Six personnages en quête d'auteur

Six personnages en quête d'auteur
De Luigi Pirandello
Mis en scène par Emmanuel Demarcy-Mota
  • Théâtre de la Ville
  • 2, place du Châtelet
  • 75004 Paris
  • Châtelet (l.1,4,7,12,14)
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Éternel Pirandello !

Treize ans après une première version, Emmanuel Demarcy-Mota revient, avec la famille d’acteurs qui l’entourent, aux intrigues et conflits magistralement écrits par le dramaturge italien. De façon imprévue, les personnages arrivent, s’imposent à un metteur en scène et ses comédiens, imposent leurs intrigues et conflits qui se cognent aux problèmes de cette troupe censée leur donner une réalité. Situation absurde, quotidienne pour tout homme de théâtre.

En particulier Emmanuel Demarcy-Mota, qui ne conçoit pas son métier sans une équipe, une famille d’acteurs avec lesquels il creuse les infinis mystères de la vie et de sa « représentation ». Il a abordé une première fois la pièce de Pirandello en 2001, avec bonheur puisqu’elle s’est jouée pendant deux ans. On y trouvait déjà sa connaissance, son intelligence passionnée du théâtre et de ses indicibles lois.

L’expérience acquise au cours des ans lui a permis de creuser encore, d’affiner son travail, de sorte qu’il devenait nécessaire de retrouver les personnages et leurs interprètes, et avec eux, retrouver les méandres d’une situation à travers laquelle s’inscrivent toutes les questions imaginables et inimaginables posées par le fait de vivre ensemble. Colette Godard

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La critique de Phane (rédac' AuBalcon) : Pour un public averti. Tel un mystérieux paquet enroulé dans multiples couches de papier, la pièce de Demarcy-Mota déroule son fil peu à peu, enchainant les situations de plus en plus étranges et grandioses, pour finir en apothéose.

L’histoire semble simple : six personnages, qui forment une famille, sont à la recherche d’un auteur pour les faire vivre, ainsi que leur drame. Ils cherchent à être « rendu vivant » par la scène, par le théâtre, pour lequel ils sont fait mais n’ont jamais pu avoir l’occasion d’être incarnés. Cependant les dialogues et l’idée même de cette pièce démontrent sa complexité : en tant que spectatrice, je n’ai pas très bien saisi si ces personnages voulaient être incarné ou voulaient au contraire s’incarner eux mêmes dans leur propre rôle. Le spectacle, me semble-t-il, laisse cette question en suspension puisqu’il est question tout au long de la pièce de faire jouer les personnages par de vrais acteurs, alors que ce sont les personnages qui jouent leur drame tout au long de la pièce, sans laisser le loisir aux acteurs de s’exprimer, et se moquant d’eux à toute occasion parce qu’ils « n’ont rien de nous en eux ». En conséquence, la confusion demeure tout le long pour savoir s’il s’agit d’un jeu, ou de la réalité.

Un spectacle bien complexe, il faut l’avouer, mais d’une beauté saisissante, et remarquablement interprété. Alors que le début de la pièce m’avait laissé un peu froide, j’ai été peu à peu prise dans la machine infernale de la tragédie sans pouvoir détacher mes yeux de la scène.

Mon aspect favori de sa pièce reste sa virtuosité esthétique, et visuelle. On ne cesse de voir les personnages se cacher derrière des voiles qui dédoublent, voir triplent, leurs ombres. On se dissimule derrière ces voilages pour mieux montrer ce qui n’est pas représentable, ou alors les rapports de force entre les acteurs-personnages. Cette multiplication des individus illustre à merveille l’idée que le personnage n’est peut être qu’une silhouette, une idée, une ombre qui suit les acteurs et qui peut s’incarner de nombreuses façons. Malgré ce que peuvent dire les six personnages de la pièce.
Il y a aussi la musique, qui suit l’intrigue en soulignant le mélange tragi-comique, où on passe du rire à l’angoisse en deux répliques. La fin de la pièce notamment, est remplie de cette musique qui accélère la marche de la tragédie, et donne la parfaite impression d’une roue infernale dont on ne peut arrêter la course.

Fiction ou réalité ? Allez le voir pour vous en faire une idée !

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2 critiques
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10/10
71 0
Lorsque que le théâtre se confronte à lui-même, lorsque le déroulement d’une répétition bascule dans l’irréel, lorsque six personnages sans auteur viennent provoquer par la démonstration les comédiens dans leurs propres rôles : Où sommes-nous ? Dans un rêve de réalité, dans un vertige de l’illusion ?

Cette pièce de Luigi Pirandello, écrite en 1921, installe à nouveau le théâtre dans le théâtre, créant une parabole savoureuse aux profondeurs infinies, nous montrant avec humour une monstrueuse fabrique à penser le théâtre, à l’observer, à le vivre de l’intérieur. Paradoxe de l’écriture, paradoxe du comédien, nous assistons dans ce combat entre les personnages et leurs comédiens à l’étrange réalité du travestissement théâtral de la vie comme à la puissante efficacité de la représentation scénique ne retenant que l’essentiel. Nous serions ici dans « un monde surréel » écrit le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Mota.

La mise en scène inventive et fluide indique sans insistance les moments de trouble, de proximité entre le jeu et le vrai. La distribution magistrale nous accompagne sans nous perdre dans les dédales des sentiments, des ressentiments et des émotions de tous les rôles, personnages ou comédiens. C’est passionnant et grandiose.

Ce spectacle imposant d’adresse et d’efficacité est une illustration de l’écrit de Arthur Adamov, dramaturge surréaliste, adepte du théâtre de l’absurde (contemporain de Pirandello) : « Une pièce de théâtre doit être le lieu où le monde visible et le monde invisible se touchent et se heurtent ».
6 avr. 2016
8,5/10
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La pièce de Luigi Pirandello, écrite en 1921, interroge ce qu’est le théâtre et la fonction de chacun dans ce monde d’apparences : « Faire passer pour vrai ce qui ne l’est pas, comme ça, sans nécessité, juste par jeu... Votre fonction est bien de donner vie sur scène comme des personnages imaginaires ? » questionne le Père en s’adressant au metteur en scène. Les mises en abyme, marque de fabrique de Pirandello, font des limites vrai/faux et fiction/réalité des frontières troublées, effacées, malmenées. Qui joue ? Qui est ? Nos certitudes deviennent floues comme souvent avec cet auteur qui s’amuse avec l’illusion théâtrale, comme c’était déjà le cas avec ses Géants de la montagne.

Les six personnages sont des formes quasi fantomatiques. Ni acteurs, ni véritablement réels, ils ont une histoire à jouer mais ne sont que personnages, des êtres imparfaits et même inachevés : abandonnés par leur auteur pour une raison qui nous échappe quelque peu, ils viennent chercher une forme d’accomplissement, comme un point final à leur création. Ils affrontent les acteurs, veulent vivre en eux : « celui qui a la chance d’être né personnage vivant peut se moquer même de la mort. Il ne mourra jamais. L’homme, l’écrivain, l’instrument de sa création, mourra, mais sa créature, elle, ne mourra jamais. Elle vivra éternellement. ». Pourtant, ce n’est pas l’éternité qui les intéresse ici mais juste exister le temps d’un instant. Le théâtre étant un art éphémère, ils savent que les œuvres et les personnages survivent bien au-delà de la représentation.

Ce qui surprend d’entrée de jeu, c’est la vivacité de la mise en scène d’Emmanuel Demarcy-Mota aux prises avec quinze acteurs sur le plateau pour des jeux de dupes. Un formidable travail a été effectué autour des ombres et de la lumière. Yves Collet a fait des merveilles dans ce domaine et renforce la confusion générale, fascinante et troublante. Et même si parfois le texte nous semble un peu trop bavard, ce détail ne porte pas préjudice à un ensemble fort maîtrisé. La troupe du Théâtre de la Ville porte l’art de Pirandello au sommet avec en tête la resplendissante Valérie Dashwood, jouissante toujours d’une incroyable justesse, tout comme Alain Libolt, épatant directeur. Hugues Quester incarne un Père touchant tandis que Sarah Karbasnikoff est une bouleversante Mère.

L’illusion est ce qui se crée mais les personnages n’ont pas d’autre réalité d’après Pirandello. « Un personnage est toujours quelqu’un mais un homme en général peut n’être personne ». Pourtant, ici tout est mis en place pour interroger le processus de création, le rôle de l’auteur, les frontières sur le plateau, la place de l’acteur et ce que l’on fait des personnages au théâtre. Emmanuel Demarcy-Mota réussit haut la main à recréer toutes les subtilités de l’œuvre de Pirandello et fait de ces Six personnages en quête d’auteur un excellent moment, entre fiction et réalité, qui devient « le lieu de fabrication de tous les possibles ».
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor