• Classique
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • Paris 6ème

Mademoiselle Julie

Mademoiselle Julie
De August Strindberg
Mis en scène par Nils Ohlund
Avec Jessica Vedel
  • Jessica Vedel
  • Fred Cacheux
  • Carolina Pecheny
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Itinéraire
Billets de 19,00 à 38,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

Seule au château, Mademoiselle Julie, la fille du Comte, se mêle aux domestiques qui fêtent le solstice d’été. Dans l’ivresse de cette nuit, elle invite Jean, le fiancé de la cuisinière Kristin, à danser la «Valse des Dames».

Rythmés par les musiques de la fête de Midsommar, l’air se raréfie, la tension monte, les sentiments s’affolent.

Tous deux mus par leurs rêves d’affranchissement, ils se laissent enflammer, remettant en cause l’ordre des « mondes ». Il faut agir, partir, oser... Mais la nuit avance et le piège se referme sur leurs élans transgressifs.

L’aube est là.

Note rapide
7,8/10
pour 5 notes et 5 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
1 critique
Note de 4 à 7
20%
4 critiques
Note de 8 à 10
80%
Toutes les critiques
1 avr. 2018
8,5/10
44 0
Le public est installé de part et d'autre d'une longue table gris anthracite qui occupe le centre de la salle, sous la voute du Lucernaire qui devient tout à fait crédible en cuisine de château. A ceci près que le mobilier n'est qu'une esquisse où officie Kristin (Carolina Pecheny), parfaite domestique qui ne se risquerait pas à sortir de son rang.

Elle prend son repas, solitaire, et fait la vaisselle alors qu'on entend au loin les musiques de la fête de Midsommar, célébrant le solstice d’été.

Toute la première scène est mimée (la comédienne s'est formée au Conservatoire national d’art dramatique à Buenos Aires et à l’École Argentine du Mime), instaurant une seconde distance à celle que le décor avait installé. Plus tard ce sera elle -méconnaissable- qui fera une apparition surréaliste en interprétant un de ces trolls qui peuplent les contes et légendes scandinaves.

Le metteur en scène a voulu retraduire le texte parce que Strindberg rêvait d’une écriture qui aurait été comme un canevas d’improvisation pour les acteurs. Et de fait on pourrait presque penser par moment que la pièce a été écrite pour ces trois là.

Arrive ensuite son presque fiancé, Jean (Fred Cacheux interprété en alternance avec Nils Öhlund), qui est le valet de Monsieur le Comte, lequel est absent ce soir. Sa fille, mademoiselle Julie (Jessica Vedel), va pouvoir s'en donner à coeur joie et libérer ses pulsions.

On songera par moment à la folie shakespearienne d'une nuit d'été. La pièce entière se déroulera dans cet espace, confiné comme un huis-clos étouffant, où les chambres sont conçues comme des placards aux portes coulissantes. Jean et Julie sont animés tous les deux par des rêves d’affranchissement, mais ils sont diamétralement opposés et, une fois les tensions retombées, la jeune femme sera face à un dilemme tragique et cruel.

Nils Öhlund a choisi des comédiens exceptionnels pour interpréter les rôles (on peut se demander quel Jean il est lui-même les soirs où il se glisse dans le personnage). Ils se connaissent de longue date. Il était Jupiter dans Amphitryon où Jessica jouait la Nuit alors que les costumes étaient signés de Laurianne Scimeni et que Carolina assistait Guy-Pierre Couleau à la mise en scène. Les deux comédiennes avaient aussi travaillé ensemble sur le Songe qui fut créé au Festival de Bussang.

Carolina a ce qu'il faut de raideur pour rappeler les valeurs de l’ordre établi. Fred exprime avec fougue l'ambivalence des sentiments à l'égard du maitre, entre fierté et servilité, haine et admiration. Jessica sème le trouble en étant aussi bien capable de mépris que de candeur, se montrant aristocrate et femme, animée d'une volonté de domination (parce qu'elle hait les hommes, à commencer par son père) et pourtant si fragile et solitaire, ayant un oiseau pour seul ami.


Nils Öhlund a voulu pointer une mise à nu progressive des personnages une fois que les masques sont tombés. Au début, l’identité sociale et ses codes fixent les rôles. Julie est autoritaire, provocatrice : elle est la maîtresse. Jean incarne la domesticité dans sa présence invisible qui le fait être là pour servir.

La jeune femme lui demande de boire en sa compagnie, et va jusqu’à lui ordonner de s’agenouiller et d’embrasser sa chaussure, au cours d'une scène fondamentale qui est reprise sur l'affiche.

Au grès des coups de boutoir, ils laissent tomber leurs habits (c’est d’ailleurs ce que Julie demande à Jean : abandonner sa livrée, alors que plus tard elle se débarrassera de sa jupe). Ils vont pouvoir devenir ce qu’ils sont vraiment (ce qui n’empêche pas les rapports de force), laissant leurs statuts sociaux de côté et, l'espace d'un instant le spectateur croit en leur avenir.

L'échange de confidences renforce notre illusion avant que l'on ne comprenne que Julie s'est laissée prendre dans les griffes du désir qu’elle voudrait être de l’amour, devenant celle qui tombe vers celui qui monte.

Il y a beaucoup de violence au cours de la soirée, aussi bien verbale que physique. On assiste autant à un combat de classes qu'à une lutte des sexes. L'âme humaine pourrait ne pas être si noire. En cela le metteur en scène respecte le texte. Mais la proximité des comédiens rend les enjeux très palpables et le jeu de la séduction est trouble. Un valet est un valet lance Julie à la tête de Jean. On se surprend à s'interroger : qu'aurions-nous répondu à sa place ? Sans doute pas qu'une prostituée est une prostituée.

Lequel est le plus dangereux des deux ? Celui qui s'enorgueillit qu'il faut toujours impressionner les femmes pour les attraper ... ou bien celle qui lève la main sur celui qu'elle cherche à conquérir ?

La pièce se termine mal. A qui la faute nous demande Strindberg ...
12 mars 2018
8/10
48 0
Cauchemar d'une nuit d'été...
C'est le propre des grands auteurs de nous faire réfléchir, quelle que soit leur époque !

A partir d'une situation assez banale, de séduction, Strindberg livre une puissante réflexion sur la lutte des classes, les rapports entre les sexes, la condition féminine, le poids du péché, l'ambition...

Et 130 ans plus tard, assis au café du "Poche", nous voilà, autour d'un verre de vin, en train de débattre de tous ces sujets brûlants d'actualité ... Car c'est finalement sur le terrain de l'art que se jouent les vraies batailles !
15 févr. 2018
8/10
41 0
Une femme de dos, elle est penchée sur ce qu’il semble être un évier et lave ses verres. Jean entre dans la pièce, il est furieux contre la fille du comte, Mademoiselle Julie, elle ne sait pas se tenir, elle s’est invitée au bal des domestiques et a obligé le palefrenier à danser avec elle.

Kristin et Jean discutent de leurs maîtres, et surtout de leur avenir, si la jeune femme est du même avis que Jean sur leurs patrons, elle subit sans rechigner, mais chacun doit rester à sa place. Jean semble vouloir s’élever et se dispute avec sa fiancée.

Mademoiselle Julie, corsage échancré, jupe bouffante et escarpins dorés, cherche Jean jusque dans la cuisine, elle ne doute de rien, un orgueil démesuré, elle semble diriger toute sa vie.

Kristin épuisée, s’endort, puis disparait dans sa chambre, elle ne s’aperçoit de rien. Jean tente vainement de résister à la fille du comte, mais est-il sincère ? Julie pense mener la danse, elle va se brûler les ailes, et n’aura qu’une alternative à sa faiblesse d’une nuit.

J’ai aimé le jeu des acteurs, Nils Öhlund tire son personnage vers le cynisme, Jean veut surtout s’élever quitte à écraser les autres, Jessica Vedel est une troublante Julie, émouvante et fragile, Carolina Pecheny est Kristin qui a les pieds sur terre, et se rend compte de tout ce qui se passe.

Une large table, des chaises et des tabourets en bois, scénographie bifrontale qui permet au public de participer, de pénétrer dans l’histoire. Par contre, verser du “vide” dans les verres, faire semblant de, pourquoi ne pas remplir vraiment les bouteilles ?

Oui la nuit de la St Jean provoque bien des émotions au Poche Montparnasse
8 févr. 2018
10/10
45 0
Tout au contraire, j'ai trouvé la mise en scène fort inventive, délicate et subtile. La tension monte, et ce bi frontal nous fait vivre une expérience intense au plus près des personnages !
Ça remue ! A vivre absolument !
23 janv. 2018
7/10
44 0
Mademoiselle Julie est une pièce écrite par Strindberg en 1888. Auteur de « Père » et « des Créanciers », Strindberg signe avec Mademoiselle Julie l’une de ses meilleures pièces. La nuit du solstice d’été, mademoiselle Julie restée seule au château après avoir rompu ses fiançailles, insiste pour danser avec Jean, le valet de son père. Séduction et rapport de classes à l’œuvre, le réveil et les conséquences de ce jeu leur feront découvrir l’abîme du cœur humain et changeront le cours de leur histoire jusqu’alors bien normée.

L’argument de la pièce de Strindberg est simple mais la pièce est d’une richesse de sens et d’interprétation démesurée. Rapports entre les hommes et les femmes, droit à l’éducation, émancipation des femmes, ambition et élévation sociale, désir de l’interdit, pouvoir de la naissance, règles et stratification sociales… La complexité de la société humaine s’étend à perte de vue et les angles d’attaque sont multiples. Dans le rôle de Kristin, Carolina Pecheny très droite, très raide sort tout droit d’un livre de Balzac : c’est Félicité ou la grande Nanon, une femme rustique mais noble dans sa condition. Ses réponses sèches et ses formules à la troisième personne font sourire. Nils Öhlund et Jessica Vedel forment un couple étrange, aimant et haineux, la tension est là, palpable entre les deux.

Il y a cependant, à mon avis, un problème de mise en scène qui désengage le spectateur. La pièce n’est pas simple et mettre les spectateurs en disposition bi-frontale n’est pas toujours la meilleure idée car, par sa configuration, la salle du bas du théâtre de Poche est pleine d’angles morts. De plus, les spectateurs n’ont souvent pas assez de recul pour avoir tous les personnages dans un même champs de vision. Pour une pièce traversée par des moments de silence lourds de sens, c’est (très) gênant. Il faut donc faire la navette entre les personnages (comme au tennis) pour lire leurs visages et saisir les sous-entendus : c’est désagréable, mal pensé... On ne peut pas voir le tableau en entier!

En définitive, je serai curieuse de revoir cette pièce dans une autre salle, avec plus de recul, pour mieux appréhender le jeu des protagonistes. Une bonne pièce mais une mise en scène qui n’aide en rien le spectateur, dommage !
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor