Critiques pour l'événement Dix ans après, avec Julien Boisselier, Bruno Solo, Mélanie Page
9 févr. 2020
8,5/10
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Une pièce vraiment drôle. Bruno Solo, Mélanie Page et Julien Boisselier sont excellents. Nicolas Briançon nous a habitués à de meilleures mises en scène mais bon... Peut-être que je deviens difficile et exigeante !
Allez-y pour un vrai moment de détente. La salle Réjane était pleine et le public conquis...
7 févr. 2020
10/10
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« Dix ans après » de David Foenkinos au théâtre de Paris, salle Réjane, dans une mise en scène de Nicolas Briançon est une comédie douce amère sur la conjugaison de l’amitié dans le rapport amoureux.

David Foenkinos aime le danger que représente l’immédiateté du texte joué sur une scène, comparé au roman qui s’assimile à la vitesse de son choix.
Dans un roman vous pouvez revenir en arrière alors que dans une pièce il faut suivre, sans la lâcher, l’intrigue qui se déroule sous vos yeux.
Quoique David Foenkinos aime badiner sur les deux tableaux et se permet de jouer avec le temps pour vous faire entrer dans une troisième dimension libérant ainsi tous les fantasmes.

Un texte qui dans une toute première approche fait penser au trio célèbre de « Trahisons » d’Harold Pinter dont j’avais vu une excellente version au Lucernaire.
Mais l’humour décalé de David Foenkinos prend le dessus sur la dramaturgie pour en extraire toute la saveur d’un plat mitonné avec ses répliques ciselées qui font mouche à chaque fois emportant la salle dans des rires incontrôlés, et c’est cela qui réussit cette entreprise.
D’ailleurs Nicolas Briançon en a compris toute l’importance et dans sa mise en scène a su tirer profit de la subtilité, des nuances du texte tout comme il l’avait fait avec son « Canard à l’orange ».
Dans cette montée dramaturgique aux allures surréalistes, jongler avec les mots est un exercice périlleux : il faut avoir une équipe d’équilibristes au diapason pour réussir le numéro et c’est le cas.

C’est devant une salle pleine que s’ouvre cette comédie où nous voyons un couple se préparer à accueillir, pour dîner, un ami perdu de vue depuis dix ans, enfin surtout la femme puisque le mari tranquillement assis sur un fauteuil se passionne pour ses mots fléchés, l’extrayant ainsi d’une réalité trop brutale.
Un décor sombre de Jean Haas, peut-être annonciateur d’une tempête qui pointe le bout de son nez par la petite porte, plonge nos yeux dans l’attente des gladiateurs, des temps modernes, qui vont combattre dans l’arène.
Seule la femme, dont on ne mentionne jamais le prénom est habillée de couleurs qui rehaussent l’atmosphère par Michel Dussarrat.
L’homme s’appelle Yves, un romancier cynique sur les bords manipulateur dans son costume trois pièces ajusté, enfin qui fut et souhaiterait le redevenir, car depuis belle lurette, ses pages sont restées blanches, sur le pupitre de son désarroi, au grand désespoir et par la faute de qui…patientons pour le savoir.
Une profession qui appelle au fantasme, comparée à celle de l’invité, attendu de pieds fermes, qui se nomme Pierre. Le pauvre malheureux est tout simplement un assureur, mais affublé de chaussettes blanches ridicules, il est un amoureux fou de la femme.

Deux grands enfants qui dans ce combat vont se disputer leur jouet : une femme qui d’un premier abord, toujours souriante, la joie personnifiée, peut déstabiliser le premier quidam venu : oui mais comment résister à son charme ?

Pourquoi ce trio se réunit-il ? Un simple dîner de retrouvailles, de rupture ?
Ou tout simplement une mise à l’épreuve de l’amitié qui se joue au dessert ?
Enfin la question que tout le monde se pose : qui trahit qui ?

C’est fin, c’est drôle, j’avais apprécié l’adaptation de son roman « Le potentiel érotique de ma femme » au théâtre des Mathurins et de nouveau je suis comblé par son écriture. Cette pièce sort des sentiers battus mêlant une douce fantaisie à une réalité dont l’auteur a eu vent.

Il y a une très belle complicité entre les trois comédiens qui jouent à merveille leurs rôles.
Avec un geste, une attitude, ils savent au détour d’une réplique, d’un bon mot, déclencher le malaise ou le rire.

Julien Boisselier se fait trop rare au théâtre, j’aime ses envolées lyriques liées à son flegme accompagné, dans ses silences, de son regard pénétrant au sourire ravageur.
Il a une palette de jeux tout en nuances comme celle de Mélanie Page que j’avais vue dernièrement dans « Le jeu de la vérité ».
Dans cette pièce, avec ses yeux de l’amour, elle est le rayon de soleil qui éclaire le duel et se libère de toutes contraintes pour donner vie à son personnage. Elle est beaucoup moins soumise que l’on pourrait le penser.
Quant à Bruno Solo, il joue admirablement le pauvre assureur qui ne fait pas fantasmer mais qui reste attachant. Il est combatif et ne se laisse par démonter par les arguments de l’insolent romancier.

Tous les trois sont collés sur les fils de cette toile d’araignée, ils ne vont pas se ménager pour tirer profit de cette aventure.

David Foenkinos aime décortiquer l’âme humaine.
Cette pièce est une vraie pépite que nous découvrons à l’état brut et qu’il façonne, au fil des répliques, facette par facette pour la faire briller de mille feux.
30 janv. 2020
8,5/10
25 0
Comme disait ma grand-mère, « il vaut mieux être cocu qu'aveugle. Au moins, tu vois tes collègues d'infortune... ».

Le cocu !
Inépuisable ressort dramaturgique depuis Plaute...

Le cocu magnifique de David Foenkinos va permettre à l'auteur de poursuivre de façon à la fois originale et irrésistible l'exploration du fait et surtout du désordre amoureux.

Yves (Ah ! Le beau prénom, tout de même...) et sa compagne ont invité à dîner Pierre.
(Peut-être aurez-vous remarqué que je ne vous livre volontairement pas le prénom de la compagne en question...)
Les deux hommes se sont perdus de vue depuis dix ans, et il a pris (subitement ?) envie au porteur du beau prénom ci-dessus de retrouver celui qui fut son meilleur ami.
Et Pierre arrive.

Va s'enclencher alors une mécanique dramaturgique à la fois très ingénieuse et très drôle.
On connaît l'écriture de Foenkinos.
Des dialogues ciselés, souvent hilarants, des formules chocs (si vous êtes courtier en assurances, cette pièce est faite pour vous...), une trame narrative implacable, sans temps morts et qui va droit au but, à savoir faire fonctionner à plein régime nos zygomatiques.

Cette fois-ci, il parvient même à faire se télescoper les différents temps narratifs, en mêlant de façon très habile plusieurs époques.
Bien entendu, je n'en dirai pas plus. Le procédé fonctionne à la perfection, et les amateurs de perruques se régalent.

A son habitude, Nicolas Briançon signe une mise en scène on ne peut plus efficace, avec une vraie science des déplacements et de l'occupation de l'espace scénique. Malgré la largeur importante de plateau de la salle Réjane, les comédiens ne sont jamais « perdus » dans l'espace.

(J'en profite pour mentionner une nouvelle fois le formidable travail du scénographe Jean Haas.

Le rythme est enlevé, sans pour autant relever de la cavalcade. Une nouvelle fois, M. Briançon a su placer le curseur à sa position optimale.

Les trois excellents comédiens que sont Mélanie Page, Julien Boisselier et Bruno Solo, vont évidemment contribuer eux aussi à la réussite de l'entreprise.

Le trio relève de la plus grande cohérence. Il n'y a pas de petit rôle, et chacun, sans tirer la couverture à soi, parvient parfaitement à faire en sorte que la mayonnaise dramaturgique prenne, et ce, le plus rapidement possible.
Tour à tour, ils nous font énormément rire. On sent en permanence une grande et indéfectible complicité.

Je ne vous cacherai pas que Bruno Solo fait partie de ces acteurs qui me raviraient simplement en lisant l'annuaire inversé des entrepreneurs de pompes funèbres de la Corrèze.

Ici, sa composition est une nouvelle fois épatante.
Son Pierre pourrait être un cousin germain du célèbrissime Hervé Dumont, le héros de Caméra café. On en retrouve d'ailleurs quelques traits de caractère.

Bruno Solo arrive sur le plateau, et sans rien faire d'autre que de regarder la compagne d'Yves, il déclenche les rires.

Faut-il avoir une sacrée vis comica, une vraie puissance comique, pour arriver à cet acte de faire rire sans autre artifice que son regard.

Bien entendu, pour notre plus grand plaisir, le comédien déploie toute sa palette comique.

Il faut regarder évidemment Bruno Solo lorsqu'il dit son texte, mais il faut le lâcher des yeux le moins possible lorsqu'il ne dit rien.
Ses ruptures, ses double-takes, ses mimiques, ses airs de chien battu avec les sourcils en accent circonflexe, ses regards en coin, ses petits soupirs, tout ceci relève d'un art consommé de la comédie.

Pour autant, il parvient également à être très touchant, à certains moments importants de la pièce que je ne dévoilerai évidemment pas.

Vous l'aurez compris, j'ai pris beaucoup de plaisir à assister à cette comédie je le répète très originale.

On rit énormément, et le rire qui nous est proposé est un rire sain et intelligent.

Cette entreprise artistique est une vraie réussite !