Passagères

Passagères
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 13,00 à 37,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Sur un brise-glace marchand réquisitionné par le pouvoir militaire soviétique, quelques cabines sont réservées aux passagers.

Dans une coursive, Anna, une ancienne actrice réduite à s’occuper de l’entretien du bateau, rencontre Katia, une jeune ouvrière en route vers le Théâtre d’Art de Moscou pour y réaliser son rêve de comédienne.

Au gré des traversées, leur amitié se tisse entre les mailles du filet de la Terreur soviétique et fait naître une ambition qui voudrait faire trembler les murs … mais les murs ont des oreilles.

Un bateau soviétique. Katia, aveuglée d’espoir, rencontre Anna, muselée de peur. Le trouble surgit !

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Toutes les critiques
12 févr. 2020
9/10
39 0
Cinq feuilles de papier rose par personne et par séjour aux toilettes !
Ni plus ni moins.
Tel est le règlement ! Et l'on ne plaisante pas avec le règlement, en l'occurrence celui de ce brise-glace soviétique, à l'époque du terrible régime stalinien !

Sur ce navire réquisitionné par les forces militaires navales de l'U.R.S.S., quelques cabines sont mises à la disposition d'éventuels civils.

C'est ainsi que nous allons faire la connaissance d'Anna et de Katia. Des passagères.

Katia est une jeune femme espiègle, pleine de vie, éprise de liberté, espérant bientôt intégrer le Théâtre d'Art de Moscou.

Anna n'est pas de sa génération. Elle est plus âgée, sans plus aucune illusion sur sa vie.
Nous allons en apprendre beaucoup sur son compte. Je vous laisse découvrir.

Et puis il y aura un officier, probablement commissaire politique du bord, membre du parti. Il représente bien entendu le régime de l'autre côté du rideau de fer.

Au sein de ce huis-clos oppressant, va se jouer un terrible drame. Celui qui consiste pour un système politique de faire en sorte de broyer des vies, des existences.
De refuser toute humanité, toute liberté à des êtres vivants, au nom d'une doctrine de fer.

Daniel Besnehard a écrit cette pièce dans les années 80.
Tatiana Spivakova, née en Russie et arrivée en France sous l'ère du camarade Eltsine, nous donne sa passionnante version de ce drame.
L'envie de raconter par le biais du plateau la dureté de l'impitoyable machine soviétique et les effets sur les êtres qui en découlent.

Elle a eu la très bonne idée d'entrecouper le texte de poèmes de l'auteure russe Anna Akhmatova, obligée de brûler ses écrits pour qu'ils ne tombent pas dans les mains des censeurs.
Nous verrons d'ailleurs la scène très réussie.

Melle Spivakova poursuit son chemin artistique avec une grande rigueur, une vraie intégrité et des parti-pris à la fois très affirmés et très habiles.
Durant cette heure et demie, nous allons ressentir une véritable oppression, un terrible poids, un sentiment d'enfermement du lieu, mais également des âmes : la peur est omniprésente.

Les très belles lumières, les contre-jours, les clairs obscurs de Cristobal Castillo n'y sont pas pour rien.
Des silences assourdissants, des murmures, des musiques évoquant les bruits de la salle des machines, la scénographie à base de malles, de caisses, tout ceci contribue également à nous plonger dans la terreur.

Elle a très judicieusement ouvert la salle du Paradis du Lucernaire, pour nous en montrer des accès généralement cachés avec notamment des torons de fils électriques, des extincteurs, un escalier en colimaçon.
La coursive de ce brise-glace nous est ainsi évoquée à la fois de façon réelle et abstraite. C'est très judicieux.

Nous irons également sur le pont grâce à un changement de décor à vue réussi. Pour autant, l'oppression sera toujours présente. La nuit, la brume, le froid, nous voyons et ressentons tout ceci.

La jeune metteure en scène a su illustrer de très belle façon la progression dramatique et l'inéluctabilité du dénouement. Ici, pas de faux espoirs, pas de happy end...

Le trio de comédiens est irréprochable.

Sarah Jane Sauvegrain est Katia. Son interprétation de l'inéluctable destin de son personnage force le respect. Le glissement de l'espièglerie, de l'espoir vers le renoncement et la fatalité.
Les dernières scènes de la comédienne sont poignantes.

C'est sa maman, Catherine Gandois, qui incarne Anna.
A la création de la pièce, elle fut la première interprète de Katia.
Une histoire de transmission mère-fille, donc. C'est très émouvant.

La comédienne est impressionnante en femme brisée, résignée, qui aura certes une lueur d'espoir, mais qui elle aussi va se rappeler que tout est joué d'avance.

Le duo est remarquable et fonctionne à la perfection. On croit totalement à ce qu'elles nous racontent et nous montrent. Nous sommes pendus à leurs lèvres : ce qu'elles nous disent de la mémoire, de la confiance accordée à l'Autre est passionnant.

Vincent Bramoullé est lui aussi excellent, dans un rôle qui sera porteur d'une certaine ambiguïté.
Le comédien nous fait bien comprendre cette fragilité bien cachée.

Passagères est un spectacle très intense et d'une grande intelligence.
Les spectateurs mettent beaucoup de temps pour revenir à la réalité, une fois le noir final tombé sur la salle, avant de réserver beaucoup d'applaudissements et de rappels aux trois comédiens.

Вы действительно должны сесть на борт этой лодки !
9 févr. 2020
9/10
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Tatiana Spivakova réadapte cette magnifique pièce de Daniel Besnehard écrite en 1982 en y introduisant des poèmes d’Anna Akhmatova.
Le vent marin souffle, on ressent presque les roulis, nous sommes dans les sous-étages d’un navire Brise-Glace naviguant au nord de la Russie.
Navire militaire, faisant de la contrebande dans les années 30, années de terreur imposée par le régime stalinien.
Anna « Catherine Gandois » femme de ménage rencontre Katia « Sarah Jane Sauvegrain » jeune passagère.
Mais qu’est-il arrivé à Anna meurtrie par la vie, vivant dans l’effroi et la peur, surveiller par les officiers de Staline, se souvenant et retranscrivant des poèmes d’Anna Akhmatova, poème interdit par le régime ?
Kathia elle, est une jeune fille pleine d’espoir, l’école du théâtre d’art de Moscou vient de l’engager. Elle occupe une des rares cabines octroyées aux civils sur ce bateau militaire.

Au fils du voyage, des relations d’amitié vont se créer entre ces deux femmes. Leurs confidences nous font découvrir, leur vie leurs amours, leurs infortunes , leurs misères et leurs espoirs dans cette époque noire du stalinisme.
Mais un officier « Vincent Bramoullé » les épie et les murs ont des oreilles….

Sans dévoiler cette intrigue je ne peux omettre l’émotion profonde qui émane du plateau, lors de l’apprentissage de Katia répétant la célèbre tirade de Nina de la mouette de Tchekhov.
Katia va découvrir le passé d’Anna, c’est bouleversant, magnifique.
Quand tu répètes sur le pont Katia, observe les mouettes ou dans les villes les chats. Ils sont légers, libres. Ce sont eux les grands acteurs ?
Catherine Gandois et Sarah Jane Sauvegrain nous émeuvent et nous transpercent au plus profond de nous-même. Leur complicité est grande et leur jeu d’une justesse qui nous captive et nous enchante.
Vincent Bramoullé se glisse avec grand talent dans la peau de cet officiel parfois autoritaire et casant mais aussi émouvant et sensible face aux charmes de Katia…

Très belle adaptation magnifiquement interprétée.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor