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La Maison de Bernarda Alba

La Maison de Bernarda Alba
De Federico Garcia Loca
Mis en scène par Lilo Baur
  • Comédie Française - Salle Richelieu
  • 2, rue de Richelieu
  • 75001 Paris
  • Palais Royal (l.1, l.7)
Itinéraire
Billets de 13,00 à 41,00
Evénement plus programmé pour le moment
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À la mort de son second mari, Bernarda Alba impose à sa famille un deuil de huit ans et l’isolement à ses filles, comme l’exige la tradition andalouse en ces années 1930.

Soucieuse des apparences et du qu’endira- t-on, « ce que je veux, c’est que le front de ma maison soit lisse, et la paix dans ma famille », la maîtresse de maison définit pour ses cinq filles, âgées de 20 à 39 ans, les règles d’une nouvelle société où la femme est bafouée, coupée du monde et des hommes.

 

La Maison de Bernarda Alba est un drame en trois actes écrit par l’auteur et poète espagnol Federico Garcia Lorca en 1936. Cette pièce de théâtre fut jouée et publiée à titre posthume en 1945.

 

« Naître femme est la pire des punitions »

 

Et pourtant… Cette pièce ne parle que des femmes, de leurs souffrances, de leurs devoirs, mais surtout, de leurs désirs. Dans une ambiance carcérale, sur une scène coupée en deux par les murs d’une demeure trop étroite, les filles de la maison de Bernarda Alba vont et viennent, se disputent beaucoup, se suicident aussi. Condamnées à rester enfermées 8 ans dans la demeure familiale pour respecter le deuil de leur père, leur huis clos forcé finira par voler en éclat dans un élan passionnel.

Une mise en scène froide et rigide, bien qu’esthétiquement magnifique, illustre la raideur de la mère et de ses règles : la couleur est interdite, le noir et le blanc dominent, le désir est proscrit et une obéissance aveugle exigée. Le grand mur qui divise la scène est là pour bannir le monde extérieur et ses tentations de la maison, et empêcher tout commérage. Mais ce rempart n’est formé que de trous béants, laissant filtrer les bruits et les visions du dehors et permettant ainsi aux fantasmes des filles de se développer, notamment autour du personnage de Pepe le Romano, objet de désir et de haine.

Enfermées, elles n’auront qu’une envie : transgresser, par la pensée, la parole, ou les actes. Cette transgression s’incarne dans une des plus belles scènes de la pièce : Adela criant et dansant au milieu de la cour, sous une pluie de plumes, habillée d’une courte robe couleur vert émeraude. Elle délivre son corps des carcans de la pudeur et des conventions, revendiquant ainsi sa liberté.

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La critique de Phane (rédac' AuBalcon) : La maison de Bernarda Alba est une pièce réussie.

J'ai particulièrement aimé sa résonnance avec des problèmes actuels : elle nous offre une image de la femme prisonnière de la vision qu’elle a d’elle-même, et de la société qui l’asservit aux hommes. Ces mêmes hommes qui hantent la pièce sous forme de spectres et sont au centre de toutes les conversations. La femme ne sera jamais libre, Adela en est l’exemple même : rebelle aux dictats de sa mère, elle ne fera que remplacer un tyran par un autre en tombant dans les bras de Pepe. Seule la mort lui offrira la liberté.

La pièce emporte le spectateur dans une histoire qui allie répliques comiques et situations tragiques. Le mélange des tons fonctionne bien, notamment grâce au très bon jeu des acteurs.

Mais le point fort de cette représentation est, je trouve, la beauté de sa mise en scène : on a l’impression d’être, à chaque scène, devant des tableaux vivants que la musique ne vient que mettre encore plus en valeur.

 

Note rapide
7,8/10
16 pour 16 notes et 12 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
3 critiques
Note de 4 à 7
31%
9 critiques
Note de 8 à 10
69%
Meilleures critiques
Meilleure critique positive
22 mai 2015
9/10
282
0
Cette production de La Maison de Bernarda Alba que nous propose la Comédie Française est tout simplement sublime.

Que ce soit pour sa mise en scène, qui multiplie les images époustouflantes (j'en ai encore des frissons rien que d'y repenser), que...
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Meilleure critique négative
5 juil. 2015
6,5/10
567
0
Une belle pièce sur la condition de la femme en Espagne dans les années 30.
Elle remet en question les coutumes d'antan qui nous paraissent idiotes aujourd’hui. Lesquelles de nos traditions seront absurdes aux yeux de nos petits enfants le siècle prochain...
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Toutes les critiques
22 févr. 2016
7,5/10
167 0
Magnifique! Quelle mise en scène! Quelles actrices! Un texte magnifique et rude. Un décor sublime.

C'est dur, c'est triste, c'est beau. Un drame pur, fort. Porté par des actrices sublimes: Elsa Lepoivre, Cécile Brune, Florence Viala, Anne Kessler, Coraly Zahonero, Claire de la Rüe du Can (présence inouie), Jennifer Decker, Adeline d’Hermy (encore au top)! Et un Helliot Gennicot sombre et troublant. Très beau.
11 nov. 2015
6,5/10
220 0
Le dramaturge Federico Garcia Lorca a écrit "La maison Bernarda Alba" deux mois avant son exécution par les franquistes. C'est dans cet esprit qu'il faut voir le destin tragique de ces femmes en Espagne dans les années 30. Direction la Comédie Française pour découvrir cette tragédie familiale.

Le mari de Bernarda Alba vient de décéder. Elle devient la maîtresse de maison avec ces terres, ces bêtes et ces cinq filles. Selon la tradition andalouse, elle doit tenir une période de deuil. Elle choisit de le porter de façon stricte et décide de se cloîtrer pendant huit ans avec ces cinq filles. Bien entendu, cela les soeurs, elles rêvent d'amour et de liberté.

Seule Angustias, issue d'un premier lit, la plus "moche" mais la plus fortunée, possède un prétendant, Pépé. Tout pourrait bien se passer si ce dernier, le soir ne répondait pas à l'amour de la dernière, Adelia. Lorsque ces moments vont être dénoncé à tous, la famille alors va basculer dans le chaos et le désespoir.

La sublime mise en scène de Lilo Baur nous fait sentir cette tension dans la famille aussi bien dans le déroulé de l'histoire que dans les décors. Les soeurs sont complémentaires et partagent l'espoir de partir en se mariant. Excepté Magdalena qui décide de son destin : elle ne se mariera jamais. Mais la pression dans l'enfermement et dans la culture des apparences, de la réputation est forte et étouffante. Au bout d'un moment, des murs vont s'effondrer. Les grands draps blancs ne vont pas servir uniquement à préparer un trousseau. On voit les soeurs s'exercer sur les grands tissus, couper, coudre, imaginer des vêtements...Elles portent toutes du noir ou presque.

Les décors d’Andrew D. Edwards sont vraiment magnifiques. Les immenses moucharabieh noirs, qui laissent passer la lumière tout en créant une frontière vers l'extérieur. Parfois, il laisse place à des murs de pierres qui changent de texture selon la lumière projetée. Les espaces sont remarquablement bien définis et utilisés. J'ai adoré deux scènes en particuliers. Il y a la scène où Adelia retrouve en cachette Pépé et s'enlacent sous la pluie. J'étais émerveillé par la beauté de ce moment bien trop court. Puis aussi la scène ou Adelia tout de verte vêtue danse sous des nuages de plumes. Des moments de douceur très appréciable dans ce huit-clos très dur, sans espoir et sans bonheur.

Un spectacle étonnant avec une esthétique vraiment travaillée et magnifique. L'espoir n'a pas sa place dans un monde de femme dirigée par les dictats masculins. La Comédie Française affirme son éclectisme pour emmener le spectacle au delà de ces espérances.
9 nov. 2015
8/10
240 0
Une superbe pièce de la Comédie Française.

La mise en scène et le décor sont d'une grande beauté et viennent renforcer la puissance du texte de Lorca.
Le jeu des comédiennes est impeccable.

Quelques scènes sont particulièrement remarquables, je n'ai ainsi jamais autant aimé la pluie.
5 oct. 2015
9/10
230 0
La maison de Bernarda Alba est une pièce sombre qui parle avant tout de l’Espagne et des espagnols comme Lorca les sait être. Fiers et prudes, de cette austérité ibérique et ombrageuse.

La pièce raconte le deuil très strict imposé par Bernarda Alba, vieille andalouse attachée aux « qu’en diras-t-on », à ces cinq filles. Dans ce terrible huis-clos, beaucoup d’émotions passent par le silence : aigreur, frustration, désirs contrariés… Un silence assourdissant de souffrance. L’isolement des filles de Bernarda est total. Elle l’a décrétée : il n’y a aura pas d’hommes chez elle. Mais des ombres masculines ne cessent de se promener et l’on entend leurs chants lorsque les moissonneurs reviennent du labeur.

Comme toujours le jeu des acteurs est impeccable. Rares sont les pièces à la Comédie Française où seules les femmes ont un rôle et cela rajoute étrangement au dénuement du décor, une froide tension. Les femmes sont souvent plus cruelles que les hommes dans leurs sanctions. La preuve ici. Un grand coup de chapeau à Florence Viala dans le rôle de la vieille femme qui fait honte à tout le monde. Sa sénilité et ses apparitions spectrales font redescendre la tension : on rit de pitié, on rit pour évacuer.

La Comédie Française nous offre une fois de plus avec cette superbe mise en scène : un moment d’humanité glaçant, et F. Garcia Lorca n’aurait pas pu rêver meilleure entrée au répertoire du Français.
3 sept. 2015
9/10
250 0
Quoi de mieux que le talent de la troupe de la Comédie-Française pour donner vie aux personnages de Lorca dans une distribution 100% féminine ?

En tête, nous retrouvons avec bonheur Cécile Brune qui campe une Bernarda au cœur aussi sec que la fertilité de la pauvre Yerma (personnage central du second opus de la trilogie) et qui règne en marâtre tyrannique sur son foyer. A ses côtés, la Poncia, une domestique incarnée avec brio par Elsa Lepoivre, d’une grande justesse. C’est elle qui s’occupe de la maison, donne des conseils et met en garde Bernarda pour qui elle éprouve une évidente fascination doublée d’une certaine rancœur. Maria Josefa, mère de Bernarda, est interprétée par la surprenante Florence Viala, méconnaissable mais néanmoins impeccable et drôle en vieille femme sénile souhaitant se marier et enfanter, plaidant la douce folie et descendant du ciel dans son fauteuil roulant telle une prophétie qui s’abat sur la maison dans les plus grands mythes grecs. Autour de ce trio féminin, s’agitent les cinq filles de Bernarda, à commencer par Angustias, née du premier mariage, très riche depuis l’héritage de son père et promise à Pepe le Romano. C’est Anne Kessler qui joue l’aînée, reprenant au pied levé le rôle de Véronique Vella. Viennent ensuite la soumise Magdalena (topissime Coraly Zahonero que les sériephiles ont pu admirer dans RIS police scientifique), la timide Amelia qui a foi dans le mariage et ne peut l’envisager pour une autre raison que par amour (la réservée Claire de la Rüe du Can incarne subtilement l’innocence) et la pessimiste Martirio (dynamique Jennifer Decker qui souligne à merveille l’égoïsme, la frustration et la jalousie de son personnage). Enfin, le rôle d’Adela est confié à Adeline d’Hermy, bluffante pour habiter la plus jeune de la fratrie, symbole de rebellion vouant un amour partagé à Pepe le Romano.

Claude Mathieu (la Servante) et Sylvia Bergé (Prudencia) complètent l’équipe dans des rôles très secondaires mais remarqués.

Lilo Baur, metteure en scène suisse, choisit contre toute attente de faire figurer sur scène le personnage de Pepe le Romano qui n’est présent dans la pièce de Lorca qu’en paroles. Elliot Jenicot est cette forme onirique du désir féminin pour un rôle muet et extrêmement chorégraphié. Sa présence n’apporte pas grand-chose à l’intrigue et le choix de le faire intervenir physiquement ne semble pas des plus judicieux. Néanmoins, la mise en scène proposée est esthétiquement très belle, bien qu’un peu trop axée sur le côté droit du plateau.

Deux scènes sublimes se distinguent du reste de la pièce et ont pour point commun l’émergence de la danse bien plus que du théâtre. Il s’agit de deux passages sans paroles : le premier est une scène de liberté pour la folie d’Adela qui danse sous une pluie de plumes blanches, parée d’une courte robe d’un vert pomme flamboyant et le second est lorsqu’elle rejoint Pepe pour un magnifique ballet, sur une musique de Mich Ochowiak, sous un rideau de pluie à couper le souffle. C’est beau, lumineux, intense. La mise en scène éblouissante se glisse parfaitement au service du texte de Lorca. Les éléments du décor sont déplacés à vue entre les tableaux mais ce qui laisse un souvenir intact longtemps après la représentation, c’est cette sorte de mur ajouré en fer forgé, façade de la maison de Bernarda où se déroule le dramatique huis-clos, semblable aux limites d’un couvent andalou et ce fabuleux ciel nuageux nocturne.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor