Mes Frères

Mes Frères
De Pascal Rambert
Mis en scène par Arthur Nauzyciel
Avec Adama Diop
  • Adama Diop
  • Théâtre national de la Colline
  • 15, rue Malte-Brun
  • 75020 Paris
  • Gambetta (l.3)
Itinéraire
Billets de 18,00 à 40,00
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Une maison dans les bois abrite quatre frères : Pascal, Laurent, Frédéric, Arthur, ils sont bûcherons ou menuisiers. Mais il y a aussi Marie, la servante.

Leurs désirs, leurs pensées, leurs mots convergent vers Marie, celle qui radicalement affirme sa liberté. Ils feulent, brament, braient, ils déplient leurs fantasmes et leurs nuits. Rêvent-ils ?

Elle, reprenant le pouvoir sur les hommes ira jusqu’à la dévoration. Mes frères évoque le désir masculin virant à l’obsession et la puissance de la femme qui bouleverse les codes imposés par les frères. Comme une fable, un poème animiste ou encore un rituel amoureux, Mes frères dit cette soif dévorante, fuyante ligne de vie.

 

Tu ne sais pas penser tu penses que penser c’est mettre un pied devant l’autre penser c’est avancer d’arbre en arbre tel le singe ou le chien laisser son cerveau se remplir et se vider comme un poumon.

Pascal Rambert - Mes frères

 

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14 oct. 2020
9,5/10
0
Mes frères de Pascal Rambert mise en scène d’Arthur Nauzyciel

Magnifique, Grinçant, Eloquent

Une ambiance mystérieuse et quelque peu inquiétante nous enveloppe au premier regard vers le plateau.
Côté jardin, un amas de troncs et de branchages à l’orée d’une forêt sombre et ténébreuse.
Côté cour dans une lumière blanche, l’intérieur d’une bâtisse aux murs métalliques et glaçants.

Quatre bucherons vont surgir tronçonneuse à la main. Ce sont quatre frères, Pascal, Adama, Fréderic, Arthur, tous débordants de désir sexuel et bestial pour leur servante Marie. Ils vont discourir avec véhémence et violence. Ils se jalousent et s’espionnent, posséder leur servante de gré ou de force les obsède.
Leurs rêves et leurs désirs libidineux érotiques nous révulsent par leurs violences et nous amusent par leurs sarcasmes.

Mais Marie va-t-elle accepter cette domination malsaine, blessante et dévastatrice ?

Nous irons de surprises en surprises, happés par la toute-puissance de l’émotion.
Les mots, les bruitages, la lumière, la gestuelle fusionnent pour le plus grand plaisir de notre imaginaire.
Parfois drolatique, parfois effrayant, nous passons du rire à la révolte.
C’est la magie de la fusion de l’écriture Pascal Rambert et de la mise en scène d’Arthur Nauzyciel.

Adama Diop, Pascal Greggory, Frédéric Pierrot et Arthur Nauzyciel nous emportent avec grand brio dans ce conte noir et profond. Ils nous font frémir de par la force et l’intensité de leur appétit bestial pour Marie, ils nous réjouissent et nous transpercent de frissons de par leur gestuelle orchestrée, mécanique, expressive, brute et animale.

Marie-Sophie Ferdane nous bouleverse dès le premier regard. Sa présence inonde le plateau de part sa force et son charisme. Elle incarne avec talent, cette femme qui ne laisse point paraitre ses blessures, déterminée à se venger irrémédiablement pour survivre.
La vengeance de Marie vous resserve bien des surprises...
Merci à tous pour ce merveilleux moment de théâtre. Bravo
3 oct. 2020
9,5/10
23
Promenons-nous dans les bois, pendant que les quatre loups n'y sont pas.

Des loups, oui, mais de ceux que l'on peut croiser chez Tex Avery.
Des loups qui tirent et déroulent une langue de deux mètres de long sur le sol, à la seule vue d'une fille.

Ces quatre loups, ce sont ces quatre frères, ces quatre bûcherons qui nous apparaissent, une fois leur journée finie, avec leur tronçonneuse à la forme phallique, leurs lames aiguisées, pointues acérées et si suggestives...
Quatre frères. Quatre nains, quatre ours des contes, quatre Dalton, quatre branquignols...
Quatre ogres, aussi !

La fille, c'est leur servante.
La fille, c'est Cendrillon, c'est Blanche-Neige, c'est Raiponce ou bien boucle d'or.
La fille, ce sont toutes les femmes...

Ces cinq-là cohabitent de manière forcée. Comme si un certain confinement était passé par là...

Bien obligés de faire avec.
On ne peut évidemment que partager le rapprochement avec notre triste contemporanéité...

Les quatre frères forestiers, concupiscents au possible, rongés de désir, obsédés sexuels, consumés par l'envie de prendre de force leur servante, les quatre se surveillent mutuellement, expriment leurs fantasmes, se retrouvent dans les rêves érotico-pornographiques des uns et des autres...

Elle, elle tente de survivre au sein de cette fratrie mortifère. Elle, elle tente d'exister en tant que femme qui naguère a subi une vraie blessure et qui assume sa destinée et surtout ses choix.


Deux choix on ne peut plus difficiles dans un monde où la domination masculine est hélas encore beaucoup trop présente.
Quels choix ? Des choix simples et en même temps si difficiles : pouvoir dire NON ou OUI à l'autre, accepter ou refuser.
Avoir ce droit pourtant élémentaire, sans qu'aucun jugement ne soit porté.

Ca devait arriver un jour, Pascal Rambert a confié un texte à monter à un autre metteur-en scène que lui même.
Il a donné sa nouvelle pièce à quelqu'un qu'il connaît bien, et qui a plusieurs fois travaillé sous sa direction.

Rambert et Arthur Nauzyciel, puisque c'est de lui dont il s'agit, nous délivrent un conte très noir pour grands enfants, une fable sombre et pourtant très drôle.


Une pièce à la fois intemporelle et d'une actualité brûlante, dans laquelle l'humour burlesque et parfois surréaliste va côtoyer le drame, le macabre, l'érotisme, la (presque) pornographie, ou encore l'anthropophagie. (Je n'en dis pas plus...)

Ce mélange des genres est une complète réussite, et qui fonctionne à la perfection.
Nous allons être en permanence tiraillés entre le rire franc et en même temps le fait d'être dérangés par ce que nous voyons et comprenons.
Les deux, l'auteur et son metteur en scène nous placent sur une corde raide, sur le fil d'un rasoir on ne peut plus tranchant.

Des scènes graves aux terribles dialogues, et des scènes hilarantes.

Devant nous, se déroule un cartoon à la Tex Avery, j'y reviens, à la Chuck Jones.
Arthur Nauzyciel a multiplié les running-gags au sein de la magnifique scénographie de Riccardo Hernandez, les scènes de pure comédie loufoque, (des chorégraphies drôlissimes de Damien Jalet pimentent le tout), les ellipses sonores, des utilisations d'objets étonnantes, j'en passe et des meilleurs.

Et puis bien entendu, il y a la distribution.
Une distribution somptueuse. De celles que l'on peut rarement réunir.

Marie-Sophie Ferdane, Pascal Gréggory, Adama Diop, Frédric Pierrot et hier soir Arthur Nauzyciel en personne m'ont enthousiasmé.


Ce que font ces cinq-là est absolument phénoménal.
Leur façon de faire passer le message relève du grand Art, d'autant que le (long) texte de Rambert n'est pas des plus aisés à donner au public.

Les quatre garçons, chacun à leur manière, nous effraient et nous amusent beaucoup.
Dirigés d'une précision millimétrée, (les scènes de repas, de fantasmes, de rêves sont formidables), ils m'ont fasciné avec leurs vis comica, leurs métiers, leurs gestuelles et leurs talents respectifs.
Leurs différences de jeu enchantent les spectateurs.
Quelle cohésion, quelle cohérence !


Pensez à regarder également ceux qui ne parlent pas et qui écoutent leurs camarades. C'est très révélateur...

Marie-Sophie Ferdane incarne quant à elle cette femme blessée, meurtrie, et en même temps très érotisée (Ah ! Cette petite robe fendue sur le devant...), une femme qui va changer radicalement la donne en se vengeant impitoyablement et férocement.

Son interprétation de cette servante est à la fois bouleversante, glaçante et hilarante.

Son jeu, sa voix grave, la sauvagerie et la lascivité ambivalentes de son personnage, ses ruptures, cette façon de dire les sortes « brèves de comptoir » écrites par Rambert, tout ceci est admirable.
Oui, admirable !

C'est donc un passionnant et fascinant spectacle qui vous attend à la Colline.

Un spectacle nécessaire, indispensable, un spectacle qui pointe du doigt une dérive sociétale si ancienne et si contemporaine à la fois.
Nos frères qui doivent accepter le non ou le oui de nos sœurs.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor