Le grand cahier

Le grand cahier
  • Manufacture des Abbesses
  • 7, rue Véron
  • 75018 Paris
  • Blanche (l.2)
Itinéraire
Billets à 14,00
À l'affiche du :
30 août 2020 au 7 octobre 2020
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l m m j v s d
    • HORAIRES
    • 20:00
    • 21:00
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C’est un chef-d’œuvre de la littérature romande. Une suite de saynètes tranquillement horribles.

À la campagne, en temps de guerre. Abandonnés à eux-mêmes, à la faim et au froid, deux jeunes enfants – des frères jumeaux – vont tenter de vaincre, à travers l’exercice quotidien de la douleur reçue ou infligée, tout ce qui fait mal, et vont consigner, dans un « grand cahier », la liste de leurs progrès.

Seul en scène, Valentin Rossier livre sans fard le quotidien cruel de cet étrange duo, pris dans le chaos d’un monde en déficit d’humanité.

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15 sept. 2020
9,5/10
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Les lumières de la salle s’éteignent, silence… Petit moment suspendu dans l’attente, sas nécessaire avant le début de ce seul en scène si intense. Valentin Rossier entre, il est vêtu de noir, noir sur le plateau noir. Il prend le micro à deux mains, semble s’ancrer dans le sol, il lance grâce à une pédale un son, sombre, sourd, presque étouffant, puis commence.

Pendant plus d’une heure on reste accroché à ses lèvres, à son regard. Seul un halo de lumière l’éclaire, on le voit à peine, mais il ne nous perd jamais. Il incarne les personnages avec sobriété et précision, sans débordement, juste la sincérité de ses hommes, de ses femmes, juste l’essentiel. Une interprétation remarquable.

La scénographie renforce cette impression de pureté, aucun artifice, juste l’histoire brute et brutal de ces deux jumeaux et de ce qu’ils vont mettre en œuvre pour survivre dans l’horreur qu’ils perçoivent autour deux.

Le texte, la superbe conception sonore de David Scrufari, le jeu et la scénographie tout est épuré au maximum, tout est recentré sur l’histoire, on est viscéralement happé, absorbé, par la voix du comédien. L’impression presque étrange d’être seul dans la salle avec lui tellement la manière dont Valentin Rossier s’approprie ce magnifique texte de Agota Kristof pour nous l’offrir de manière confidentielle et adressée, sans pathos ni jugement.

C’est un récit d’apprentissage fort et puissant, à la fois captivant et oppressant. Superbe dans l’horreur, une adaptation magistrale tout en sobriété.

Une pièce dense, forte, contenue. Un moment suspendu ou la concentration du public est extrême et dont on ne ressort pas indemne.
1 sept. 2020
10/10
25
L'horreur est humaine.
L'Humain, plongé dans les circonstances exceptionnelles de la guerre, peut être horrible.

Le roman de l'auteure hongroise réfugiée en Suisse Agota Kristof, roman publié en 1986, nous raconte cette horreur.


La guerre, elle l'a connue.
En 1956, en Hongrie, date à laquelle la Révolution des Conseils ouvriers est écrasée par les troupes de l'U.R.S.S.
Elle nous dit, avec des mots on ne peut plus explicites, avec des scènes parfois à la limite du soutenable, des scènes ultra-réalistes et ultra-violentes, des scènes de perversités sexuelles où un chat est appelé un chat, elle nous dit cette horreur, ce mal libéré au grand jour, ce monde dans lequel aucun espoir et aucune rédemption ne semblent permis.

Le tout narré à la première personne du pluriel : ce sont deux jumeaux, confiés par leur mère à leur épouvantable grand-mère, qui vont tout écrire sur un grand cahier.
Tout ce qu'ils vont voir.
Tout ce qu'ils vont vivre.
Tout ce qu'ils vont faire. Aussi. Surtout.

Un roman d'apprentissage. Un guide infernal de survie. Un vademecum violent et sans illusions.
Comme si pour survivre à la violence, il fallait impérativement devenir violent.

C'est ce terrible et nécessaire roman qu'a adapté et mis en scène Valentin Rossier.
Et qu'il interprète de manière extraordinaire. Je pèse vraiment cet épithète « extraordinaire ».

Extraordinaire, car nous sommes au delà du « dire un texte issu d'un roman ».
Raconter les mots de ces deux enfants plongés dans un monde insoutenable est une véritable appropriation d'un récit apocalyptique (au sens grec premier, l'apocalypse étant « le fait de révéler »).
Deux enfants qui deviendront la guerre.

Il arrive du lointain à jardin, Valentin Rossier, et se plante devant le micro. Il n'en bougera pas durant l'heure et quart que dure la pièce. Eclairage en contre ou en latéral...
J'ai immédiatement pensé à Jean Gabin jeune, en le voyant se camper devant nous, visage fermé, grave, les yeux qui se plissent souvent, avec parfois un rictus désespéré.

Un micro, car il va s'exprimer à la limite du chuchotement.
Comme si l'horreur pourtant intégralement et crûment rapportée ne pouvait qu'être oralisée d'une voix feutrée.

Impossible de se détacher alors des mots terribles et infernaux. Les mots eux aussi qui font mal, comme les coups ou les humiliations.
Nous sommes totalement accrochés aux insoutenables mésaventures de ces deux gamins plongés dans le monde en guerre, qui ne trouveront ni aide, ni compréhension, ni salut de la part des adultes.
Et qui vont devoir survivre en s'adaptant dramatiquement.

Valentin Rossier nous décrit impitoyablement tous ces personnages ahurissants, épouvantables, rendus tous plus mauvais les uns que les autres.

Attention : en allant voir ce spectacle, il faut s'attendre à recevoir un véritable coup de poing dans le ventre. Le ventre qui se serre. La boule en permanence.
En recevant les premiers mots de chaque scène, on espère trouver un peu de réconfort. Mais non. Le récit est décidément impitoyable.

De plus, le comédien dispose d'une pédale qui lui permet de déclencher des nappes musicales composées par David Scufari.
Des boucles lugubres, sombres, oppressantes elles aussi, rajoutant une ambiance morbide à tout ceci.


Ce texte a déjà été monté, notamment par Catherine Vidal à Montréal, avec deux comédiens. Un par enfant.
Depuis 2004, date de la création en France, et à la Manufacture des Abbesses, Valentin Rossier est tout seul.
Se pose alors la question de la gémellité supposée. Et s'il n'y avait qu'un seul enfant ?
L'interrogation est alors omniprésente tout au long du spectacle.
Ce qui est certain, c'est que le parti-pris du comédien renforce davantage encore le côté dramatique du propos. Notamment lors de certaines scènes « d'endurcissement »... (Je n'en dirai pas plus.)

Ces soixante-quinze minutes sont éprouvantes. Certes.
Car oui, c'est également le rôle du théâtre de montrer le monde tel qu'il est, sans rien cacher, sans rien taire.
Le rôle du théâtre c'est aussi de déranger, provoquer, troubler le spectateur, pour que celui-ci réfléchisse, pense, analyse, établisse des passerelles avec l'actualité.
Un rôle nécessaire et indispensable.

Ne manquez surtout pas d'aller voir cet extraordinaire (je me répète sciemment) moment dramaturgique.
L'un de ces moments sans concession duquel on a du mal à s'extirper et auquel on pense très longtemps après.

Un moment qui reste gravé à jamais dans les mémoires.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor