Ses critiques
14 critiques
2/10
Une grande déception.
Pour les amoureux de Steinbeck, un conseil : ne vous faites pas de mal.
La distribution se traîne sur le plateau dans un jeu monotone et inhabité, le rythme se dévoile inexistant et la scénographie terriblement ringarde et fainéante.
Prise au piège, je n'ai pu m'enfuir de ce traquenard bien pensant et lourdingue.
Non merci.
Pour les amoureux de Steinbeck, un conseil : ne vous faites pas de mal.
La distribution se traîne sur le plateau dans un jeu monotone et inhabité, le rythme se dévoile inexistant et la scénographie terriblement ringarde et fainéante.
Prise au piège, je n'ai pu m'enfuir de ce traquenard bien pensant et lourdingue.
Non merci.
3,5/10
Alexis Michalik, désormais auteur et metteur en scène à succès, plusieurs fois récompensé aux Molières en 2014, s’installe en Avignon dans sa deuxième maison qu’est le théâtre des Béliers, pour y présenter une nouvelle fois la création qui a mis le public et la presse à ses pieds : « Le Porteur d’histoire ».
Un plateau dépouillé, juste quelques accessoires sans grande envergure éparpillés çà et là. Cinq comédiens en tenue neutre, comme surpris en pleine répétition, nous font face. La matière de base du travail de Michalik est bien là, disposée et façonnable. Tout commence avec la simple et banale histoire de Martin Martin, à la fois personne et chacun d’entre nous, traversant la France au volant de sa voiture pour se rendre à l’enterrement de son père. Rapidement la petite histoire personnelle rencontre la grande. Elles se mélangent et tourbillonnent dans un foisonnement incontrôlé de vies qui nous perd quelque peu tant les pistes se multiplient. Les comédiens endossent tant bien que mal une cohue de personnages illustres et d'illustres inconnus, souvent peu crédibles et précipités par le rythme de la pièce. Les mimes approximatifs et le manque d’exigence dans la direction physique des acteurs peinent à convaincre lorsqu’il s’agit de faire apparaître sur scène l’atmosphère inquiétante d’une tente bédouine ou bien les secousses d’un avion déchaîné en plein vol.
Michalik a tout de même, il faut le reconnaître, l’art et le mérite de tisser dans les fibres de notre histoire des fils sortis de son imaginaire de manière si habile qu’on accepte d’y croire sans se poser de questions. De trésors en sociétés secrètes, « Le Porteur d’histoire » interroge notre besoin de fiction dans le récit de nos vies, intention malheureusement noyée dans un ensemble brouillon et fragile.
Un plateau dépouillé, juste quelques accessoires sans grande envergure éparpillés çà et là. Cinq comédiens en tenue neutre, comme surpris en pleine répétition, nous font face. La matière de base du travail de Michalik est bien là, disposée et façonnable. Tout commence avec la simple et banale histoire de Martin Martin, à la fois personne et chacun d’entre nous, traversant la France au volant de sa voiture pour se rendre à l’enterrement de son père. Rapidement la petite histoire personnelle rencontre la grande. Elles se mélangent et tourbillonnent dans un foisonnement incontrôlé de vies qui nous perd quelque peu tant les pistes se multiplient. Les comédiens endossent tant bien que mal une cohue de personnages illustres et d'illustres inconnus, souvent peu crédibles et précipités par le rythme de la pièce. Les mimes approximatifs et le manque d’exigence dans la direction physique des acteurs peinent à convaincre lorsqu’il s’agit de faire apparaître sur scène l’atmosphère inquiétante d’une tente bédouine ou bien les secousses d’un avion déchaîné en plein vol.
Michalik a tout de même, il faut le reconnaître, l’art et le mérite de tisser dans les fibres de notre histoire des fils sortis de son imaginaire de manière si habile qu’on accepte d’y croire sans se poser de questions. De trésors en sociétés secrètes, « Le Porteur d’histoire » interroge notre besoin de fiction dans le récit de nos vies, intention malheureusement noyée dans un ensemble brouillon et fragile.
2/10
Après Courteline et Mirbeau, le jeune Collectif Vdp s'attaque au plus grand succès de l'auteur russe Nikolaï Gogol, Le Revizor, comédie acerbe écrite en 1836 dénonçant avec verve les techniques de corruption et la mesquinerie des hauts fonctionnaires et notables de l'empire. Un choix tout à fait d'actualité présenté pour la première fois dans le superbe décor de la Chapelle des Templiers, transformée en Théâtre à l'occasion du Festival d'Avignon.
Ronan Rivière, chef de troupe et Revizor en personne, s'est permis de couper dans le texte original, de le dépouiller de quelques personnages et d'en étoffer d'autres pour créer une partition à six personnages et "clarifier par moments le propos". Mission bien présomptueuse.
Dès les premiers instants, une diction pompeuse et une direction d'acteurs vieille école envahit le plateau. Et une question : pourquoi les textes russes sont-ils systématiquement immergés dans une scénographie et des costumes tristes à mourir ? La drôlerie et la folie de Gogol se trouvent guindées dans l'étau d'un décor froid et austère qui laisse bien peu de place à l'inventivité. Un pianiste présent sur scène semble avoir reçu pour mot d'ordre de ne laisser aucune fenêtre de silence et d'appuyer les dialogues, recouvrant souvent la voix des comédiens.
Une mise en scène conventionnelle et déjà vue, réglée comme du papier à musique, propre et lisse, exposée par des acteurs comme vieux avant l'âge.
Ronan Rivière, chef de troupe et Revizor en personne, s'est permis de couper dans le texte original, de le dépouiller de quelques personnages et d'en étoffer d'autres pour créer une partition à six personnages et "clarifier par moments le propos". Mission bien présomptueuse.
Dès les premiers instants, une diction pompeuse et une direction d'acteurs vieille école envahit le plateau. Et une question : pourquoi les textes russes sont-ils systématiquement immergés dans une scénographie et des costumes tristes à mourir ? La drôlerie et la folie de Gogol se trouvent guindées dans l'étau d'un décor froid et austère qui laisse bien peu de place à l'inventivité. Un pianiste présent sur scène semble avoir reçu pour mot d'ordre de ne laisser aucune fenêtre de silence et d'appuyer les dialogues, recouvrant souvent la voix des comédiens.
Une mise en scène conventionnelle et déjà vue, réglée comme du papier à musique, propre et lisse, exposée par des acteurs comme vieux avant l'âge.
8/10
Qui est Yoann Bourgeois ? Un circassien, un metteur en scène, un chorégraphe ? Sans aucun doute ces trois talents à la fois. La nature de ses travaux semble fraîchement hybride et métissée.
L'intéressé se qualifie lui-même de "Joueur" et c'est un petit échantillon d'humanité qu'il s'amuse à manipuler sous nos yeux ébahis tel un dieu tout puissant. Tapi dans l'ombre, le jeune artiste, qui a séduit le public en 2011 avec L'Art de la fugue, actionne ici les ficelles du plateau du monde, bouleversant l'équilibre des hommes et les précipitant dans le vide.
Bourgeois, aidé de ses marionnettes complices, tient l'assistance en haleine dès les premières secondes de Celui qui tombe. Trois hommes et trois femmes, corps informes dans la pénombre, glissent dangereusement sur une plate-forme de bois suspendue à plusieurs mètres du sol. Habillés d'une admirable sobriété, les six acrobates se débattent sur ce sol mouvant craquant de manière inquiétante sous leur poids, apprivoisant peu à peu l'instabilité de leur situation, chacun faisant connaissance avec les autres pauvres créatures abandonnées là. Les voilà bientôt qui courent à toute vitesses sur le rouage du monde, jouant comme des enfants à celui qui tiendra le plus longtemps debout face au vent. Ils sont sublimes. Marie Fonte, petite brune lunaire, collaboratrice de Yoann Bourgeois depuis la création de la compagnie, illumine la scène d'une grâce déconcertante.
La dynamique de cette allégorie de l'homme face à sa condition est tout simplement fascinante. Seule une goutte de sueur perlant du front de l'un des équilibristes trahit l'effort physique dissimulé derrière l'émotion et l'élégance de ces tableaux collectifs troublants de justesse. Yoann Bourgeois est un poète des temps modernes, utilisant les lois de la physique pour questionner notre raison d'être et mettre le doigt sur une évidence, sans colère, tristesse ou amertume : la vie ne nous laisse jamais tranquille.
La vie, ça fout la gerbe.
L'intéressé se qualifie lui-même de "Joueur" et c'est un petit échantillon d'humanité qu'il s'amuse à manipuler sous nos yeux ébahis tel un dieu tout puissant. Tapi dans l'ombre, le jeune artiste, qui a séduit le public en 2011 avec L'Art de la fugue, actionne ici les ficelles du plateau du monde, bouleversant l'équilibre des hommes et les précipitant dans le vide.
Bourgeois, aidé de ses marionnettes complices, tient l'assistance en haleine dès les premières secondes de Celui qui tombe. Trois hommes et trois femmes, corps informes dans la pénombre, glissent dangereusement sur une plate-forme de bois suspendue à plusieurs mètres du sol. Habillés d'une admirable sobriété, les six acrobates se débattent sur ce sol mouvant craquant de manière inquiétante sous leur poids, apprivoisant peu à peu l'instabilité de leur situation, chacun faisant connaissance avec les autres pauvres créatures abandonnées là. Les voilà bientôt qui courent à toute vitesses sur le rouage du monde, jouant comme des enfants à celui qui tiendra le plus longtemps debout face au vent. Ils sont sublimes. Marie Fonte, petite brune lunaire, collaboratrice de Yoann Bourgeois depuis la création de la compagnie, illumine la scène d'une grâce déconcertante.
La dynamique de cette allégorie de l'homme face à sa condition est tout simplement fascinante. Seule une goutte de sueur perlant du front de l'un des équilibristes trahit l'effort physique dissimulé derrière l'émotion et l'élégance de ces tableaux collectifs troublants de justesse. Yoann Bourgeois est un poète des temps modernes, utilisant les lois de la physique pour questionner notre raison d'être et mettre le doigt sur une évidence, sans colère, tristesse ou amertume : la vie ne nous laisse jamais tranquille.
La vie, ça fout la gerbe.
9/10
Charlie n'est pas bête, il est "simple". Un esprit d'enfant, délicat et naïf, enfermé dans un grand corps d'adulte. Mais Charlie est différent, il a "la motivation". Charlie veut apprendre à lire et à écrire dans la classe de Miss Kinian. Pour cette raison, il devient l'objet d'étude de scientifiques ambitieux travaillant sur l'augmentation de l'intelligence par la chirurgie. La souris blanche Algernon a déjà subit le traitement et affiche des résultats impressionnants.
Après l'opération, Charlie peine à constater un changement. Jusqu'au soir où, dans un bar, il prend soudain conscience que ses "amis" de l'usine ne rient pas avec lui mais rient de lui. Peu à peu, son phrasé se précise, son vocabulaire s'épaissit, ses épaules se redressent. Charlie devient un homme, découvre le monde qui l'entoure et tous ses possibles.
Installé dans un fauteuil mécanique, encerclé par une cage de fil électriques et de de tubes néons, Grégory Gadebois, fin et puissant, nous livre la géniale adaptation de Gerald Silbeyras avec une sensibilité désarmante. La mise en scène d'Anne Kessler (de la Comédie Française) approche avec sobriété et douceur le texte de Daniel Keyes, nous laissant profiter des mots et du talent d'un comédien hors normes. Grégory Gadebois, maintes fois récompensé pour sa performance, prouve que ni le succès, ni les éloges ne pervertissent sa présence et son implication. Des Fleurs pour Algernon, un grand moment de théâtre.
Après l'opération, Charlie peine à constater un changement. Jusqu'au soir où, dans un bar, il prend soudain conscience que ses "amis" de l'usine ne rient pas avec lui mais rient de lui. Peu à peu, son phrasé se précise, son vocabulaire s'épaissit, ses épaules se redressent. Charlie devient un homme, découvre le monde qui l'entoure et tous ses possibles.
Installé dans un fauteuil mécanique, encerclé par une cage de fil électriques et de de tubes néons, Grégory Gadebois, fin et puissant, nous livre la géniale adaptation de Gerald Silbeyras avec une sensibilité désarmante. La mise en scène d'Anne Kessler (de la Comédie Française) approche avec sobriété et douceur le texte de Daniel Keyes, nous laissant profiter des mots et du talent d'un comédien hors normes. Grégory Gadebois, maintes fois récompensé pour sa performance, prouve que ni le succès, ni les éloges ne pervertissent sa présence et son implication. Des Fleurs pour Algernon, un grand moment de théâtre.