Opening night

Opening night
Mis en scène par Cyril Teste
  • Théâtre des Bouffes du Nord
  • 37 bis, boulevard de la Chapelle
  • 75010 Paris
Itinéraire
Billets de 20,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Un soir après le spectacle, du côté de l'entrée des artistes, une toute jeune fille attend parmi la foule des chasseurs d'autographes. Elle a dix-sept ans à peine. Elle s'appelle Nancy.

Lorsque la grande actrice Myrtle Gordon franchit enfin le seuil du théâtre, Nancy se précipite, tombe à ses genoux.

Inlassablement, elle lui répète « Je vous aime, je vous aime ». Myrtle est touchée par sa passion, sa fraîcheur, sa beauté. Voit-elle en son admiratrice une image d’elle toute jeune ? L’instant d’après, Nancy est renversée par une voiture sous les yeux de son idole. Elle est tuée sur le coup...

Note rapide
6/10
pour 6 notes et 5 critiques
2 critiques
Note de 1 à 3
33%
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Note de 4 à 7
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3 critiques
Note de 8 à 10
67%
Toutes les critiques
26 mai 2019
3/10
2 0
C’est étrange de songer que, mon dernier – et unique – article consacré à Isabelle Adjani sauvait presque un spectacle pourtant unanimement descendu par la critique. Cet ordre des choses est plutôt rare : c’est souvent l’inverse qui se produit. Mais je ne me suis pas méfiée. Devant l’unanimité – positive cette fois-ci – provoquée par Opening Night, j’étais très confiante. Le film de Cassavetes me laissait un bon souvenir ; Festen, la mise en scène de Cyril Teste que j’avais découverte à l’Odéon, aussi. Mais Isabelle Adjani crée toujours la surprise, et je dois dire que celle-ci m’a laissé plutôt un goût amer en bouche.

La pièce s’ouvre sur la répétition d’un spectacle dont la première sera l’issue du spectacle que nous, spectateurs, sommes venus voir. Le déroulement de l’action sera donc consacré aux répétitions, aux doutes de la comédienne Myrtle Gordon sur le rôle qu’elle a à jouer, à ses tentatives vaines de modifier le texte, de s’approprier le personnage, de tenter d’entrer dans ce spectacle qu’elle ne cautionne en rien. On voudrait y voir une mise en abîme profonde, une allusion à la carrière mouvementée d’Isabelle Adjani, une puissante évocation du pouvoir du théâtre. On n’y verra qu’un miroir sur l’effort stérile de la comédienne de remonter sur les planches après une absence qui, incontestablement, s’est avérée fatale.

Avant que l’on me reproche quoi que ce soit, je tiens à préciser quelque chose. Je mourais d’envie de voir ce spectacle. Lorsque j’ai appris que je devais subir une opération début avril qui entraînerait une convalescence de plus de deux mois, ma première pensée a été pour Opening Night : j’espérais pouvoir être en état d’y assister. J’ai tout fait pour maximiser mes chances d’être aux Théâtre des Bouffes du Nord, ce soir-là. J’ai finalement pu m’y rendre. La déception n’en fut que plus cruelle.

Par où commencer ? Très vite, j’ai trouvé que ça sentait le roussi. La première scène est interminable alors même que les comédiens ne sont pas sur le plateau, devant nous, mais derrière le décor, grâce aux caméras chères à Cyril Teste. Si j’avais déjà questionné leur présence dans Festen, elle me semble ici bien plus évidente : cela permet à Isabelle Adjani de n’être en scène que 45 minutes sur les 1h20 que dure le spectacle, et donc, quelque part, de limiter la casse. Car Isabelle Adjani telle qu’on me l’a toujours décrite n’est plus. La grande comédienne que j’avais découverte dans La journée de la jupe n’était pas la même que celle présente aux Bouffes du Nord, ce soir-là, hurlant au désespoir à grand renfort de glycérine et d’effondrements intempestifs… peu crédibles.

Je n’imputerai pas à la comédienne la totalité de l’échec de ce spectacle. Une grande partie vient du texte, désespérément vide, douloureusement répétitif, terriblement ennuyeux. On sent le couac dès le début : une même scène est répétée trois, peut-être quatre fois, sans qu’on comprenne exactement ce dont il s’agit, sans que cela apporte quoi que ce soit à l’histoire. Une histoire dans laquelle je ne suis pas du tout rentrée, peu intéressée par les rapports insinués entre les comédiens. Le pseudo-parallèle avec la vie d’Isabelle Adjani, la multiplicité des grilles de lecture, l’improvisation revendiquée ne sont, à mon sens, qu’une vaste supercherie venant cacher un spectacle inabouti et sans grand intérêt – on lui préfèrera sans nul doute le film de Cassavetes.

En revanche, il faut reconnaître que les deux comédiens qui l’entourent servent au mieux ce texte pâteux, évinçant aisément et sans l’ombre d’un cabotinage leur partenaire féminine, et cela reste un grand plaisir de retrouver Frédéric Pierrot sur scène. Il apporte un je-ne-sais-quoi d’humanité, de mélancolie et de tendresse à son personnage qui le rendent puissamment attachant. Ce déséquilibre dans le jeu, qui est perceptible tout au long du spectacle, est d’autant plus rageant qu’il est écarté d’un revers de main – ou plutôt d’un claquement de mains – lors des applaudissements finaux où l’on comprend aisément que la salle ne salue que son actrice fétiche. Bouquets de fleurs, standing ovation, cris, il n’y en a que pour Isabelle Adjani lors des saluts, et c’en est presque malaisant pour les deux comédiens qui saluent, dignes, à ses côtés.

Impossible en effet d’oublier que c’est pour la comédienne que nous sommes là. D’une manière générale, tout transpire les Adjani-contraintes dans ce spectacle. D’abord, ces caméras dont j’ai déjà parlé. Caméras qui, étrangement, semblent surexposées dès qu’elles filment la comédienne, effaçant tout défaut de son visage, alors même qu’aucun filtre n’est appliqué pour les autres comédiens. Ensuite, cette espèce de fan-service qui voudra qu’elle ait comme des morceaux de bravoure seule, près du public – nous ne sommes pas dupes, si la salle est remplie, c’est bien pour elle. Tout semble devenir prétexte à mettre en valeur et enrichir le mythe de cette actrice si rare sur les planches : la moindre tirade – que dire de ces deux phrases de La Mouette lues à la va-vite entre deux répliques ? – ou le moindre objet – comme cet élément de costume qui apparaît soudainement à la fin de la pièce et qui ne vient que servir la comédienne probablement désireuse de se voiler lors des applaudissements.

Il y a une scène qui a été particulièrement dure pour moi dans ce spectacle. Une scène qui restera par le malaise qu’elle a provoqué en moi, ce sentiment d’impuissance devant l’espèce de décadence qui se jouait devant mes yeux. C’est une scène de danse. J’adore voir les comédiens danser. J’ai toujours eu une sorte de fascination pour ça. Le comédien, par la maîtrise qu’il a de son corps, est un bon danseur par essence. Même sur des pas simples, c’est toujours beau à regarder. Ce qui est cruel, c’est que Frédéric Pierrot venait d’en faire la démonstration : sur la scène précédente, il se déhanchait sur scène. Simplement, mais avec souplesse, avec grâce. Puis vient le tour d’Isabelle Adjani. J’ai bien conscience que sa scène de danse est entachée par l’alcool. Mais je ne pense pas que cet état prétendument éméché ait un quelconque rapport avec la maladresse qui me frappe. C’est là que je me rends compte qu’Isabelle Adjani n’est plus que le fantôme d’elle-même. Constat désespéré s’il en est, mais n’était-ce pas aussi, quelque part, la thèse de ce spectacle ?
7 mai 2019
0,5/10
0 1
A quelques pas de la Porte de la Chapelle, où des grappes de migrants squattent les escaliers du métro, acteurs anonymes de vies et de traversées difficiles, se joue Opening Night, aux Bouffes du Nord. Le contraste est saisissant entre ce spectacle, qui n'exprime rien que la vacuité des êtres, et ces visages de l'errance à quelques mètres...
Cyril Teste montre l'inconsistance et l'impuissance du metteur en scène et de sa comédienne fétiche (jouée par Isabelle Adjani) par l'inconsistance. Rien ne nous est épargné dans ce spectacle qui dégage un vide abyssal, un ennui mortel : les va-et-vient dans les coulisses, l'apparition narcissique du metteur en scène à tout propos. Isabelle Adjani semble perdue dans le non-rôle d'une femme affligée par l'accident mortel de l'une de ses admiratrices. Elle ne semble pas comprendre ce qu'elle doit exprimer en vain, puisque là n'est pas le propos. Le propos semble être le vide du metteur en scène lui-même qui se filme comme il filme d'une façon maladroite, les comédiens. La vidéo ne sauve pas de l'échec et du manque d'inspiration, hélas !
4 mai 2019
9/10
3 0
Nous connaissions déjà l’OTNI, l’Objet Théâtral Non Identifié mais avec Opening Night nous découvrons l’OTE, l’Objet Théâtral Evolutif.

Oui vous avez bien lu : évolutif ! La pièce change en permanence selon les idées qui viennent au talentueux metteur en scène Cyril Teste (Souvenez-vous d’Hamlet à l’Opéra-Comique il y a peu) ou à son équipe le Collectif MxM.

Lors de la générale, Cyril Teste lui-même, nous attendait à l’entrée des Bouffes du Nord et nous annonça que nous allions assister à « l’échographie d’une démarche artistique ». Effectivement, Opening Night c’est un spectacle en mouvement perpétuel avec un mélange de théâtre et de cinéma particulièrement réussi. Evidement nous voyons le plateau avec un grand écran mais aussi les loges que l’on aperçoit en direct et projetée sur l’écran de la scène grâce à une caméra vidéo embarquée. Cyril Teste intervient dans le jeu des comédiens en les apostrophant ou demandant de mettre une intention particulière. Le public participe de fait à l’évolution et chaque représentation sera différente avec des mises en abime multiples. Sacré exercice mais passionnant en diable !

Basé sur le scénario du film de John Cassavetes, voici l’histoire à laquelle nous assistons : Nancy attend l’actrice Myrtle Gordon après un spectacle pour lui faire part de son admiration et puis elle est renversée par une voiture et meurt. Pour la troupe, la vie continue ils vont aller diner mais pour Myrtle, une descente aux enfers s’annonce car Nancy l’a touchée et lui rappelle sa jeunesse…

Je souhaite parler du plaisir de retrouver une grande Isabelle Adjani qui semble revivre sur le plateau des Bouffes du Nord. Elle est magnifique (sauf quand elle cache ses yeux derrière d’énormes lunettes noires mais je vous rassure ça ne dure pas longtemps, les lunettes sont vite jetées). Cette dame nous donne une leçon magistrale. Ses deux compagnons de jeu sont aussi superbes : Morgan Lloyd Sicard et Fréderic Pierrot.

Je vous recommande cet Opening Night qui est un spectacle unique.
... Une expérience artistique partagée et unique par définition, portée par de prodigieux talents. Un incontournable moment de création à vif.
3 mai 2019
9/10
29 0
Attention ! Voici un OTNI !
Un Objet Théâtral Non Identifié !

Lorsque l'on se rend au théâtre, en principe, on va voir un « produit fini ».
Lorsque l'on va assister par exemple à l'excellentissime version de l'opéra Hamlet d'Ambroise Thomas, mis en scène récemment à l'Opéra Comique par Cyril Teste, on va assister à un spectacle donné, écrit, immuable, dont le « processus de fabrication » n'évolue pas pendant les deux heures et demie de sa durée.

Ici, c'est tout le contraire.

D'ailleurs, Cyril Teste nous attendait pour cette générale en haut des marches de marbre des Bouffes du Nord : « Vous allez assister à l'échographie d'une démarche artistique ! », nous prévient-il !

C'est d'ailleurs tout le paradoxe que relevait John Cassavetes, le réalisateur du film éponyme, et dont le « patron » du collectif MxM s'est servi pour point de départ de cette performance théâtrale.
« Le mouvement de la scène importe plus que le spectacle lui-même », écrivait le cinéaste, s'interrogeant sur le concept-même de spectacle.

Nous allons donc assister à une expérience dramaturgique prenant en compte la question du public. Les spectateurs ne vont pas se trouver devant le produit fini évoqué plus haut, mais vont participer de fait à son processus. Une écriture qui va se prolonger devant nos yeux, une recherche formelle dans laquelle nous serons partie prenante. Parce que nous sommes là, différents chaque soir.
Chaque séance sera donc différente elle aussi.

Bien entendu, le prétexte de cette recherche-là, c'est le scénario de Cassavetes.
Un soir, après un spectacle théâtral, Nancy, une jeune fille attend la star à la sortie des artistes. Lorsque la grand actrice Myrtle Gordon sort du théâtre, Nancy se précipite vers elle, l'enlace.
La comédienne est touchée par la jeune fille. Un instant plus tard, Nancy est fauchée par une voiture, devant les yeux de Myrtle.

Nous allons quant à nous découvrir trois comédiens.
Morgan Llloyd-Sicard interprète un metteur en scène (Manny), Isabelle Adjani (Myrtle) et Frédéric Pierrot (Maurice) seront ses deux comédiens.

La création de leur spectacle se met à vaciller. La mort de Nancy hante Myrtle. Que représente pour elle ce drame, qu'est-ce qui résonne tant en elle, à quoi renvoie au plus profond de son être cet accident ?

Mises en abyme multiples, donc. Le cinéma dans le théâtre, le théâtre dans le théâtre.

A son habitude, Cyril Teste mélange habilement et judicieusement les genres et les media.
Grâce à une caméra vidéo embarquée, dont les images sont diffusées sur un grand écran installé au centre du décor, nous serons au plus près des acteurs, à la fois dans leur loge, et sur le plateau.

Il interviendra en direct, comme dans un happening, dirigeant ses comédiens, rectifiant une scène, faisant refaire, encore et toujours. « On ne s'est absolument pas compris ! », « Tu vois ce que je veux dire ? », « Tu réfléchis trop ! », lance-t-il en direct...

Alors évidemment, ces trois comédiens sont eux aussi des chercheurs.
Et en tout premier lieu, bien évidemment, Mademoiselle Adjani.

Comment ne pas se rendre compte que la démarche de Cyril Teste, et le défi que représente cette pièce qui va se réinventer chaque soir, comment ne pas se rendre compte que tout ceci séduit la comédienne ?

Elle aussi tâtonne, elle aussi cherche devant nous.
Elle aussi, comme Myrtle, semble se battre contre des fantômes... Il y a notamment une scène de gifle dans ce spectacle, qui doit bien renvoyer à un film, ou encore à une certaine pièce passée...

Et moi d'être subjugué... A mon humble avis, Isabelle Adjani, n'a jamais été aussi belle...

Surtout sans ces lunettes noires énormes, avec lesquelles elle apparaîtra, mais qu'elle jettera sur une table en tout début de la pièce...

Comme un message : ce soir, pour ce retour sur les planches, je suis moi, semble-t-elle nous dire. Sans filtre, sans masque...

Ce soir, je suis en train de faire le métier que j'aime... Jouer, chercher, inventer, dans ce projet-cadeau que me fait Cyril Teste.

Son jeu n'a peut-être jamais été aussi intense...
Une immense comédienne, trop rare, nous donne une leçon. Peut-être même une leçon au-delà de la pure leçon dramaturgique.

Bien entendu, ses deux partenaires de jeu sont eux aussi particulièrement investis dans cette démarche très particulière, et apportent une évidente cohérence au spectacle.

Je vous conseille plus que vivement cette heure et quart étonnante, fascinante, rare...
Cyril Teste, qui qualifie son projet de « scission fondamentale » dans son travail avec son collectif, continue d'expérimenter, de chercher, d'innover.
En somme, il continue à écrire et à faire le théâtre d'aujourd'hui.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor