Critiques pour l'événement Le Misanthrope, avec Lambert Wilson
3 mai 2019
9/10
1 0
La mise en scène est clairement décevante : décor fixe sans charme et surprise à la fin.
Cela permet de se concentrer sur le texte qui est vraiment puissant et d'actualité 350 ans après. Les comédiens sont tous au dessus de la moyenne avec mentions spéciales à Lambert Wilson charismatique, Jean-Pierre Malo très drôle et Pauline Cheviller magnifique.
C'est la première fois que j'assiste à une pièce de Molière et même si un temps d'adaptation est requis au début pour "entrer" dans l'univers, l’expérience en vaut la peine.
20 mars 2019
8/10
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Ce misanthrope justifie le sous-titre de la pièce : l'atrabilaire amoureux ! Lambert Wilson le joue à la perfection : touchant, sensible, intransigeant.
Une pièce qui ne masque pas les émotions des personnages et d'Alceste avant tout (ce que d'aucuns pourront lui reprocher). Mais la sincérité est telle que la pièce en est bouleversante.
La mise en scène de Peter Stein permet de revenir à la substantifique moelle de cette pièce : son sujet premier.
3 mars 2019
9,5/10
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"J'écoutais cependant cette simple harmonie,
Et comme le bon sens fait parler le génie"

Ainsi parle Musset, sortant d'une représentation du Misanthrope, rendant hommage au génie de Molière !
Car oui, Alceste est une véritable icône !

Et Peter Stein a eu le talent, et l'humilité, de laisser parler ce texte admirable.
Les comédiens tous parfaits, sont là pour le servir, Lambert Wilson en tête.
Hervé Briaux incarne un Philinte particulièrement convaincant.

Le décor, à la fois somptueux et sans fioritures; à peine quelques chaises ... toujours place au texte.

Tout au long de la pièce, une tempête s'approche et grossit pour annoncer le dénouement final !

Un grand moment de théâtre vigoureusemnt applaudi.
27 févr. 2019
9/10
3 0
Nous sommes dans un hôtel du Marais, un long salon avec boiseries et fenêtres hautes, l'orage gronde, le temps est lourd...

Alceste entre en courant, invectivant ce pauvre Philinte. Il lui reproche son manque de franchise. Alceste est "droit dans ses bottes" il ne tergiverse pas, n'a aucune envie de plaire, et pour ça il réussit fort bien ! Son point faible c'est Célimène, jolie veuve, qui veut profiter enfin de sa liberté, et se laisse courtiser. Aime-t-elle Alceste ? rien n'est moins sûr.

Lambert Wilson est un Alceste colérique, séduisant, drôle parfois dans ses réactions, un rôle qui lui va parfaitement bien ! Pauline Cheviller est Célimène, on peut avoir de la sympathie pour elle, certes elle n'est pas d'une grande loyauté mais après tout, elle a été mariée très jeune et contre son gré, elle ne souhaite que vivre à présent. Brigitte Catillon est une Arsinoë sournoise, vipérine à souhait,
Jean-Pierre Malo est Oronte, prétentieux, ridicule, Philinte c'est Hervé Briaux, ami patient d'Alceste, et amoureux de la charmante Eliante, Manon Combes, elle s'intéresse à Alceste, mais par prudence se tournera vers Philinte.
Les marquis, ridicules, arrogants, Acaste et Clitandre tout en rubans et couleurs tapantes, ce sont les excellents Paul Minthe et Léo Dussolier. Au moins Célimène peut compter sur Basque son fidèle serviteur, Patrice Dozier qui compose un personnage paternel et touchant. Dimitri Viau et Jean-François Lapalus sont également à citer l'un dans le rôle du valet d'Alceste, l'autre dans l'inquiétant garde de la maréchaussée.

Peter Stein s'est attaché au texte, sa mise en scène est simple, la direction d'acteurs est irréprochable, on goûte avec plaisir le texte. Les costumes de Anna-Maria Heinreich sont élégants, ceux des marquis font bien ressortir leurs caractères avec des couleurs criardes. Alexander Kinds a créé des perruques parfaitement adaptées à chaque personnage.
24 févr. 2019
8,5/10
14 0
Le Misanthrope est une comédie de Molière en cinq actes et en vers jouée pour la première fois en 1666 au Théâtre du Palais-Royal. C’est l’histoire du colérique Alceste qui n’aime guère le monde et qui charge régulièrement contre les hypocrites de la Cour. Mais c’est aussi un homme qui est tombé amoureux de la belle Célimène…

Je ne pensais pas que j’aurai autant de plaisir à retrouver l’atrabilaire amoureux de Molière ! Dès que les premiers vers sortirent de la bouche de Lambert Wilson, je fus à nouveau sous le charme du Misanthrope !

Dans un décor d’une sobriété glaçante, un salon qui fait plus penser à un large couloir sans meuble et recouvert de miroirs, Peter Stein met en scène le plus simplement du monde le texte de Molière. Le parti pris est simple : c’est le texte qui importe !

Pour apprécier pleinement cette version du Misanthrope, il faut donc accepter que le texte soit au centre de la pièce. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié cette version sans fioritures qui a le mérite de nous laisser nous concentrer sur le propos de Molière.

Seule touche de fantaisie : les magnifiques costumes d’Anna Maria Heinrich. J’ai autant apprécié le costume sombre d’Alceste que les tenues ultra colorées de Clitandre et Acaste et aussi les robes simples mais chics de Célimène et d’Eliante. Il y a aussi de jolies perruques d’Alexander Kinds.

Après il y a les comédiens qui servent le texte avec bonheur. Je dois dire que je suis soufflée par le jeu de Lambert Wilson, il me rendrait Alceste presque sympathique car il révèle la fragilité qui se cache chez Alceste : le personnage est sensible alors qu’il est vraiment sombre. Hervé Briaux est Philinthe l’ami qui est tout en nuance et d’un naturel sympathique. Oronte est joué par un Jean-Pierre Malo qui nous sert un sonnet mémorable (il est irrésistible de drôlerie) et allumera le feu puis déclenchera les foudres d’Alceste à son encontre. Evidement il faut une Célimène envoûtante, qui draine tous les regards et Pauline Chevalier est parfaite dans ce rôle.

Au final, j’ai pris beaucoup de plaisir à retrouver ce texte, je vous le recommande.
23 févr. 2019
8,5/10
7 0
« Le Misanthrope » de Molière dans une mise en scène simple mais efficace de Peter Stein au Théâtre Libre : une vision très sombre du personnage donnant priorité au texte.

Le Misanthrope est une comédie mais pas comme celles dont nous avons l’habitude de nous régaler avec Molière, comme par exemple « L’école des femmes » ou « Tartuffe » ; ici point de bouffons qui font rire dès leurs entrées, même si Alceste apparaît avec des rubans verts sur ses manches, signe de reconnaissance en son temps.
Nous avons à faire à un personnage fortuné de la haute cour, en bel habit.

L’argument de cette pièce est des plus simples et va tenir cinq actes.
Alceste amoureux de Célimène n’a qu’un seul désir, la retrouver seule chez elle afin qu’elle se déclare. Mais à chaque rencontre un grain de sable va venir gripper la machine et il faudra attendre le cinquième acte pour enfin connaître sa réponse.

Toute l’action de la pièce se passe dans un seul lieu : le salon de Célimène.
Et bien que sa construction soit postérieure à la création de cette comédie en 1666, le décor de Ferdinand Woegerbauer, tout en longueur, m’a fait penser à la galerie des glaces du château de Versailles, sa magnificence en moins.
Lieu de passage où l’on y pénètre uniquement à cour et jardin et dont les vitres/miroirs sont les confidents des passages de notre Alceste et notre Célimène, et le reflet de leurs âmes jusqu’à son ouverture…

Ici point de fioritures qui pourraient retenir notre attention mais qui au contraire nous laissent nous concentrer sur le texte, sur la vision du metteur en scène : des alexandrins qui sonnent bien.
Seuls les très beaux costumes d’Anna Maria Heinrich accompagnés de leurs perruques d’Alexander Kinds apportent cette touche de beauté, de couleur, dans cet univers glaçant.
Les belles lumières de François Menou soulignent les visages, les expressions des comédiens : un prolongement de leurs souffrances.
A noter la beauté de ce vent qui souffle entre les actes…porteur de messages…

Misanthrope me dire-vous, eh bien oui notre Alceste dans le premier acte nous donne sa définition : toute l’humanité ne trouve grâce à ses yeux, rien ne sert de la fréquenter. Il ne supporte plus cette tolérance faite aux malintentionnés, aux méchants, qui se sortent toujours du mauvais pas grâce à leur puissance. Un idéaliste en quelque sorte, lui qui se refuse de composer comme lui suggère, lui demande son ami Philinte joué tout en écoute par Hervé Briaux.
Une scène très drôle lorsqu’apparaît Oronte joué tout en finesse par Jean-Pierre Malo, celui par qui la foudre d’Alceste va donner toute la mesure de son courroux. Il est irrésistible dans la lecture de son sonnet qui soyons honnêtes est bien d’une médiocrité sans nom et donne raison à Alceste joué par Lambert Wilson.

Lambert Wilson nous délivre par sa généreuse interprétation une facette de sensibilité qui vient en opposition avec la noirceur du personnage, malgré ses nombreux coups de sang devant la sottise humaine qui le font débouler comme un jeune taureau dans un jeu de quilles. Il en devient touchant dans son combat amoureux, lui qui n’arrive pas à décrocher le cœur de sa bien aimée Célimène et qui repartira seul dans son désespoir.

Célimène, de sa jeunesse, elle ne veut pas se priver, elle veut vivre sa vie et ne pas s’enfermer, s’éloigner du monde comme pourrait l’en priver Alceste si elle le suivait. Pauline Chevallier joue cette Célimène avec la grâce et la légèreté d’une danseuse. Elle esquive les situations comme des sauts d’un jeune félin qui sort ses griffes à l’occasion.
Son valet Basque joué par Patrice Dozier est un exemple de simplicité : un petit rôle pour un grand bonhomme.

Gravitent autour de nos héros, Eliante, la cousine de Célimène jouée par Manon Combes, un jeu tout en coquetterie au sourire réjouissant. Brigitte Catillon joue cette vieille fille aigrie avec beaucoup de classe. Paul Minthe et Léo Dussolier dans les rôles des deux petits marquis, Acaste et Clitandre, jouent à la perfection ces deux êtres prétentieux, efféminés, à la conversation plus que limitée.
Jean-François Lapalus dans Dubois et Dimitri Viau dans le garde de la Maréchaussée complètent cette brillante distribution, sans oublier les valets joués par Arthur Alexiu et Gauthier Buhrer.

Un Misanthrope dont on aurait tort de se priver.
22 févr. 2019
9/10
34 0
Il n'entre pas sur scène, l'homme aux rubans verts !
Non, il bondit sur le plateau, trainant à ses basques son meilleur copain.

Cet homme-là sera un Alceste énervé, sanguin, tapant des deux poings sur les cloisons. Atrabilaire, amoureux, misanthrope, certes, mais un Alceste en colère.

Un Alceste qui nous fera rire, également.
Le metteur en scène Peter Stein a en effet tranché.

Il sait que Molière a écrit une « comédie de salon », en 1665. (La pièce sera jouée en 1666.)
Entendons-nous bien. Ici, il n'est pas question de farce, encore moins de boulevard !
Mais oui, c'est une comédie. Bien des personnages, y compris le principal, nous tireront moult sourires et autres rires.

M. Poquelin destinait cette pièce à la cour afin d'y être reçue comme un « portrait » du grand monde. Alceste est un Sganarelle de la Haute, au prénom inspiré des héros grecs, un prénom signifiant « champion », « combattant ».
D'où l'ambiguïté première qui permet à chaque metteur en scène de voir ce qu'il veut dans ce jaloux magnifique.

Peter Stein a donc choisi son camp. Beaucoup de tension, certes, mais beaucoup de moments assez drôles.

Le metteur en scène a également judicieusement mis en valeur le propos de cette œuvre qui consiste à repousser le plus longtemps possible le fameux face-à-face entre Alceste et Célimène, à la fin de l'acte V.
Enfin les deux peuvent se parler, incessamment interrompus tout au long des quatre actes précédents.
Stein a utilisé la métaphore du vent et du mauvais temps qui approche pour intensifier cette progression vers l'inévitable.
Qui sème le vent récolte la tempête ! C'est exactement ce qui va se passer, jusqu'à l'orage final.

L'orage qui permettra d'ouvrir la porte, la tempête qui pourrait bien devenir de sable. Dans le fameux désert. Je n'en dis pas plus. La fin est très réussie !

Non, le mariage n'aura pas lieu. (C'est au passage la deuxième pièce française traitant d'amour, après « La place royale » de Corneille (1634), dont le couple principal ne se mariera pas.)

La distribution est somptueuse, autour de Lambert Wilson, qui campe un grand Misanthrope.
Il est parfait, tour à tour en homme survolté, en colère, jaloux au possible, mais aussi en personnage doté d'un humour noir, acide et féroce.
Il déploiera une sacrée énergie à arpenter le plateau représentant une sorte de galerie des glaces boisée, tapant des deux poings dans les moulures. Il se dévisagera souvent dans ces miroirs, comme pour faire s'interroger son personnage sur cette misanthropie maladive. C'est son reflet que nous verrons, bien des fois. C'est un très joli parti-pris.
Oui, un grand Misanthrope.

Célimène est interprétée avec beaucoup de subtilité par Pauline Cheviller, qui joue très finement l'autre ambiguïté de la pièce.
Cette femme est une coquette. C'est aussi une jeune veuve. (Pour Molière, en 1666, seule cette situation de veuve permettait de dépeindre une héroïne à la fois seule, libre et indépendante.)
Melle Cheviller rend son personnage à la fois intègre, féroce, tendre, impitoyable et aimante.
C'est une très jolie vision et une très belle interprétation d'un personnage plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord.

Ici, pas de seconds rôles.

Hervé Briaux (chevelu, ce qui est rare...) en Philinte, l'empathie personnifiée, Brigitte Catillon en glaciale Arsinoë, Manon Combes en délicieuse Eliante , Jean-Pierre Malo en prétentieux Oronte sont eux aussi tout simplement remarquables.
Les duos respectifs entre les cinq personnages fonctionnent à la perfection.

Le reste de la distribution est à l'avenant.
On l'aura compris, une vraie troupe a investi le théâtre Libre.

Je n'aurai garde d'oublier de mentionner les somptueux costumes d'époque de Anna Maria Heinreich, ainsi que les belles lumières de François Menou, qui permettent de recréer très joliment une journée qui passe.

Je vous conseille vivement et sans réserve aucune ce Misanthrope-là.

C'est une lecture aux parti-pris assumés et qui permettent, je le pense vraiment, de revenir aux intentions premières de l'Auteur.
Cet Alceste-là ne s'embête pas de psychologie ou de métaphysique de mauvais aloi.
Pour autant, Peter Stein et Lambert Wilson en font un homme fragile et touchant, aux multiples failles.

C'est un très beau et très intense moment de théâtre. A ne pas manquer !