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La pitié dangereuse

La pitié dangereuse
De Stefan Zweig
Mis en scène par Simon McBurney
  • Les Gémeaux
  • 49, Avenue Georges Clemenceau
  • 92330 Sceaux
Itinéraire
Billets de 21,00 à 35,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Le metteur en scène Simon McBurney rencontre les comédiens de la prestigieuse Schaubühne de Berlin autour de l’unique roman de Stefan Zweig : une plongée vertigineuse et tragique, à la fois intemporelle et impitoyablement contemporaine, dans les méandres et les mirages de la compassion.

C’est, d’abord, une rencontre au sommet : celle du metteur en scène britannique Simon McBurney et de la troupe de comédiens de la Schaubühne de Berlin, l’un et l’autre compagnons de longue date du Festival d’Automne à Paris. C’est ensuite, pour Simon McBurney, artisan d’un théâtre de l’image et du mouvement, une manière d’explorer plus profondément une question qui le taraude : celle de la compassion. Déjà présente en filigrane dans l’adaptation qu’il a faite, avec sa compagnie Complicité, du Maître et Marguerite de Boulgakov, celle-ci est en effet au cœur de La Pitié dangereuse, unique roman achevé par Stefan Zweig, publié en 1939. Cette pitié dangereuse, cette « impatience du cœur » (titre original du roman), c’est celle qu’éprouve, à la veille de la Première Guerre mondiale, le lieutenant Anton Hofmiller pour la belle Édith de Kekesfalva, jeune paralytique fille d’un riche propriétaire terrien, follement amoureuse de lui ; deux êtres, deux mondes, une confusion de sentiments...

Narrée sur un mode rétrospectif et polyphonique, l’histoire de cette relation bancale, faussée et forcément tragique acquiert une dimension collective et une résonance sinistrement contemporaine : comment la compassion peut-elle être l’autre visage de la lâcheté et de l’égoïsme ? Comment, bien qu’elle pense avoir conscience du pire, une génération peut-elle courir au cataclysme ?

 

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23 septembre, 20h45, Sceaux

A la lecture du roman cet été, je me demandais comment Simon McBurney pourrait adapter ce roman à la scène. En effet, l’importante part de narration du roman pose une vraie question au plateau.
J’ai trouvé réponse à ma question dès les premiers instants du spectacle. Tous les personnages entrent en même temps sur scène, ils sont tous à la fois narrateurs et personnage(s).
Christoph Gawenda qui joue le lieutenant Anton Hofmiller plus âgé commence à raconter son histoire. Le roman est présent physiquement sur scène. Les mots que nous entendons sont principalement ceux de Stephan Zweig : « Toute l’affaire commence par une maladresse commise en toute innocence, une « gaffe », comme disent les Français », entend-on sur scène comme on le lit dans le livre.
Sur le plateau nous pouvons voir une vitrine en verre dans laquelle entre le comédien Laurenz Laufenberg, qui, lui, jouera Hofmiller jeune. Dans cette sorte de boîte il se transforme, il devient sous nos yeux Hofmiller. Les scènes sont comme des images, des souvenirs qui s’animent dans la mémoire de l’Hofmiller d’aujourd’hui. Pendant que celui-ci parle, les autres comédiens, qui ne sont pas encore dans la peau d'un personnage, sont assis et l’écoutent. Il semble avoir besoin de raconter son histoire avec les Kekesfalva et en particulier avec Edith. Cette dernière l'aime mais lui n'éprouve que de la pitié pour elle. Une pitié qui deviendra dangereuse tant pour le lieutenant que pour la jeune fille. Hofmiller pense avoir un devoir envers cette famille ce qui le plonge dans une angoisse et une peur de ne pas remplir ce devoir qui le ronge et le torture. Plus le spectacle avance, plus cette angoisse est croissante. Des arrêts sur images, des voix qui se mélangent, des sons indistincts, des répétitions de phrases, de mots l'accentuent, et la font ressentir au spectateur. Simon McBurney parvient à faire ressentir des angoisses, de façon comparable à celle que nous avons pu éprouver à la lecture du roman.
Les personnages sur scène sont le produit du souvenir d’Hofmiller. Celui-ci semble trouble à certains moments. En effet, nous pouvons évoquer en particulier certaines scènes avec Edith, dans lesquelles elle semble démultipliée puisque la comédienne Marie Burchard prête corps à la jeune fille paralysée, tandis que Eva Meckbach, elle, lui prête sa voix. Nous pouvons donc interpréter cela comme une confusion dans des souvenirs lointains qui ne sont plus très clairs.
Un soir, Condor, le médecin d’Edith est raccompagné par Hofmiller jusqu’à son train. Ils décident de s’arrêter dans un bar où Condor raconte au lieutenant le passé de Kekesfalva, le père d’Edith. Pour cette scène, qui évoque des personnages d’un autre passé, la vitrine, utilisée au début pour la métamorphose du comédien Laurenz Laufenberg, l'est à nouveau pour donner vie à ces personnages.
A la suite de ce flash-back, nous assistons à l'une des scènes les plus fortes, les plus intenses du spectacle (comme du livre). Il s’agit de celle où Hofmiller dit au père d’Edith (joué par Robert Beyer, que nous retrouvons après l’avoir vu jouer Polonius pour Ostermeier en janvier dernier dans cette même salle) que, grâce à un (possible) nouveau traitement, Edith sera capable de marcher seule en très peu de temps. Or, cette information ne repose que sur une lecture du docteur Condor (ce dernier lui avait d’ailleurs recommandé de ne rien dire pour le moment). À ce moment là, Hofmiller commet le mensonge suprême, celui d'où l'on ne revient pas : il ne peut désormais plus revenir en arrière. La scène dure environ une minute mais elle semble beaucoup plus longue. Il faut noter que Simon McBurney a choisi de mettre ici des effets stroboscopiques. Ces lumières jointes au contexte ont provoqué une très forte émotion chez moi. Ne parlant pas l’allemand, je n’ai gardé aucun mot en mémoire mais en revanche des sons ont perduré pendant plusieurs heures après le spectacle…
Le metteur en scène anglais (qui dirige d’ailleurs pour la première fois une troupe allemande), fait percevoir l’emprise d’Edith sur Hofmiller dans une scène très très rapide. Dans celle-ci, qui se situe vers la fin du spectacle, il doit dresser un cheval qui n’est absolument pas docile. A ce moment, Edith, ou plutôt une sorte de fantôme, est là sur son dos. Il est comme emprisonné. Il parvient à venir à bout du cheval mais Edith le hante toujours. Nous comprenons qu’il ne se débarrassera jamais d’elle, elle sera toujours quelque part dans son esprit.
Le spectacle se clôt alors que le Hofmiller d’aujourd’hui est le seul à être dans la lumière. Les autres sont là mais dans l’ombre, on ne peut plus les distinguer mais ils sont prêts à resurgir.
De même que le spectacle avait commencé avec les mots de Zweig, il se termine aussi avec ceux de l’auteur autrichien :
« Aucune faute n’est oubliée tant que la conscience s’en souvient »
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor