On s'en va, Krzysztof Warlikowski

On s'en va, Krzysztof Warlikowski
  • Théâtre national de Chaillot
  • 1, place du Trocadéro
  • 75016 Paris
  • Trocadéro (l.6, l.9)
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Après son incursion dans l’œuvre de Marcel Proust, Krzysztof Warlikowski revient à l’un de ses dramaturges favoris, Hanokh Levin, dont il restitue de façon très libre, mais avec un brio ravageur, la verve truculente et caustique. « On ne part pas », écrivait Rimbaud. Comme si partir était définitivement impossible.

Pourquoi partir, d’ailleurs ? Et pour aller où ? À vrai dire, ce ne sont pas les raisons qui manquent si l’on en croit les personnages, tous plus ou moins sur le départ, de ce spectacle adapté d’une pièce de Hanokh Levin dont le titre original, Sur les valises, comédie en huit enterrements, annonce d’emblée la couleur trempée dans l’humour le plus noir. En fait de départ, cette création est aussi un retour pour Krzysztof Warlikowski, dont le public français avait découvert pour la première fois le style inimitable en 2003 avec une mise en scène de Kroum l’ectoplasme, déjà de Hanokh Levin.

Impossible de ne pas voir dans l’obsession de prendre la tangente qui taraude les héros de cette pièce un reflet de l’irritation du metteur en scène face aux orientations politiques de plus en plus liberticides de la Pologne contemporaine. De cette insatisfaction chronique, il donne une version acide aussi drôle que grinçante, illuminée par la grâce d’un rire libérateur.

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14 nov. 2019
8,5/10
27 0
Pas de mariages, mais beaucoup d'enterrements !

C'est la deuxième fois que Krzysztof Warlikowski s'empare d'un texte du dramaturge Hanokh Levin.
Après avoir mis en scène en 2003 Kroum l'ectoplasme, cette fois-ci, le metteur en scène a adapté l'auteur israëlien.

Il a pioché ici et là, dans ses différentes comédies, mais principalement dans Sur les valises, ce qui allait devenir On s'en va.

Le texte, publié aux éditions Théâtrales-Maison Antoine Vitez, fait partie d'un recueil intitulé « Comédies grinçantes ».

Nous n'allons pas tarder à comprendre pourquoi.

Oui, ces personnages sont grinçants.

Tous ces habitants de Varsovie, plus ou moins déjantés, à la dérive, tous ont une obsession : partir. Se casser, mettre les bouts, se carapater, décamper. S'évader.

Parmi les quelque dix-neuf composants de cette micro-société de loosers magnifiques, on trouve notamment une prostituée en culotte de peau allemande de couleur rose, un bossu blond à la coiffure mulet et au costume rouge vif, des veuves de bridge, une mère plus ou moins nymphomane, un travesti à la fesse droite tatouée, un bellâtre au chapeau mou, ou encore une touriste blonde à la recherche de ses origines filmant en permanence pour les réseaux sociaux sa trépidante vie.

Tous veulent s'échapper donc. Tous veulent partir de Pologne, notamment pour se retrouver dans cette terre promise fantasmée qu'est la Suisse. Tous, et ce, toutes générations confondues, ont leurs valises prêtes pour un monde meilleur.
Mais le voyage, pour certains, sera ultime.

Nous allons assister pendant trois heures à une jubilatoire série de décès et de cérémonies funèbres elles aussi déjantées.

Krzysztof Warlikowski va nous faire rire.

Avec des situations tirant souvent sur le grotesque, avec ces femmes et ces hommes pour le moins allumés, pour reprendre un terme à la mode, nous allons nous amuser de ces morts en série.

Ces départs, voulus, subis, ou fortuits, vont être le prétexte pour le metteur en scène de nous embarquer dans sa propre vision du départ.
Pour lui, tous « les départs sont ratés par nature ». Les départs positifs, ou négatifs.
Tous ratés ? Non, un seul est vraiment réussi : l'ultime départ, lot de chaque être humain.

Bien entendu, Warlikowski nous livre une puissante métaphore sur un départ qu'il pratique souvent : le départ de son propre pays, la Pologne.
Il est très bien placé pour nous dire dans sa note d'intention que la Pologne, de plus en plus liberticide, se dirige vers la sortie de l'Union Européenne (elle aussi...) et surtout vers une forme de fascisme.

Treize ans après sa première confrontation avec Levin, la vie polonaise est beaucoup plus difficile.
Avec une Eglise qui rend furieux le metteur en scène.

Pour autant, lui qui a jadis quitté son pays pour étudier, qui passe beaucoup de temps par son métier à l'étranger, lui revient toujours à Varsovie.

Sur le plateau, tous les comédiens vont déployer une énergie phénoménale à incarner ces hommes et ces femmes en partance. Ils ne vont vraiment pas ménager leur peine.

Nous retrouvons tout ce qui fait le « style Krzysztof Warlikowski ».

- les lavabos, les cuvettes de toilettes blancs. Incontournables.

- les dispositifs amovibles matérialisant des espaces définis. (Ici, en l'occurrence les toilettes ou le funérarium qui se rapproche au fur et à mesure des cérémonies).

- la mise en scène très cinématographique, avec de la vidéo, des musiques lancinantes et minimalistes évoquant certains films très spécialisés...
(A propos de musique, certains passages sont diffusés à très fort volume. Qu'on se le dise )

Avec toujours cette impression que la direction d'acteurs est réalisée en permanence par le prisme d'une caméra.

La formidable troupe du Nowy Teatr de Varsovie est pour beaucoup dans la réussite de cette entreprise dramaturgique.

Krzysztof Warlikowski nous embarque donc avec brio et sa maîtrise habituelle dans un voyage engagé, acide et drôle.
Une nouvelle fois, ce spectacle fait partie de ceux qui ne laissent personne indifférent.
Un très beau et très intense moment de théâtre !

Sans compter que l'on apprend, cerise sur le gâteau, qu'au Paradis on mange des esquimaux glacés !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor