Roberto Zucco

Roberto Zucco
De Bernard-Marie Koltès
Mis en scène par Richard Brunel
Avec évelyne Didi
  • évelyne Didi
  • Samira Sedira
  • Christian Scelles
  • Lamya Regragui
  • Tibor Ockenfels
  • Laurent Meininger
  • Pio Marmaï
  • Valérie Larroque
  • Axel Bogousslavsky
  • Noémie Develay-Ressiguier
  • Babacar M’Baye Fall
  • Luce Mouchel
  • Thibault Vinçon
  • Théâtre Gérard Philipe
  • 59, boulevard Jules-Guesde
  • 93200 Saint-Denis
Itinéraire
Billets à 19,00
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Soudain, le jeune homme se transforme en ennemi public.

Il devient ce tueur en série à la beauté fabuleuse recherché par toutes les polices. Inspiré d’un fait divers des années quatre-vingts, Roberto Zucco est la dernière pièce de Koltès – l’un de ses plus grands textes et, par bien des aspects une pièce élisabéthaine. Un Hamlet contemporain. L’humour y est aussi éclatant que la pensée, la violence y jaillit.

C’est l’histoire du couple improbable que Zucco forme avec celle que l’on nomme « la Gamine ». Celle aussi des multiples personnages du jour et de la nuit qui tracent ou croisent leur chemin. Deux points de jonction, deux trajectoires, deux courses folles, deux évasions, deux fuites éperdues pour se perdre et se trouver. Bête sanguinaire ? Enfant en mal d’amour ? Philosophe ? Au propre comme au figuré, Zucco est insaisissable.

 

Pour suivre sa trace et passer sans crier gare du métro à la cuisine, du jardin public à l’hôtel borgne, dire l’apparition et la disparition, la transparence et l’obstacle, relier les lieux où le visible et l’invisible se confondent, Richard Brunel et sa scénographe ont imaginé un espace mystérieusement mouvant. Une grande troupe d’une douzaine d’acteurs – Pio Marmaï dans le rôle-titre – peuplera le monde insaisissable… et saisissant de Zucco.

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La critique de la rédaction : 6/10. Une pièce étrange, assez troublante. Nous nous sommes laissés porter sans vraiment être emballés non plus.

C'est pourtant captivant de suivre l'histoire de cet homme un peu limité, primaire, brutal qui veut passer inaperçu mais tue froidement... Sans réel motif, ne semblant ni éprouver du plaisir, ni de soulagement, ni de regrets par la suite.

Difficile de comprendre sa psychologie, lui qui n'a pas peur de la mort et méprise le genre humain. Pio Marmaï interprète très justement cette personnalité alambiquée, trouble, animale, entre douceur et monstruosité. Il est d'ailleurs accompagné par une bonne distribution, dont certains acteurs aux physiques hors normes contribuent à la bizarrerie générale.

Dans cette pièce très sombre se mêlent meurtres, prostitution, alcool, misère sociale. Les dialogues parfois poétiques et les grandes déclarations entre les personnages contrastent avec la petitesse de leurs actes. Le texte est parfois beau, parfois pompeux. Il intellectualise la pièce, l'alourdit sans nous éclairer pour autant sur le pourquoi du comment.
En revanche, nous avons bien aimé la mise en scène et en lumières qui exploitent tant la profondeur que la hauteur de la scène. Elle nous surprend, nous intrigue et nous émerveille.

Roberto Zucco nous a bousculé, perturbé, mais sans nous enthousiasmer outre mesure.
 

Note rapide
5,8/10
pour 7 notes et 3 critiques
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2 critiques
Note de 4 à 7
57%
1 critique
Note de 8 à 10
43%
Toutes les critiques
16 févr. 2016
4,5/10
155 0
Là tout n’est qu’agitation, désordre, et longueur.

Roberto s’enfuit, Roberto tue, Roberto séduit une naïve « gamine », Roberto picole et se bat, Roberto tue encore, s’enfuit encore et meurt on ne sait pour qui ni pourquoi, peut être seulement pour faire ce dont il a envie quand il en a envie.

Mettre en scène cette succession d’instants présents sans but nécessite que celle ci ait un point de vue, une cohérence, une structure profonde. En l’occurrence c’est raté.

La mise en scène est touffue et mal maitrisée : représenter le chaos n’implique pas une mise en scène chaotique, au contraire, une maitrise millimétrée de l’espace et un rythme au cordeau sont exigés ; au lieu de cela, le désordre et une impression d’improvisation l’emportent : plateau encombré qui gêne les scènes de groupe et scène chorales manquant de rythmes, ce qui les rend hasardeuses et balbutiantes dans leur déploiement.

Cela avait pourtant bien débuté : quelques jolis moment bien découpés dans un clair obscur à la Caravage : scène du meurtre d’une mère qu’on devine abusive, tableau de la médiocrité sordide d’une famille illuminée par la présence culottée et pleine de sève de la Gamine (très bonne Noémie Develay-Ressiguier) mais au fil de la pièce, la peinture s’édulcore et devient barbouillage, les énergies s’épuisent, le mouvement devient agitation, la mise en scène brouillonne et erratique, le jeu des acteurs une succession de morceaux de bravoure personnels sans interaction des comédiens entre eux.

Dans cette distribution inégale, certains se détachent par la force de leur jeu donnant un peu de répit à la débandade : la grande bourgeoise amorale (magnifique Luce Mouchel) le frère, veule petite frappe (Thibault Vinçon).

Pio Marmai, pourtant physiquement taillé pour le rôle, reste en deçà de ce qu’on attend : pas de folie dans son jeu, peu de puissance autre que celle physique qu’il déploie généreusement pourtant : il s’agite, fait le chien fou ou le canard sans tête sans l’intensité, l’épaisseur qui serait nécessaire au personnage. Il se dépense sans compter, mais ce jeu basé sur son seul physique ne dégage pas l’inquiétude qu’on aurait voulu le voir incarner : acteur charismatique à l’écran il est singulièrement plat à la scène. Peut être est il simplement mal dirigé.

Il reste cependant, ça et là, quelques moments drôles ou profonds mais entrecoupés de (longues) plages de jeu trop faible (les scènes chorales) qui semblent n’être là que pour relier ces fugaces moments de grâce, tout cela donnant une impression décousue et incohérente, une pièce sans tension, ni montée, ni acmé, ni chute (si ce n’est celle de la fin totalement ratée) qui ne peut s’expliquer que par un manque de point de vue de la mise en scène.

Ce n’est sans doute pas le meilleur texte de Koltès, mais certainement le plus émouvant en ce qu’il est une des (la ?) dernières pièces, écrite dans l’urgence solitaire de la mort et l’inéluctable déchéance physique. On ne peut s’empêcher d’y voir Koltès, trahi par l’amoureuse vie, elle même jetée au trottoir du sida. C’est en cela qu’on attendait une dimension autre à cette pièce et qu’on est triste de voir ce qui en a été fait, car on aurait aimé aimer ce « Roberto Zucco ».
4 févr. 2016
6,5/10
142 0
Première fois que j'assiste à une représentation de cette pièce de Koltès, j'en ressors partagée.

Les premières scènes m'ont fait très peur, les acteurs étant dans une théâtralité telle qu'on aurait dit une déclamation de poésie plutôt qu'une pièce de théâtre. Et puis d'autres acteurs arrivent qui incarnent le texte et leur personnage, qui occupent la scène et réussissent à focaliser l'attention. Ceux-là font merveille et leurs scènes emportent l'adhésion. D'autres semblent enfin se révéler dans certains tableaux.

La pièce alterne alors entre de très très bons moments et scènes artificielles et creuses. L'humour (noir) affleure par instants mais n'est pas valorisé. Ne reste vraiment que la noirceur du destin des personnages et la folie de Zucco.

Je suis contente de l'avoir découverte, contente de ne pas y avoir été seule pour pouvoir en discuter à la sortie mais partagée dans l'ensemble. 24h plus tard, je garde dans un coin de ma tête l'idée de revoir la pièce mais dans une autre mise en scène pour peut-être arriver à discerner ce qui du texte ou de la représentation m'a laissé sur ma faim.
3 févr. 2016
8,5/10
123 0
A la question « Qui êtes-vous ? », le principal intéressé répond « Je suis le meurtrier de mon père, de ma mère, d’un inspecteur de police et d’un enfant. Je suis un tueur. ».

Cela en ferait fuir plus d’une mais Gamine, subjuguée, s’éprend de l’obscur Roberto Zucco qu’elle trahira très rapidement. La dernière pièce de Bernard-Marie Koltès, écrite l’année précédant sa mort, s’inspire de l’histoire d’un tueur en série italien, du nom de Roberto Succo et se fonde sur des événements réels et tragiques.

Créée à la Schaubühne de Berlin en 1990 dans une mise en scène de Peter Stein, elle fut très vite source de polémique. Vingt-six ans plus tard, la version qu’en fait Richard Brunel semble s’en être affranchie, l’horreur des parcours criminels les plus abjectes s’étant presque banalisée au fil des décennies dans les quatre coins du monde. L’impressionnante scénographie modulable d’Anouk Dell’Aiera permet de créer différents univers, de la prison au parc en passant par la salle à manger de la demeure familiale de Gamine. Ainsi, l’espace scénique est démultiplié et offre des perspectives d’évolution sur plusieurs niveaux grâce à des parois coulissantes et des échafaudages qui donnent la possibilité d’exploiter l’espace aérien, en complément du plateau terrestre, dont l’ange déchu tombera et viendra s’écraser contre la réalité d’un monde qu’il a rejeté.

La mise en scène est limpide, ne sombre jamais dans le pathos ou la facilité mais aurait pu accentuer légèrement la noirceur des personnages par moment bien que l’ensemble soit d’une cohérence irréprochable.
La direction d’acteurs est subtile et précise. Richard Brunel peut prendre appui sur une distribution homogène et brillante. Pio Marmaï, comédien au physique avantageux et à la musculature impressionnante, est imposant. Il dégage une force sauvage presque animale couplée à une douceur enfantine avec la sensibilité d’un lapin pris dans la lumière des phares d’une voiture en pleine nuit. Il incarne parfaitement le personnage ambivalent de Roberto Zucco. A ses côtés, Noémie Develay-Ressiguier est éblouissante dans le rôle de Gamine. Les deux âmes à la dérive, sans que l’on sache vraiment comment ils en sont arrivés là, vont unir leur destin de meurtrier et de victime dans la souffrance et la trahison, au cœur du Petit Chicago : « Je t’ai cherché, Roberto, je t’ai cherché, je t’ai trahi, j’ai pleuré, pleuré au point que je suis devenue une toute petite île au milieu de la mer et que les dernières vagues sont en train de me noyer. J’ai souffert, tellement, que ma souffrance pourrait remplir les gouffres de la terre et déborder des volcans. Je veux rester avec toi, Roberto ; je veux surveiller chaque battement de ton cœur, chaque souffle de ta poitrine ; l’oreille collée contre toi j’entendrai le bruit des rouages de ton corps, je surveillerai ton corps comme un mécanicien surveille sa machine. Je garderai tous tes secrets, je serai ta valise à secrets ; je serai le sac où tu rangeras tes mystères. Je veillerai sur tes armes, je les protègerai de la rouille. Tu seras mon agent et mon secret et moi, dans tes voyages, je serai ton bagage, ton porteur et ton amour. ».

Autour d’eux, chacun travaille à faire exister l’identité de son personnage, de Babacar M’Baye Fall et Christian Scelles (gardiens ridicules dont Roberto se jouera) à Axel Bogousslavsky (touchant en vieil homme lunaire et fragile) en passant par Luce Mouchel (épatante dans la peau de la mystérieuse mère chic, forte et fragile à la fois, prête à suivre son agresseur). Les quatorze comédiens insufflent une synergie palpable à la pièce et rendent les différents protagonistes presque empathiques. Troublante sensation chez le spectateur confronté à a fascination pour des êtres monstrueux qui semble toujours d’actualité et au mythe des meurtriers qui est ici incarné avec force et conviction.

La pièce de Koltès Roberto Zucco mise en scène par le directeur de la Comédie de Valence impressionne par sa fluidité et sa vivacité au service de l’expression de la misère humaine dans une atmosphère tragico-comique réaliste. La distribution et la mise en scène, aidées par une esthétique recherchée, font parfaitement entendre la langue de Koltès, de l’évasion initiale au lynchage final, en renforçant la dimension poétique que l’on avait quelque peu oubliée et l’aspect mythique du personnage principal dont l’identité n’est qu’un amas de pièces éparses qui refusent de s’emboîter les unes aux autres.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor