Le Laboureur de Bohême

Le Laboureur de Bohême
Mis en scène par Marcel Bozonnet, Pauline Devinat
Avec Marcel Bozonnet
  • Marcel Bozonnet
  • Théâtre de Poche Montparnasse
  • 75, boulevard du Montparnasse
  • 75006 Paris
  • Montparnasse (l.4, l.6, l.12, l.13, Trans N)
Itinéraire
Billets de 20,00 à 35,00
À l'affiche du :
1 septembre 2020 au 3 janvier 2021
Jours et horaires
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 17:00
    • 21:00
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Un laboureur dont la femme vient de périr en couches convoque la Mort pour lui faire part de sa colère et de sa douleur.

Celle-ci répond à ses invectives avec sagesse, humeur ou moquerie. Leur Dialogue construit sur le mode des disputatio médiévales est une véritable fête de l’esprit et une matière à jeu sans limite.

En l’écrivant au début du XVème siècle, Johannes von Tepl offrait aux siècles à venir une réflexion animée sur notre condition de mortels.

7

La critique de la rédaction : 6/10. Un récit que j’ai trouvé à la fois hermétique et poétique.

Deux hommes sur scène déclament un texte datant de 1401. Grandes métaphores, bons mots, avec leur ton grave, leurs costumes et la mise en scène très sombres, nous sommes véritablement plongés dans un univers.

Univers dans lequel je ne me suis pas trouvé très à l’aise. J’ai décroché à plusieurs reprises, me suis laissé aller à mes pensées. Cela alors que la pièce est plutôt courte (1h15).

C’est en tout cas une belle prestation d’acteurs car leur texte n’est pas évident.

Note rapide
6,7/10
pour 4 notes et 2 critiques
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Note de 4 à 7
50%
2 critiques
Note de 8 à 10
50%
Toutes les critiques
9 sept. 2020
8/10
2
Un laboureur pleure sa belle épouse, la mère de ses enfants, il crie son désespoir, sa rancoeur envers la Mort. Celle-ci lui répond, après tout, nous sommes tous mortels, oui sa femme était une bonne et douce épouse, mais … grâce à lui ou bien l’était-elle avant leur mariage ?

S’ensuit alors un duel oratoire entre la Mort et le laboureur. La Mort fait partie de la vie, elle touche tous les êtres, c’est inéluctable et elle se défend bien. Le laboureur laisse libre cours à son chagrin, à ses doutes, à sa colère contre Dieu. Il a toutes les réponses, mais il n’est pas satisfait. Cela ne lui rendra pas sa charmante femme.

Une mise en scène épurée, un arbre qui représente la vie, la renaissance, une lune, et un étrange chemin qui nous conduit par-delà les nuages.

La Mort vêtue d’un long manteau exécute une danse, se sert d’accessoires pour marteler ses réponses.

L’interprétation est de haut niveau, Marcel Bozonnet tient le rôle de la Mort, il est sournois, raisonneur, moqueur. Logann Antuofermo est touchant, il sait braver la Mort, il aura le dernier mot.

Nous sommes conviés à un étrange voyage, je vous conseille d’y participer !
4 sept. 2020
9/10
28
Le jeu de labour et du blafard...

Dans ce magnifique texte datant de 1401, son auteur Johannes Von Tepl nous propose une « disputatio », une forme théâtrale très en vogue en ce début de XVème siècle.
Deux personnages vont s'affronter dans une joute oratoire, une querelle des mots, un combat des arguments.

Une sorte de procès mettant en scène un procureur et un avocat.
Un laboureur, qui vient de perdre sa jeune et belle femme.
La mort. La camarde. La faucheuse, qui vient ainsi d'accomplir son terrible métier.

Et chacun de fourbir ses armes oratoires et de fourbir ses bonnes raisons.
L'un évoquant l'injustice du trépas, l'autre soulignant le lot commun de tous.

Un jeu physique du chat et de la souris.

Marcel Bozonnet, en mettant en scène avec Pauline Devinat ce texte médiéval, a magnifiquement réussi à faire ressortir le côté étonnament universel du propos de l'auteur.
Ici, tout côté temporel a été gommé. La scénographie et les costumes de Renato Bianchi font parfaitement ressortir le message

Nous sommes plongés dans le cosmos, avec un message apocalyptique au sens premier et grec du terme : ici, nous allons assister à un message de révélation. (L'apocalypse, c'est avant tout le « fait de révéler ».)
La Mort va révéler son inéluctable objectif, elle va se montrer d'une certaine manière« pédagogue », apprenant à son interlocuteur le pourquoi de son existence.

La Mort est là, il faut impérativement faire avec.

La Mort, c'est le patron. C'est Marcel Bozonnet.
Après les plaintes et la désolation exprimées par le laboureur, une voix sépulcrale s'élève dans notre dos. Du fond de la salle.
Une voix reconnaissable entre toutes.

Un choix judicieux, cette entrée en matière : la Mort est là qui rôde, omniprésente et tout d'abord invisible, surgissant du derrière, du fond de nos consciences voulant l'occulter et la passer sous silence.

Nous allons assister à une leçon d'interprétation.
Marcel Bozonnet va user de son immense palette de jeu pour nous faire frissonner, nous glacer, mais aussi nous éduquer. Et nous faire rire.
Parce que le texte est aussi et souvent drôle. (Il faut d'ailleurs rendre hommage à Florence Bayard qui a traduit de bien brillante façon la pièce.)

L'ex-patron du CNSAD et du Français, souvent dans des postures très hiératiques, abolira également toute dimension spatiale de la pièce en utilisant toutes les issues de la salle, et en exécutant quelques chorégraphies de danses tibétaines.


Le laboureur est quant à lui interprété de fort belle manière par Logann Antuofermo.
On croit tout à fait à son personnage éploré, éperdu du douleur, qui va entamer un combat verbal avec son adversaire.

Il est Adam, le Premier, il est tous les hommes. Il est nous-mêmes.
Impossible de ne pas se projeter dans ce qu'il nous dit.
Le couple Antuofermo-Bozonnet fonctionne à la perfection, notamment dans le deuxième « acte », « la dispute », qui voit les deux comédiens jouer de profil, au tout devant de la scène, aux extrêmes jardin et cour.



Ce couple-là nous démontre à la perfection l'aspect humaniste et philosophique (et parfois pratiquement psychanalytique) de ce texte.
Bozonnet a parfaitement raison lorsqu'il nous dit que Von Tepl annonce Shakespeare.

Ici, l'Homme avec un grand H est au centre de tout.
La condition humaine est décrite de façon impitoyable et réaliste.


L'auteur nous rappelle notre « petitesse », notre lot commun face à la mort, l'humilité qui doit être la nôtre.
Ici, c'est bien simple : la Mort nous donne une leçon de vie.

J'aurai garde de passer sous silence un moment absolument étonnant du texte concernant la condition féminine.
En 1401, Johannes Von Tepl tient un discours très engagé en faveur de la place des femmes dans la société de l'époque. Un propos passionnant, d'une modernité confondante, finement interprété par les deux comédiens. (Les horreurs proférées en la matière par la Mort sont vite oubliées grâce à la contre-attaque subtile et empreinte de beaucoup d'émotion du laboureur.

Alors, me direz-vous, qui va gagner ce combat des mots ?
Qui des deux sera victorieux ?

C'est la voix off d'Anne Alvaro qui départagera les deux adversaires. Et non, vous n'en saurez pas plus !

Je vous conseille vivement ce remarquable spectacle.
Il faut venir découvrir ce magnifique texte très peu souvent monté, il faut aller applaudir les deux interprètes qui ont su en tirer toute la substantifique et dramaturgique moelle.

Ah ! J'allais oublier : lorsque de la scène, la Mort-Bozonnet, lugubre, vous fixe avec ses yeux plissés, je vous défie de ne pas éprouver une très inquiétante impression...
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor