Les bijoux de pacotille

Les bijoux de pacotille
De Céline Milliat-baumgartner
Mis en scène par Pauline Bureau
  • Théâtre du Rond-Point
  • 2bis, Avenue Franklin D. Roosevelt
  • 75008 Paris
  • Franklin D. Roosevelt (l.1, l.9)
Itinéraire
Billets à 33,00
Evénement plus programmé pour le moment

Il dit que les parents ne vont pas rentrer.

Aujourd’hui seule en scène, Céline Milliat Baumgartner se souvient, trente ans après l’accident de ses parents.

Elle livre le récit de cette absence, cheminement lent, aventure d’enfant, épopée d’une gamine confrontée au deuil.

 

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8 critiques
Note de 8 à 10
89%
Toutes les critiques
1 avr. 2018
8/10
35 0
Les bijoux de pacotille, ce sont ceux qu'aimait porter Michèle Baumgartner, comédienne notamment
dans "la femme d'à côté" de François Truffaut où elle jouait la femme de Gérard Depardieu
Un soir en rentrant d'un diner chez des amis elle a un accident de voiture et se tue avec son mari.
Michèle Baumgartner était la mère de l'autrice et interprète de la pièce.
C'est le récit de cette disparition brutale et de son vécu par la petite fille qu'elle était que nous conte
Céline Milliat Baumgartner.
Souvenirs d'enfance, souvenirs brumeux, impalpables, invérifiables, inventés dit elle. Souvenirs du bruit que faisaient ces bijoux.
C'est aussi le récit d'une enfance protégée par sa famille, du temps qui passe anniversaire après anniversaire.
A l'adolescence, elle commence à se construire, et choisit de faire de la danse classique puis du théâtre alors que sa mère ne souhaitait pas pas qu'elle s'engage dans une profession artistique.
Mais Céline Milliat Baumgartner n'a plus à rendre de comptes, elle évoque avec une pointe de regret les contraintes qu'elle n'aura pas à subir les repas dominicaux, Noël en famille....
Elle ne vivra pas non plus ces moments ou prenant de l'âge les parents deviennent les enfants de leurs enfants...
Dans un dispositif scénique très simple, une utilisation de la vidéo minimaliste la mise en scène de Pauline Bureau met en valeur le texte et l'interprète magnifique de justesse et d'émotion.
S'il est question ici de perte, de reconstruction, il n'y a aucun pathos, on rit parfois, et le spectacle est finalement une magnifique ouverture sur la vie.
Un beau spectacle à ne pas manquer.
26 mars 2018
10/10
9 0
Comment ai-je pu rater Les bijoux de pacotille quand le spectacle s'est joué en janvier au théâtre de Paris Villette?

Je suis pourtant une inconditionnelle du travail de Pauline Bureau aussi bien dans ce qu'elle fait pour un public d'adultes (je garde de La meilleure part des hommes, et ensuite de Mon coeur un souvenir bouleversant) que d'enfants (je conserve de Dormir cent ans un pur éblouissement).

Toujours est-il que j'ai eu la chance de voir la pièce au théâtre du Rond-Point ce soir et que j'en suis sortie totalement saisie par l'intelligence du propos, la justesse de la mise en scène et de la direction d'acteur et l'interprétation de Céline Milliat Baumgartner.

Mes critiques sont reprises par le site Au balcon qui me demandent d'ajouter une note sur 10. Ce spectacle mérite 12 sur 10 parce que 10 ce n'est pas suffisant.

J'ai découvert la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie : enfin une chose dont je n'ai pas trouvé d'autre exemple jusqu'à présent sur une scène de théâtre.
L'accident est raconté par la comédienne alors que la salle demeure plongée dans un noir absolu. Sa voix est neutre, comme celle que l'on prend pour relater un constat. Le 19 juin 1985, à 3h30 du matin, une voiture sort de la route à l’entrée du tunnel de Saint-Germain-en-Laye. L'homme et la femme ont été découvert nus, enlacés, tout à fait méconnaissables. Seuls une boucle d'oreille jaune et deux bracelets métalliques ont permis leur identification, qui sont restitués à la famille. Les voilà ces bijoux de pacotille qui jalonnent une sérieuse affaire de drame familial.


Chaque mot prend tout son sens puisque le terme de pacotille renvoie à l'époque de l'esclavage et du commerce triangulaire, désignant une marchandise, généralement de très faible valeur, que les colons échangeaient pour acquérir les esclaves noirs.

Quand la scène s'éclaire Céline Milliat Baumgartner, regarde intensément les spectateurs et prend un temps infini avant de s'adresser à nous, d'une voix un peu différente de celle qui nous reste en mémoire. Elle parle de sa mère, une comédienne formidable qui, elle, a fait une école de théâtre et qui n'aurait pas voulu que sa fille soit actrice. Une mère qui embrassait Depardieu dans un film de Truffaut (Elle était 1981 Arlette Coudray dans La femme d'à coté en 1981).

Si on n'a rien lu sur le spectacle pour venir sans aucun a priori voir la pièce on doute immensément du contexte. On est certain qu'il s'agit de théâtre, uniquement de théâtre, et que Céline est "juste" une comédienne à la ressemblance troublante avec la photo que l'on découvre de cette femme, Michèle Baumgartner. Ce qui est indubitable c'est qu'on est en face d'une interprète dont l'hypersensibilité n'a curieusement d'égal que la force. De là à imaginer qu'elle n'est pas un personnage mais la fille du couple accidenté il y a un pas que l'on n'ose pas faire.

Elle dépose sur le sol une simple boite en carton dont on se dit que ça pourrait être une boite à musique, tout en estimant que notre imagination, décidément, est en train de nous jouer un nouveau tour. Mais l'objet devient boite à musique sous nos yeux qui retrouvent leur regard d'enfant.

L'actrice est seule en scène et son art est de nous embarquer dans son monde, parmi les siens, dont elle évoque le souvenir avec une palette d'émotions très complète, jamais larmoyante, dominée par une infinie tendresse et ... beaucoup d'humour.

Elle entreprend dans ce texte (paru en 2015 et dont elle est l'auteure) un long travail de mémoire à travers les objets et photos qu’elle possède pour dresser le portrait de ses parents disparus. Un père souvent absent pour son travail et une mère actrice puis vient le récit d’une enfance presque normale d’une enfant sans parent. Elle a le sens du tragique, mais aussi de la comédie. Elle nous fait rire de bon coeur en nous racontant les avantages qu'il y a à être reconnue comme orpheline, autant dire la star de l'école. Elle est trop drôle lorsqu'elle partage les ruses des enfants gardés pour épuiser les baby-sitters, majoritairement des filles. Il n'y eut qu'un seul garçon, malchanceux car la nuit s'éternise jusqà ce coup de fil au petit matin pour apprendre la terrible nouvelle. Il fut le premier et le dernier ... et pour cause ... ses parents sont morts cette nuit-là.

Céline nous fait cadeau de ses souvenirs, dans l'ordre dans lesquels on peut les dire quand ils vous reviennent à cause d'un mot, ou d'une musique, une idée en enchainant une autre.

Céline raconte cet été là ... au bord de la mer, jouant du bout des pieds avec les vagues qui viennent lui lécher les orteils. Celui qui pense à une illusion ne croit pas aux souvenirs.

Plus tard elle fera des pointes sur un ciel de nuages. Le recours à la video est justifié et le rendu est magnifique, de l'ordre du magique.

Elle rend un hommage magnifique à sa maman qui est, dit-elle, son rêve familier ... Ma mère, c'est comme si je l'avais faite.

Le texte est très beau. Le matériau autobiographique est travaillé avec une force poétique qui lui donne une valeur universelle. Nous avons tous entendu cette litanie Mais comment tu feras quand on ne sera plus là ? Sauf que nos parents ne sont pas partis juste après.

Elle tord les expressions populaires, nous rendant complice de ses tentatives pour ne pas sombrer, en noyant le poisson sans faire déborder le vase. Elle n'hésite pas à employer le futur pour parler du passé. Elle souffle 15 bougies mais elle a toujours 8 ans, cet âge auquel la tragédie est devenue réalité. Elle retire ses bottines de cuir, deux chaussures qui par la force de la pensée magique vont traverser le fonds de scène.

Elle a désormais dépassé l'âge que sa mère avait au moment de l'accident, et nous transmet cette curieuse sensation que d'être plus vieux que ses parents. On sent la petite fille mûrir sans pour t-autant quitter la robe de coton qui demeure intemporelle. Elle sort de ses poches des lettres testamentaires et diverses pièces juridiques dont la lecture est bouleversante.

Elle nous dit sa manie de faire des listes. Pour ne rien oublier ?

Et puis elle chante, a capella, cette si belle chanson d'Arno (qui accompagne aussi le récit que fait Patrick Timsit dans Le livre de ma mère, mais son interprétation est tellement plus juste et plus puissante que la version originale ...)
Il y a toujours une lumière
L'amour je trouve ça toujours
Dans les yeux de ma mère

L'heure des saluts a sonné. La comédienne reçoit une ovation méritée qui, au six ou septième rappel parvient à lui faire verser une larme, cette larme qu'elle promettait quelques minutes plus tôt, sincère et non feinte, cela va de soi.

On aurait voulu que Pauline Bureau vienne saluer elle aussi car ce travail est le fruit d'une équipe.
11 mars 2018
9/10
16 0
De Pauline Bureau, je ne connaissais que Mon Coeur. La metteur en scène qui monte aujourd’hui ne semble pas vouloir s’arrêter de si tôt, puisqu’après ces Bijoux, elle créera un spectacle à l’Opéra Comique cet été… pour notre plus grand plaisir. Car après la découverte de son précédent spectacle aux Bouffes du Nord, elle était incontestablement devenue une artiste à suivre. Aujourd’hui, elle devient tout simplement nécessaire au paysage théâtral français.

Ouverture du spectacle. Une voix off annonce un accident de voiture. Deux corps sont retrouvés dans le véhicule, si carbonisés qu’ils ne sont pas immédiatement identifiables. Sur le corps de la femme, seuls quelques bijoux sont encore discernables. La personne qui entre à la suite de cette annonce est une enfant. Elle a 9 ans et va apprendre, va comprendre que ses parents ne seront plus là pour le reste de sa vie. Qu’est-ce que c’est, le reste de sa vie, lorsqu’on a 9 ans ? Petit à petit, la jeune fille évoluera, et son deuil avec elle.

Pendant la pièce, une question s’installe : pour porter avec autant de pudeur, d’intériorisation, de justesse et de qualité d’incarnation cette histoire, Céline Milliat Baumgartner doit en être l’auteur. Aussitôt sortie de la salle, aussitôt vérifiée : l’assertion était juste. Dans le jeu de la comédienne, tout respire le vécu, la nécessité de dire, de chercher une vérité peut-être, de comprendre l’inconcevable et de revivre les différentes étapes du deuil.

Aucun défaut. Un fil de vérité, très mince, et une douceur, une tendresse, une naïveté qui nous emportent avec elle. Jamais de pathos, jamais larmoyant, Cécile Milliat Baumgartner a su trouver le ton juste et surtout parvient à le conserver jusqu’à la fin. Touchante dans sa sincérité, bouleversante dans sa légèreté, captivante dans sa simplicité, elle fait de son histoire la notre en laissant une part de mystère et de rêverie s’installer sur le plateau de la salle Topor.

Pour ce faire, la scénographie de Pauline Bureau a quelque chose d’aérien. Très épurée, sa proposition reste abondante d’intelligence et de beauté. Ainsi l’utilisation du miroir penché vers le public, de la vidéo, des vêtements ou du seul accessoire présent sur scène – un carton rempli de souvenirs – est parfaite d’évocation et permet au spectateur de mêler son monde à celui du personnage. Car après tout, ce texte si personnel a aussi quelque chose d’universel : puiser dans les souvenirs la force de se tourner vers l’avenir a quelque chose de salutaire, et ce spectacle, à son image, a quelque chose de très apaisant et permet de se retrouver.
11 mars 2018
6/10
10 0
Céline Milliat-Baumgartner nous livre son histoire, 30 ans après la mort de ses parents : comment elle a vécu depuis leur accident, comment elle a réalisé qu'ils étaient morts parce que les adultes n'ont pas voulu lui infliger la cérémonie d'enterrement et ils ont bien eu trop peur de lui dire la vérité car elle n'avait que 9 ans, quels souvenirs elle garde de ses parents,...

Ce texte est superbe, un cheminement de la petite fille à la jeune avec en toile de fond cet évènement qui a laissé une trace indélébile dont quelques bijoux récupérés sur le corps de sa mère et pourtant certains contours sont flous. Il y a aussi des étapes qu'elle a franchi pour faire son deuil comme la lecture du procès verbal de l'accident. Il y a de l émotion mais aussi de la douceur et du rire, c'est vraiment beau.

La mise en scène de Pauline Bureau est simple, peut trop simple, je n'ai pas trop aimé ce coté dépouillé. Par contre l'idée du miroir incliné en fond de scène qui permet aux spectateurs du fond de salle de voir comme ceux du premier rang est une belle idée.

Ce qui m'a gênée c'est comment Céline Milliat-Baumgartner nous restitue son histoire, beaucoup trop de tics à mon gout : des grimaces faciales et elle ne savait pas quoi faire de ses mains ce qui parasite la lecture de certains passages. C'est un peu dommage pour un texte aussi prenant.
9 mars 2018
8/10
9 0
Les petites filles sont toujours attirées par les breloques, les bijoux qui s’entrechoquent. Voilà un souvenir qui rassure Céline, petite fille de 9 ans qui apprend un sombre matin de juin 1985, qu’elle ne reverra plus ses parents, que son petit frère et elle sont orphelins. Accident de la route, voiture en flammes, il ne restera de sa mère qu’une boucle d’oreille et deux bracelets…

Alors, la petite fille va se reconstruire, enfin, à peu près, il restera toujours des pans de vie dans sa mémoire, les vacances d’été en camping-car, les rencontres d’acteurs sur les plateaux de tournage, son père son héros, et sa mère si belle.

Elle raconte l’école, les cours de danse, les copines qui posent les mauvaises questions, les enfants sont cruels entre eux, et puis le regard des adultes, leur silence gêné.

Céline Milliat Baumgartner, n’est pas dans le pathos, il y a l’émotion, mais aussi le sourire et le rire qui fusent. Cette petite jeune femme raconte une histoire triste et vraie, la mise en scène permet de supporter l’impensable, la grâce de Céline sur ses pointes de danseuse fait le reste.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor