Voltaire Rousseau

Voltaire Rousseau
De Jean-François Prévand
Mis en scène par Jean-Luc Moreau, Jean-François Prévand
Avec Jean-Luc Moreau
  • Jean-Luc Moreau
  • Jean-Paul Farré
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Itinéraire
Billets de 16,45 à 32,50
Evénement plus programmé pour le moment

Comédie policière mettant en scène dans une spectaculaire scène de ménage les deux célèbres auteurs se lançant au visage vaisselle, mobilier et idées.

Vous redécouvrez avec plaisir et stupéfaction tout ce que vous devez encore aujourd'hui à leurs visions fulgurantes, mais complémentaires, de notre humanité.

 

Du théâtre d'acteurs où Jean-Paul Farré et Jean-Luc Moreau se lancent à coeur joie dans l'arène !

 

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5 mai 2017
9,5/10
23 0
C'est un des meilleurs spectacles du moment. Jean-François Prévand a écrit les dialogues à partir de textes originaux rendant cette rencontre "fictive" entre Voltaire et Rousseau tout à fait plausible et surtout extrêmement vivante.

Il n'est pas nécessaire de connaitre leurs oeuvres pour apprécier les joutes verbales. Elles sont tellement d'actualité avec les débats qui occupent les ondes sur la citoyenneté et l'éducation qu'on a le sentiment que les propos n'ont pas vieilli. Mais de toute évidence, il y a encore plus de plaisir, lorsqu'on a lu par exemple Candide ou L'Emile, à entendre des phrases qui avaient suscité réflexion sur les bancs du lycée ou de l'université.

L'usage de costumes qui ne sont pas très datés rend le face à face encore plus "contemporain". Le démarrage est un peu artificiel. Les comédiens sont campés dans une forme de raideur, sans doute intentionnelle pour signifier la bienséance de l'époque. Mais très vite les masques tombent et les caractères se révèlent.

On s'amuse d'apprendre que Voltaire avait une passion pour les fleurs, tout en la trouvant logique puisqu'il employait la métaphore de cultiver son jardin. On sourit d'entendre que Rousseau se moque du quand dira-t-on et que dès lors qu'on aime le théâtre on est capable de tous les forfaits.

Le philosophe a du mal à imposer son point de vue face à un adversaire qui plaisante de tout alors qu'il voudrait le convaincre que Molière n'a rien compris au Misanthrope. C'est que Voltaire est extrêmement irrité : quand je vous lis il me prend des envies furieuses de marcher à 4 pattes. Ses répliques sont d'une ironie grinçante, justifiée de la constatation que l'homme est un loup pour l'homme et que ce n'est pas à votre chien que je vais l'apprendre.

Rousseau se défend avec de mauvais arguments contre son cher "centre du monde". Il a beau réaffirmer que l'intelligence est la mère de tous les vices, la démonstration ne peut pas tenir, qu'il soit ou non intelligent lui-même. Et Voltaire est très drôle dans son imitation satirique, mimant un Jean-Jacques appelant ses chers petits lapins et promettant que Papa Emile leur lira la Bible.

C'est que le plus grand reproche qu'on peut lui faire est d'avoir abandonné ses cinq enfants à l'Assistante publique tout en prétendant discourir de l'éducation. Et Voltaire ne s'est pas privé de le critiquer à ce propos. Le "bon" papa a même oublié leur date de naissance et se défend piteusement : je ne voulais pas qu'ils vivent la vie que j'ai vécue. Je ne suis pas vraiment coupable.

Qu'ils abordent le thème religieux et la guerre reprend. J'adore un Dieu créateur et intelligent, ... s'il existe affirme Voltaire en nuançant son propos : on n'aurait jamais eu ni l'Islam ni la Chrétienté qu'est ce qu'on serait tranquille !

La solution est simple pour Rousseau : il faut changer de gouvernement pour trouver le chemin du bonheur. Vous imaginez les rires dans la salle !

Voltaire est au bord de l'exaspération : L'homme ne serait que le produit de la société ? Cela signifierait alors qu'il n'a pas été créé à l'image de Dieu ...

Il est au bord de l'implosion : Diderot est en prison, D'Alembert n'ose plus écrire, je suis exilé (...) Je suis pour la tolérance et contre la censure mais on me fait taire. Vous êtes venu pour vous disculper (d'avoir abandonné ses enfants). Quel que soit l'art d'être coupable ou innocent nous sommes res-pon-sa-bles (de nos actes).

Le combat de coqs se poursuit en insultes. Il manque un arbitre à ce débat d'idées mais le public saura se forger son opinion. Deux siècles plus tard les sujets sont aussi brûlants, les questions toujours aussi pertinentes. Pourrons-nous transmettre l'équivalent à nos descendants avec les querelles qui nous agitent en ce moment ?

L'affrontement de deux courants de pensée concomitants, mais opposés, par deux comédiens exceptionnels est un grand moment de théâtre. On peut se réjouir que le Poche Montparnasse ait repris cette pièce, créé il y a trois ans dans ce même lieu. La performance des comédiens (dont la biographie est trop longue pour être résumée) est d'autant plus remarquable qu'ils doivent quitter le théâtre très vite pour enfiler un autre costume quelques rues plus loin au Rive Gauche où Jean-Paul Farré interprète le mage Radjapour et où il retrouve Jean-Jacques Moreau qui est le président Delbec. Il faut retenir la conclusion, prononcée par Voltaire : le remède à la rage du fanatisme, c'est la culture.
25 avr. 2017
8/10
16 0
Le texte, la mise en scène et le jeu des comédiens contribuent à faire d’une joute intellectuelle entre ces deux géants des Lumières que furent Voltaire et Rousseau, un réel succès. Les thèmes abordés et les convictions défendues par nos deux protagonistes sont d’une étonnante actualité.

Jean-François Prévand imagine que Jean-Jacques Rousseau, banni de la République de Genève pour abandon de ses cinq enfants, soupçonne l’auteur de Candide d’être à l’origine du pamphlet qui révèle ce forfait. Cette intrusion de Rousseau au domicile de Voltaire donne lieu à une dispute philosophique au cours de laquelle tous les thèmes chers à nos deux « filousophes » sont débattus. Durant un peu plus d’une heure, on peut apprécier l’esprit révolutionnaire et la force de leurs opinions, contradictoires bien souvent, mais tellement complémentaires.

Tout ou presque est abordé au cours de cette discussion âpre et passionnée : les religions, la musique, le théâtre, l’éducation, les femmes, la liberté, l’égalité, la tolérance… On apprécie à sa juste valeur l’esprit aigu et caustique de Voltaire interprété avec brio par Jean-Paul Farré et l’on ne peut s’empêcher de compatir aux souffrances physiques et psychiques de Rousseau que Jean-Luc Moreau campe à merveille. Leurs contemporains encyclopédistes Diderot et d’Alembert sont évoqués, et chacun les tire à soi.

Voltaire est tel qu’on se le représente : toujours vif, nerveux, méchant, drôle. Jean-François Prévand rend justice à Rousseau en lui faisant dire que l’état de nature tant raillé par Voltaire n’est qu’une hypothèse et que l’abandon de ses enfants peut se justifier sans ridiculiser et anéantir pour autant son précis d’éducation « L’Émile ».
La mise en scène, simple mais enlevée, colle au texte et les acteurs, chacun dans son rôle, sont très convaincants : Voltaire allègre, brillant et ironique, Rousseau atrabilaire, malade, un brin paranoïaque.

Lorsqu’on a assisté à ce spectacle, on a envie de fréquenter durant un moment encore ces grands écrivains philosophes en ouvrant Candide et Zadig, le Contrat social et l’Emile, pour mieux les comprendre et les apprécier.
Cette pièce nous ravit aujourd’hui tout comme elle avait ravi lors de sa création en 1991, tant les problèmes abordés sont toujours d’actualité…

À ne pas manquer, donc, surtout par les temps qui courent !
Querelle devenue légendaire, l’opposition entre Voltaire et Rousseau est ici jouée avec un humour cultivé et un goût de la comédie qui parsème de sourires et de rires les diatribes toutes en rebondissement. Le texte riche et truculent donne aux comédiens l’occasion de jouer avec talent une partition délicate et savoureuse.

Les deux illustres protagonistes partagent fondamentalement les mêmes quêtes philosophiques sur le droit au bonheur, la liberté et le progrès. Leurs histoires de vie et leurs milieux d’appartenance, leurs rencontres et leurs aisances financières, leurs raisonnements et leurs choix, les font cheminer sur des pistes où ils ne se retrouvent pas.

De la confiance des débuts de leur correspondance, une méfiance s’installe progressivement à partir de 1760 jusqu’à rompre leurs liens pour se perdre définitivement dans des échanges houleux et cruels. Les sujets de contradiction sont nombreux et amplement décrits dans leurs ouvrages : L’homme et la société, la croyance et la probité, la connaissance et la culture, le plaisir et la nécessité.

Le bonheur de la jouissance de la vie bourgeoise chez Voltaire ne manque pas d’irriter l’ascétisme de la vie recluse de Rousseau qui devient peu à peu victime de ses propres convictions piégeuses, subissant de surcroit son corps malade et sa paranoïa vivace.

Le texte anonyme « le sentiment des citoyens » publié après 1762, dénonçant Rousseau pour l’abandon de ses cinq enfants à leur naissance, est le prétexte de cette rencontre imaginaire entre les deux grands hommes, située en 1765.

Écrite par Jean-François Prévand à partir d’un canevas de textes originaux, cette pièce nous captive, nous surprend et nous amuse. Rousseau, persuadé que Voltaire est l’auteur de ce libelle vient chez lui pour l’entretenir prudemment puis l’interroger perfidement, recherchant l’aveu. Voltaire réplique en reprenant leurs différends et entreprend avec Rousseau un dialogue digne d’une dispute philosophique.

La mise en scène de Jean-Luc Moreau et de Jean-François Prévand sert le texte avant tout, sans effets ajoutés. Nous sommes dans du théâtre d’acteurs. Et nous y sommes bien !

Jean-Paul Faré excelle dans un Voltaire au panache rusé, délicat et intransigeant. Jean-Jacques Moreau (ce soir-là) joue avec malice un Rousseau affaibli mais implacable et tenace dans sa quête de vérité tout comme dans la défense de ses positions.

Saurons-nous qui a écrit cette dénonciation ? Dans la chanson de Gavroche on ne sait qu’une chose : « s’il est tombé par terre, c’est la faute à Voltaire. Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau ».

Un joli moment de théâtre, intelligent et drôle, à savourer comme une gourmandise.
4 avr. 2017
9/10
34 0
A Ferney, Voltaire arrange un bouquet dans un vase, il est satisfait comme toujours, élégant, tout chez lui respire la sérénité, enfin le calme avant la tempête…

Et survient Rousseau, mal rasé, mal attifé, en houppelande, il vient voir son vieil ennemi, il cherche à savoir qui a écrit un pamphlet sur lui… il le soupçonne mais voudrait des preuves ! La rancœur, la jalousie, la duperie, tout y est !
Certes Rousseau n’a pas eu une enfance des plus heureuses, et sa rencontre avec Thérèse Le Vasseur ne l’a pas non plus épanoui, est-ce pour « protéger » ses enfants de la belle-famille, qu’il les a « confiés » à l’assistance publique ?
Voltaire n’est pas exempt de tout reproche, un égo surdimensionné, lui si attentif aux droits de l’homme, combattant toute intolérance, il ferme pourtant les yeux sur la provenance de sa fortune qui serait due (dixit Rousseau) au commerce des négriers...
Il se délecte des portraits que l’on a fait de lui, ils sont tous bien en vue dans la maison !
Rousseau proscrit, Voltaire l’invite à demeurer chez lui quelques temps, celui-ci refuse.

Le texte est drôle, incisif, le clown blanc Voltaire et le clown triste Rousseau, se lancent des piques, des tirades, des mots, des vannes, la vérité aussi surtout celle qu’on n’a pas envie d’entendre. Des citations sur les femmes, sur la religion, sur l’éducation, sur le théâtre, et on rit, on rit aux éclats devant tant de virtuosité, de finesse dans l’interprétation de Jean-Paul Farré et de Jean-Jacques Moreau.
Les deux frères ennemis étaient bien loin de se douter qu’ils seraient l’un à côté de l’autre pour l’éternité au Panthéon !
28 mars 2017
9,5/10
49 0
Seul le théâtre peut nous permettre d'assister à une rencontre entre deux monstres sacrés de la littérature française, une rencontre qui, d'un point de vue historique, n'a jamais eu lieu.

Seul un grand auteur pouvait nous permettre d'assister à cette joute entre deux hommes d'esprit aux positions aussi radicales et aussi opposées les unes aux autres.

Seuls deux excellents comédiens (et l'épithète est ici bien faible) pouvaient nous donner à entendre et surtout écouter de la sorte les mots de Voltaire et de Rousseau.

Cet auteur, c'est Jean-François Prévand, qui co-signe également la mise en scène.

Ces deux comédiens sont Jean-Luc Moreau (l'autre co-signataire de la mise en scène) et Jean-Paul Farré.

Cette rencontre imaginaire commence comme une sorte d'enquête policière.
Rousseau, dans le plus grand dénuement, chassé de Suisse qu'il est, se rend à Ferney pour découvrir si "par hasard" Voltaire ne serait pas l'auteur d'un pamphlet assassin à l'encontre de l'auteur du Contrat social.

Ce pamphlet de huit feuilles intitulé « Sentiment des citoyens », qui a bel et bien été écrit et édité, ce libelle exaspère au plus haut point Rousseau qui pense évidemment que son auteur et celui de Zadig sont une seule et même personne.

La pièce glissera par la suite tout en douceur et tout en subtilité sur une joute philosophique, un combat oral (et parfois pratiquement physique...) opposant des idées et des concepts.

Mais bien entendu, il s'agit également pour l'auteur de la pièce de mettre les deux hommes face à leurs contradictions respectives.

Et les bons mots fusent à qui mieux mieux, tout comme les piques, les vacheries plus ou moins à fleuret moucheté.
Le texte est drôle, brillant, fin, mais également porteur de bien des interrogations philosophiques et sociétales. (A cet égard, certains passages résonnent tout particulièrement avec l'actualité du moment... Suivez mes regards...)

Les religions en prennent pour leur grade. Un exemple qui m'a fait hurler de rire :
Voltaire : « Je regrette qu'une bande de pouilleux dans un désert ait cru bon d'inventer un dieu unique. Sans eux, on n'aurait jamais eu l'islam ni la chrétienté ! »

Mais nous est proposée également une vraie réflexion sur l'utilité du théâtre et de la culture. Je ne vous en dis pas plus, et vous laisse découvrir par vous-mêmes.

Alors, oui, je l'écrivais plus haut, il fallait deux comédiens au sommet de leur art, pour magnifier le texte de Prévand.

Rousseau, c'est Jean-Luc Moreau.
En espèce de caftan aux parements de fourrure, il est simplement bouleversant, notamment, lorsqu'il nous explique pourquoi il a abandonné ses cinq enfants. Mais il est parfois également d'une mauvaise fois qui déclenche moult rires.
Il rend palpable la paranoïa rousseauiste : son « Tout le monde m'en veut, c'est un complot universel ! » pratiquement hurlé est un vrai grand moment.
Il est un peu le clown blanc, si l'on considère que l'autre comédien est l'auguste.

En effet, Voltaire, est interprété par mon héros. Par Jean-Paul Farré.
Tout en bonhommie vacharde, tout en bon mots, exclamations de surprise feinte, répliques à double sens, il est une nouvelle fois simplement parfait. C'est lui qui déclenche le plus souvent l'hilarité du public.

Entre ces deux-là, on sent une vraie complicité, un vrai bonheur de se trouver l'un avec l'autre (ils ont joué cette pièce déjà plus de... quatre cents fois!), un vrai désir de porter un texte.

C'est vraiment un grand moment de théâtre que MM Moreau et Farré nous offrent.
L'un de ces moments jouissifs (il n'y a pas d'autre épithète) entre deux vrais et grands artistes, deux diseurs deux faiseurs formidables au service d'un texte et de son auteur.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor