Votre Maman

Votre Maman
De Jean-Claude Grumberg
Mis en scène par Charles Tordjman
Avec Catherine Hiegel
  • Catherine Hiegel
  • Bruno Putzulu
  • Dominique Fretun
  • Paul Rias
  • Théâtre de l'Atelier
  • 1, place Charles-Dullin
  • 75018 Paris
  • Anvers (l.2)
Itinéraire
Billets de 17,00 à 37,00
Evénement plus programmé pour le moment

Cinq visites sous forme de dialogues théâtraux teintés d'absurde, entre une mère victime d'Alzheimer et le directeur d'une maison médicalisée.

Jean-Claude Grumberg nous darde de quelques questions simples mais lancinantes : Qu'est-ce qu'oublier ?

Qu'est-ce que le souvenir ?

De quelle mémoire serons-nous un jour orphelin ?

 

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La critique de la rédaction : 6/10. Avis nuancé sur cette pièce de théâtre qui hésite beaucoup entre le drame et la comédie.

Le thème de la maladie d'Alzheimer était propice à émouvoir, même à faire verser une petite larme, et pourtant je n'ai rien ressenti. Pourquoi ? Peut-être parce que je ne me suis pas assez attaché aux personnages.

Les dialogues cherchent le trait d'humour efficace sans toujours y parvenir. Ils manquent de fluidité et et de naturel.
Quant au décor et à la mise en scène, ils auraient pu apporter plus de dynamisme, casser l'effet répétitif.

Le jeu d'acteur est plaisant. Néanmoins, j'ai préféré l'interprétation de Catherine Hiegel dans Un Air de Famille, à la Porte St Martin, où elle prouve tout son talent.

Je n'ai pas passé un mauvais moment mais n'ai pas été convaincu non plus. Dommage.

Note rapide
6,8/10
pour 10 notes et 7 critiques
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4 critiques
Note de 4 à 7
70%
3 critiques
Note de 8 à 10
30%
Toutes les critiques
16 mai 2017
8/10
25 0
Jean-Claude Grumberg connaît l'âme humaine et apparement la problématique des relations entre les familles et l'institution dans le cadre d'un placement pour démence.

Dans une maison de retraite, la maman reçoit les visites de son fils. Tantôt elle le reconnaît, tantôt elle le confond avec le directeur. Ces visites sont souvent agitées, pressées, semées de problèmes, de malentendus qui font naître d’étranges cocasseries et loufoqueries.

Si je fais exception de la scénographie (j'y reviendrai plus tard) ce que j'ai entendu hier soir est si proche de mes propres souvenirs que je pourrais penser que ma mère a servi de modèle à l'auteur.

A commencer par cette manière de la désigner d'un "votre maman" générique sans plus employer le nom de famille, comme s'il était question d'un objet. Les "pensionnaires" adoptent une manière de s'exprimer, qui devient un tic de langage, consistant à répéter en écholalie les phases qu'on se prend de plein fouet et qui échappent à notre propre raison.

Car tout est surréaliste quand on pénètre dans l'univers quasi carcéral d'un EPAHD. L'établissement est bouclé soit disant pour le bien des résidents, entendez par là qu'un digicode et un double sas garantissent théoriquement au personnel leurs (nombreuses) tentatives d'évasion ou même de simple sortie.

La scénographie ne reprend pas cet élément essentiel et ne cherche pas davantage à reproduire une chambre type ou ce qu'on appelle un "espace de vie". Le mur de fond évoque une forêt ouverte, ce qui crédibilise la fuite de l'aïeule et permet astucieusement de justifier la fin.

Il m'a semblé que la première partie manquait de souffle. Le directeur sillonne les couloirs autant impuissant que le fils qui multiplie les va et vient, aller retour métaphoriques d'une situation sans issue rationnelle. La mère l'a bien compris. C'est en solitaire qu'elle entreprendra sa balade de Narayama. Elle a une fixation secrète, profonde, intime, qui est de retrouver sa propre mère qu’elle a du abandonner sur les routes pendant l'exode.

A la fin de sa vie les souvenirs, et les culpabilités enfouies resurgissent. Ma mère faisait des cauchemars de trains, de rationnement en tous genres. Le traumatisme de la Seconde guerre mondiale n'était pas digéré. Ce doit être une question de génération.

La mère a aussi beaucoup de caractère ... il n'y a guère que cela que l'on peut conserver intact. Alors elle compense l'absurdité de son quotidien par toutes les petites rebellions qui sont à sa portée : s'attribuer le fauteuil roulant d'un voisin, donner un coup de pébroc à qui veut entrer dans sa chambre sans y être invité.

On pouvait s'attendre à un duel entre la mère (Catherine Hiegel) et le fils (Bruno Pudzulu) mais il est inconditionnellement aimant, patient, emphatique avec elle, conciliant puis lui aussi rebelle vis à vis d'une institution impuissante mais exigeante envers les autres. Les soucis de personnel ne peuvent pas tout excuser. Le combat s'engagera entre le garçon et le directeur de la maison de retraite (Philippe Fretun).

Catherine Hiégel est furieusement drôle malgré l'issue tragique. Les facéties de la vieille dame font rire les spectateurs et puis cela bascule. Chacun se retrouve avec sa mémoire et son histoire personnelle. Catherine Hiegel est superbe de naturel, sans jamais surjouer, comme l'aurait sans doute été tentée de le faire une Jacqueline Maillan. Elle aurait pu avoir pour ce rôle le Prix du brigadier, mais elle l'a déjà reçu. Un Molière peut-être ... ?
28 avr. 2017
7/10
24 0
Jolie pièce qui aborde des thèmes sensibles (la maladie, la déportation...) avec beaucoup de pudeur. Les acteurs sont excellents.
9,5/10
27 0
Un magnifique chant du cygne que ces dernières rencontres entre une mère et son fils, dans une maison médicalisée. L’émotion est à fleur de peau et le rire au bord des lèvres qui s’ouvrent souvent pour le laisser s’échapper, peut-être pour ne pas pleurer.

« Votre maman !... » Commence par dire le directeur de l’établissement en interpellant le fils, à cinq reprises. Pour se plaindre des faits ou des propos de la mère comme des adultes pourraient le faire dans un square de quartier où les enfants jouent, crient et chahutent. Les cinq tableaux vont nous permettre de découvrir progressivement, au travers de ses réactions, l’écoute attentive du fils pour sa mère, la défense de sa dignité, sa prise en charge comme une femme et non comme une enfant. S’opposant aux ridicules demandes de réprimande attendue par un directeur dépassé, débordé et sans doute incompétent, le fils ne fera que démontrer par son attitude ce que bienveillance et bientraitance veulent dire. Il ne montrera pas seulement son attachement à ces basiques valeurs humanistes mais aussi un amour et un respect profonds, une volonté d’accompagner la fin de vie avec affection, patience et attention.

Aussi quand le directeur lui dira : « Votre maman !... Elle est partie mais ne vous inquiétez pas nous la cherchons, les gendarmes aussi, ils ont des chiens », non !... Il ne veut pas, il ne peut pas. Les gendarmes, le bruit des bottes, le bruit des chiens, autant de souvenirs qui ressurgissent de la mémoire de son enfance. Le fils sait ça. Il a enfoui lui aussi, au plus profond, ce qui fait dans la conscience commune familiale toujours présente cette plaie ouverte, cette peur sourde que seule la fuite semble pouvoir apaiser l’instant de croire à la survie possible.

Bien sûr « la maman » n’était pas en état de lucidité. Bien sûr, elle ne pouvait pas savoir ce qu’elle risquait en partant seule à son âge, vers le parc puis le bois où elle a dû entendre les gendarmes, le bruit des bottes, le bruit des chiens. Bien sûr…

La dernière pièce de Jean-Claude Grumberg livre une nouvelle fois un récit où l’émotion, la dignité et la dérision se conjuguent et font bloc comme pour faire reculer le plus loin possible les attaques meurtrissantes ou mortifères de la pulsion de mort sordide, au calme latent, prête à bondir. Rires et larmes se cachent comme des fantômes dans les ombres des mots et des situations dont nous ne voyons que les résultats ressortis du texte et du jeu des comédiens. Dignité dans l’approche, finesse et simplicité dans les effets. L’art de Grumberg dans ses plus beaux éclats de lumière, de distanciation caustique et de regards ironiques et bienveillants sur l’humain quoi qui l’ait fait et quoi qu’on ne dise mais sans jamais oublier la mémoire collective.

La mise en scène de Charles Tordjman n’encombre pas le texte, elle le sert adroitement et suffisamment, laissant aux comédiens le soin de s’emparer tout à fait de cette histoire.

Entourés de Philippe Fretun, efficace dans le rôle de cet insupportable directeur psychorigide et Paul Rias, précis et compatissant en brigadier, Bruno Putzulu et Catherine Hiegel brillent dans leurs personnages et dans leurs relations. La scène finale est une démonstration éblouissante.

Bruno Putzulu incarne le fils avec une détermination intransigeante, une douceur infinie et une attention affectueuse superbes. Un comédien brillant.

Catherine Hiegel nous cueille. L’émotion passe sans qu’elle nous le montre, le sourire nous éclaire sans l’avoir vu venir. Tout est finesse et simplicité dans son jeu intense et sincère. Reine de théâtre, elle nous donne à nouveau une leçon.

Petit bijou théâtral à ne pas manquer.
25 avr. 2017
7,5/10
34 0
Il est actuellement possible, au Théâtre de l’Atelier, de devenir les visiteurs d’une banale maison de retraite.

C’est dans ce lieu si particulier que l’on rencontre Jean Butterflam, qui chaque jour rend visite à sa mère hospitalisée. Si elle se souvient parfois de son identité, sa mémoire défaillante peine plus souvent à le reconnaître. Les rencontres cocasses avec le directeur, les discussions insensées entre les principaux protagonistes et les dérapages de la vieille femme ne sont que les étapes d’un dénouement qui s’avérera plus inattendu que prévu…

Le texte de Grumberg, célèbre pour ses nombreux récits témoignant de la Shoah et de l’Holocauste, est à la fois fort, émouvant et amusant. L’auteur livre ici une pièce qui touche tant par l’amnésie de la mère que par son passé de fugitive orpheline, glissant par endroits de subtils indices qui s’emboitent au cours du récit pour révéler une émouvante et tragique conclusion.

La mise en scène sobre et tout en subtilité de Charles Tordjman nous plonge dans l’atmosphère épurée de cette maison et de son jardin. On y croise la douleur de Jean face à sa mère qui le confond avec le directeur, lui-même désemparé devant les coups de tête et de parapluie de Mme Butterflam. Et puis surtout, s’appuyant sur ce texte limpide, Tordjman nous fait comprendre les souvenirs qui hantent la vieille femme, et son désir de retrouver sa propre mère, perdue, comme elle, de longues années plus tôt.

Le jeu des comédiens, en écho à la mise en scène claire et précise, parachève l’ensemble. Entre un Bruno Putzulu attachant et un Philippe Fretun drôle et apitoyant, on s’emballe pour une Catherine Hiegel toujours plus épatante et émouvante dans le rôle de la vieille femme amnésique et tourmentée.

Allez donc toquer aux portes de la maison de retraite de l’Atelier, pour rire et être ému aux larmes devant le récit qui nous est donné ici. Vous y suivrez le touchant témoignage de ce trio : une mère proche de la fin, un fils pas encore prêt à ce départ et un directeur d’hôpital dépassé par les événements. Un très beau moment de théâtre !
23 avr. 2017
6,5/10
14 0
Un peu déçue, d'une part parce cette pièce ne dure qu'une heure, et puis par ces dialogues mâtinés d'absurde, qui nous font rire au sujet de cette terrible maladie qui fait plus mal aux proches qu'au patient. Il y a aussi des passages difficiles et c'est bien le style tragico-comique de Jean Claude Grumberg qui est à l'œuvre.

Catherine Hiegel incarne une dame atteinte d'Alzheimer avec une justesse et une sobriété étonnante. Son fils, joué par Bruno Putzulu (qui a toujours une voix affreusement geignarde et qui particulièrement exagérée avec ce rôle), est un fils patient comme un père pourrait l'être avec son enfant. Philipe Fretun est un directeur dépassé par les évènements qui est tout à fait crédible.

C'est à voir car les attitudes de la maladie sont extrêmement bien restituées.
Votre critique endiablée
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor