Critiques pour l'événement Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ?
Elodie Menant est Arletty, pétulente, virvoltante, avec ou sans fard, avec cette gouaille et cet accent “titi parisien” sans vulgarité, sans excès et avec parfois même cette douceur attendrissante ou encore cette folie presque ennivrante. Pas de doute, Arletty “tient le pavé”, la dragée et le verbe hauts mais Arletty ne se voile pas la face pour autant…
Dès son entrée, depuis le premier rang parmi le public, drapé d’une turban, d’une longue robe blanche derrière ses lunettes noires, Arletty donne le ton, met le public au diapason , le sombre et la lumière, la joie et la tristesse, l’amour et le désamour, la désinvolture et la profondeur….les oxymores seront au rendez vous !
Marc Pistolesi et Cédric Revollon font apparaître plus de 40 personnages emblématiques dont Michel Simon, Paul Poiret, Jouvet, Prévert, Céline, Pétain, De Gaulle ou encore Cocteau , tandis que Céline Espérin incarne plusieurs rôles féminins dont la maman de “Léonie”
Théâtre, spectacle, cabaret, danses, chants, scènes intenses se mêlent, s’entre mêlent et se démêlent avec une belle fluidité, une alchimie comme on les aime, avec ces filtres qui nous tiennent attentifs à la nuance, aux mots, aux sons, aux gestes
La mise en scène de la frêle et si discrète Johanna Boyé est efficace, affirmée, solide et si pertinente que ce combo écriture/mise en scène et interprétation est gagnant, triomphant !
90 minutes pour un destin, pari, une vie , une envie , “Léonie”, dite “Arletty” n’aurait pas manqué d’y trouver “une geule d’atmosphère”
Arletty disait “Cacher son âge, c’est supprimer ses souvenirs.”, les auteurs Eric Bu et Elodie Menant ont su nous relater son histoire sans cacher son âge , ni supprimer ses souvenirs.
Dès son entrée, depuis le premier rang parmi le public, drapé d’une turban, d’une longue robe blanche derrière ses lunettes noires, Arletty donne le ton, met le public au diapason , le sombre et la lumière, la joie et la tristesse, l’amour et le désamour, la désinvolture et la profondeur….les oxymores seront au rendez vous !
Marc Pistolesi et Cédric Revollon font apparaître plus de 40 personnages emblématiques dont Michel Simon, Paul Poiret, Jouvet, Prévert, Céline, Pétain, De Gaulle ou encore Cocteau , tandis que Céline Espérin incarne plusieurs rôles féminins dont la maman de “Léonie”
Théâtre, spectacle, cabaret, danses, chants, scènes intenses se mêlent, s’entre mêlent et se démêlent avec une belle fluidité, une alchimie comme on les aime, avec ces filtres qui nous tiennent attentifs à la nuance, aux mots, aux sons, aux gestes
La mise en scène de la frêle et si discrète Johanna Boyé est efficace, affirmée, solide et si pertinente que ce combo écriture/mise en scène et interprétation est gagnant, triomphant !
90 minutes pour un destin, pari, une vie , une envie , “Léonie”, dite “Arletty” n’aurait pas manqué d’y trouver “une geule d’atmosphère”
Arletty disait “Cacher son âge, c’est supprimer ses souvenirs.”, les auteurs Eric Bu et Elodie Menant ont su nous relater son histoire sans cacher son âge , ni supprimer ses souvenirs.
Coup de coeur à Avignon en 2018 !
En bref, la comédienne Arletty raconte sa vie, son ascension, c'est une sorte de biopic au théâtre. J'ai particulièrement aimé la période à laquelle la pièce s'inscrit (années folles, effervescence artistique), le jeu de la comédienne, la musique et la danse !
Très dynamique et historique, je recommande vivement !
En bref, la comédienne Arletty raconte sa vie, son ascension, c'est une sorte de biopic au théâtre. J'ai particulièrement aimé la période à laquelle la pièce s'inscrit (années folles, effervescence artistique), le jeu de la comédienne, la musique et la danse !
Très dynamique et historique, je recommande vivement !
Spectacle vivant et dynamique où les acteurs sont très complices.
Beaucoup de changement de rythme et de costumes, un éclairage ad-hoc, une bonne mise en scène : j'ai été conquise (mais j'aimais déjà beaucoup le personnage !).
Le petit Montparnasse nous gâte par sa programmation en ce début d'année.
Beaucoup de changement de rythme et de costumes, un éclairage ad-hoc, une bonne mise en scène : j'ai été conquise (mais j'aimais déjà beaucoup le personnage !).
Le petit Montparnasse nous gâte par sa programmation en ce début d'année.
Il était une fois, à Courbevoie dans une modeste famille, la naissance de la petite Léonie Bathiat, le 15 mai 1898 à Courbevoie, maman lingère et papa mécanicien pour les tramways. Il y a déjà un grand frère. Léonie était une petite fille délurée, turbulente, un drôle de phrasé et surtout un langage qui ne convient guère à ses parents !
Plus tard, elle rencontre un jeune homme, son premier béguin, malheureusement il meurt pendant la Grande Guerre, et Léonie fait le serment de rester célibataire et sans enfants “pas de chair à canon” !
Elle travaille avec sa mère dans une usine d’armement, il faut vivre, la vie est dure. Un jour elle rencontre un banquier, il lui fait vivre la grande vie, les bons restaurants, les endroits où il faut être vus. Léonie reprend sa liberté, et pour cela il faut gagner sa croûte alors, elle deviendra mannequin chez Paul Poiret, dansera dans les revues, charmera les uns et les autres. Mais Léonie… il faut changer ton prénom, elle devient donc Arletty !
Pendant la seconde guerre, elle fréquentera du mauvais monde, elle assume, elle est amoureuse d’un officier allemand. A la libération, elle sera en résidence surveillée et à ses juges elle répondra « Si vous ne vouliez pas que je couche avec un Allemand, fallait pas les laisser entrer »...
Johanna Boyé signe la mise en scène, c’est dynamique, j’aime son travail (“Maux d’amour” et aussi “Traviata’s company”), elle mène cette revue à la baguette !
Elodie Menant (dont j’avais appréciée “La pitié dangereuse”) a bien une gueule d’Arletty, la gouaille, la joie de vivre, sans langue de bois. Céline Espérin, Marc Pistolesi, Cédric Revollon et Mehdi Bourayou sont excellents dans différents rôles, ils sont chanteurs, danseurs, on retrouve avec plaisir, Prévert, Carné, Jouvet, Gabin, les répliques cultes du cinéma.
Plus tard, elle rencontre un jeune homme, son premier béguin, malheureusement il meurt pendant la Grande Guerre, et Léonie fait le serment de rester célibataire et sans enfants “pas de chair à canon” !
Elle travaille avec sa mère dans une usine d’armement, il faut vivre, la vie est dure. Un jour elle rencontre un banquier, il lui fait vivre la grande vie, les bons restaurants, les endroits où il faut être vus. Léonie reprend sa liberté, et pour cela il faut gagner sa croûte alors, elle deviendra mannequin chez Paul Poiret, dansera dans les revues, charmera les uns et les autres. Mais Léonie… il faut changer ton prénom, elle devient donc Arletty !
Pendant la seconde guerre, elle fréquentera du mauvais monde, elle assume, elle est amoureuse d’un officier allemand. A la libération, elle sera en résidence surveillée et à ses juges elle répondra « Si vous ne vouliez pas que je couche avec un Allemand, fallait pas les laisser entrer »...
Johanna Boyé signe la mise en scène, c’est dynamique, j’aime son travail (“Maux d’amour” et aussi “Traviata’s company”), elle mène cette revue à la baguette !
Elodie Menant (dont j’avais appréciée “La pitié dangereuse”) a bien une gueule d’Arletty, la gouaille, la joie de vivre, sans langue de bois. Céline Espérin, Marc Pistolesi, Cédric Revollon et Mehdi Bourayou sont excellents dans différents rôles, ils sont chanteurs, danseurs, on retrouve avec plaisir, Prévert, Carné, Jouvet, Gabin, les répliques cultes du cinéma.
Quoi, sa gueule, qu'est-ce qu'elle a, sa gueule ?
Sa gueule d'atmosphère... L'une des répliques les plus célèbres du cinéma français...
C'est à cette réplique que fait évidemment référence le titre de la pièce co-écrite par Elodie Menant et Eric Bu.
La remarquable pièce, dois-je immédiatement préciser !
Une heure et trente minutes pour passer en revue la vie de Melle Léonie Bathiat, plus connue sous le pseudonyme d'Arletty.
Une véritable gageure, un défi remporté haut la main.
Sur la scène du Petit Montparnasse, nous allons voir défiler devant nous la vie de celle qui fut avant tout une femme éprise de liberté. Et qui l'a payée assez cher, cette liberté.
Nous la voyons défiler, cette vie, de façon musicale et dansée. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une comédie musicale, mais d'un spectacle qui mêle théâtre, musique, danse, claquettes et chansons.
Une vie passée en revue, en somme...
Elodie Menant est Arletty. C'est d'ailleurs elle qui nous accueille dans la salle, larges lunettes noires, longue robe blanche et turban assorti.
La co-auteure et comédienne, dont personne n'a oublié l'épatante adaptation et la mise en scène de la pièce La peur, d'après Stefan Zweig, Melle Menant, donc, va illuminer de sa présence, de son charisme et de son charme ces quatre-vingt-dix-minutes.
Et de sa gouaille, également.
Pouvait-elle faire l'impasse sur l'accent de titi parisien d'Arletty ?
Non bien entendu. Pour autant, elle a su placer le curseur à sa juste position. Elle n'est jamais dans l'exagération ni dans la caricature.
La comédienne ne sortira pratiquement jamais du plateau, impressionnante dans la peau de son personnage. Loin de l'esprit « performance », Elodie Menant nous fait partager de façon tout à fait crédible, naturelle, les heurs de la vie d'Arletty. Les bonheurs et les malheurs.
Eric Bu et elle n'ont pas cherché à cacher quoi que ce soit. Ils ne jugent pas Arletty. Ils racontent.
Ce qui s'est passé durant l'occupation nazie à Paris nous est révélé, avec les conséquences qui en ont découlé. La liberté et l'amour font parfois mauvais ménage... Je vous laisse découvrir ou approfondir.
Trois autres comédienne et comédiens sont sur scène, qui vont interpréter une multitude de personnages, de façon souvent très drôle.
Marc Pistolesi et Cédric Revollon vont se retrouver dans la peau de personnages plus ou moins illustres. Sans jamais verser eux non-plus dans la caricature, leurs interprétations de Michel Simon, Paul Poiret, Jouvet, Prévert, Céline, Pétain, De Gaulle ou encore Cocteau sont remarquables.
Céline Espérin assure les rôles féminins, dont la maman de Léonie, de bien belle façon.
Tous chantent, dansent, (avec ou sans claquettes), avec beaucoup de talent.
Ces quatre-là ont une sacrée collection de cordes à leur arc.
Ils sont accompagnés par Mehdi Bourayou au piano.
Certes, nous rions souvent, mais certaines scènes sont très prenantes et très émouvantes, notamment celles qui se rattachent à la fin de vie d'Arletty.
Johanna Boyé met en scène tout ce petit monde avec une vraie vision et de vrais parti-pris.
Oui, il y a décidément un style Boyé.
Ce que nous voyons sur le plateau est d'une remarquable fluidité, avec un rythme, une énergie qui font énormément plaisir à voir. Ca roule, ça coule de source...
La bonne humeur sur scène, la cohésion, l'esprit de troupe sont palpables en permanence.
Pas de noir plateau, comme trop souvent de nos jours. Pas de solution de facilité.
Ici, tout s'enchaîne très naturellement, y compris les nombreux et très rapides changements de costumes. De bien jolis costumes, d'ailleurs, que l'on doit à Marion Rebmann.
A noter également les belles lumières de Cyril Manetta, avec comme de bien entendu le projecteur rond-de-lumière cher au music-hall.
Je vous conseille donc plus que vivement de vous ruer sur vos sites de réservation en ligne favoris.
Il faut aller au Petit Montparnasse voir revivre devant nous l'icône qu'est Arletty.
Ce spectacle relève de la plus totale des réussites, une réussite maîtrisée de bout en bout.
Sa gueule d'atmosphère... L'une des répliques les plus célèbres du cinéma français...
C'est à cette réplique que fait évidemment référence le titre de la pièce co-écrite par Elodie Menant et Eric Bu.
La remarquable pièce, dois-je immédiatement préciser !
Une heure et trente minutes pour passer en revue la vie de Melle Léonie Bathiat, plus connue sous le pseudonyme d'Arletty.
Une véritable gageure, un défi remporté haut la main.
Sur la scène du Petit Montparnasse, nous allons voir défiler devant nous la vie de celle qui fut avant tout une femme éprise de liberté. Et qui l'a payée assez cher, cette liberté.
Nous la voyons défiler, cette vie, de façon musicale et dansée. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une comédie musicale, mais d'un spectacle qui mêle théâtre, musique, danse, claquettes et chansons.
Une vie passée en revue, en somme...
Elodie Menant est Arletty. C'est d'ailleurs elle qui nous accueille dans la salle, larges lunettes noires, longue robe blanche et turban assorti.
La co-auteure et comédienne, dont personne n'a oublié l'épatante adaptation et la mise en scène de la pièce La peur, d'après Stefan Zweig, Melle Menant, donc, va illuminer de sa présence, de son charisme et de son charme ces quatre-vingt-dix-minutes.
Et de sa gouaille, également.
Pouvait-elle faire l'impasse sur l'accent de titi parisien d'Arletty ?
Non bien entendu. Pour autant, elle a su placer le curseur à sa juste position. Elle n'est jamais dans l'exagération ni dans la caricature.
La comédienne ne sortira pratiquement jamais du plateau, impressionnante dans la peau de son personnage. Loin de l'esprit « performance », Elodie Menant nous fait partager de façon tout à fait crédible, naturelle, les heurs de la vie d'Arletty. Les bonheurs et les malheurs.
Eric Bu et elle n'ont pas cherché à cacher quoi que ce soit. Ils ne jugent pas Arletty. Ils racontent.
Ce qui s'est passé durant l'occupation nazie à Paris nous est révélé, avec les conséquences qui en ont découlé. La liberté et l'amour font parfois mauvais ménage... Je vous laisse découvrir ou approfondir.
Trois autres comédienne et comédiens sont sur scène, qui vont interpréter une multitude de personnages, de façon souvent très drôle.
Marc Pistolesi et Cédric Revollon vont se retrouver dans la peau de personnages plus ou moins illustres. Sans jamais verser eux non-plus dans la caricature, leurs interprétations de Michel Simon, Paul Poiret, Jouvet, Prévert, Céline, Pétain, De Gaulle ou encore Cocteau sont remarquables.
Céline Espérin assure les rôles féminins, dont la maman de Léonie, de bien belle façon.
Tous chantent, dansent, (avec ou sans claquettes), avec beaucoup de talent.
Ces quatre-là ont une sacrée collection de cordes à leur arc.
Ils sont accompagnés par Mehdi Bourayou au piano.
Certes, nous rions souvent, mais certaines scènes sont très prenantes et très émouvantes, notamment celles qui se rattachent à la fin de vie d'Arletty.
Johanna Boyé met en scène tout ce petit monde avec une vraie vision et de vrais parti-pris.
Oui, il y a décidément un style Boyé.
Ce que nous voyons sur le plateau est d'une remarquable fluidité, avec un rythme, une énergie qui font énormément plaisir à voir. Ca roule, ça coule de source...
La bonne humeur sur scène, la cohésion, l'esprit de troupe sont palpables en permanence.
Pas de noir plateau, comme trop souvent de nos jours. Pas de solution de facilité.
Ici, tout s'enchaîne très naturellement, y compris les nombreux et très rapides changements de costumes. De bien jolis costumes, d'ailleurs, que l'on doit à Marion Rebmann.
A noter également les belles lumières de Cyril Manetta, avec comme de bien entendu le projecteur rond-de-lumière cher au music-hall.
Je vous conseille donc plus que vivement de vous ruer sur vos sites de réservation en ligne favoris.
Il faut aller au Petit Montparnasse voir revivre devant nous l'icône qu'est Arletty.
Ce spectacle relève de la plus totale des réussites, une réussite maîtrisée de bout en bout.
Alors que la chanson populaire veut que ce soit sur le Pont d'Avignon qu'on y chante et qu'on y danse c'est au Théâtre du Roi René que j'ai découvert une pépite comme on peut en débusquer dans cette ville qui est pour presque tout le mois de juillet la capitale mondiale de toutes les formes de théâtre.
Est-ce que j’ai une Gueule d’Arletty ? se joue et se chante tous les jours à 13 heures et je vous souhaite de le voir à la rentrée dans une salle parisienne. Ce ne serait que justice.
Le public entre par le plateau où deux comédiens sont déjà en place. Mais pour le moment mon regard croise celui d'une grande dame enturbannée assise au premier qui me dit bonjour. Serait-ce ... ?
Mais oui c'est Arletty elle-même qui est revenue de l'au-delà pour présenter le spectacle : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, soyez les bienvenus, ce soir, je passe ma vie en revue !
Elodie Menant entonne En douce de Mistinguett, avec la voix gouailleuse que l'on a tous dans l'oreille, pour expliquer qu'elle a mené sa vie sans objectif déterminé depuis sa naissance le 15 mai 1898.
Elle nous prévient : j'ai aimé, des hommes et des femmes, entre Dieu et moi il y a eu de l'eau dans le gaz. Alors j'ai coupé l'gaz. On devine qu'il ne faut pas tenter de la juger et qu'il convient d'apprécier pleinement la sincérité avec laquelle sa vie se déroulera sous nos yeux. Mais elle n'oublie pas d'interpeler notre conscience sur les machins (les téléphones portables) susceptibles de déranger le spectacle, et cette diatribe est fort originale. Si elle est la seule à ne jouer que son rôle, les trois autres comédiens en interprètent plusieurs, et avec grand talent.
Le biopic commence en amont de la naissance d'Arletty et nous permet de comprendre dans quel milieu elle a grandi. Céline Esperin, nostalgique à jardin, Cedric Revollon (que l'on peut applaudir à Avignon aussi dans Suite française), pensif à cour, ne sont pas encore intervenus. Ils vont bientôt tomber amoureux et former un couple. Ils se sont installés à Courbevoie où ils seront les premiers à s'éclairer à l'électricité, pour le plus grand bonheur de la petite Léonie qui aura une autre chance, celle de pouvoir aller à l'école.
On sent tout de suite le fort caractère : c'est pas parce que t'as raté ta vie que je dois rater la mienne dira-t-elle bravement à sa mère. La réussite se mesurera pour cet enfant rebelle à l'aune de la liberté.
Laisse personne te raboter ton bien le plus précieux, ta liberté, dira-t-elle plus tard. Liberté de parler, de penser, de s'habiller, de vivre, sans jamais plier sous la critique (tout en l'entendant et en en tenant compte autant que possible) ni céder aux illusions : j'ai bien compris que les contes de fées, ça n'existe pas.
On aurait pu croire le contraire en ne retenant que les noms des célébrités qu'elle a côtoyées. le spectacle nous apprend combien il a fallu de courage à Léonie Marie Julia Bathiat pour devenir Arletty, quitter la peau du "p'tit gars" pour endosser un rôle de femme fatale.
Son père, Michel Bathiat, ajusteur-tourneur pour les tramways de Paris, décèdera accidentellement à seulement 44 ans. Sa mère, Marie Dautreix, lingère, mourra d'usure à cinquante ans. Elle même quittera la scène de la vie à 94 ans ... nous faisant remarquer avec humour (noir) que le compte est bon.
Le texte est ciselé et les répliques font mouche. Chacun a de beaux rôles mais on se souviendra forcément surtout des "petites phrases" d'Arletty : il y a un vide en moi, un fond de paradis à jamais perdu.
Jeune fille, elle sera modèle dans la boutique du grand couturier Poiret. Premier changement de nom, elle emprunte Arlette au roman Mont-Oriol de Maupassant. C'est mieux que Léonie mais ça ne sera pas assez glamour pour devenir meneuse de revue. Armand Berthez, le directeur du théâtre des Capucines, le déformera en Arletty, qui résonne tout de suite angliche. Elle n'en changera plus.
On admire les très jolies robes rehaussées de pierreries et bordées de franges selon la mode des années 30-40 que portent aussi élégamment les deux comédiennes.
On entend avec bonheur chanter Couchée dans le foin, alors que le succès était interprété à l'époque par Davia, comme It's a Long Way to Tipperary écrit par Jack Judge et Harry Williams en 1912 pour le music-hall.
Plusieurs de ses films sont évoqués (il aurait été impossible de les citer tous au cours du spectacle) comme Faisons un rêve (de Sacha Guitry en 1936) qui marque le vrai début de la carrière au cinéma de celle qui sera une des actrices fétiches de Marcel Carné.
Elle a immortalisé les dialogues d'Henri Jeanson. Chacun, dans la salle, revoit la silhouette de Mme Raymonde accoudée à l'écluse, devant l'Hôtel du Nord (qui soit dit en passant n'a jamais existé et ne fut qu'un élément de décor) : C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère ! Si je suis une atmosphère, t’es un drôle de bled ! Les types qui sortent du milieu sans en être et qui crânent à cause de ce qu’ils ont été on devrait les vider ! Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? Puisque c’est ça, vas-y tout seul à La Varenne ! Bonne pêche et bonne atmosphère !
Et la salle d'applaudir et de rire à cette évocation.
Ce sont les rôles que lui écrira Jacques Prévert qui fera d'elle une grand actrice. Elle sera Dominique des Visiteurs du soir (1942), Garance des Enfants du paradis (1945), celle pour qui Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour.
Le spectacle enchaine tambour battant les principaux épisodes de la vie de la comédienne et ses partenaires endossent à tour de rôle les costumes de tous ceux qui ont marqué sa vie. Marc Pistolesi sera par exemple Michel Simon et Jacques Prévert et Céline Esperin une Colette très réussie.
Rien n'est occulté de la période trouble de l'occupation. Arletty s'éprend de Hans Jürgen Soehring, un officier allemand, homme de confiance de Göring à Paris, dont elle tombera enceinte (mais avortera). Après la Libération elle sera assignée à résidence pendant dix-huit mois, recevra un blâme, assorti d'une interdiction de travailler pendant trois ans. La plus invitée devient la plus évitée.
On peut admirer la constance de ses sentiments et son courage quand elle perdra la vue en 1966. Le tourbillon de ma vie est devenu un cyclone. La grande dame ne perd pas une forme de légèreté qui lui permet de penser que tout est toujours possible, tout en conservant son franc-parler jusqu'au soir de sa vie, le 22 juillet 1992.
La mise en scène de Johanna Boyé met du lien entre les épisodes. Le spectacle est formidablement bien construit, alliant la reconstitution, l'évocation, la comédie, la chanson ... ponctué de chorégraphies qui tombent à point nommé.
On est emporté, enchanté, totalement conquis. Notre coeur balance entre le rire et la petite larme tant Elodie Menant incarne avec sensibilité l'esprit libre de l'immense Arletty. On quitte la salle réjoui d'avoir fait ce rêve en compagnie de toute cette troupe...
Eric Bu et Elodie Menant ont fait du joli travail. On devine l'immensité du travail accompli en termes de lecture, visionnage de films, collecte d'informations ... pour ensuite les absorber et s'en dégager avant d'écrire à quatre mains ce biopic sans prétention d'exhaustivité mais avec le souci de décoller une à une les étiquettes qui ont été collées sur la forte personnalité d'Arletty.
Cela reste du théâtre musical et c'est ce qu'il fallait. Avec les fils directeur qui caractérisent si bien la vie de cette artiste hors du commun, son énergie et son exigence de liberté. En la plaçant au centre de la scène, lui donnant le rôle de la meneuse de revue, les auteurs lui permettent de donner ses réponses aux questions que ses concitoyens lui ont posées.
Le public la suit dans ses péripéties au cours de ce long voyage dans un siècle marqué par tant d'ambiances différentes, depuis la belle Epoque, l’industrialisation, les dures années de guerre de14-18, les années folles, la crise de 1929, la Seconde Guerre Mondiale, l’après-guerre, jusqu'à l’émancipation de la femme…
Les dialogues n'installent aucun jugement mais ils permettent de comprendre les clés du destin hors du commun de cette artiste d'exception. Il était temps de lui rendre cet hommage.
Elodie Menant aimerait faire aboutir un autre projet, dans un registre totalement différent, Athlètes, un texte qu'elle a écrit à propos d'une jeune femme (asthmatique) qui court le 800 mètres et dont on suit le parcours. Il a fait l'objet d'une lecture l'an dernier en Avignon, et devrait être mis en scène par Mathilda May.
Nul doute qu'après l'immense succès de La peur (qui reprend au Théâtre michel à partir du jeudi 4 octobre) et celui d'Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ? ce nouveau projet devrait trouver ses partenaires.
Est-ce que j’ai une Gueule d’Arletty ? se joue et se chante tous les jours à 13 heures et je vous souhaite de le voir à la rentrée dans une salle parisienne. Ce ne serait que justice.
Le public entre par le plateau où deux comédiens sont déjà en place. Mais pour le moment mon regard croise celui d'une grande dame enturbannée assise au premier qui me dit bonjour. Serait-ce ... ?
Mais oui c'est Arletty elle-même qui est revenue de l'au-delà pour présenter le spectacle : Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, soyez les bienvenus, ce soir, je passe ma vie en revue !
Elodie Menant entonne En douce de Mistinguett, avec la voix gouailleuse que l'on a tous dans l'oreille, pour expliquer qu'elle a mené sa vie sans objectif déterminé depuis sa naissance le 15 mai 1898.
Elle nous prévient : j'ai aimé, des hommes et des femmes, entre Dieu et moi il y a eu de l'eau dans le gaz. Alors j'ai coupé l'gaz. On devine qu'il ne faut pas tenter de la juger et qu'il convient d'apprécier pleinement la sincérité avec laquelle sa vie se déroulera sous nos yeux. Mais elle n'oublie pas d'interpeler notre conscience sur les machins (les téléphones portables) susceptibles de déranger le spectacle, et cette diatribe est fort originale. Si elle est la seule à ne jouer que son rôle, les trois autres comédiens en interprètent plusieurs, et avec grand talent.
Le biopic commence en amont de la naissance d'Arletty et nous permet de comprendre dans quel milieu elle a grandi. Céline Esperin, nostalgique à jardin, Cedric Revollon (que l'on peut applaudir à Avignon aussi dans Suite française), pensif à cour, ne sont pas encore intervenus. Ils vont bientôt tomber amoureux et former un couple. Ils se sont installés à Courbevoie où ils seront les premiers à s'éclairer à l'électricité, pour le plus grand bonheur de la petite Léonie qui aura une autre chance, celle de pouvoir aller à l'école.
On sent tout de suite le fort caractère : c'est pas parce que t'as raté ta vie que je dois rater la mienne dira-t-elle bravement à sa mère. La réussite se mesurera pour cet enfant rebelle à l'aune de la liberté.
Laisse personne te raboter ton bien le plus précieux, ta liberté, dira-t-elle plus tard. Liberté de parler, de penser, de s'habiller, de vivre, sans jamais plier sous la critique (tout en l'entendant et en en tenant compte autant que possible) ni céder aux illusions : j'ai bien compris que les contes de fées, ça n'existe pas.
On aurait pu croire le contraire en ne retenant que les noms des célébrités qu'elle a côtoyées. le spectacle nous apprend combien il a fallu de courage à Léonie Marie Julia Bathiat pour devenir Arletty, quitter la peau du "p'tit gars" pour endosser un rôle de femme fatale.
Son père, Michel Bathiat, ajusteur-tourneur pour les tramways de Paris, décèdera accidentellement à seulement 44 ans. Sa mère, Marie Dautreix, lingère, mourra d'usure à cinquante ans. Elle même quittera la scène de la vie à 94 ans ... nous faisant remarquer avec humour (noir) que le compte est bon.
Le texte est ciselé et les répliques font mouche. Chacun a de beaux rôles mais on se souviendra forcément surtout des "petites phrases" d'Arletty : il y a un vide en moi, un fond de paradis à jamais perdu.
Jeune fille, elle sera modèle dans la boutique du grand couturier Poiret. Premier changement de nom, elle emprunte Arlette au roman Mont-Oriol de Maupassant. C'est mieux que Léonie mais ça ne sera pas assez glamour pour devenir meneuse de revue. Armand Berthez, le directeur du théâtre des Capucines, le déformera en Arletty, qui résonne tout de suite angliche. Elle n'en changera plus.
On admire les très jolies robes rehaussées de pierreries et bordées de franges selon la mode des années 30-40 que portent aussi élégamment les deux comédiennes.
On entend avec bonheur chanter Couchée dans le foin, alors que le succès était interprété à l'époque par Davia, comme It's a Long Way to Tipperary écrit par Jack Judge et Harry Williams en 1912 pour le music-hall.
Plusieurs de ses films sont évoqués (il aurait été impossible de les citer tous au cours du spectacle) comme Faisons un rêve (de Sacha Guitry en 1936) qui marque le vrai début de la carrière au cinéma de celle qui sera une des actrices fétiches de Marcel Carné.
Elle a immortalisé les dialogues d'Henri Jeanson. Chacun, dans la salle, revoit la silhouette de Mme Raymonde accoudée à l'écluse, devant l'Hôtel du Nord (qui soit dit en passant n'a jamais existé et ne fut qu'un élément de décor) : C’est la première fois qu’on me traite d’atmosphère ! Si je suis une atmosphère, t’es un drôle de bled ! Les types qui sortent du milieu sans en être et qui crânent à cause de ce qu’ils ont été on devrait les vider ! Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? Puisque c’est ça, vas-y tout seul à La Varenne ! Bonne pêche et bonne atmosphère !
Et la salle d'applaudir et de rire à cette évocation.
Ce sont les rôles que lui écrira Jacques Prévert qui fera d'elle une grand actrice. Elle sera Dominique des Visiteurs du soir (1942), Garance des Enfants du paradis (1945), celle pour qui Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour.
Le spectacle enchaine tambour battant les principaux épisodes de la vie de la comédienne et ses partenaires endossent à tour de rôle les costumes de tous ceux qui ont marqué sa vie. Marc Pistolesi sera par exemple Michel Simon et Jacques Prévert et Céline Esperin une Colette très réussie.
Rien n'est occulté de la période trouble de l'occupation. Arletty s'éprend de Hans Jürgen Soehring, un officier allemand, homme de confiance de Göring à Paris, dont elle tombera enceinte (mais avortera). Après la Libération elle sera assignée à résidence pendant dix-huit mois, recevra un blâme, assorti d'une interdiction de travailler pendant trois ans. La plus invitée devient la plus évitée.
On peut admirer la constance de ses sentiments et son courage quand elle perdra la vue en 1966. Le tourbillon de ma vie est devenu un cyclone. La grande dame ne perd pas une forme de légèreté qui lui permet de penser que tout est toujours possible, tout en conservant son franc-parler jusqu'au soir de sa vie, le 22 juillet 1992.
La mise en scène de Johanna Boyé met du lien entre les épisodes. Le spectacle est formidablement bien construit, alliant la reconstitution, l'évocation, la comédie, la chanson ... ponctué de chorégraphies qui tombent à point nommé.
On est emporté, enchanté, totalement conquis. Notre coeur balance entre le rire et la petite larme tant Elodie Menant incarne avec sensibilité l'esprit libre de l'immense Arletty. On quitte la salle réjoui d'avoir fait ce rêve en compagnie de toute cette troupe...
Eric Bu et Elodie Menant ont fait du joli travail. On devine l'immensité du travail accompli en termes de lecture, visionnage de films, collecte d'informations ... pour ensuite les absorber et s'en dégager avant d'écrire à quatre mains ce biopic sans prétention d'exhaustivité mais avec le souci de décoller une à une les étiquettes qui ont été collées sur la forte personnalité d'Arletty.
Cela reste du théâtre musical et c'est ce qu'il fallait. Avec les fils directeur qui caractérisent si bien la vie de cette artiste hors du commun, son énergie et son exigence de liberté. En la plaçant au centre de la scène, lui donnant le rôle de la meneuse de revue, les auteurs lui permettent de donner ses réponses aux questions que ses concitoyens lui ont posées.
Le public la suit dans ses péripéties au cours de ce long voyage dans un siècle marqué par tant d'ambiances différentes, depuis la belle Epoque, l’industrialisation, les dures années de guerre de14-18, les années folles, la crise de 1929, la Seconde Guerre Mondiale, l’après-guerre, jusqu'à l’émancipation de la femme…
Les dialogues n'installent aucun jugement mais ils permettent de comprendre les clés du destin hors du commun de cette artiste d'exception. Il était temps de lui rendre cet hommage.
Elodie Menant aimerait faire aboutir un autre projet, dans un registre totalement différent, Athlètes, un texte qu'elle a écrit à propos d'une jeune femme (asthmatique) qui court le 800 mètres et dont on suit le parcours. Il a fait l'objet d'une lecture l'an dernier en Avignon, et devrait être mis en scène par Mathilda May.
Nul doute qu'après l'immense succès de La peur (qui reprend au Théâtre michel à partir du jeudi 4 octobre) et celui d'Est-ce que j'ai une gueule d'Arletty ? ce nouveau projet devrait trouver ses partenaires.
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