Schatten (Eurydike sagt)

Schatten (Eurydike sagt)
De Elfriede Jelinek
Mis en scène par Katie Mitchell
Avec Stéphanie Eidt
  • Stéphanie Eidt
  • Renato Schuch
  • Jule Böwe
  • Maik Solbach
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets de 10,50 à 30,50
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Elfriede Jelinek, auteure autrichienne prix Nobel de littérature, poursuit avec Schatten (Eurydike sagt) son exploration des mythes féminins. Tout comme les héroïnes sont au cœur du travail de la metteure en scène britannique Katie Mitchell, invitée à créer ce spectacle à la Schaubühne de Berlin.

Ici, Eurydice est représentée comme une femme d’aujourd’hui, subissant le joug d’Orphée, caricature du mâle machiste, nombriliste et possessif.

Eurydice envisage son voyage au royaume des morts comme une échappatoire à l’humiliation subie sur terre, comme le moyen d’acquérir sa propre liberté et de se consacrer à l’écriture, loin du monde.
La scène devient un plateau de tournage où les caméras suivent les comédiens dans tous les recoins de l’espace conçu par Katie Mitchell et ses équipes d’acteurs, réalisateurs et créateurs sonores. Dans un dispositif inventif, la diffusion en direct d’un film interagissant avec le jeu mêlé à des manipulations à vue relève de la haute-voltige dans le savoir-faire de la parole, une parole crue et saisissante.

 

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Le 21/01 à 15h30, à Paris

Orphée (Renato Schuch) est un chanteur-star adoré de toutes. Eurydice, sa femme, veut se consacrer à l’écriture, mais elle est prisonnière de son époux qui ne la laisse pas être autre chose que son objet. Lors d’un concert d’Orphée, elle meurt d’une morsure de serpent. Orphée dévasté par cette disparition décide d’aller la chercher là où elle est.

Jusque-là tout semble à peu près concordant avec le mythe que chacun connait.

La pièce se déroule en réalité dans l’esprit d’Eurydice. C’est elle qui raconte son histoire.

Orphée est un homme possessif et dominant. Au début du spectacle, il appelle Eurydice, qui est sur la route, et exige d’elle qu’elle le retrouve immédiatement. « J’ai besoin de toi, ici. Maintenant. » lui dit-il.

Orphée devient la caricature de l’homme haïssable. Lorsqu’il va la chercher auprès d’un homme mystérieux (Maik Solbach) que l’on peut apparenter à Hadès, elle se rend vite compte qu’elle ne restera à jamais qu’un « objet quelconque », qu’une « ombre ». C’est elle qui décide donc de rester là où elle est. Elle y sera plus libre.

La mise en scène de Katie Mitchell présente le texte, fort, d’Elfriede Jelinek sous la forme d’un tournage en temps réel. Il était donc nécessaire d’avoir deux Eurydice. L’une parlant comme une voix off (Cathlen Gawlish), installée dans une sorte de cabine d’enregistrement. L’autre jouant sur le plateau (Jule Böwe). De la même manière, Katie Mitchell a recours à une doublure mains pour Orphée qui, évidemment ne peut être à deux endroits simultanément.

On voit donc les coulisses du tournage d’un film.

Bien que la vidéo soit extrêmement présente, et même dominante, j’ai trouvé que celle-ci était là comme un support nécessaire. Autrement dit, le théâtre ne s’efface aucunement derrière elle. L’artificialité, l’illusion en était d’autant plus forte que l’on voyait en temps réel les coulisses et la réalisation à l’écran. C’est l’addition des deux qui donne naissance au produit final.

Après Les Bonnes lors du festival d’Avignon 2017, Katie Mitchell signe un nouveau chef-d’oeuvre. J’ai hâte de découvrir son spectacle d’après Marguerite Duras aux Bouffes du Nord, La maladie de la mort.

NB: Le spectacle Schatten (Eurydike Sagt) se joue jusqu’au 28 janvier à La Colline et la salle n’était pas pleine … Vous aurez compris que je ne peux que vous encourager à aller le voir !!
21 janv. 2018
8/10
7 0
Voir la pièce Schatten, c’est assister à un mélange de théâtre et de cinéma.

La mise en scène est orchestrée au cordeau. On se croyait en plein tournage d’un film. Tout est minutieusement pensé du déplacement des caméras au placement des comédiens. Cette pièce est d’une modernité, agréable à voir. C’est clairement un parti pris dans la mise en scène, avec l’absence de paroles des comédiens, la présence d’une narratrice parlant Allemand, la diffusion des scènes en direct sur un écran et le sous-titrage. Mais c’est également une adaptation "libre" dans le texte.

Le mythe d’Eurydice et Orphée est revu, modifié lorsque le choix est donné à Eurydice de revenir parmi les vivants avec Orphée. Oui, elle a le choix face à un Orphée des temps modernes, macho, possessif et égoïste, pour qui, Eurydice n’est qu’un objet.
Malgré un entracte non prévu (les aléas de la technologie ...) cela n’a rien enlevé à cette mise en scène de Katie Mitchell, pleine d’audace et d’originalité.

En revanche, la question est posée : avons-nous vu une pièce de théâtre ou plutôt avons-nous assisté à un film au théâtre tant la frontière y est mince.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor