Critiques pour l'événement Les Trois Soeurs
20 févr. 2018
8/10
42
Vue le 10.11.2017 au théâtre de l'Odéon

Très belle inspiration. Un décor à couper le souffle. Beaucoup de rythme.

J'ai adoré.
17 déc. 2017
8,5/10
29
Tchekhoviens purs et durs abstenez vous !
En effet si la trame des trois soeurs est conservée ainsi que la plupart des personnages, le texte a été réadapté et la pièce transposée de nos jours aux Etats-Unis.

Tchekhov disait que ses pieces se déroulent dans le temps présent, et si on s'en tient à ce postulat la version que nous présente Simon Stone est cohérente.
Oui tous les personnages parlent ensemble et personne n'écoute personne, oui le texte est cru, oui cette maison qui tourne (magnifique création de Lizzie Clachan) nous montre les protagonistes dans leur quotidien et parfois dans des situations très intimes.
Mais notre langage est il exempt de grossièreté ? nos conversations toujours d'un grand intérêt ? Facebook, Instagram etc ne sont ils pas des réseaux sociaux où sont étalés des évènements qui devraient rester privés ? Que dire de ces communications téléphoniques dans les transports en commun où des inconnus nous font bien malgré nous partager leur vie ?
On y parle aussi de l'élection de Trump, des désordres climatiques, quelques personages se droguent sont homosexuels ou vegan, et les 3 soeurs ne veulent plus s'échapper à Moscou mais à San Francisco ou à New-York.
En celà la proposition de Simon Stone n'est elle pas le reflet d'un certain monde actuel ? Et le vide des vies représentées ici n'est il pas le même que celui dépeint par Tchekhov ?

Derrière ça il suffit de peu de choses pour retrouver la mélancolie, la fuite du temps... De la neige qui tombe à la fin de la première partie, et cette très belle scène dans la seconde où après l'annonce de la vente de la maison on voit les trois soeurs défaire les lits vider les meubles, mettre les objets dans des cartons les emporter à l'extérieur.
La distribution est remarquable Céline Sallette, Amira Casar, Eloïse Mignon (les 3 soeurs), mais aussi Eric Caravaca, Frédéric Pierrot et tous les autres qui expriment tellement bien les failles et les blessures de leurs personnages.
Après Médéa au printemps dernier Simon Stone confirme qu'il est un grand metteur en scène et directeur d'acteurs. Et ces trois soeurs (d'après Tchekhov) est un des spectacles les plus marquants de ces derniers mois.
14 déc. 2017
9,5/10
72
Il y a les gens qui aiment être secoués, déstabilisés, surpris au théâtre … Et puis il y a ceux qui y cherchent ce qu'ils connaissent déjà, veulent être rassurés, que tout soit familier, que leur monde reste inchangé…
Et bien oui, le monde a changé !!! Ce sont des virtuoses comme Simon Stone qui nous le montrent, et qui font entrer des auteurs comme Tchékov dans le 21e siècle !
Tous les codes du théâtre "classique" sont bousculés, voire volontairement ignorés … Ici, les 11 comédiens crient leur vérité dans des micros. Ici, ils n'évoluent pas sur la scène, mais dans une incroyable maison tournante qui leur permet de se comporter comme dans la vraie vie!
Et c'est dans cette maison, avec des mots d'aujourd'hui, avec une empathie immense pour tous ses personnages que Simon Stone nous montre que Tchékov est intemporel …
Courez y !
8,5/10
54
Le 3 décembre 2017 à 15h , Paris

Après son Medea, que j’ai pu voir en juin dernier à L’Odéon, où il donnait à voir une Médée ancrée dans le monde d’aujourd’hui, Simon Stone monte à présent une adaptation des Trois Soeurs de Tchekhov. Avec un dispositif scénique qui ne peut pas ne pas rappeler celui mis en place pour Ibsen huis, que j’ai pu voir en juillet dans la cour du lycée Saint-Joseph à Avignon. Il s’agit d’une maison qui peut tourner et donc pouvant donner différents aspects du lieu sans rupture dans le rythme de l’histoire par la nécessité de changer de décor. De plus, on peut voir chaque membre de la famille évoluer sans cesse même si le personnage n’intervient pas directement dans la scène. Nous nous immisçons dans l’intimité de cette famille. Ce sentiment est renforcé par l’ouverture du spectacle : lorsque le rideau se lève quelques personnages sont déjà sur le plateau. Nous avons donc réellement l’impression de prendre l’action In medias res.

Toute la maison vit ! Nous voyons les personnages évoluer, prendre part à l’organisation de la vie de la maison. Ce qui donne le sentiment aux spectateurs d’être en position de voyeurs. Nous sommes comme une petite souris qui prendrait part à un moment de vie.

On peut souligner l’importance de la justesse pour Tchekhov. De la même façon que Julie Deliquet qui a trouvé plus pertinent de mettre à la place d’une partie de réussite, une séance de ciné-club avec Vania, Simon Stone va encore au-delà avec ses spectacles. En effet, ses Trois soeurs offre une vision contemporaine du texte tchékhovien. Les trois soeurs font face à des problèmes d’aujourd’hui auxquels chacun peut être confronté et donc en mesure de s’y identifier. Par exemple Irina (la plus jeune des soeurs, jouée par Eloïse Mignon) est vegan. Qui ne connaît pas dans son entourage une situation comparable ?

Ils parlent de politique, de l’Amérique de Trump, espérant que ce n’est qu’un canular géant et qu’il n’a jamais réellement existé.
Simon Stone dénonce également l’importance trop grande que l’informatique a prise dans nos vies. Si bien que Roman (Frédéric Pierrot) décide de prendre un mois de vacances informatiques.
Bien qu’il change considérablement le texte, Simon Stone garde bel et bien l’essence de l’esprit du dramaturge russe.
25 nov. 2017
8,5/10
30
Voici donc la version du jeune prodige australien Simon Stone qui dirige pour la première fois des acteurs français dans une mise en scène qu’il avait créée en allemand en Suisse.

Jusqu’ici, je n’avais pas eu la chance de voir son travail, ce fut donc avec une impatience non dissimulée que je me rendis dans le sixième arrondissement de Paris ce soir, malgré certaines réserves lues ou entendues à propos de l’adaptation de ce chef d’oeuvre de l’auteur russe.

On pourrait plutôt parler de réécriture de la pièce, ce que je trouve infiniment plus respectable et honnête qu’une énième nouvelle traduction de traduction d’un metteur en scène qui ne parlerait même pas le russe, comme c’était le cas pour « La Mouette » vue au printemps dernier au théâtre de la Bastille. Et quand cette réécriture est aussi assumée, ça ne peut que fonctionner, d’autant qu’elle respecte totalement l’esprit des Trois Soeurs : le temps qui passe, la vacuité de l’existence…

Et quelle idée géniale que cette maison qui tourne, comme dans un film en split screen, dans lequel on verrait tous les personnages évoluer sans temps mort, sans « attends, ce personnage doit se placer de telle façon pour qu’on le voit mieux », comme Simon Stone l’indique dans le programme. L’utilisation des micros est en cela bien pratique, mais il ne devrait pas empêcher les acteurs d’un peu mieux articuler ou parler un peu plus fort (ou de tourner le bouton du volume) car les paroles s’entremêlent, le rythme est rapide et il est parfois difficile de tout entendre (je fais mon vieux ronchon ou bien deviens-je sourd ? il n’est pas bon de vivre seul…)

Il y a également le bonheur, notamment (même s’il faudrait tous les citer) de voir Eric Caravaca sur scène qui interprète un André qui ne parvient pas à se « dépatouiller » de ses problèmes et autres addictions, de revoir Laurent Papot. Parmi les trois soeurs, c’est Céline Salette qui convainc le plus, mais je ne suis pas très objectif.

Le tout est captivant de bout en bout. Et je tiens également à le signaler, l’attention du public qui fut assez remarquable le soir où j’ai vu la pièce. Ce silence entre l’ultime scène et les saluts fut magique et presque inespéré.
15 nov. 2017
7/10
11
Pièce pleine de PENSANTEUR, de mal de vivre, de gens un peu pommés, à voir pour comprendre.

En bref, la pièce traite de 3 soeurs qui veulent faire vivre leur maison de vacances comme du temps de leur père, dont elles n'ont toujours pas fait le deuil. Un imbroglio de personnages gravite autour des 3 soeurs : le mari, les copains de la famille, le voisin... Il n'y a pas vraiment d'intrigue, si ce n'est celle de savoir : à partir de quand vont ils se rendre compte qu'ils vont mal ? On sent une atmosphère plombante, quelque chose de lancinant qui se trame.

Ce que j'ai adoré :
- le génie de l'observation de SIMON STONE (qui a ré écrit le texte de TCHEKHOV), sur tous les petits moments du quotidien : les personnages passent leur temps à lire à voix haute des titres de journaux, à se couper la parole tout en précisant "je t'écoute, je peux faire deux choses en même temps", en chantant du Walt Disney alors qu'ils traitent de sujets pesants, s'interrompent pour des histoires de game boy ou de dessins animés, ont développé une une appli incroyable à SF dans leur rêve uniquement, s'énervent sur leur smartphone qui ne lit pas les pdf... On s'y reconnaît totalement dans les dialogues ou dans l'absence de dialogue. Personne ne s'écoute, il y a trop de pudeur pour se poser des questions sincères
- les personnages sont des gens normaux, un peu pommés, dont leur quotidien qui n'a rien d'extraordinaire est mis en scène. C'est quand même de l'art ! Ça donne le sentiment que notre propre vie a de l'intérêt. On devrait la prendre plus au sérieux
- la maison tournante (mise en scène) : notre oeil est sollicité en permanence, il y a toujours plusieurs pièces animées dans la maison, la maison tourne et tout d'un coup on voit l'envers du décor (les toilettes, la douche). C'est très cinématographique, de voir plusieurs choses en même temps
- plus largement, tout le réel de la mise en scène : les effets spéciaux, le sexe, drogue, alcool, aucun filtre !

J'ai beaucoup apprécié la PESANTEUR de la pièce, chez les personnages, qui sont à l'étroit dans la maison, on étouffe, mais en même temps ils attendent de s'y retrouver chaque année. C'est intéressant d'aimer des situations qui pourtant ne nous vont pas.

Très bonne traduction, je trouve, d'un mal actuel : l'absence de sens de notre présent. C'est bizarre, les personnages veulent revivre le passé (les fêtes dans la maison de leur enfance), ils se projettent dans l'avenir (Macha souhaite partir à NY, Irina parle de son mariage) mais leur vie présente n'a aucun sens. Le pire, c'est que ca ne leur va pas, ils étouffent, mais personne ne comprend.

Super expérience, fortement recommandée pour tous les gens ouverts d'esprit que nous sommes.
12 nov. 2017
2,5/10
18
J’étais très enthousiaste à l’idée de découvrir le travail de Simon Stone. J’ai raté son Ibsen Huis qui a fait tant de bruit, cet été à Avignon, et j’avais hâte de connaître, moi aussi, les idées révolutionnaires de ce metteur en scène montant. J’ai un rapport particulier aux Trois Soeurs car ça a été le premier Tchekhov bien monté que j’ai vu ; le premier qui m’a permis de comprendre que malgré l’absence d’action, malgré la simplicité apparente des situations, ses pièces étaient d’une beauté sincère et prenante.Chez Tchekhov, je cherche aujourd’hui des tranches de vie : naturelles, limpides. Pas superficielles.

Simon Stone a entièrement réécrit Tchekhov en arguant que le dramaturge plaçait ses pièces dans le présent. Pourquoi pas ? Tchekhov n’a pas réellement besoin de ça car il a une écriture telle que ses oeuvres sont en réalité intemporelles, mais après tout, pourquoi pas. Julie Deliquet l’a fait avec le si grand Vania de la Comédie-Française avant lui, je n’ai rien contre l’idée de base. Mais on peut moderniser sans être vulgaire. On peut être moderne sans dire « pute », « allez vous faire enculer », « ça vaut la peau de mes couilles », ou mettre putain dans toutes ses phrases. Ces premiers échanges blessent mes oreilles et je tente alors de me reconcentrer : après tout, je suis venue voir Les Trois Soeurs d’après Tchekhov.

Mais petit à petit, de plus en plus de choses me dérangent. L’art de Tchekhov est de montrer un tout à partir d’un rien. De saisir un instant, un rapport, une émotion, un souffle avec une puissance vertigineuse et de transformer la simplicité du quotidien en une vérité à la fois intemporelle et bouleversante. Mais n’a pas le talent de Tchekhov qui veut, et l’erreur de Stone a été de vouloir reconstruire ce rien en se basant sur rien. Mais le rien au théâtre, ça ne donne pas grand chose, à part de l’ennui. Ces Trois Soeurs sont pour moi une dénaturation de Tchekhov car elle laissent de côté ce qui, à mon sens, constitue l’essence-même de l’auteur : l’émotion, la grâce, l’âpreté, l’innocence. La vie.

L’idée de départ était pourtant intéressante : puisque notre époque est vide, qu’elle se construit sur le paraître, cette décadence peut faire l’objet d’un spectacle. Deux questions alors : pourquoi se baser sur Tchekhov ? N’est-il pas, par nature, intemporel ? Dire l’amour est intemporel, non ? Le sentiment de ne pas trouver sa place est intemporel, non ? La sensation d’être passé à côté de sa vie est intemporelle, non ? Tchekhov basant ses oeuvres sur les rapports humains, à quoi bon utiliser sa pièce pour parler de quelque chose qui, fondamentalement, les dénigre ?

Et si on parvient à accepter l’utilisation de Tchekhov pour un tel usage, une autre interrogation suit la première : pour montrer le néant qui nous entoure aujourd’hui, la meilleure manière était-elle réellement de le faire passer par un spectacle tout aussi pauvre ? N’y a-t-il pas d’autre manière d’être moderne que de parler de Kim Kardashian, d’Instagram, de veganisme, de Donald Trump à tout va ? N’y a-t-il pas d’autre manière de stimuler notre intellect que de faire rire à partir d’une Macha devenue vegan, d’un André qui fait des croque-monsieur, ou du même qui passe du sent-bon dans les toilettes après avoir ouvertement crié à qui voulait l’entendre qu’il avait « envie de chier » ? J’ai parfois l’impression qu’on méprise le spectateur, à lui servir un repas aussi dilué et peu consistant. Comme s’il n’était pas capable de mâcher et de digérer lui-même les échanges Tchekhoviens.

Tchekhov ne montre pas. Il évoque, il suggère, il propose. Simon Stone a manqué à cette finesse. Il abandonne totalement la conceptualisation des rapports humains sous forme de dialogues pour compenser ses rapports vides par des éléments toujours concrets ; il oublie la psychologie de ses personnages en les montrant sans arrêt se mêlant dans un lit, s’enlaçant autour d’un baiser, se vidant aux toilettes, s’abîmant par la drogue. En se concentrant ainsi sur les actions, il met de côté les rapports humains. Il ne présente pas ses personnages, ne nous montre pas leurs peurs, leurs ambitions, leur histoire. Et tout reste en surface. Les émotions sont absentes, les personnages s’effacent derrière les allers-retours incessants des comédiens. Pourtant, scénographiquement, il y avait quelque chose. Comme ces dix secondes de temps suspendu, cet instant volé à la période de Noël où la famille se retrouve pour chanter alors que Roman marche seul dehors, sous la neige. Dix secondes sans dialogue. J’aurais peut-être dû aller voir Les Trois Soeurs de Kouliabine, finalement.
10 nov. 2017
0,5/10
27
Nous sommes partis à l'entracte et heureusement qu'il était là celui-là !

Car vraiment, si faire une récréation par une mise en scène, c'est le but du jeu et même si je vous concède que l'idée du décor est bonne, mis à part cela, il ne reste rien de l'œuvre de Tchekhov.

Il n'y a aucun contenu, c'est vide, il ne reste que la partie anecdotique et le désespoir absolu d'être dans une sitcom affligeante.