La conférence des oiseaux

La conférence des oiseaux
  • Théâtre des Quartiers d'Ivry
  • 69, avenue Danielle Casanova
  • 94200 Ivry-sur-Seine
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Un voyage onirique aux rives de l'Orient avec la soprano Raquel Camarinha, nominée aux Victoires de la Musique 2017, et les comédiens Lucas Hérault et Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie-Française.

Quoi de plus attirant pour un compositeur qu’une conférence d’oiseaux ?

D’autant que ceux-ci sont issus d’un classique de la littérature persane, œuvre du grand poète soufi Farid Al-Din Attar, et qu’ils ont traversé à tire-d’aile les siècles et les continents. Dans l’adaptation faite par Jean-Claude Carrière pour Peter Brook, on retrouve les oiseaux réunis, en quête de leur roi, le mystérieux Simorgh. Une figure presque divine, qui, au terme du voyage, s’avèrera plus proche que l’on ne l’avait crue, prouvant que le chemin le plus court vers soi-même passe souvent par le tour du monde…

Pour mettre en musique ce voyage spirituel, Michaël Lévinas a imaginé “une forme musicale lyrique narrative composée sur un livret et générée par des transformations lentes des scènes et des espaces.

La salle de théâtre est comme sculptée acoustiquement. Le lieu est en continuelle transformation, et envahi par les cris et interpellations des oiseaux.” Il retrouve sa complice du Petit Prince, la metteure en scène Lilo Baur, qui trouve ici la matière de préoccupations fort contemporaines : “la quête de l'identité, le choc des civilisations, l’interrogation sur les relations entre le politique et le religieux, le féminin et le masculin.”

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13 févr. 2019
8,5/10
1 0
Grande épopée symbolique et poétique.
D’après le célèbre conte, de Farid Uddin Attar du 12ème siècle.
Un jour la Huppe réunit tous les oiseaux .
Chers oiseaux, je passe mon temps dans l’anxiété, je ne vois parmi nous que querelles et batailles…
Il faut partir à la recherche de notre roi, Simorgh.

Les oiseaux ont tout d’abord le désir de partir à la recherche de ce roi mais bien vite l’inquiétude d’entreprendre un si long voyage apparaît chez chacun.
Tous les oiseaux vont trouver mille excuses par manque de courage ou par la peur de quitter le confort quotidien pour l’inconnu.
Chacun parlera de ses craintes.
La perruche « je suis en cage… on me nourrit de sucre tous les matins… j’aime ma cage »
La Huppe « tu n’as aucune idée du bonheur, tu n’as pas l’amande, tu n’as que l’écorce de l’amande »
La Huppe conte une « légende » à chacun pour les convaincre de partir à la recherche de leur roi.
Le voyage s’avère difficile, des oiseaux traversent le désert brulant, le vent souffle…
Pour retrouver Simorgh, ils devront traverser 7 vallées.
Le jeu de l’amour est nécessaire à la sagesse. L’amour tue. Mais à chaque instant, il te prête sa force.
La connaissance, le néant, l’unité, l’intelligence, la mort…

A l’issue de leur voyage rencontreront-t-ils Simorgh ?
La Huppe : Par ma faute nous sommes épuisés et égarés… J’ai été victime d’une illusion…

Les oiseaux vont faire une étrange découverte, une lumière brille, ils regardent le Simorgh…
Simorgh: " Le soleil de ma majesté est un miroir. Celui qui se voit dans ce miroir, y voit son âme et son corps. Il s’y voit tout entier.
Les oiseaux se retrouvent face à eux- même…


En fond de scène, 10 coiffeuses surmontées de miroirs à trois faces. Comme dans leur loge, les comédiens se parent tour à tour de magnifiques masques expressifs et élégants de Kuno Schlegelmich. C’est magique, les oiseaux prennent vie.
A travers leur gestuelle, le ton et le tempo de leur voix, chacun symbolisera un de ces oiseaux à travers les épreuves et les périples de cet exode.

La chorégraphie est majestueuse, expressive et d’une grande esthétique. Nous sommes entrainés dans ce voyage initiatique avec grande émotion.
Dans l’élan de leurs majestueux mouvements, nous survolons avec eux le désert aride à l’encontre de Simorgh.
Les scènes de légendes sont mimées avec grand brio. Le mime d’une pomme transpercée par un arc est étonnant et fabuleux. Certaines scènes ne sont pas dénuées de drôleries….
Les comédiens Manon Allouch Nathalie Duong Cécile Fontaine Carolina Pecheny Jessica Vedel Emil Abossolo M’Bo Luc-Antoine Diquéro François Kergourlay Shahrokh Moshkin Ghalam Nils Öhlund nous transportent avec envol dans cette épopée qui nous submerge.
C’est un moment de plaisir esthétique, poétique et profond.
22 avr. 2018
6,5/10
15 0
L'obscurité doucement gagne le théâtre. Puis un homme avance dans la salle et s'arrête. Il ouvre un livre lumière et de sa voie douce, commence à nous raconter une histoire. Ce comédien n'est pas n'importe qui. Hervé Pierre, sociétaire de la Comédie Française révèle doucement son visage et montre son talent de conteur. Posément, il donne une autre dimension à ce poème persan du soufi Farid Al-Din.

Entre ces paroles, la musique de Michaël Levinas contribue à créer l'univers au combien particulier pour donner vie à ces oiseaux. Sur scène, des musiciens aux instruments les plus diverses et étonnants composent l'univers sonore. On voit harpe, contrebasse, flutes, cloches, cymbales, tambours... de l'ensemble 2le2ml.Ils jouent en direct sur le plateau une musique plutôt électronique. Mais la musique que nous entendons est majoritairement pré-enregistrée. Elle souligne une phase de mutation du projet de voyage. Une occasion pour les musiciens alors de se vêtir d'un léger costume et de se transformer en oiseau. Ils deviennent ainsi des volatiles parmi ceux de papier présents en fond de scène. 

La mise en scène de Lilo Baur, permet de donner une autre fonction à ces musiciens qui laissent le centre de la scène à deux artistes. La soprano Raquel Camarinha met son talent de cantatrice au service de la Huppe qui convainc tous les oiseaux de la suivre rencontrer le roi, le mystérieux Simorgh. « Oiseaux négligents, il faut partir ». Face à elle, le comédien Lucas Hérault, prend le rôle de paon, perruche, corbeaux.... Il est à la fois la complice et opposant à ce voyage. Le doute s'insinue pendant le très long voyage où beaucoup vont y laisser des plumes. La chute de l'histoire a de quoi surprendre. L'espoir est un moteur qui parfois peut décevoir ou emmener vers des chemins encore inexploités.
8 avr. 2018
8,5/10
3 0
Une version lyrique d’un conte oriental du 12ème siècle (du persan Farid Al -Din Attar ) qui a séduit Michaël Levinas puisqu’il en a composé la musique et le livret -à partir de l’adaptation en français de Jean-Claude Carrière- 1ère création en 1985.
Un conte qui narre la longue et difficile migration d’une nuée d’oiseaux, de toutes sortes, à la recherche du « Simorgh », un personnage mythique, roi des oiseaux …sous la houlette d’une Huppe, leur guide, aussi déterminée qu’inquiétante.

Cette longue quête fera découvrir à ceux qui auront surpassé leur hésitation de départ, n’auront pas abandonné en route, ou ne seront pas morts d’épuisement, un important secret : « le Simorgh n’est pas ailleurs, il est sur la terre, au sein des cœurs raffermis par les épreuves ».

Une trentaine d’années après, le théâtre de l’Athénée -Louis Jouvet ouvre ses espaces (scène et salle) à une nouvelle production.
L’ensemble « 2e2m », 8 musiciens, sous la direction musicale de Pierre Roulier -tous sur scène – , nous livre une partition musicale, enrichie par des effets de réverbérations sonores réalisés en direct.
On est enveloppé d’une atmosphère de rêve, singulière, via des inter-actions entre la musique jouée sur scène et celle provenant d’une structure électro-accoustique dont je ne saurais vous décrire le mécanisme mais dont le résultat est merveilleux et bluffant.

La Huppe, Raquel Camarinha, soprano, sait jouer de sa voix parlée, chantée, hurlée…
La mise en espace, plus qu’une mise en scène, de Lilo Baur, est pleine de grâce.
Musiciens participant à l’avancement du récit par du mime, assez inattendu et plein d’esprit, de beaux jeux de lumière, accessoires et « costumes » transformables à vue, des éléments de décor minimalistes de belle esthétique, une symphonie de gestes, quelques éclats de couleur viennent apporter support aux 2 comédiens, « les oiseaux » et « le narrateur » qui nous donnent récit des différentes étapes de l’aventure.

Je n’en dis pas plus car cet univers poétique, qui fait vivre sous nos yeux cette conférence des oiseaux, est, comme le Simorgh, à découvrir par soi-même dans la belle salle du Théâtre de L’Athénée…
7 avr. 2018
9/10
12 0
Rien ne va plus au royaume des oiseaux !
D'accord, ils vivent toujours d'amour et d'eau fraîche, d'un peu de chasse et de pêche, les oiseaux...
Certes. Mais ils ont besoin d'un roi !

Simorgh ! C'est le nom de l'oiseau mythique que tous veulent choisir comme souverain.
La huppe prend les choses en mains. (Enfin... En ailes...)
A l'issue d'une conférence, elle part en quête de son futur Sire, rencontrant au passage nombre de ses congénères.

Elle finira par se rendre compte d'une chose stupéfiante : le roi se trouve en chacun d'eux.

Ce conte persan du XIIIème siècle, que l'on doit eu poète Farid Al-Din Attar (1140-1230), ce conte persan est une allégorie quasi-psychanalytique de l'âme humaine.

Nous sommes notre propre roi, notre propre moi, mais encore faut-il le trouver ce moi-roi-là.
(Je vous le rappelle, nous sommes au XIIIème siècle de notre ère, et en Perse ! Le propos est confondant de modernité !)

Jean-Claude Carrière en réalisa une adaptation en 1979 pour Peter Brook, et le compositeur Michaël Levinas en fit un opéra, qui est donc donné à l'Athénée.
Il en a composé la musique et le livret.

C'est l'ensemble contemporain 2e2m dirigé par Pierre Roullier qui se trouve sur scène et en régie.
En effet, l'oeuvre est un mélange de parties musicales, chantées ou non, et de séquences enregistrées. (En 1985, c'étaient des bandes magnétiques. Aujourd'hui, tout est numérisé sur Mac.)
Le chef d'orchestre déclenche ces séquences au moyen d'une pédale.

Nous allons pénétrer dans un univers sonore onirique et éthéré, fait de percussions (caisse claire, cloches tubulaires, métallophone, cymbales...), de notes aigües, jouées aux flûtes, au piano, à la harpe, et d'ostinati de notes graves (cor d'harmonie, saxo baryton, contrebasse...)

Les séquences délivrent des clusters de bruits spatialement localisés dans la salle, de sourds bourdons parfois assez angoissants. Le contraste est souvent saisissant.

La metteure en scène Lilo Baur (qui a donné en début de saison à la comédie française une très belle version de « Après la pluie » de Sergi Belbel) a dû et su s'affranchir de plusieurs contraintes.

La scène n'est pas large, les musiciens et leur imposant instrumentarium prennent beaucoup de place.

Comment dans ces conditions représenter beaucoup d'oiseaux ?
En utilisant les musiciens, pardi !

Riche idée ! Ils sont drôles à imiter les démarches saccadées des volatiles, avec de brusques mouvements de têtes, comme font les poules.
Des sortes de colombes blanches sont également fixées sur des tiges flexibles, assurant là-aussi un léger mouvement, qui s'amplifiera grâce à la manipulation des comédiens.

Et puis, je n'aurai garde d'oublier les deux rôles principaux.

La soprano Raquel Camarinha est la huppe autoritaire et sans concessions.
Melle Camarinha, d'une voix claire et puissante parle et chante quantité de courtes phrases musicales.

C'est une partition lyrique exigeante qui doit assurément demander beaucoup de concentration et énormément de technique vocale.
La chanteuse est irréprochable et nous procure beaucoup d'émotions et de plaisir musical.

Son partenaire, le comédien Lucas Hérault incarne tous les autres oiseaux.
Lui aussi est très drôle à imiter le hibou, le moineau, le paon ou encore la perruche.
Le couple fonctionne parfaitement

Hervé Pierre, ci-devant Sociétaire de la Comédie-française sera le narrateur, un livre lumineux à la main.
De sa voix grave reconnaissable entre toutes, il sera le présentateur, celui qui assure les liaisons, l'introduction des différents oiseaux.

C'est donc un très beau moment poétique qui nous est proposé.

L'univers du poète persan est très joliment et très habilement mis en images par Lilo Baur.
Elle est parvenue sur un minuscule plateau à créer tout un espace, tout un ciel, sans oublier de vastes territoires et autres déserts arides.
La force des symboles rejoint celle de la métaphore du conte.

C'est une très belle réussite musicale et dramaturgique, réunissant beaucoup de talentueux artistes, qui nous est donnée à voir.
Je vous recommande vivement cette plongée poétique et lyrique.

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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Musique
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor