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Voyage en ascenseur

Voyage en ascenseur
De Sophie Forte
Mis en scène par Anne Bourgeois
Avec Corinne Touzet
  • Corinne Touzet
  • Jean-Erns Marie-Louise
  • Théâtre Rive Gauche
  • 6, rue de la Gaité
  • 75014 Paris
  • Edgard Quinet (l.6), Gaité (l.13)
Itinéraire
Billets de 19,00 à 40,00
Evénement plus programmé pour le moment
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C'est l'histoire d'une rencontre improbable entre Juliette et Moctawamba.

Vendredi soir, Juliette, la femme du Patron, angoissée, énergique, drôle, hystérique, abandonnée, complètement citadine, et l'homme de ménage Moctawamba, africain mutique, lunaire, poète, secret et père de famille, se retrouvent coincés au deuxième sous-sol de l'entreprise.

Ces deux univers que tout oppose vont permettre, peu à peu, d'agrandir cet espace de jeu pour s'ouvrir et s'enrichir, tout comme notre regard sur les autres.

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Toutes les critiques
12 août 2018
9/10
1 0
Sophie Forte écrit très bien pour le théâtre. Chagrin pour soi fut un triomphe et ce Voyage en ascenseur promet un succès comparable. C'est une auteure qui aime les contrastes et les oxymores.

Ce voyage immobile (l'ascenseur est bloqué) causera de grands bouleversements dans l'âme des deux occupants, bien obligés malgré eux, de cohabiter plusieurs jours. La panne commence en effet la veille du long week-end de l'Ascension ... et que l'on apprécie ou non la symbolique de la date le spectacle commence avec une illusion parfaite grâce au décor hyperréaliste de Jean-Michel Adam d'une fable urbaine.

Juliette, la femme du Patron, angoissée, énergique, drôle, hypocondriaque, fragile épouse d’un PDG qui la délaisse, complètement citadine et l'homme de ménage Moctawamba, originaire d’une Afrique lointaine, discret, lunaire, poète, père de famille libre et heureux, se retrouvent coincés au deuxième sous-sol de l'entreprise. Ces deux univers que tout oppose vont permettre d'agrandir cet espace de jeu peu à peu, pour s'ouvrir et s'enrichir, tout comme notre regard sur les autres.

La femme est gênée par la promiscuité imposée par les lieux. Sa bonne éducation lui impose d'être polie mais elle n'a pas l'habitude que quelque chose lui résiste. C'est plus fort qu'elle, il faut qu'elle parle et qu'elle agisse. Voyant que rien ne marche elle se démène de plus belle, quitte à subir une crise d'asthme (comme elle est drôle à inhaler sa Ventoline !).

L'homme est perplexe, mais stoïque. Sa bonne éducation lui impose le silence et il n'a pas pour habitude de se rebeller. Quand il se décide à parler c'est pour formuler un proverbe (africain si on veut bien croire l'auteure) : la normalité commence quand on découvre sa différence.

Juliette n'est pas en état d'apprécier la sagesse de la formule. Elle a le don de catastropher : on est foutu ! Ce qui lui vaut une nouvelle maxime : Tant que tu doutes, n'affirme pas. Mais si tu affirmes, ne doute pas.
La dame n'apprécie pas le stoïcisme de son compagnon : quoi que je dise ça se transforme en leçon de morale ! Ses sautes d'humeur sont d'un grand effet comique. Hystérique au départ, pathétique à l'arrivée. Et toujours furieusement drôle, aussi bien quand elle se ventile avec un spray de cortisone que lorsqu'elle s'accroupit avec l'agilité d'une girafe entravée par une jupe crayon ou qu'elle raille son compagnon d'infortune : je suis tombée sur un castor junior africain !

L'intrigue est fort mince et pourtant Sophie forte parvient à broder sur le thème pendant une bonne heure sans que l'on ressente le moindre ennui. Tout est quasi plausible et on se demande dans quel état ces deux là sortiront de leur cage 48 heures plus tard, sans manger, ni boire, et en ayant du mal à dormir.

Ils utiliseront les moyens du bord, le matériel de ménage de Moctawamba, le sac à main (Chanel s'il vous plait) de Juliette. Et sous couvert de farce, Sophie nous amènera à réfléchir au moyen de vivre ensemble, de s’écouter, se supporter et se comprendre quand au départ tout nous oppose. Nous finirons par envier Juliette d'avoir eu la chance d'être écoutée comme elle l'est par cet homme dont les poèmes sont d'une grande beauté. Réciproquement l'homme de ménage conviendra que Juliette aura été la seule amie riche et blanche qu'il a jamais connue. On lui souhaite que ce ne soit pas la dernière.

Productrice audiovisuelle depuis dix-sept ans, et une belle centaine de téléfilms plus tard, Corinne Touzet est devenue entrepreneur de spectacle en 2012 pour qu’existe un de ses rêves, l’adaptation de la Journée particulière d’Ettore Scola. Ce rêve est devenu réalité au Chêne Noir en Avignon, un véritable succès suivi d’une magnifique tournée et d’une reprise à Paris au Théâtre du Petit Montparnasse. Le théâtre, depuis, est devenu un vrai choix de vie.

Après le succès de Un nouveau départ, pièce d’Antoine Rault, créée au Théâtre Actuel, le Théâtre des Variétés en 2016 et une magnifique tournée, elle a eu envie de retrouver Anne Bourgeois, metteur en scène avec qui elle avait adoré travailler en 2008 sur Mobile home de Sylvain Rougerie.

Voyage en ascenseur avait toutes les qualités pour la séduire, elle qui est sensible aux aprioris, à la tolérance et au regard qu'on pose sur les autres.

On ne le sait pas forcément, mais elle est d'origine antillaise par sa grand-mère, et le rôle de Juliette, devant cohabiter avec un homme d'une couleur de peau différente de la sienne, était une motivation supplémentaire. Elle était ravie d'interpréter quelqu'un qui allait tomber le masque.

Comédien, metteur en scène, Jean-Erns Marie-Louise a étudié l’écriture du scénario, l’analyse et la dramaturgie à Paris III. Il a également été formé par Christopher Barnett, Marcel Robert, Pierre Dougnac, et différents Master Class. Il a beaucoup tourné pour le cinéma et la télévision et joué au théâtre un large répertoire classique comme contemporain. Egalement artiste-peintre il a réalisé de nombreuses expositions en France et à l’étranger.

Après des études d’architecture d’intérieur, Sophie Forte quitte Lyon pour Paris afin de suivre les cours Simon. Un passage au petit conservatoire de Mireille et elle se lance en 1987 dans les cabarets comme chanteuse. Puis elle écrit et interprète des sketchs dans de nombreux festivals d’humour, crée cinq one woman shows qu’elle joue à Paris et en tournée durant quinze années. Egalement des chansons pour enfants et adultes.

Parallèlement elle travaille quatre ans dans l’émission La classe, cinq ans dans Rien à cirer sur France Inter, avec Michel Drucker dans Vivement dimanche, Christine Bravo dans Frou Frou et participe à de nombreuses autres émissions. Depuis les années 90, elle tourne dans de nombreux longs et courts métrages, dont un qu’elle réalise en 2017.

A partir de 2006, elle écrit des pièces de théâtre dans lesquelles elle joue ou qui sont interprétées par d’autres, au festival d’Avignon, à Paris ou en tournée. Voyage en Ascenseur est sa dixième pièce.

Les deux personnages enfermés dans l’ascenseur vont devenir un support magnifique l’un pour l’autre, et emmener le spectateur vers une émotion profonde. Comédie quasi burlesque au départ, la pièce devient finalement une très jolie variation sur la confrontation avec soi-même.

Les saluts sont à l'instar de la pièce, sérieux au début, déchainés et joyeux par la suite.
25 juil. 2018
7/10
2 0
Une comédie sympathique avec un jeu très juste de Jean-Erns Marie Louise.

J’avais des réticences avec Corinne Touzet à l’affiche et bien j’avais tort j’ai beaucoup aimé son jeu et leur complicité.
Un bon moment.
9 juin 2018
7/10
11 0
Bonne surprise.
J’ai passé une bonne soirée au théâtre.
Je ne vais pas au théâtre pour apprendre quelque chose, j’y vais pour ressentir l’émotion d'un moment partagé.
Superbe pièce qui vous tient entre rire et émotion du début à la fin.
Jeu magnifique des acteurs, on ne redescend sur terre qu’à la dernière réplique.
Mise en scène agréable.
Belle soirée.
6 juin 2018
8,5/10
37 0
On connaît l'ascension !

Sauf que dans le cas présent, l'ascenseur est en panne !

Dans la cabine « Roux et Combaluzier », se retrouvent contraints et forcés de cohabiter un long week-end deux êtres humains que tout ou presque oppose.

D'un côté, nous avons Moctawamba, l'homme de ménage noir, originaire du continent africain et pratiquant la religion boumaniste (je vous laisse découvrir...)

De l'autre, c'est Juliette, la cinquantenaire blanche, la grande bourgeoise dont la seule et sainte Trinité est constituée des entités très consubstantielles que sont Gucci, Prada et Chanel.

A partir de ces clichés, Sophie Forte, l'auteure de la pièce, va nous proposer une réelle et subtile réflexion sur l'altérité, l'empathie, sur l'humanité qui vont finalement réunir les deux naufragés de la technologie qui monte et qui descend.

Petit à petit, ces clichés vont tomber, les masques également, les différences s'estompent.
Le tout sans pathos de mauvais aloi, sans misérabilisme aucun. Pas de mièvrerie, pas d'insupportables pleurnicheries.
Certes, nous allons beaucoup rire, mais une vraie réflexion nous est proposée.

Bloqués durant quatre jours, en étant obligés par la force des choses de mieux se connaître, ces deux-là vont laisser de côté leurs préjugés respectifs.
Et donc nous aussi, par la même occasion. La catharsis va fonctionner.

De plus, de vrais thèmes sociétaux on ne peut plus d'actualité seront abordés : les migrations humaines, la mondialisation et ses ravages, notamment en Afrique, avec son terrible impact sur les économies locales.

Une nouvelle fois, l'écriture de Sophie Forte est drôle, spirituelle, mais également incisive, et empreinte d'un réel humanisme.

Anne Bourgeois, la metteure en scène réussit avec le talent qu'on lui connaît une sacrée gageure : créer le mouvement, la vie, le chaos parfois, dans cet huis ultra clos qu'est la cage d'ascenseur.
La belle scénographie de Jean-Michel Adam, un espace de seulement trois mères sur deux, va lui permettre de travailler d'un point de vue vertical, sans que le public ne soit visuellement lésé, même lorsque les corps des comédiens seront accroupis, allongés, en en encore en position quasi-foetale.

Les acteurs se baissant, se relevant, se hissant sur la pointe des pieds, l'une montant sur le dos de l'autre, la dimension verticale prend la place de ce qui ne peut être envisagé horizontalement.
C'est vraiment un travail de précision, tout en finesse et en délicatesse.
Tout ceci est fluide, aéré, et maîtrisé à la perfection.

Et puis, bien entendu, deux comédiens superbes portent le texte de meilleure des façons.

Juliette, c'est Corinne Touzet.
Pour donner, la comédienne donne. Elle ne ménage vraiment pas sa peine et son énergie.
Quelle délicieuse, présence, quelle puissance et en même temps quelle délicatesse.
Et quelle vis comica !
Combien de fou-rires déclenche-t-elle dans la salle. Votre serviteur ne s'en est pas privé.
La comédienne passera subitement du rôle de bourgeoise citadine à celui d'une femme fragile, meurtrie par des blessures qui remontent à l'enfance.
Ce basculement est tout à fait intéressant et impressionnant.
Par moment, et c'est évidemment un compliment, elle m'a fait penser à Sophie Desmaret.

L'excellent Jean-Erns Marie-Louise sera cet homme de ménage exilé, un employé également philosophe et poète à ses heures.

Prenant un bel et sonore accent africain, sans jamais tomber dans la caricature, lui aussi est très drôle.
Dans sa bouche, ses proverbes plus ou moins africains, ses aphorismes et ses plaisanteries sont irrésistibles.

Sans jamais quitter sa blouse, lui aussi enchante le public.

Et la fin, me direz-vous ?

Les deux comédiens vont donner à leur personnes respectifs beaucoup de tendresse
Anne Bourgeois fait alors subtilement émerger le caractère onirique des propos de Sophie Forte.
Ce trio de « belles personnes », pour reprendre l'action du personnage de Melle Touzet au moment des rappels, ce trio-là m'a beaucoup ému.
De l'émotion bien réelle, non feinte, non sans artifice.

Je vous conseille donc vivement ce très beau moment de théâtre, qui vous redonne confiance dans le genre humain.

Le dieu Boumane soit loué !
3 juin 2018
7,5/10
4 0
Ma grande angoisse portée sur scène : rester coincée dans un ascenseur ! Que ferai je ainsi confrontée à mes peurs ?

J'avais donc une appréhension personnelle avant de voir cette pièce et puis je ne connaissais pas le potentiel théâtral de Corinne Touzet (dont j'avais de fades souvenirs dans des séries télé assez bof), et je me demandais donc comment la pièce allait pouvoir durer 1h20 sans tourner en rond... Bref beaucoup d'incertitudes ! Alors je vous rassure de suite, on passe un bon moment dans ce huis-clos entre deux étages !

L'histoire : C'est la rencontre de deux univers que tout oppose. Début de week end de l’Ascension, Juliette, la femme du patron, chic, une blanche un peu déconnectée de la réalité et abandonnée, et en face il y a Moctawamba, l'homme de ménage noir, à la fois discret, adepte du yoga, poète et père d'une famille nombreuses, se retrouvent coincés au deuxième sous-sol de l'entreprise... Comment vont ils gérer ce long week end de pont ensemble ?

C'est Sophie Forte qui a écrit cette pièce savoureuse. Bien sur, il va y avoir l'opposition de style des deux personnages mais aussi la découverte de leur vie respective et de leurs peurs. Alors ça ressemble à une comédie et effectivement on rit mais le propos est plus profond que ça et c'est ce qui m'a plu dans cette pièce.

Pour la pièce puisse durer 1h20 on dépasse donc le stade de la comédie basée sur les stéréotypes qu'on imaginent facilement pour découvrir les deux protagonistes au travers d'histoires qu'ils se racontent et de moments plus ou moins gênants qui vont forger leur relation particulière. Cette expérience permet à chacun de découvrir l'autre mais aussi de se regarder soi même sans filtre et revoir ses propres certitudes.

Les deux comédiens Corinne Touzet et Jean-Ernst Marie-Louise sont magnifiques, j'ai été charmée par leur interprétation, chacun possédant un style propre qui lui va superbement !

Bref, cet incident d'ascenseur est un petit bonheur mais je ne vais pas tenter le diable, je continue à prendre les escaliers au travail et pas les ascenseurs !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Rire
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor