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Place des Héros

Mis en scène par Krystian Lupa
Avec Povilas Budrys
- Povilas Budrys
- Ar-unas Smailys
- Rasa Samuolyt
- Ar-unas Sakalauskas
- Vytautas Rumšas
- Egl Mikulionyt
- Valentinas Masalskis
- Viktorija Kuodyt
- Doloresa Kazragyt
- Egl Gabrenait
- Neringa Bulotait
- Toma Vaškevici-ut
7,8/10
- Les Gémeaux
- 49, Avenue Georges Clemenceau
- 92330 Sceaux
Itinéraire
Billets de 14,00 à 36,00 €
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1938, Place des Héros à Vienne, Hitler est acclamé par la foule lors du discours proclamant l’Anschluss.
Cinquante ans plus tard, le professeur Schuster se suicide au même endroit alors qu’il s’apprêtait à quitter définitivement Vienne pour Oxford, ville où sa famille s’est réfugiée pendant la guerre. Son regard horrifié hantera chacun des personnages. Leur terreur face aux spectres qui détruisent le présent témoigne de l’impossibilité à affronter le nouveau visage de l’Autriche.
Krystian Lupa a créé cette œuvre testamentaire de Thomas Bernhard au Théâtre national de Lituanie.
Toutes les critiques
Les critiques précédentes ont très bien analysé l'oeuvre et explicité l'histoire.
Le premier tableau est typique de l'écriture de l'est. Les relations conflictuelles, la tyrannie du maitre de maison, la différence du couple sont très bien rendus. C'est lent, pesant. La pièce est austère. Tout est là pour s'imprégner pleinement des relations, de la tension existante. Le professeur est tyranique. La gouvernante l'est avec Herta. Les silences sont fondamentaux. Le jeu est lent volontairement. L'interprétation est superbe et la mise en scène appuie chaque mot.
Le deuxième tableau est cette tirade géniale du frère, Robert. Il analyse le social nationalisme, le nazisme, l'antisémitisme. Il explique cette folie des hommes, combien l'antisémitisme va au-delà du nazisme. Il s'en prend à la religion, au catholicisme. Le message est pur, sans concession. Son actualité résonne à tous. Robert analyse mais ne veut plus s'investir. Il analyse une Europe avec ses vieux fantômes. Il parle du dégoût de la politique, du populisme. Tout cela raisonne à tous. C'est remarquable de finesse et de puissance.
Le troisème tableau est le repas entre tous. On retrouve le discours contre la politique. Robert est dans un excès de "tout va mal, mais je suis fatigué et je ne dénoncerai pas". Tensions de familles extrêmes. Chacun reproche à l'autre son comportement. On sent qu'il y a un énorme passif. Et puis la veuve entre, le repas se tend. Le brouhaha de la place entendu par la veuve monte et couvre les voix et tout explose dans un montage vidéo original.
L'interprétation est superbe. Toute l'atmosphère familiale tendue est très bien rendue. On comprend que cette pièce ait pu choquer l'Autriche à sa sortie. Le discours est clair, sans ambiguité et d'actualité. Le jeu des acteurs est superbe. La mes se met à tout moment au service du texte. Il est très intéressant de voir comment cela appuie le texte. Elle est fondamentale et très minutieuse.
Le premier tableau est typique de l'écriture de l'est. Les relations conflictuelles, la tyrannie du maitre de maison, la différence du couple sont très bien rendus. C'est lent, pesant. La pièce est austère. Tout est là pour s'imprégner pleinement des relations, de la tension existante. Le professeur est tyranique. La gouvernante l'est avec Herta. Les silences sont fondamentaux. Le jeu est lent volontairement. L'interprétation est superbe et la mise en scène appuie chaque mot.
Le deuxième tableau est cette tirade géniale du frère, Robert. Il analyse le social nationalisme, le nazisme, l'antisémitisme. Il explique cette folie des hommes, combien l'antisémitisme va au-delà du nazisme. Il s'en prend à la religion, au catholicisme. Le message est pur, sans concession. Son actualité résonne à tous. Robert analyse mais ne veut plus s'investir. Il analyse une Europe avec ses vieux fantômes. Il parle du dégoût de la politique, du populisme. Tout cela raisonne à tous. C'est remarquable de finesse et de puissance.
Le troisème tableau est le repas entre tous. On retrouve le discours contre la politique. Robert est dans un excès de "tout va mal, mais je suis fatigué et je ne dénoncerai pas". Tensions de familles extrêmes. Chacun reproche à l'autre son comportement. On sent qu'il y a un énorme passif. Et puis la veuve entre, le repas se tend. Le brouhaha de la place entendu par la veuve monte et couvre les voix et tout explose dans un montage vidéo original.
L'interprétation est superbe. Toute l'atmosphère familiale tendue est très bien rendue. On comprend que cette pièce ait pu choquer l'Autriche à sa sortie. Le discours est clair, sans ambiguité et d'actualité. Le jeu des acteurs est superbe. La mes se met à tout moment au service du texte. Il est très intéressant de voir comment cela appuie le texte. Elle est fondamentale et très minutieuse.
À Paris, la pièce Place des Héros de Thomas Bernhard à la mise en scène émouvante de Krystian Lupa et interprétée brillamment par la troupe du Théâtre National de Lithuanie (4h en lithuanien), donnée au Théâtre de la Colline a été acclamée en décembre dernier et, avait été ovationnée en Avignon.
Je dirais d'emblée que j'ai surtout été touchée par le texte si simple et pourtant si prenant qui résonnait singulièrement en ces temps troublés d'avènement de Trump et d'attentats.
Le parti-pris du célèbre Krytian Lupa, a été de placer ce texte dans l'univers froid et sobre d'un plateau à l'espace épuré, aux camaïeux de gris avec quelques touches d'ocre. En cela l'éclairage faisait à certains passages penser à des tableaux de Latour ou de Rembrandt. Lupa est coutumier de ce qu'il nomme lui-même : "la réalité théâtrale du rang le plus bas". Ainsi, la scénographie qu'il crée est une réutilisation d'objets défraîchis, portes d'entrée usées etc, qu'il emploie à nouveau au fil des spectacles, à l'égal de la pièce de Thomas Bernhard, nous sommes en présence d'une archéologie du passé au sein même de la scénographie.
Place des Héros est une commande du Burgtheater de Vienne à Thomas Bernhard qui a fait scandale lors de sa première. Thomas Bernhard meurt et laisse dans son testament la consigne de ne jamais jouer ses oeuvres sur un théâtre autrichien. La Place des Héros est celle où Hitler proclama l'Anschluss (l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne le 11 mars 1938) devant une foule en délire. Le texte y montre comment la seconde guerre, l'antisémitisme, l'absurdité du monde de 1988, et après, restent ancrées dans les esprits hantant les familles juives ou pas, et dénonce l'absence de réconciliation entre l'Autriche et son passé funeste.
La pièce s'ouvre sur l'appartement appartenant au célèbre professeur Schuster et à sa femme donnant sur la Place des Héros, en mars 1988. Ce couple était parti vivre en Angleterre, à Oxford, pendant dix ans : la femme de Schuster était prise d'hallucinations auditives, entendait les clameurs de la foule nazie et sombrait peu à peu dans la folie. Schuster et sa femme étaient revenus habiter leur appartement viennois, mais le professeur avait dû céder aux hallucinations de sa femme, qui lui rejouaient à nouveau le brouhaha et les clameurs enthousiastes de la foule lors de l'annexion de l'Autriche par Hitler, et s'apprêtait à quitter, encore une fois, ce lieu cher à son coeur. Les hallucinations, les difficultés de survivre à l'horreur, aux nazis, malgré tout, présents partout, l'impossibilité de vivre ont poussé le vieil homme au suicide ; c'est au lendemain de ce suicide que la pièce débute ; les spectateurs assistent aux préparatifs des funérailles et au lendemain de ces mêmes funérailles, l'occasion de montrer la difficulté de vivre dans notre monde actuel et de revenir sur une certaine vision du théâtre puisque le Burgtheater hante tous les discours.
Krystian Lupa et Thomas Bernhard nous font entrer par la porte de l'intime pour évoquer cet après. A l'entrée des spectateurs, un premier tableau montre deux domestiques s'affairant sur scène pour arranger les objets du défunt professeur Schuster, la gouvernante, Mme Zittel, dresse le portrait du défunt tandis que Herta cire ses chaussures pour passer le temps, près d'une immense fenêtre donnant sur la Place des Héros d'où vient des chants d'oiseaux, des ambiances de rue, en rêvant de ce qu'aurait pu être sa vie sans la mort de son maître. Et finalement, c'est bien le temps et son écoulement, ponctué de silences, dont il est aussi question dans cette pièce, la vie du professeur que l'on efface avec la vente de l'appartement, les souvenirs qui s'égrènent et rappellent des temps plus sombres, et le choix de cette mise en scène au rythme lent, monotone, aux chuchotements comme par peur d'éveiller l'horreur. Le sujet est sombre le professeur est mort par défenestration, par impossibilité de vivre ici, près de la place des Héros ou ailleurs, loin de son pays natal. L'objet de toutes les discussions est bien entendu ce personnage absent qui apparaît vaguement en fond par de rapides projections dessinées (rappelant quelque peu le travail d'Ernest Pignon Ernest)
Plusieurs tableaux sont offerts au public et la scénographie, signée par Krystian Lupa ainsi que le travail de lumière délicat, aux couleurs grisâtres, murs ternis, ameublement fait de bric et de broc et aux dessins sombres, pourtant poétiques, et illustrée de vidéos, mettent en scène cette place des Héros en arrière fond, évoquent avec pudeur ces temps froid, aux hivers rigoureux d'oppression, et contrastant avec certaines répliques virulentes de T. Bernhard. Cet ensemble rappelle que le présent se construit sur un passé ineffable. Exit l'encombrement d'objets, tout comme les couleurs. Grises, neutres, taupes. Tout tend vers cette fin si brutale où un miroir (en video) se brise contre le mur en fin de tableau réveillant le spectateur à une brutalité certaine, une réalité glaçante. Si l'esthétisme et le traitement de la pièce m'ont séduite malgré le rythme doux et confiné (qui correspond justement au texte), la première question qui m'est, malgré tout, venue à l'esprit en sortant de ce spectacle était de savoir si, finalement, la force de cette pièce ne résidait pas uniquement dans le texte.
J'ai donc relu le texte, assez déprimant comme me le faisait remarquer une amie lorsque je lui ai dit me rendre à ce spectacle, et j'ai travaillé un petit peu sur l'esthétique de Lupa, qui revendique la beauté de l'image, du palimpseste théâtral d'un point de vue scénographique.
Oui, tout d'abord la force de ce texte m'est apparue non négligeable : la prise de position est claire, forte et il dépeint, déjà, un monde sans concession, mais il est vrai aussi que la création de Krystian Lupa réussit à souligner cette beauté, à montrer l'importance de ce propos. Ce qui est étrange, cependant, c'est que durant le spectacle, j'avais, à certains moments, une envie irrépressible de courir relire le texte, tant il m'est apparu vrai et je m'extrayais assez facilement du spectacle en lui-même.
Un mois et des poussières ont passé et des images fortes restent gravées dans ma mémoire, comme le tableau du repas, la tirade de l'oncle assis sur un banc bardé de grisaille et de tempête de neige éclairé d'un réverbère avec pour décors projeté sur des mur un paysage viennois, portant sur la montée de l'intolérance et la survivance du nazisme. Un texte au propos parfois virulent et comme colonne vertébrale de ce spectacle mais il est soutenu, permis, par une mise en scène fine, dont les attentions réside dans des détails (une ancienne croix gammées à peine visible, semi-effacée sur un meuble) et poétique, déployant doucement cette parole, tout comme le jeu tout en finesse des comédiens. J'oserais ajouter en reprenant les termes de Krystian Lupa qu'il a réussi une expérience de vie que la réalité à l'écho si particulier de nos temps troublés rattrape.
C'est de la dichotomie de la mise en scène délicate et forte, évoquant le noir et blanc des hivers rudes, mais aussi rappelant une sorte de théâtre d'ombres, rappelant parfois les romans graphiques aux estampes noires et blanches, il y a quelque chose de l'ordre de la bande dessinée, et d'un contraste de lumières, qui s'opposent à la vindicte du texte que cette pièce saisit le spectateur dans un contraste, délicat et singulier.
Après toute cette période de réflexion, j'aimerais pouvoir revoir de nouveau ce spectacle.
Je dirais d'emblée que j'ai surtout été touchée par le texte si simple et pourtant si prenant qui résonnait singulièrement en ces temps troublés d'avènement de Trump et d'attentats.
Le parti-pris du célèbre Krytian Lupa, a été de placer ce texte dans l'univers froid et sobre d'un plateau à l'espace épuré, aux camaïeux de gris avec quelques touches d'ocre. En cela l'éclairage faisait à certains passages penser à des tableaux de Latour ou de Rembrandt. Lupa est coutumier de ce qu'il nomme lui-même : "la réalité théâtrale du rang le plus bas". Ainsi, la scénographie qu'il crée est une réutilisation d'objets défraîchis, portes d'entrée usées etc, qu'il emploie à nouveau au fil des spectacles, à l'égal de la pièce de Thomas Bernhard, nous sommes en présence d'une archéologie du passé au sein même de la scénographie.
Place des Héros est une commande du Burgtheater de Vienne à Thomas Bernhard qui a fait scandale lors de sa première. Thomas Bernhard meurt et laisse dans son testament la consigne de ne jamais jouer ses oeuvres sur un théâtre autrichien. La Place des Héros est celle où Hitler proclama l'Anschluss (l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne le 11 mars 1938) devant une foule en délire. Le texte y montre comment la seconde guerre, l'antisémitisme, l'absurdité du monde de 1988, et après, restent ancrées dans les esprits hantant les familles juives ou pas, et dénonce l'absence de réconciliation entre l'Autriche et son passé funeste.
La pièce s'ouvre sur l'appartement appartenant au célèbre professeur Schuster et à sa femme donnant sur la Place des Héros, en mars 1988. Ce couple était parti vivre en Angleterre, à Oxford, pendant dix ans : la femme de Schuster était prise d'hallucinations auditives, entendait les clameurs de la foule nazie et sombrait peu à peu dans la folie. Schuster et sa femme étaient revenus habiter leur appartement viennois, mais le professeur avait dû céder aux hallucinations de sa femme, qui lui rejouaient à nouveau le brouhaha et les clameurs enthousiastes de la foule lors de l'annexion de l'Autriche par Hitler, et s'apprêtait à quitter, encore une fois, ce lieu cher à son coeur. Les hallucinations, les difficultés de survivre à l'horreur, aux nazis, malgré tout, présents partout, l'impossibilité de vivre ont poussé le vieil homme au suicide ; c'est au lendemain de ce suicide que la pièce débute ; les spectateurs assistent aux préparatifs des funérailles et au lendemain de ces mêmes funérailles, l'occasion de montrer la difficulté de vivre dans notre monde actuel et de revenir sur une certaine vision du théâtre puisque le Burgtheater hante tous les discours.
Krystian Lupa et Thomas Bernhard nous font entrer par la porte de l'intime pour évoquer cet après. A l'entrée des spectateurs, un premier tableau montre deux domestiques s'affairant sur scène pour arranger les objets du défunt professeur Schuster, la gouvernante, Mme Zittel, dresse le portrait du défunt tandis que Herta cire ses chaussures pour passer le temps, près d'une immense fenêtre donnant sur la Place des Héros d'où vient des chants d'oiseaux, des ambiances de rue, en rêvant de ce qu'aurait pu être sa vie sans la mort de son maître. Et finalement, c'est bien le temps et son écoulement, ponctué de silences, dont il est aussi question dans cette pièce, la vie du professeur que l'on efface avec la vente de l'appartement, les souvenirs qui s'égrènent et rappellent des temps plus sombres, et le choix de cette mise en scène au rythme lent, monotone, aux chuchotements comme par peur d'éveiller l'horreur. Le sujet est sombre le professeur est mort par défenestration, par impossibilité de vivre ici, près de la place des Héros ou ailleurs, loin de son pays natal. L'objet de toutes les discussions est bien entendu ce personnage absent qui apparaît vaguement en fond par de rapides projections dessinées (rappelant quelque peu le travail d'Ernest Pignon Ernest)
Plusieurs tableaux sont offerts au public et la scénographie, signée par Krystian Lupa ainsi que le travail de lumière délicat, aux couleurs grisâtres, murs ternis, ameublement fait de bric et de broc et aux dessins sombres, pourtant poétiques, et illustrée de vidéos, mettent en scène cette place des Héros en arrière fond, évoquent avec pudeur ces temps froid, aux hivers rigoureux d'oppression, et contrastant avec certaines répliques virulentes de T. Bernhard. Cet ensemble rappelle que le présent se construit sur un passé ineffable. Exit l'encombrement d'objets, tout comme les couleurs. Grises, neutres, taupes. Tout tend vers cette fin si brutale où un miroir (en video) se brise contre le mur en fin de tableau réveillant le spectateur à une brutalité certaine, une réalité glaçante. Si l'esthétisme et le traitement de la pièce m'ont séduite malgré le rythme doux et confiné (qui correspond justement au texte), la première question qui m'est, malgré tout, venue à l'esprit en sortant de ce spectacle était de savoir si, finalement, la force de cette pièce ne résidait pas uniquement dans le texte.
J'ai donc relu le texte, assez déprimant comme me le faisait remarquer une amie lorsque je lui ai dit me rendre à ce spectacle, et j'ai travaillé un petit peu sur l'esthétique de Lupa, qui revendique la beauté de l'image, du palimpseste théâtral d'un point de vue scénographique.
Oui, tout d'abord la force de ce texte m'est apparue non négligeable : la prise de position est claire, forte et il dépeint, déjà, un monde sans concession, mais il est vrai aussi que la création de Krystian Lupa réussit à souligner cette beauté, à montrer l'importance de ce propos. Ce qui est étrange, cependant, c'est que durant le spectacle, j'avais, à certains moments, une envie irrépressible de courir relire le texte, tant il m'est apparu vrai et je m'extrayais assez facilement du spectacle en lui-même.
Un mois et des poussières ont passé et des images fortes restent gravées dans ma mémoire, comme le tableau du repas, la tirade de l'oncle assis sur un banc bardé de grisaille et de tempête de neige éclairé d'un réverbère avec pour décors projeté sur des mur un paysage viennois, portant sur la montée de l'intolérance et la survivance du nazisme. Un texte au propos parfois virulent et comme colonne vertébrale de ce spectacle mais il est soutenu, permis, par une mise en scène fine, dont les attentions réside dans des détails (une ancienne croix gammées à peine visible, semi-effacée sur un meuble) et poétique, déployant doucement cette parole, tout comme le jeu tout en finesse des comédiens. J'oserais ajouter en reprenant les termes de Krystian Lupa qu'il a réussi une expérience de vie que la réalité à l'écho si particulier de nos temps troublés rattrape.
C'est de la dichotomie de la mise en scène délicate et forte, évoquant le noir et blanc des hivers rudes, mais aussi rappelant une sorte de théâtre d'ombres, rappelant parfois les romans graphiques aux estampes noires et blanches, il y a quelque chose de l'ordre de la bande dessinée, et d'un contraste de lumières, qui s'opposent à la vindicte du texte que cette pièce saisit le spectateur dans un contraste, délicat et singulier.
Après toute cette période de réflexion, j'aimerais pouvoir revoir de nouveau ce spectacle.
Après son adaptation des Arbres à abattre l’an dernier, qui fut l’un des coups de cœur unanime de la critique, Krystian Lupa revient à Avignon avec une autre pièce de son auteur de prédilection, Thomas Bernhard et Place des héros. Le texte, hanté par la mort, s’interroge sur le fascisme et trouve un écho particulier avec le contexte que traverse l’Europe actuellement. Un chef d’œuvre sublimé et magistral qui signe une nouvelle réussite pour le metteur en scène polonais.
Pendant l’installation du public, une femme, toute de noir vêtue, déambule dans l’obscurité du plateau, un chiffon blanc à la main. Faisant les cent pas et allant régulièrement à la fenêtre, personne ne semble lui prêter attention jusqu’à ce que la lumière la révèle à notre regard. Manifestement, elle est soucieuse. Il s’agit d’Herta, la femme de chambre. Elle a entrepris, bien plus pour s’occuper l’esprit que par réelle envie, de cirer les chaussures du professeur Joseph Schuster qui vient de se suicider. Les bruits extérieurs de la ville nous parviennent avec délicatesse tandis qu’elle écoute Madame Zittel, la gouvernante, faire le portrait peu réjouissant du défunt tout en repassant et pliant de manière compulsive les chemises immaculées trouvées dans l’armoire. Exigent, maniaque, il ne semblait pas aimer grand-chose ni grand-monde, pas même sa propre famille, mis-à-part, peut-être, son frère Robert. Il faudra endurer les trois scènes pour modifier notre regard sur cet homme et tenter de comprendre ce qui l’a poussé au suicide. Et nous, qu’aurions-nous fait ?
Après dix ans de vie d’exil à Oxford en Angleterre, Joseph Schuster est revenu habiter sur cette Place des héros, lieu symbolique lié à jamais à Hitler. Cependant, sa femme ne supportait plus d’entendre constamment les clameurs de la foule, revivant sans cesse dans sa tête la scène de l’annexion de l’Autriche par le Führer. Le professeur était plutôt réticent à repartir mais il avait accepté de quitter à nouveau Vienne. Tandis que la maison se vide peu à peu (des cartons traînent encore sur le plateau avec la mention Oxford), Joseph a fait le choix de se suicider. Le premier tableau est un long portrait de cet homme par sa gouvernante qui lui vouait une admiration sans borne, lui qui faisait de sa vie une recherche permanente de vérité. Néanmoins, c’est le deuxième tableau qui se montre entièrement bouleversant. Robert rejoint ses deux nièces, Anna et Olga, après l’enterrement et se lance, au milieu d’un parc délicatement brumeux, face public, dans l’expression de sa propre conception et vision de l’Autriche, du mensonge, de la bassesse, des nationalistes, du cynisme, de la désillusion, de l’art et notamment du théâtre… Le monologue, corrosif et saisissant, où l’humanité n’échappe à rien, est porté avec brio par Valentinas Masalskis, étonnant de véracité. Ici, il nous le dit, « tu dois être catholique ou nationaliste ». Tout le reste n’est pas toléré. Les mots, virulents ou ironiques, résonnent encore en nous. Les autres comédiens du Théâtre national lituanien sont tous excellents, sans distinction, et trouvent leur place dans une mise en scène sobre et sensible, invitant à la retenue et à la pudeur. La dernière image qui se grave dans notre esprit est celle de l’évocation de la Nuit de Cristal avec l’explosion des vitres de l’appartement Place des héros dans une sobriété désarmante. Il y a quelque chose de l’ordre de la délicatesse des œuvres russes qui se dégage des tableaux précis et efficaces voulus par Krystian Lupa, avec un temps étiré, presque flottant, mais jamais ennuyeux déployé dans une atmosphère froide mais captivante. Les bruits de la nature, entendus à travers les vitres de l’appartement ou directement depuis le parc, contribuent à cette impression d’une sérénité faussement absolue. Tout n’est que fulgurance et prodige avec une maîtrise parfaite et élégante de l’œuvre.
Avec Les Damnés, Place des héros était d’un des spectacles les plus attendus de cette édition du Festival d’Avignon et tient toutes ses promesses. Avec nuances et subtilité, où même les silences sont porteurs de sens, Krystian Lupa fait entendre avec conviction et beauté les mots de Thomas Bernhard qui continuent de nous parler d’aujourd’hui. La standing ovation, amplement méritée, leur est adressée en cadeau commun, l’un pour le fond et l’autre pour la forme. Il ne faudra rater sous aucun prétexte le passage de la pièce en tournée, notamment au Théâtre de la Colline à Paris en décembre prochain.
Pendant l’installation du public, une femme, toute de noir vêtue, déambule dans l’obscurité du plateau, un chiffon blanc à la main. Faisant les cent pas et allant régulièrement à la fenêtre, personne ne semble lui prêter attention jusqu’à ce que la lumière la révèle à notre regard. Manifestement, elle est soucieuse. Il s’agit d’Herta, la femme de chambre. Elle a entrepris, bien plus pour s’occuper l’esprit que par réelle envie, de cirer les chaussures du professeur Joseph Schuster qui vient de se suicider. Les bruits extérieurs de la ville nous parviennent avec délicatesse tandis qu’elle écoute Madame Zittel, la gouvernante, faire le portrait peu réjouissant du défunt tout en repassant et pliant de manière compulsive les chemises immaculées trouvées dans l’armoire. Exigent, maniaque, il ne semblait pas aimer grand-chose ni grand-monde, pas même sa propre famille, mis-à-part, peut-être, son frère Robert. Il faudra endurer les trois scènes pour modifier notre regard sur cet homme et tenter de comprendre ce qui l’a poussé au suicide. Et nous, qu’aurions-nous fait ?
Après dix ans de vie d’exil à Oxford en Angleterre, Joseph Schuster est revenu habiter sur cette Place des héros, lieu symbolique lié à jamais à Hitler. Cependant, sa femme ne supportait plus d’entendre constamment les clameurs de la foule, revivant sans cesse dans sa tête la scène de l’annexion de l’Autriche par le Führer. Le professeur était plutôt réticent à repartir mais il avait accepté de quitter à nouveau Vienne. Tandis que la maison se vide peu à peu (des cartons traînent encore sur le plateau avec la mention Oxford), Joseph a fait le choix de se suicider. Le premier tableau est un long portrait de cet homme par sa gouvernante qui lui vouait une admiration sans borne, lui qui faisait de sa vie une recherche permanente de vérité. Néanmoins, c’est le deuxième tableau qui se montre entièrement bouleversant. Robert rejoint ses deux nièces, Anna et Olga, après l’enterrement et se lance, au milieu d’un parc délicatement brumeux, face public, dans l’expression de sa propre conception et vision de l’Autriche, du mensonge, de la bassesse, des nationalistes, du cynisme, de la désillusion, de l’art et notamment du théâtre… Le monologue, corrosif et saisissant, où l’humanité n’échappe à rien, est porté avec brio par Valentinas Masalskis, étonnant de véracité. Ici, il nous le dit, « tu dois être catholique ou nationaliste ». Tout le reste n’est pas toléré. Les mots, virulents ou ironiques, résonnent encore en nous. Les autres comédiens du Théâtre national lituanien sont tous excellents, sans distinction, et trouvent leur place dans une mise en scène sobre et sensible, invitant à la retenue et à la pudeur. La dernière image qui se grave dans notre esprit est celle de l’évocation de la Nuit de Cristal avec l’explosion des vitres de l’appartement Place des héros dans une sobriété désarmante. Il y a quelque chose de l’ordre de la délicatesse des œuvres russes qui se dégage des tableaux précis et efficaces voulus par Krystian Lupa, avec un temps étiré, presque flottant, mais jamais ennuyeux déployé dans une atmosphère froide mais captivante. Les bruits de la nature, entendus à travers les vitres de l’appartement ou directement depuis le parc, contribuent à cette impression d’une sérénité faussement absolue. Tout n’est que fulgurance et prodige avec une maîtrise parfaite et élégante de l’œuvre.
Avec Les Damnés, Place des héros était d’un des spectacles les plus attendus de cette édition du Festival d’Avignon et tient toutes ses promesses. Avec nuances et subtilité, où même les silences sont porteurs de sens, Krystian Lupa fait entendre avec conviction et beauté les mots de Thomas Bernhard qui continuent de nous parler d’aujourd’hui. La standing ovation, amplement méritée, leur est adressée en cadeau commun, l’un pour le fond et l’autre pour la forme. Il ne faudra rater sous aucun prétexte le passage de la pièce en tournée, notamment au Théâtre de la Colline à Paris en décembre prochain.
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