Le Quatrième mur

Le Quatrième mur
  • Théâtre Paris-Villette
  • 211, avenue Jean Jaurès
  • 75019 Paris
  • Porte de Pantin (l.5)
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La guerre est folie, la paix doit l’être aussi. Il faut proposer l’inconcevable. Monter Antigone d’Anouilh à Beyrouth en pleine guerre du Liban. Voler deux heures au conflit, en faisant jouer sur la ligne de démarcation un fils ou une fille de chaque camp.

Pour tenir cette promesse insensée, Georges part main tendue à la paix, avant que la guerre ne lui offre brutalement la sienne.

 

Sorj Chalandon, grand reporter à Libération pendant de nombreuses années, signe avec Le quatrième mur un texte « bouleversant et magistral » (Transfuge).

 

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16 mai 2018
9/10
39 0
Aller monter « Antigone » de Jean Anouilh, en plein Beyrouth, dans le chaos libanais des années 1980.
Voici ce que va demander Samuel, metteur en scène grec et juif, à son amie par ailleurs mère d'une petite fille.
Lui, il ne peut plus. Phase terminale. Ses jours sont comptés.

C'est une quête, un voyage initiatique qui vont se dérouler devant nos yeux.
Un périple entre la vie et la mort, entre la réalité et le théâtre, entre la mythologie grecque et l'actualité politique, entre la douceur et l'ultra-violence.

Le quatrième mur, c'est un roman de Sorj Chalandon, ex-grand reporter, prix Albert-Londres en 1988, l'un des premiers journalistes à être entré dans le camp de Chatila, après le massacre.
Un roman-documentaire. Parce qu'il faut raconter la barbarie, la guerre civile, les conflits religieux.
Parce qu'il faut témoigner.

Le metteur en scène Julien Bouffier a admirablement repris à son compte cette question documentaire, qui constitue une grande partie de son travail depuis une dizaine d'années.
Ici, il s'agit de recréer une micro-société symbole de la société beyrouthine, en l'occurrence une troupe de comédiens, ceux qui vont monter cette Antigone.
Des comédiens disparates, une troupe oecuménique, puisqu'ils représentent toutes les factions en présence à l'époque : maronites, druzes, chiites, juifs...

Une aventure théâtrale tente de s'inventer devant nos yeux.
La tâche est complexe. Très.
L'horreur est présente, omniprésente.

Le jeu et l'art peuvent-ils surmonter la guerre fratricide ?
Ni Sorj Chalandon, ni à fortiori Julien Bouffier et ses comédiens ne donneront de réponse à cette question.

Il s'agit ici de faire exploser le quatrième mur, symbole de la mise à distance, et grand vecteur cathartique.
Dans le jargon théâtreux, le quatrième mur, c'est cette limite imaginaire et virtuelle entre les spectateurs et ce qui se passe sur la scène.

Dans cette pièce, ce mur virtuel sera constitué d'un écran sur lequel seront projetées de magnifiques et intenses images video, que l'on doit à Laurent Rojol.

Là aussi, volonté documentariste affirmée, avec Beyrouth la ville meurtrie, défigurée, criblée de balles, ensanglantée.

Les comédiennes, qui jouent derrière cet écran, en transparence, évoluent donc au sein d'un maelström d'images fortes et belles (oui, la guerre peut être photogénique...) de bruits, de sons.
Avec la musique forte, lancinante et en live de Alex Jacob, côté jardin. (Sa version de «The sounds of silence » est bouleversante et déchirante.)

Le point culminant, ce sera le massacre de la population civile palestinienne à Sabra et Chatila.
Le quatrième mur sera bel et bien désagrégé, au propre comme au figuré.

Parce qu'à un moment, la distanciation, ça suffit. Nous tous devons être pris à partie, nous tous devons prendre parti en recevant en pleine figure une dénonciation politique de l'inacceptable.

Dans le cas présent, la dramaturgie et la scénographie très originales d'Emmanuelle Debeusscher et Julien Bouffier fonctionnent parfaitement. La cadre habituel va voler en éclats.
C'est un véritable coup de poing qui nous est asséné.

Impact de la guerre, impact du théâtre, voici ce à quoi nous devons réfléchir.

Au lendemain de ce qui s'est passé à Gaza ce lundi 14 mai 2018, où encore (et toujours) des populations civiles ont été massacrées au Moyen-Orient, émouvant la communauté internationale hélas assez apparemment "impuissante", ce poignant et indispensable moment théâtral se révèle d'une hélas troublante actualité.

Le théâtre, une nouvelle fois, en représentant le monde tel qu'il est, nous force à nous positionner.
A faire exploser en chacun de nous notre propre quatrième mur.
14 mai 2018
9/10
31 0
Paris, 1982 :
Samuel, mourant, demande à son amie de finir son projet : Monter à Beyrouth, la pièce Antigone de Jean Anouilh avec une équipe qu'il a déjà formée... Et quelle équipe !!

Il a réussi à réunir une troupe d'acteurs qui sont druzes, chiites, palestiens, catholiques,... bref un mélange inconcevable qui peut s'embraser facilement ! Il lui demande de jouer la pièce dans un cinéma qui est sur la ligne de séparation entre Beyrouth Est et Ouest et d'obtenir pour celà une trêve de quelques heures de l'ensemble des milices qui s'affrontent sur cette frontière qui a tant fait de morts au Liban.

Beyrouth, 1982 :
Le parcours et les négociations de son amie pour arriver à jouer la pièce, une seule et unique fois, s'annoncent aussi ardus qu'un parcours du combattant. Ses rencontrent avec les différents chefs de clan sont effrayantes. J'en frissonnais...

La mise en scène et la mise en musique contribuent grandement à l'ambiance oppressante car les comédiennes sont 'enveloppées' entre deux écrans (qui diffusent des vidéos du Liban et les rencontres avec certains comédiens non présents sur le plateau). La musique, la vidéo et le théâtre se mêlent avec bonheur pour nous livrer la quête de la trêve mais cette histoire va se faire rattraper par l'Histoire avec un grand H : la guerre du Liban et et nous entraine inéxorablement vers le final mortel qui est d'une force impressionnante.

Bien sur, il y aurait des choses à améliorer mais après quelques nuits de sommeil, le message de la pièce demeure intact alors que j'ai oublié les points qui m'ont génée.

A noter, la magnifique et puissante version de 'the sound of silence' à la guitare après la scène parisienne.
10 mai 2018
9/10
8 0
Quel choc cette pièce...
Le premier tableau plante le décor.
La salle est plongée dans le noir. On aperçoit la lumière d'une lampe torche et on entend une voix douce de femme qui s'approche. Elle semble s'adresser à quelqu'un. Puis doucement la lumière s'allume sur la scène, pour éclairer, avec beaucoup de pudeur, un homme, le torse nu.
Cet homme c'est Sam, metteur en scène juif. Il se tient debout, les éclairages entre ombre et lumière, nous dévoilent un être affaibli. Il est atteint d’un cancer et va mourir.
Il a appelé sa meilleure amie pour lui demander de terminer la mise en scène de sa dernière pièce "Antigone" de Jean Anouilh, à Beyrouth. Les comédiens sont composés de chaque communauté résidant sur place.
Le lieu, un vieux cinéma désaffecté.
C’est dans un climat de guerre que la narratrice tente cet exploit.
On y côtoie tout un peuple dans la tourmente.
De part cette violence, différentes émotions la traversent.
Mais est-il possible de faire oublier l’horreur à un peuple en souffrance à travers un événement culturel ? Est-ce que le rêve tient encore une place dans une telle barbarie et peut-on s’en échapper, ne serait-ce que l’espace d’une heure, quand l’esprit de survie tient toute la place ?

Va-t-elle réussir à monter cette pièce et s’en sortira-t-elle indemne ?

Au théâtre le quatrième mur est un mur imaginaire qui sépare le public de la scène.

La mise en scène est composée de deux rideaux sur lesquels passe un film où l’on rencontre les divers personnages. Certains ne sont pas présents. Ils ont été filmés à Beyrouth et interviennent à travers l’image ce qui nous fait encore plus entrer dans l’univers de la guerre et le ressenti de ce peuple. La narratrice est les autres comédiens naviguent entre les deux.
Sur le côté, un musicien, Sam, à la guitare. Il chante un chant torturé et puissant. Il joue à merveille et nous livre une magnifique version de « The Sound of Silence" de Simon & Garfunkel.

C’est puissant, bouleversant, touchant et majestueux.
J’y retournerai bien tellement j’ai aimé.
Ce style de pièce est dans l’esprit de ce théâtre qui nous offre, régulièrement, une très bonne programmation.
Je vous conseille vivement d’aller voir cette pièce.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor