Monsieur Kaïros

Monsieur Kaïros
De Fabio Alessandrini
Mis en scène par Fabio Alessandrini
Avec Carlo Brandt
  • Carlo Brandt
  • Lucernaire
  • 53, rue Notre-Dame-des-Champs
  • 75006 Paris
  • Notre-Dame-des-Champs (l.12)
Itinéraire
Billets de 13,00 à 32,00
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Un écrivain qui se retrouve un soir face à face avec le protagoniste de son nouveau roman, un chirurgien qui lui annonce vouloir renoncer à sa mission héroïque de médecin humanitaire. Librement inspiré de textes de Pirandello, figure emblématique du théâtre, cette pièce fantastique rend flou les frontières entre fiction et réalité. Troublant !

Souhaitant rendre hommage à l’engagement de ces courageux médecins humanitaires qui partent au front, l’auteur se trouve confronté aux doutes du personnage qu’il a créé, un héros sans peur qui affronte les horreurs pour sauver des vies. Commence alors un dialogue tragi-comique rythmé et percutant entre un créateur et son oeuvre. Dans ce jeu de rôle sans fin, dans ce miroir déformant qui est ce personnage ? Où est la réalité ?

Bien connu du public de l’Espace Jean Legendre pour ses spectacles touchants et d’une grande force dramaturgique, Fabio Alessandrini promet ici une mise en scène saisissante. Après avoir foulé les planches des plus grands théâtres, d’Avignon à l’Odéon, comédien emblématique du Théâtre de la Colline, Carlo Brandt, acteur qui a été dirigé au cinéma par Costa-Gavras et Patrice Leconte et révélé au grand public par sa participation dans la série Kaamelott, ne manquera pas de nous éblouir par sa performance. La composition musicale de Paolo Silvestri qui a collaboré entre autres avec Paolo Conte, David Linx et d’importants orchestres italiens, ne fera qu’ajouter à la beauté de cette pièce.

Un spectacle étonnant qui ne manquera pas de vous bouleverser.

Note rapide
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2 critiques
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Toutes les critiques
2 nov. 2016
7/10
31 0
Un écrivain, seul chez lui, face à son ordinateur, est en train de retaper son roman qui parle d’un médecin humanitaire en zone de guerre. Et tout à coup, comme par magie, le personnage en question se trouve dans la pièce, avec lui.
Qu'adviendra-t-il de cette rencontre inopinée ? Fera-t-elle basculer l'écrivain dans la folie ?

C'est autour de cette question que se tisse peu à peu le spectacle écrit, mis en scène et interprété par Fabio Alessandrini. Une question qui devient de plus en plus oppressante, à mesure que le personnage incarné par un énigmatique et troublant Yann Collette se rebelle. Il tente de persuader son Frankenstein de réécrire l'histoire, de lui proposer une vie plus douce, loin des horreurs d'une guerre sanglante et cruelle.

La confrontation entre les deux hommes nous tient en haleine pendant une bonne partie d'un spectacle que l'auteur lui-même définit comme du théâtre psychologique. Cependant, on regrette quelques lenteurs, surtout vers la fin, liées sans doute à l'écriture qui peine à ne pas tourner en boucle autour du thème du Kaïros - ce personnage insaisissable...
21 oct. 2016
8/10
154 0
On entend un avion qui décolle.

Un homme est assis à son bureau, derrière un ordinateur portable.

C'est un écrivain qui achève son prochain roman, dont le thème principal est consacré aux médecins humanitaires.
Son héros, l'un de ces toubibs du bout du monde, se démène à lutter contre la mort des populations décimées par les conflits armés.

Soudain, derrière un rideau de lamelles de tissus blanc, une silhouette se découpe, en contre-jour.
Puis, toujours aussi subitement, cette ombre traverse le rideau !

Un homme en smoking a surgi sur la scène.

L'écrivain, étonné, choqué, va poser beaucoup de questions à cette apparition afin de savoir qui vient le troubler dans son acte d'écriture.

Par la précision des réponses apportées à ces questions, des réponses connues de l'auteur seul, on comprend assez rapidement que cet homme en smoking n'est autre que le personnage du texte que le romancier est en train d'écrire.

Pirandello n'est pas loin. Encore un personnage en quête d'auteur.

Voilà bien là le thème de cette pièce fantastique : quel est le lien entre la fiction et la réalité, quels sont les rapports entre identité et apparence ?

Les interrogations vont se poursuivre, fortes, de plus en plus précises, d'autant que les deux comédiens présentent une troublante ressemblance.
Des interrogations importantes : pouvons-nous choisir notre vie, sommes-nous libres d'agir à notre guise, pouvons-nous vraiment prétendre à la notion de libre-arbitre ?

Ce beau texte littéraire, que l'on doit à Fabio Alessandrini (qui interprète également le rôle de l'écrivain) nous replonge également dans la mythologie, puisque « kaïros » désignait une divinité grecque qui avait le pouvoir , en un instant, de changer notre existence.

En avons-nous raté, tous autant que nous sommes, de ces moments qui auraient pu faire tout basculer !

Yann Collette, toujours aussi remarquable, donne la réplique, dans la peau du personnage de l'écrivain.
Les deux comédiens forment un duo réellement cohérent, donnant toute sa force à ce nouveau moment de théâtre dans le théâtre.

Les deux sont crédibles dans ce face à face tendu, âpre, tranchant, formant à eux deux une seule et même entité, Théodore l'auteur et son personnage dont on connaîtra jamais le nom.

Une pièce troublante, à l'écriture acérée, servie parfaitement par deux comédiens en pleine possession de leurs moyens.

Un bel hommage au grand Luigi.
14 mai 2016
9/10
30 0
Le bruit assourdissant d’un avion qui passe dans le ciel vient troubler le noir total de la salle.

Puis, une lumière diffuse filtre à travers les stores à jardin pour venir éclairer faiblement une chaise, au centre du plateau. En face, un homme pianote sur son ordinateur. Il s’adresse à « Monsieur ». « Qui êtes-vous ? » interroge-t-il ? Lui, c’est un écrivain et il travaille actuellement sur son nouveau roman qui l’amène à se pencher sur l’univers de la médecine humanitaire en zone de conflit où son héros, un brillant chirurgien, sauve inlassablement des vies, faisant abstraction de ses peurs et de ses limites liées à sa condition humaine. Le romancier, absorbé par son imagination et sa création, ne voit pas l’homme arrivé de nulle part qui surgit dans la pénombre. Théodore questionne l’intrus avec précision. Il n’en revient pas des réponses données et se montre troublé par l’histoire de l’homme qui se tient face à lui.

Pour cause, il raconte avec des noms, des lieux, des détails que seul l’auteur connaît, les ayant couchés dans un petit carnet, précieusement à l’abri dans la poche arrière de son pantalon. Il faut se rendre à l’évidence, bien qu’elle soit absurde ou paradoxale : il n’y a que le personnage du roman, un médecin, qui peut connaître à ce point la trame de l’histoire qui est la sienne. C’est alors qu’un incroyable dialogue va se produire dans un huis-clos entre rêve et fiction au cœur de ce petit bureau nocturne.

Une certaine ressemblance physique entre les deux hommes sur le plateau frappe d’emblée le spectateur. Et ce constat servira parfaitement le propos développé très rapidement, une fois la surprise et la panique évacuée : « Tu as lu mes documents ! Tu as piraté mon ordinateur ! Tu es un hacker ! ». Crâne rasé, vêtements sombres... Il est de coutume de dire que chaque personnage est un double fantasmé, onirique ou réel de son créateur. Et c’est peut-être cela qui fascinait Luigi Pirandello lorsqu’il expérimentait les frontières minces entre fiction et réalité. Le thème est ici en filigrane de la pièce. C’est alors que débute un voyage dans une autre dimension, où comique et tragique se percutent, se heurtent aux contours troubles des échanges et des négociations. Ce périple se fait en compagnie de deux formidables acteurs, convaincants et envoûtants même. Tout d’abord Fabio Alessandrini, qui signe aussi le texte et la mise en scène percutante et sobre, est un auteur impliqué qui parvient à nous toucher dans son processus de création et d’écriture. Face à lui, Yann Collette investit le plateau et nous attrape par la main dès son apparition pour ne plus nous lâcher. Il est bouleversant dans la peau de ce personnage perdu dont l’extrême douceur nous chavire le cœur. Venu pour négocier des pans de son histoire et échappé de l’imaginaire d’un être qui n’a pas su le comprendre pour lui créer sa véritable identité, il nous interroge avec la délicatesse d’un oiseau blessé. Dans Monsieur Kaïros, ils ne sont pas six personnages en quête d’auteur mais un seul, à la recherche d’un autre destin que celui imposé par son créateur. Il n’a pas d’histoire à raconter à part celle qu’on lui impose dans un roman en construction mais veut fermement s’émanciper du romancier et se met en quête d’identité. Il refuse d’être héroïque et aspire à être ordinaire. C’est poignant tant cela nous renvoie à certains désirs actuels et la vulnérabilité passe d’un être à l’autre comme dans un rêve. Les deux hommes livrent une impressionnante performance. L’émotion qui affleure est d’une sensible justesse et nous atteint sans peine, sans passage en force. La mise en scène, sobre et efficace, contribue à nous rendre empathique et nous ressortons avec la sensation d’avoir aspiré une bonne dose d’air frais, vivifiant et revigorant.

Kaïros est une divinité grecque, ailée, qui peut faire changer notre vie, comme une occasion très rare. Nous avons tous un jour raté cette occasion et le pouvoir de l’imaginaire agit comme un remède miracle dans nos existences. Ici, le personnage n’a pas d’identité (car il est sans nom et sans prénom), il a été créé orphelin mais il a une existence propre, celle-là même que l’auteur lui indique puis celle que le lecteur s’approprie. Monsieur Kaïros, hormis le fait d’être un sublime hommage à l’œuvre de Pirandello, devient un véritable laboratoire de création, où l’écriture devient un besoin « parce que la vie n’est tolérable qu’à la condition de ne jamais y être, dans la vie » et où les mots « sont comme des lames si on les utilise comme il faut » même si quand on y pense, « on a tous une petite fêlure » car c’est ce qui nous rend humain. Faut-il pour autant réécrire l’histoire ? La pièce se clôt sur un superbe tableau sur fond de musique assourdissante mais pertinente, tel le chaos dans l’esprit de l’auteur, qui supplie son personnage : « Sors de ma tête ! ».

De notre côté, nous préférons ancrer cette représentation dans notre mémoire, comme un petit trésor à préserver.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor