Ses critiques
9 critiques
8/10
C'est avec beaucoup de malice et d'intelligence que Suzanne de Beacque donne une voix aux jeunes filles qui se rêvent Miss France.
Elle campe un (son ?) personnage avec une grande maestria clownesque, ce qui ne l'empêche pas de nous raconter tout en finesse et avec beaucoup de respect les multiples parcours de vie de ces jeunes filles. Des vies simples, authentiques, visages de la France, qui disent beaucoup de notre société,
Suzanne de Beacque et Rapahaëlle Rousseau font jouer à plein leur talent d'actrice pour que ce spectacle un peu foutraque ne nous perde pas en restant solidement accroché à son propos.
Les séances de "training" pour se présenter au concours Miss Poitou sont particulièrement drôles sans pour autant perdre le côté dramatique du concours ou ces jeunes filles ne sont pas mieux traitées que des animaux.
Ironiquement c'est d'ailleurs dans un Hippodrome que devra avoir lieu le concours de Mis Poitou premier échelon avant le Graal. On pense évidemment à "On achève bien les chevaux", le film de Sydney Pollack,
En s'adressant directement au public, les comédiennes n'hésitent à faire appel à nos coeurs de midinettes, après 1h20 de spectacle, vous ne verrez plus jamais de la même manière le concours de Miss France.
François Millet
Elle campe un (son ?) personnage avec une grande maestria clownesque, ce qui ne l'empêche pas de nous raconter tout en finesse et avec beaucoup de respect les multiples parcours de vie de ces jeunes filles. Des vies simples, authentiques, visages de la France, qui disent beaucoup de notre société,
Suzanne de Beacque et Rapahaëlle Rousseau font jouer à plein leur talent d'actrice pour que ce spectacle un peu foutraque ne nous perde pas en restant solidement accroché à son propos.
Les séances de "training" pour se présenter au concours Miss Poitou sont particulièrement drôles sans pour autant perdre le côté dramatique du concours ou ces jeunes filles ne sont pas mieux traitées que des animaux.
Ironiquement c'est d'ailleurs dans un Hippodrome que devra avoir lieu le concours de Mis Poitou premier échelon avant le Graal. On pense évidemment à "On achève bien les chevaux", le film de Sydney Pollack,
En s'adressant directement au public, les comédiennes n'hésitent à faire appel à nos coeurs de midinettes, après 1h20 de spectacle, vous ne verrez plus jamais de la même manière le concours de Miss France.
François Millet
6,5/10
James Brown mettait des bigoudis, la dernière pièce de Yasmina Reza est le prolongement d'une formidable nouvelle de son roman Heureux les Heureux publié en 2013. On y retrouve la famille Hunter dont le fils Jacob a, comme on disait à l'époque, un trouble de la personnalité.
Autant la nouvelle était drôle et profondément émouvante autant la pièce flotte et passe à côté de son sujet malgré une écriture ciselé dont Yasmina Reza a le secret. Alors qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? A peu près près tout sauf les acteurs.
En dix ans la société a beaucoup évoluée et les sujets d'identité et de genre sont devenus le pivot de toutes réflexion socio-intellectuels. Dans la nouvelle initiale, Yasmina Reza osait nous faire rire de cette dysphorie de genre (en 2013 personne n'utilisait le mot).
Il semble que 10 ans plus tard Yasmina Reza hésite à nous faire rire ou réfléchir, laissant le personnage de Jacob-Céline éthéré et sans véritable incarnation. La force de la nouvelle résidait dans la manière dont les parents décrivaient Jacob-Céline, ce qui donnait plus de poids au désarroi des parents et au côté dramatique de l'histoire.
En choisissant de ne pas faire de Jacob-Céline le personnage principal de sa pièce, Yasmina Reza introduit deux autres personnages : une psy excentrique et Philippe, un jeune homme blanc souffrant également de dysphorie de genre.
Si la psy peut nous faire rire, on aime bien ce personnage pour qui freiner c'est capituler, Philippe, en acceptant Jacob comme il est, semble être là uniquement comme faire-valoir. Les deux personnages naviguent entre amitié et indifférence, sans que l'on puisse entrevoir une histoire plus profonde émerger.
Reprenant en grande partie les dialogues de la nouvelle de 2013, les parents, dans leur désarroi et leur incompréhension, sont touchants et drôles. Cependant, le côté dramatique des parents, incapables de comprendre et d’accepter leur enfant, est moins présent. Cette absence ne peut que se conclure sur une note sombre comme dans la nouvelle, plutôt que sur une piste de danse.
Enfin, le choix de la mise en scène empêche d'aborder pleinement le sujet. Le décor écrasant et les scènes enchaînées avec des interludes musicaux ne laissent pas suffisamment de place aux personnages pour se développer, les laissant flotter comme dans un habit trop grand pour eux.
En résumé, le problème de cette pièce réside peut-être dans le fait qu'elle aborde un sujet trop vaste pour Yasmina Reza, qui, malgré son habileté habituelle à nous faire réfléchir, ne parvient pas à choisir une direction claire face aux mutations de notre société.
François Millet
Autant la nouvelle était drôle et profondément émouvante autant la pièce flotte et passe à côté de son sujet malgré une écriture ciselé dont Yasmina Reza a le secret. Alors qu'est-ce qui ne fonctionne pas ? A peu près près tout sauf les acteurs.
En dix ans la société a beaucoup évoluée et les sujets d'identité et de genre sont devenus le pivot de toutes réflexion socio-intellectuels. Dans la nouvelle initiale, Yasmina Reza osait nous faire rire de cette dysphorie de genre (en 2013 personne n'utilisait le mot).
Il semble que 10 ans plus tard Yasmina Reza hésite à nous faire rire ou réfléchir, laissant le personnage de Jacob-Céline éthéré et sans véritable incarnation. La force de la nouvelle résidait dans la manière dont les parents décrivaient Jacob-Céline, ce qui donnait plus de poids au désarroi des parents et au côté dramatique de l'histoire.
En choisissant de ne pas faire de Jacob-Céline le personnage principal de sa pièce, Yasmina Reza introduit deux autres personnages : une psy excentrique et Philippe, un jeune homme blanc souffrant également de dysphorie de genre.
Si la psy peut nous faire rire, on aime bien ce personnage pour qui freiner c'est capituler, Philippe, en acceptant Jacob comme il est, semble être là uniquement comme faire-valoir. Les deux personnages naviguent entre amitié et indifférence, sans que l'on puisse entrevoir une histoire plus profonde émerger.
Reprenant en grande partie les dialogues de la nouvelle de 2013, les parents, dans leur désarroi et leur incompréhension, sont touchants et drôles. Cependant, le côté dramatique des parents, incapables de comprendre et d’accepter leur enfant, est moins présent. Cette absence ne peut que se conclure sur une note sombre comme dans la nouvelle, plutôt que sur une piste de danse.
Enfin, le choix de la mise en scène empêche d'aborder pleinement le sujet. Le décor écrasant et les scènes enchaînées avec des interludes musicaux ne laissent pas suffisamment de place aux personnages pour se développer, les laissant flotter comme dans un habit trop grand pour eux.
En résumé, le problème de cette pièce réside peut-être dans le fait qu'elle aborde un sujet trop vaste pour Yasmina Reza, qui, malgré son habileté habituelle à nous faire réfléchir, ne parvient pas à choisir une direction claire face aux mutations de notre société.
François Millet
6,5/10
Et vogue la galère !
Stanislas de la Tousche continue son compagnonnage avec Céline pour nous faire vivre cette langue magnifique avec laquelle il faut parfois se battre pour l’apprécier.
Une fois l’oreille chauffée à blanc par cette écriture âpre et rugueuse propre à Céline, on peut enfin apprécier le texte et vivre quelques aventures ubuesque et bien déguelasses.
C’est tout le talent de Stanislas de la Tousche de nous faire vivre ces aventures comme si on y était.
Ici pas question de lecture, c’est bien Céline qui parle et que l’acteur fait revivre et personnifie. On recommandera particulièrement la traversée en bateau pour l’Angleterre, âmes sujettes au mal de mer, accrochez vous bien.
Après les Derniers Entretiens, le comédien s’attaque donc à Mort à Crédit et plus particulièrement à l’enfance imaginée ou réelle du petit Ferdinand Bardamu Celine. Elle n’a pas été facile cette enfance et la faire revivre sur scène nous permet de nous rendre compte à quel point, à force de baffes, Céline est devenu un incroyable écrivain cynique et aigri.
Ici on ne cherchera pas à excuser l’horrible salaud qu’il a pu être, on explore tout simplement son extraordinaire prose.
C’est un témoignage sur une époque rude où la modernité commence tout juste à poindre, une belle façon de découvrir ou de redécouvrir l’œuvre de Celine.
Stanislas de la Tousche continue son compagnonnage avec Céline pour nous faire vivre cette langue magnifique avec laquelle il faut parfois se battre pour l’apprécier.
Une fois l’oreille chauffée à blanc par cette écriture âpre et rugueuse propre à Céline, on peut enfin apprécier le texte et vivre quelques aventures ubuesque et bien déguelasses.
C’est tout le talent de Stanislas de la Tousche de nous faire vivre ces aventures comme si on y était.
Ici pas question de lecture, c’est bien Céline qui parle et que l’acteur fait revivre et personnifie. On recommandera particulièrement la traversée en bateau pour l’Angleterre, âmes sujettes au mal de mer, accrochez vous bien.
Après les Derniers Entretiens, le comédien s’attaque donc à Mort à Crédit et plus particulièrement à l’enfance imaginée ou réelle du petit Ferdinand Bardamu Celine. Elle n’a pas été facile cette enfance et la faire revivre sur scène nous permet de nous rendre compte à quel point, à force de baffes, Céline est devenu un incroyable écrivain cynique et aigri.
Ici on ne cherchera pas à excuser l’horrible salaud qu’il a pu être, on explore tout simplement son extraordinaire prose.
C’est un témoignage sur une époque rude où la modernité commence tout juste à poindre, une belle façon de découvrir ou de redécouvrir l’œuvre de Celine.
8/10
On fond littéralement pour ce spectacle !
Incandescences est le troisième volet de la trilogie « Face à leur destin » d’Ahmed Madani qui tente de saisir les aspirations d’une jeunesse enclavée.
Incandescences s’attache plus particulièrement à essayer de comprendre comment les jeunes composent pour vivre leurs relations amoureuses et quels rapports ils ont entre le masculin et le féminin.
Pour cela l'auteur a mené une centaine d’interviews afin de donner un récit plein d’humanité, joué par des jeunes femmes et des jeunes hommes non professionnels qui mêlent leur propre histoire à d'autres , construisant ainsi une polyphonie de récits qui sous nos yeux se transforme en une symphonie contemporaine.
Bien sûr, elle n’est pas facile leur vie et quand on parle d’Amour cela devient une montagne à gravir. Mais malgré leurs contraintes - famille, quartier, religion, traditions - ils vont tracer un chemin. Un chemin compliqué, en zigzag mais tellement plus riche et plus beau qu’une autoroute.
Ici point de dogmatisme ; des histoires, des faits qui mettent en exergue les tiraillements que traversent notre société (identité, religion, genre, rapport homme femme) sans jugement. C’est très rafraîchissant et pas si courant en ce moment.
Mais les mots ne sont pas toujours faciles à dire pour ces jeunes surtout quand on parle d’Amour. Alors on les chante, on les danse pour faire fuir la pudeur. On aime particulièrement cette scène ou l’utilisation des emojis permet de dire les choses sans les dire.
C’est un spectacle plein d’énergie, drôle, espiègle, joyeux avec une belle écriture soutenue et poétique. Les 9 jeunes protagonistes prennent pleinement possession de la scène pour réaliser une magnifique performance d’acteurs. En s’adressant directement à nous, Ils cassent la barrière entre acteurs et public pour nous offrir une belle cure de jouvence.
Merci Ahmed Madani de donner une voix à la jeunesse et de nous offrir un si beau visage de la France.
Incandescences est le troisième volet de la trilogie « Face à leur destin » d’Ahmed Madani qui tente de saisir les aspirations d’une jeunesse enclavée.
Incandescences s’attache plus particulièrement à essayer de comprendre comment les jeunes composent pour vivre leurs relations amoureuses et quels rapports ils ont entre le masculin et le féminin.
Pour cela l'auteur a mené une centaine d’interviews afin de donner un récit plein d’humanité, joué par des jeunes femmes et des jeunes hommes non professionnels qui mêlent leur propre histoire à d'autres , construisant ainsi une polyphonie de récits qui sous nos yeux se transforme en une symphonie contemporaine.
Bien sûr, elle n’est pas facile leur vie et quand on parle d’Amour cela devient une montagne à gravir. Mais malgré leurs contraintes - famille, quartier, religion, traditions - ils vont tracer un chemin. Un chemin compliqué, en zigzag mais tellement plus riche et plus beau qu’une autoroute.
Ici point de dogmatisme ; des histoires, des faits qui mettent en exergue les tiraillements que traversent notre société (identité, religion, genre, rapport homme femme) sans jugement. C’est très rafraîchissant et pas si courant en ce moment.
Mais les mots ne sont pas toujours faciles à dire pour ces jeunes surtout quand on parle d’Amour. Alors on les chante, on les danse pour faire fuir la pudeur. On aime particulièrement cette scène ou l’utilisation des emojis permet de dire les choses sans les dire.
C’est un spectacle plein d’énergie, drôle, espiègle, joyeux avec une belle écriture soutenue et poétique. Les 9 jeunes protagonistes prennent pleinement possession de la scène pour réaliser une magnifique performance d’acteurs. En s’adressant directement à nous, Ils cassent la barrière entre acteurs et public pour nous offrir une belle cure de jouvence.
Merci Ahmed Madani de donner une voix à la jeunesse et de nous offrir un si beau visage de la France.
7,5/10
Tristesse et joie dans la vie des girafes mélange les styles. Entre conte initiatique et réalité de l’existence, la pièce naviguent entre deux eaux (en référence à la rame).
Les enfants y trouveront leur bonheur. Girafe, déjà quel drôle de nom pour une petite fille, elle est quand même super jolie et intelligente même si elle parle un peu bizarrement. Mais la pauvre, elle a perdu sa maman, heureusement qu’elle a un super papa trop gentil et un ours trop drôle qui s’appelle Judy Garland et qui dit que des gros mots. Et quand elle part à l’aventure pour trouver de l’argent et payer Discovery Channel, elle va rencontrer plein de gens bizarres qui vont faire un peu peur mais aussi beaucoup rire, ouf à la fin elle retrouve son Papa, tout est bien qui finit bien.
Les parents seront plus sensibles à l’aspect dramatique de la pièce. La très belle relation entre un Papa et sa petite fille qui fait tout pour la rassurer alors qu’il a perdu sa femme et son boulot. Avec ce très beau moment quand pour faire plaisir à sa petite fille, le papa invente un dialogue avec la maman disparue. Malgré ses ça ira, ça ira, ça ira, qu’il répète sans cesse comme une mantra pour protéger sa fille des difficultés de la vie, il ne pourra pas l’empêcher de s’inquiéter et de partir pour trouver de l’argent pour payer Discovery Channel. Quand Girafe finira par comprendre, au bout de son périple, que sa maman ne reviendra pas elle peut enfin grandir et passer du monde insouciant de l’enfance à celui des adultes. Un monde empreint de tristesse et de bonheur qui fonde notre existence.
Thomas Quillardet nous offre une mise en scène rythmée, bien construite et intelligente, avec un choix évident pour le conte au travers d’un voyage initiatique plein de poésie et de malice. On regrettera que ce choix affadisse un peu l’ironie de Tiago Rodrigues sur les politiques d’austérités et leurs dégâts sociaux et économiques mais le texte riche et empreint de références reste jubilatoire.
On aime aussi cette scénographie qui rappelle les cabanes d’enfants réalisées avec des draps en guise de maison. Maloue Fourdinier qui joue la petite fille, arrive à créer le parfait décalage entre ce corps trop grand pour une enfant et ce cerveau trop plein de questions pour une petite fille. Last but not least, l’ours Judy Garland déprimé et grossier mais pas vulgaire, joué à merveille par Christophe Garcia, qui fera rire les petits comme les grands.
Ah dernière chose, la prochaine fois que vous verrez votre banquier, dites-lui que les Maldives n’existent pas, il comprendra.
Les enfants y trouveront leur bonheur. Girafe, déjà quel drôle de nom pour une petite fille, elle est quand même super jolie et intelligente même si elle parle un peu bizarrement. Mais la pauvre, elle a perdu sa maman, heureusement qu’elle a un super papa trop gentil et un ours trop drôle qui s’appelle Judy Garland et qui dit que des gros mots. Et quand elle part à l’aventure pour trouver de l’argent et payer Discovery Channel, elle va rencontrer plein de gens bizarres qui vont faire un peu peur mais aussi beaucoup rire, ouf à la fin elle retrouve son Papa, tout est bien qui finit bien.
Les parents seront plus sensibles à l’aspect dramatique de la pièce. La très belle relation entre un Papa et sa petite fille qui fait tout pour la rassurer alors qu’il a perdu sa femme et son boulot. Avec ce très beau moment quand pour faire plaisir à sa petite fille, le papa invente un dialogue avec la maman disparue. Malgré ses ça ira, ça ira, ça ira, qu’il répète sans cesse comme une mantra pour protéger sa fille des difficultés de la vie, il ne pourra pas l’empêcher de s’inquiéter et de partir pour trouver de l’argent pour payer Discovery Channel. Quand Girafe finira par comprendre, au bout de son périple, que sa maman ne reviendra pas elle peut enfin grandir et passer du monde insouciant de l’enfance à celui des adultes. Un monde empreint de tristesse et de bonheur qui fonde notre existence.
Thomas Quillardet nous offre une mise en scène rythmée, bien construite et intelligente, avec un choix évident pour le conte au travers d’un voyage initiatique plein de poésie et de malice. On regrettera que ce choix affadisse un peu l’ironie de Tiago Rodrigues sur les politiques d’austérités et leurs dégâts sociaux et économiques mais le texte riche et empreint de références reste jubilatoire.
On aime aussi cette scénographie qui rappelle les cabanes d’enfants réalisées avec des draps en guise de maison. Maloue Fourdinier qui joue la petite fille, arrive à créer le parfait décalage entre ce corps trop grand pour une enfant et ce cerveau trop plein de questions pour une petite fille. Last but not least, l’ours Judy Garland déprimé et grossier mais pas vulgaire, joué à merveille par Christophe Garcia, qui fera rire les petits comme les grands.
Ah dernière chose, la prochaine fois que vous verrez votre banquier, dites-lui que les Maldives n’existent pas, il comprendra.
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