ici, la pièce, l'annonce même au second tours des élections présidentielles. C'est dire la menace qu'il représente...

Salomé Lelouch nous questionne, on sent qu'elle a du, soit être confrontée à cette situation, soit l'avoir vécu avec des amis proches. Est ce que l'amour rend aveugle ? Je vous laisse découvrir cette pièce qui nous fait réfléchir mais réserve aussi de la place au rire. C'est très bien écrit, cela ne tombe jamais dans la facilité et cela fait du bien. Rachel Arditi qui interprète Mado, y met toute son énergie et est très juste. Thibaut de Montalembert, découvert dans la série dix pour cent est très bien lui aussi dans le rôle de l'avocat, cadre important du Front. Les second rôles ne sont pas en reste avec une mention spéciale pour le propriétaire du café. Seul bémol, la fin. Comme je l'ai lu dans d'autres critiques, cela donne l'impression que Salomé Lelouch ne savait pas comment terminer sa pièce et a choisi de bâcler sa fin. Dommage car le reste est de haute volée et courageux. Je recommande cette pièce, en particulier à l'approche des élections à venir.

Enfin, j'ai bien aimé la mise en scène et les décors.
24 sept. 2016
8,5/10
64 0
Salomé Lelouch n'est tombée dans aucun des pièges inhérents à ce sujet pourtant casse gueule. Pas de manichéisme ni de bien-pensance ici, mais une exposition des points de vue de chacun, des dialogues intelligents, qui sonnent juste et beaucoup d'humour.

La mise en scène (Salomé Lelouche itou) est dynamique et pleine de petites trouvailles. L'ensemble est très bien interprété.

Je recommande chaudement.
18 sept. 2016
8,5/10
165 0
Vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas !

C'est au final (au tout final) la morale de cette fable politico-sentimentale ou sentimentalo-politique, au choix.

23 avril 2017.
Le soir du premier tour de l'élection présidentielle.

La candidate de l'extrême-droite, leader du parti « le Front » (elle ne sera jamais nommée, mais suivez mon regard...), cette candidate est qualifiée haut la main pour le deuxième tour.

Le même soir, Mado (l'excellente Rachel Arditi), prof d'histoire aux idées et aux convictions fortement ancrées à gauche, va éprouver un coup de foudre réciproque pour Alexandre (le non-moins excellent Thibault de Montalembert), avocat et par ailleurs militant et cadre de ce « Front » d'extrême-droite.

Pendant une heure et demie, cet amour entre deux personnes aux idées diamétralement opposées sera (apparemment) le sujet de cette pièce.

Peut-on aimer quelqu'un qui ne partage pas du tout mais alors pas du tout les mêmes idées politiques que vous ?
Est posée bien entendue la question de l'identité politique de chacun.

Salomé Lelouch, auteure et metteure en scène, sous couvert de cette interrogation, va accumuler très habilement et volontairement les clichés qui font que certains, par paresse intellectuelle, par ignorance ou par peur, envisagent de porter au pouvoir un parti xénophobe et raciste apparemment dédiabolisé.

Et fusent les « On ne l'a jamais essayé », « Ca ne peut pas être pire que maintenant », « Les autres sont tous pourris », « De nos jours De Gaulle et Jules Ferry seraient d'extrême-droite », j'en passe et des pires.

Là où l'écriture est vraiment habile, c'est qu'il faudra attendre la toute fin de la pièce pour la démonstration et la dénonciation de la dangerosité de ces types de raisonnements.
Cette fin m'a bluffé, mais je n'en dirai évidemment pas plus.

Je vous rassure, une certaine gauche en prend également pour son grade. Cette pièce n'est pas angélique, et j'ai cru comprendre que la metteure en scène avait connu, comme pas mal d'entre nous, bien des désillusions récentes. (Là encore, suivez mon regard...)

Le quintet de comédiens fait mouche, et les trois autres rôles provoquent souvent bien des rires et fous-rires.

Le copain frontiste aux idées nauséabondes (Bertrand Combe), la militante marxiste pas communiste ! (Ludivine de Chastenet), ainsi que le propriétaire du restaurant (Arnaud Pfeiffer) où se déroule l'action sont eux aussi excellents, et servent parfaitement les intentions de l'auteure.

La mise en scène est alerte, vive, parfois volontairement un peu déroutante, on ne sait pas toujours dans quelle direction va aller la pièce qui se déroule dans un décor réduit à sa plus simple expression, un comptoir de bar modulaire.
Ainsi tout le monde se concentre sur le texte et le jeu des comédiens.

Une belle soirée où l'on rit, certes, mais où l'on réfléchit beaucoup pendant et surtout après !
Oui, maintenant, ceux qui ne savaient pas ou ne voulaient pas savoir, ceux-là savent.
11 sept. 2016
8/10
54 0
Politiquement Correct a pour thème la montée en puissance du FN.
Ce thème est mis en perspective par une romance : celle d'un militant du Front National et d'une "bobo de gauche". Tout les oppose pourtant ils s'aiment... Voilà le tableau général de la pièce.

La rencontre est attendrissante et les questions se posent d'emblée : peut on aimer quelqu'un qui a des idées contraires aux nôtres ? Qui sont les gens qui militent FN ? Et beaucoup d'autres interrogations qui arrivent dès que l'on sort des préjugés et des clichés.
La pièce aurait pu dévier vers une condamnation et une diabolisation du FN. Cela n'a pas été le cas, elle a été juste et fine en nous exposant les argumentaires des deux partis.

La mise en scène aide l'histoire malgré le décor un peu moche, l'idée est bonne de réunir les personnages dans un bar. N'est-il pas meilleur endroit pour débattre ?
Les acteurs sont bons et portent la pièce.

Seul bémol, la fin trop abrupte et facile. Faire une fin à cette pièce est assez casse-gueule et en y repensant c'est peut être l'une des seules issues possibles.
10 sept. 2016
9/10
47 0
Nous avons trouvé cette pièce géniale : acteurs excellents, dialogues intelligents, scénario bien construit, sur un sujet difficile. Mise en scène sobre.

La pièce mérite 8 ou 9 sur tous les critères (sauf le rire : pièce plus sérieuse qu'hilarante !)
6 sept. 2016
9/10
9 0
La Pépinière Théâtre ouvre la saison avec une pièce qui est en quelque sorte d'actualité puisque la première scène se déroule au cours d'une soirée d'annonce de résultats électoraux, ce qui va bientôt agiter nos esprits, si ce n'est déjà commencé.

Politiquement Correct est la troisième pièce de Salomé Lelouch qui après s'être confrontée à l'identité familiale, puis l'identité religieuse (et culturelle) questionne maintenant l'identité politique.

Elle est partie cette fois d'une interrogation osée : une histoire d'amour est-elle possible entre deux personnes qui auraient des opinions politiques diamétralement opposées ? Et si tant est que l'histoire s'enclenche, quelles seraient ses chances de durer ?

Sans concerner tout le monde à un tel niveau d'interrogation la pièce pose la question de la place que la politique occupe dans un couple. Et cette fois c'est tout le monde qui est potentiellement concerné.

Le sujet est casse-cou et Salomé Lelouch s'en tire brillamment. Parce que c'est drôle, très drôle, sans craindre la gravité, et que la dimension politique est parfaitement exploitée.

Si Mado ne s'était pas trompée de téléphone elle n'aurait pas rencontré Alexandre. Son amie Andréa, amie marxiste / féministe, a oublié son sac et tombe nez à nez avec le meilleur ami d'Alexandre. Il y a quelque chose de l'Amour et du hasard entre ces quatre là ... en ce sens que les apparences sont trompeuses et que les situations s'enchainent en miroir.

Il faut reconnaitre qu'on ne peut pas d'emblée interroger quelqu'un qui nous plait pour décider de poursuivre ou non une conversation selon que l'on partage ou pas des opinions politiques identiques. Pourtant tout le monde a pu vivre à un moment de sa vie une situation de cette complexité, et qui se traduit avec beaucoup de justesse par la réplique : je ne te dis pas tout mais je ne te mens pas.

Alexandre fait partie de cette extrême droite "dédiabolisée", populiste et prétendument moderne. C'est ce qui ne le rend pas repoussant et Mado veut effectivement croire qu'il n'est pas raciste, mais nationaliste. Elle ne va pas se rendre compte qu'elle tombe amoureuse d'un militant d'extrême-droite, ce qui raconte peut-être quelque chose sur le glissement de la gauche ou sur celui de l'extrême droite. La jeune femme va devoir définir son identité politique de façon intime, et se positionner entre son héritage et son avenir. À l'image de la France, elle va devoir choisir son camp.

La pièce raconte une histoire d'amour à l'épreuve des passions politiques, mais elle permet aussi de mesurer combien les passions politiques peuvent résister (ou évoluer) à l'épreuve de l'amour.

Nous sommes loin du théâtre de boulevard et des grosses ficelles. Le texte fait rire mais la dialectique est brillante jusqu'à la fin qui tombe comme un couperet, magistralement. On en sort forcément secoué. Et c'est bien une des fonctions du théâtre que de faire réfléchir.
4 sept. 2016
8,5/10
44 0
Une pièce intelligente, alternant légèreté et gravité.

Avril 2017, le front national arrive au second tour de l’élection présidentielle, face à un candidat socialiste… Le sujet est sérieux, et surtout apparaît comme le présage d’un futur proche. Mado et Alexandre tombent amoureux le soir du premier tour, elle est de gauche, lui est militant FN engagé. Peuvent-ils tout de même s’aimer ? La question, à première vue futile, devient rapidement le prétexte à une analyse de l’idéologie frontiste.

Car finalement « Politiquement correct » amène surtout les spectateurs à s’interroger sur le front national. Les adhérents à ce parti sont-ils vraiment des fachos infréquentables ? Mado l’amoureuse a bien envie de prouver que ce n’est pas le cas, et se risque à décortiquer les grandes idées portées par le front, pour y trouver un peu d’humanité. Les débats sont souvent houleux, parfois plus drôles. Tout au long de la pièce, rythmée par des flashs info d’un réalisme déconcertant, la tension monte jusqu’à la soirée du second tour.

On assiste à de beaux moments qui sonnent juste, notamment quand Mado et Alexandre tombent d’accord pour dire qu’avoir peur des étrangers, c’est surtout avoir peur de voir ses semblables disparaître, ou encore quand l’amie de Mado fait un parallèle entre ce que l’on projette pour soi et ce que l’on souhaite pour ses concitoyens.

Salomé Lelouch évite globalement de tomber dans un jugement partisan et semble vouloir aborder ce sujet risqué de manière assez neutre. Mais la fin de la pièce, plutôt déroutante, vient apporter un jugement brutal et tranché. J’aurais préféré une fin plus légère et moins subjective.

Une belle réussite tout de même, ancrée dans l’actualité, à découvrir en cette année électorale.
3 sept. 2016
8/10
174 0
Il est difficile de parler de cette pièce sans en révéler des morceaux. Nécessairement on va vouloir débattre de ce qu'elle porte, sous entend et présage.

Un ton juste et résolument orienté vers la comédie romantique sur un fond de politique, pas si fiction que ça, avec un message bien senti en fond d'histoire, voilà en résumé ce qu'on peut dire sans rien révéler.

Des comédiens très bons, une mise en scène et en lumière qui m'ont séduite, bref un excellent moment que je recommande à tous pour qu'on puisse ouvrir la réflexion ensuite.