• Classique
  • Comédie Française - Salle Richelieu
  • Paris 1er

La vie de Galilée

La vie de Galilée
De Bertolt Brecht
Mis en scène par Éric Ruf
Avec Hervé Pierre
  • Hervé Pierre
  • Élise Lhomeau
  • Comédie Française - Salle Richelieu
  • 2, rue de Richelieu
  • 75001 Paris
  • Palais Royal (l.1, l.7)
Itinéraire
À l'affiche du :
30 septembre 2019 au 19 janvier 2020
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Près de trente ans après la dernière mise en scène qui marqua l’entrée au Répertoire de « La Vie de Galilée », Éric Ruf s’intéresse à cette parole sur la nécessité fondamentale du doute.

« Aujourd’hui, 10 janvier 1610, l’humanité inscrit dans son journal : ciel aboli » : accompagné d’un enfant, le mathématicien Galilée observe à la lunette le firmament. Dix ans auparavant, le philosophe Giordano Bruno a été brûlé à Rome pour avoir soutenu l’idée d’un univers infini et sans centre, sur la base des travaux de Copernic. À force d’observations et de calculs, Galilée cherche des preuves à son hypothèse d’un système cosmique où la Terre est « un corps céleste ordinaire, un parmi des milliers ». De Padoue à Venise, le mathématicien ébranle des certitudes en affrontant la puissance d’une Église qui souhaite maintenir son pouvoir absolu dans les «sphères de cristal» où Ptolémée a jusque-là enfermé le monde. Si les découvertes de Galilée sur l’astronomie et la physique passionnent le peuple, le savant les abjurera sous la menace de la torture. L’Inquisition aura eu raison de lui, non de sa science.
De cette pièce que l’on a pu dire prophétique – Brecht en débute la rédaction en exil au Danemark en 1938 et la finalise en 1955 –, Antoine Vitez relève la complexité du personnage de Galilée : « Je n’ai besoin ni de le sauver, ni de ne pas le sauver, je n’ai besoin, moi, que de le traiter ». C’est dans la lignée, près de trente ans après la dernière mise en scène qui marqua l’entrée au Répertoire du texte, qu’Éric Ruf s’intéresse à cette parole sur la nécessité fondamentale du doute. Pour cette pièce de troupe en quinze tableaux, il retrouve Hervé Pierre, « acteur-monde » qui interprétait son Peer Gynt en 2012. Loin du traité, hors de tout manichéisme mais embrassant la connaissance, la crédulité, la foi, l’éthique ou la science, ce portrait d’un homme énonce, à travers un long parcours de vie, les paradoxes de la conquête de l’esprit.

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13 sept. 2019
8/10
1 0
Pour interpréter un tel homme et donner sens à une histoire si intense, il faut un comédien talentueux et investi.

L'extraordinaire Hervé Pierre devient Galilée. Une force de caractère à la voix singulière qui nous prend au coeur. Il fait vibrer l'homme aussi bien dans son enthousiasme vis-à-vis de ces découvertes que ces doutes incessants. Un tel homme n'est pas seul en scène et par chance, le français est un théâtre de troupe. Certaines scènes se font avec une vingtaine de comédiens et aucun n'a de rôle superflu. L'effet de masse ébloui surtout grâce aux sublimes costumes de Christian Lacroix. Ils vont à merveille avec les imposants décors composés de 10 toiles qui font des centaines de mètres carrés. Images de la pieta, d'imposition, de crucifixion prises dans les peintures de Fra Angelica, Caravage, Raphaël... nous plonge dans l'Italie où les religieux contrôlent tout.

Tout nous embarque au plus proche d'une histoire incroyable où la science à tout de même triompher sur le dogme.

Un spectacle enrichissant qui nous incite toujours à douter pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.
30 août 2019
8/10
2 0
Une très belle pièce sur la vie de Galilée avec une mise en scène toujours aussi soignée à la Comédie-Française.

La qualité du jeu des comédiens nous éblouie toujours autant.
17 juil. 2019
8/10
2 0
Le titre dit tout. C'est la vie de Galilée. Intéressant de voir comment on s'intéresse à l'homme et pas au scientifique. Ses allées-venues avec l'inquisition sont intéressantes.

A surligner grandement, la mise en scène qui est classique, dynamique, sympathique. Du Eric Ruf. Commercial, surement, mais c'est très bien fait.
J'ai été éblouie par les costumes de Lacroix avec notamment un tableau de la cour qui est fabuleux. La mise en scène appuie cela. C'est bien monté.

C'est bien agréable de finir la saison de cette façon. Bravo et merci aux révolutionnaires intellectuels de leur temps !
15 juin 2019
8,5/10
4 0
Bertolt Brecht nous conte la vie de Galilée grand savant Italien du 17ème siècle. Ecrite en 1938, Brecht la retravailla jusqu’en 1954.

Astronome, physicien, Galilée grâce à l’invention danoise de la lunette apporte les preuves de l'héliocentrisme dont Nicolas Copernic fut le précurseur.
Mais si la terre n’est plus le centre du monde où est donc la place de l’église ?
Galilée va lutter contre ignorance et le dédain des religieux, il souhaite transmettre son savoir mais malgré quelques soutiens dont le pape Urbain VIII, l’inquisition le condamne et le réduit au silence…
Galilée par peur de la souffrance physique, révoque sa théorie mais tout ceci n’est qu’une ruse et plus tard il confiera en secret tous ses écrits à Andrea son fidèle élève.

« La vérité est fille du temps, pas de l'Autorité.»

Sur le plateau, des reproductions géantes d’œuvres religieuses de Caravage, Raphael, Fra Angelico, nous émerveillent et nous conduisent à Venise, Florence, au Vatican… Où nous accompagnons avec passion Galilée dans sa lutte pour la vérité et la science contre la méconnaissance et la suffisance du pouvoir.
Nous sommes subjugués, lorsque Galilée observe l’univers à l’aide de sa lunette, un jet de lumière bleuté éclaire le magnifique plafond du théâtre. C’est fabuleux, le public lève la tête, nous observons le ciel avec Galilée…
Les costumes de Christian Lacroix se fondent dans ce splendide décor, nous voyageons dans l’Italie du 17ème.
N’oublions pas la surprenante chorégraphie des cardinaux vêtus de jupes gonflantes rouges, tournant comme des toupies ou comme des planètes…
C’est d’une grande esthétique.

Hervé Pierre incarne avec brio un Galilée enthousiaste, dynamique réjouissant et un peu cabotin.
Jean Chevalier (que j’avais déjà remarqué dans Fanny et Alexandre) interprète avec justesse et grand talent Andrea Sarti.
Guillaume Gallienne nous réjouit dans le rôle Urbain VIII.
Thierry Hancisse joue avec belle prestance ce cardinal inquisiteur.
Merci à tous ces comédiens, qui nous transportent, nous font rêver et nous questionnent.
C’est un grand moment de théâtre.
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15 juin 2019
10/10
22 0
Et pourtant, elle tourne !

Elle tourne très très rond, cette version par Eric Ruf de la célèbre pièce de Brecht, écrite en 1938 et retravaillée jusqu'en 1954.
Elle tourne même à l'excellence !

Oui, durant presque deux heures et trente minutes, ce qui nous est proposé est une grande et magistrale leçon de théâtre !

Le patron du Français transporte le public de la salle Richelieu au sein d'une grande fresque historique, à la fois austère et flamboyante, dans laquelle il met en valeur à un point rarement atteint la troupe ainsi que tous les corps de métiers de la grande maison.

Je doute, donc je sais ? Je sais parce que je doute ? Je ne doute plus donc maintenant je sais enfin ?
La distance entre le refus de tous les dogmes et l'acceptation de la non-certitude scientifique, c'est à dire la question récurrente de la place du doute, voici quelle est le propos principal de Brecht.

Cet affrontement entre religion et science est le propos pour l'auteur d'affirmer non seulement sa dénonciation des totalitarismes nazis puis staliniens, mais également dans les dernières réécritures, à la toute fin de sa vie, le moyen de dire sa crainte de la toute puissance de la science livrée à elle-même, et notamment cette science qui a permis l'élaboration de la bombe nucléaire.

Bien entendu, pour le metteur en scène de 2019, la problématique résonne également furieusement.
Aujourd'hui, tout est fait pour que nous puissions engranger le maximum de connaissances, et pourtant, qui sait comment fonctionne véritablement Internet ou son portable, vecteurs de ce savoir soit-disant universel et pourtant générateur de tant de « fake-news » ?
On l'aura compris, la pièce de Brecht n'a jamais peut-être été plus actuelle.

Je n'aurai garde de passer sous silence les autres thèmes sous jacents de la pièce, à savoir la capacité de l'intime ordinaire de peser sur l'Humanité dans son entièreté au point de la chambouler physiquement et philosophiquement, ou encore la difficulté pour un homme d'accepter ou non son propre reniement.

Sans oublier le fait de rendre à Copernic ce qui lui appartient, à savoir l'hypothèse de l'héliocentrisme, démontrée par Galilée notamment au moyen de « sa » lunette. (Je n'en dis pas plus sur le « sa »...)

La mise en scène du patron est dénuée de toute esbrouffe inutile, de toute facilité ou autres artifices tellement vus ici et là, tellement galvaudés ou inappropriés.

Ici, un classicisme de très bon aloi règne en permanence.
Non pas le classique pour le classique, mais le classique pour mieux faire ressortir de flamboyants parti-pris esthétiques, scénographiques et dramaturgiques.

Les somptueuses et gigantesques toiles peintes servant de décors, et représentant des détails de toiles du Seicento, les sublimes (l'épithète est bien faible) costumes de Christian Lacroix réalisés par les petites mains de la Comédie-Françaises, (Ah ! Cet habit papal !...), les lumières délicates et subtiles de Bertrand Couderc, la création sonore et la musique originale de Vincent Leterme, tout concourt donc à une véritable démonstration d'excellence dans les savoir-faire.

Et puis, bien évidemment, l'excellence va une nouvelle fois concerner la troupe !

Sur le plateau, pas moins de vingt-trois Sociétaires, Pensionnaires ou Elèves-comédiens vont incarner pratiquement une quarantaine de personnages.
Je n'en finirais pas une nouvelle fois de narrer par le menu les hauts faits de chacun.
Ici, il n'y a plus aucun petit rôle.

Hervé Pierre, dans la peau de Galilée, force à nouveau le respect.
Son interprétation est phénoménale.
En jeune professeur d'université jusqu'à ce vieillard enchanté de recevoir des oies pour déjeuner, il va déployer son incroyable palette et son merveilleux talent.
Tous les élèves des Conservatoires nationaux et des autres écoles de théâtre devraient venir voir ce comédien jouer. Là aussi, nous assistons à une magistrale leçon.

Un autre qui m'a enchanté c'est le jeune Pensionnaire Jean Chevalier, dont j'avais déjà écrit tant de bien pour son rôle d'Alexandre dans cette même salle, voici quelques mois.
Ici, il est le disciple du maître. L'élève qui va exprimer son indignation devant le renoncement de son mentor, et qui finira par comprendre.
Jean Chevalier est décidément à nouveau excellent dans ce rôle aux multiples facettes. Il nous tirera des sourires et beaucoup d'émotion, notamment à la fin de la pièce.

Guillaume Galienne en cardinal mathématicien Barberini devenant pape, Florence Viala déchirante en servante et même sans doute un peu plus de Galilée, Elise Lhommeau dans le rôle délicat à appréhender de la fille du savant, Véronique Vella formidable en Côme de Médicis âgé d'une dizaine d'années (si si...), Jérémy Lopez en "Petit moine" bouleversé par l'exactitude des calculs galiléens, Gérard David pontifiant à qui mieux mieux en philosophe pathétique, tous sont on ne peut plus exemplaires.

De très nombreux et très longs applaudissements nourris viennent saluer cette vraie réussite de fin de saison.
Il faut absolument aller voir cette pièce, dont c'est la deuxième mise en scène dans la maison de Molière.
Ne passez surtout pas à côté de ce spectacle grandiose !
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor