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Kanata

Kanata
  • Théâtre du Soleil
  • Route du Champ-de-Manœuvre
  • 75012 Paris
  • Château de vincennes (l.1)
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Il fut un temps où les peintres, les sculpteurs, les écrivains, les chefs de troupes de théâtre se parlaient, s’estimaient et, sans s’aimer forcément, se comprenaient. Ils échangeaient leurs doutes et leurs tremblements.

Leurs illuminations aussi, parfois. Et même, autour d’un verre ou de plusieurs, quelques tuyaux et secrets de fabrication.

La rivalité n’excluait pas le compagnonnage. L’admiration provoquait une jalousie lucide et stimulante. Kanata – Épisode I – La Controverse est issu d’une telle admiration. De cette parenté depuis longtemps constatée, puis aujourd’hui choisie, entre Robert Lepage et moi, Ariane.

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13 janv. 2019
5,5/10
7 0
Exercice assez compliqué que de parler de ce spectacle sans avoir en tête la polémique qui naquit cet été (je résume à l’extrême : une pièce sur les autochtones sans acteurs autochtones).

J’imagine Robert Lepage et Ariane Mnouchkine se grattant la tête : « Bon on fait quoi maintenant ? »

La pièce s’appelle Kanata – Episode 1 : La Controverse. Je me pose la question suivante : Pourquoi ?

(je pense tout haut)

Le spectacle a le cul entre deux chaises (c’est vulgaire, je sais). J’ai peut-être eu un problème de perception, mais je n’ai pas eu l’impression que l’accent était mis sur la population autochtone. On assiste à ce fait divers sordide où des dizaines de jeunes femmes (en majorités autochtones) sont sauvagement assassinées, on apprend l’existence de la rue Hastings à Vancouver peuplée de miséreux et de toxicomanes, mais ce n’est qu’à la fin du spectacle (pendant une séance de taï-chi… WTF ?) qu’on nous fera un cours magistral sur les Anglais, les Indes, l’opium, les autochtones, le Canada. (résumé de mauvaise foi qui ne dit pas grand chose, j’en conviens)

Effectivement il y a deux scènes furtives en début de spectacle, avec un enfant enlevé, des arbres décimés, mais ce n’est finalement pas grand chose pour un spectacle s’appelant Kanata. Quel formidable sujet aurait pu être l’assimilation de tous ces enfants, de leur adoption (allez écouter les chansons d’Elisapie, qui sait de quoi elle parle), les conditions de vie des membres des premières nations dans les réserves. Ici c’est tiède, c’est superficiel et ça passe à côté de son sujet.

Ensuite était-ce bien nécessaire d’ajouter cette dernière demie-heure sur cette peintre française à qui on reproche de peindre des visages d’autochtones disparues sans en avoir demandé l’autorisation (la fameuse controverse de l’appropriation, clin d’oeil au feuilleton franco-canadien de cet été).

Je parais très critique car ma déception est très grande : j’admire le Théâtre du Soleil et les mises en scène de Robert Lepage (on apprécie encore l’engagement des comédiens, on admire la virtuosité d’une scène de rêve). Je ne vais pas entrer dans la polémique car je ne connais sûrement pas tous les tenants et les aboutissants (Ils n’auraient vraiment pas pu intégrer des comédiens autochtones dans la distribution ? Il me semble pourtant que le Théâtre du Soleil accueille des nouveaux pour chaque création, non ?) Certes, il y a les investisseurs, il y a Robert Lepage qui doit avoir x projets en cours, il y a le Festival d’Automne, mais fut un temps où le Théâtre du Soleil osait repousser les dates de création parce qu’ils n’étaient tout simplement pas prêts. Pourquoi pas ici ?
11 janv. 2019
10/10
22 0
Histoire dramatique des Autochtones canadiens. Au 19ème siècle la population amérindienne est exterminée par les colons. Les enfants sont séparés violemment de leur famille et placés dans des pensionnats catholiques pour Autochtones où ils reçoivent une éducation « bienpensante ». Le but étant d’effacer et d’oublier leurs racines et leur environnement. Ces pensionnats pour Autochtones ont subsisté jusqu’en 1996.

Robert Lepage nous conte cette tragédie et ses conséquences sous forme de thriller à travers différents personnages dont les destins vont se croiser.

*une restauratrice de tableau représentant des Autochtones et un commissaire d’exposition pour un musé d’Ottawa.

*une artiste peintre Miranda et son compagnon acteur venant de s’installer dans un quartier défavorise de Vancouver.

*une jeune junkie autochtone.

Tout commence comme dans un rêve, à travers une brume matinale on aperçoit un Indien en canoë au milieu d’une paisible nature.

Tout à coup des hommes armés de tronçonneuses débarquent, abattent des arbres avec conviction et violence lorsqu’un totem est scié comme un simple morceau de bois, cela nous fait frémir et nous bouleverse. L’ambiance est donnée…

Les tableaux se succèdent avec aisance et dynamisme. Les décors se transforment sous nos yeux avec une élégance et une efficacité époustouflante.

Une salle de shoot où les travailleurs sociaux sont fortement engagés, un quartier sordide de Vancouver où se rassemblent les junkies, un commissariat où l’on apprend qu’un meurtrier court les rues et assassine des jeunes femmes Autochtones. L’enquête commence …

*Qui est donc cet infâme meurtrier qui étripe les jeunes femmes Autochtones ?

Au cours de cette enquête, nous croisons la violence, le vol, le viol mais aussi l’entraide, la tolérance, la générosité.

Certaines scènes nous transpercent par leur cruauté, leur brutalité.

*Un enfant arraché des bras de sa mère par la police et confié à un prêtre.

*Le témoignage d’Autochtones à travers une vidéo bouleversante.

D’autres adoucissent ces mœurs barbares par la poésie et l’humour.

*Miranda sous l’effet de la drogue, fait un rêve magnifique, embarquée dans un canoé, elle s’envole dans les airs. C’est d’une pure beauté.

*L’ensemble de la troupe vêtue de blanc faisant une séance de taï chi.

*Un jeune français apprenant l’accent « relâché » américain.

Ce texte est transperçant, j’avoue avoir eu les yeux humides d’émotion.

Robert Lepage nous décrit une société tyrannique où les enfants et les femmes sont au premier rang pour être violentés et meurtris.
Le meurtrier sera arrêté, les pensionnats pour Autochtones sont fermés au Canada mais malheureusement dans maints pays de nos jours, cette histoire est loin d’être une fiction.

Très beau moment de théâtre. Merci à Robert Lepage, à Ariane Mnouchkine et à ces merveilleux comédiens de la troupe du Théâtre du Soleil.
28 déc. 2018
9,5/10
47 0
« Je chante dans le port de Vancouver,
Je chante sur des souvenirs amers... »

On connaissait la Controverse de Valladolid, que l'on doit à Jean-Claude Carrière.

Le metteur en scène québécois Robert Lepage et Ariane Mnouchkine nous proposent dorénavant la Controverse de Vancouver.

C'est en effet dans cette cité portuaire canadienne, dans la province de la Colombie britannique, que se situe l'action de ce spectacle.

M. Lepage et Melle Mnouchkine vont nous poser une question à la fois artistique, sociologique et philosophique.
C'est l'objet de cette controverse : peut-on, en n'appartenant pas à une communauté humaine donnée, peut-on dénoncer et est-on légitime pour dénoncer les méfaits infligés à la-dite communauté ?
Autrement dit, seuls les artistes appartenant à cette communauté auraient-ils le droit de défendre leurs pairs ?

Cette question, qui au départ ne figurait que dans la pièce sous la forme d'un élément dramaturgique, a pris de l'ampleur et a débordé le cadre purement scénique.

Cette pièce traite des ignominies, et leurs conséquences actuelles, que les colonisateurs blancs ont fait subir aux autochtones canadiens, les amérindiens, les premiers peuples à avoir habité ces contrées du nord.

Ariane Mnouchkine et Robert Lepage travaillaient depuis quatre ans à cet immense projet de mise en lumière de la discrimination infligée aux autochtones, lorsque des comédiens amérindiens leur ont reproché de faire monter sur le plateau des artistes non-amérindiens pour évoquer ce douloureux sujet.
(C'est au passage la première fois que la grande Ariane, en plus de toujours découper les billets à l'entrée de la salle, confiait la troupe du Théâtre du Soleil à un autre metteur en scène.)

D'intenses discussions et échanges ont eu lieu. La pièce est donc finalement montée avec les comédiens de la Cartoucherie. Un festival bisannuel ou trisannuel consacré au théâtre amérindien pourrait même voir le jour au Théâtre du Soleil, ce dont il faut bien entendu se réjouir.

La pièce pose donc la même problématique : une artiste peintre française peut-elle sans demander la permission aux familles exposer des portraits d'autochtones canadiennes décédées suite à des violences ?

Le grand metteur en scène Robert Lepage a cette fois-ci procédé par petites touches.
C'est une multitude de petits tableaux qui vont se succéder sur le plateau, nous présentant par petites saynètes les trente-deux comédiens du spectacle.

La première de ces scènes mettra en scène une restauratrice de tableaux et un anthropologue détaillant des tableaux représentant des autochtones.

Puis, dans une saisissante, sépulcrale et magnifique scène, nous assisterons à la colonisation par l'homme blanc, avec la quasi-destruction ethnique, géographique et culturelle de cette civilisation.
C'est d'une beauté saisissante. Le fond, la dénonciation, et la forme dramaturgique. Je n'en dis pas plus pour vous laisser découvrir tout ça.

Puis, nous irons dans un loft à Vancouver, dans le bureau d'une association d'aide aux toxicos autochtones, dans une salle de shoot, dans un commissariat, dans un studio de montage vidéo, dans une porcherie étrange et malsaine (avec un runing gag épatant...), dans un quartier mal-famé où la prostitution règne afin de subvenir aux besoins en doses d'héroïne.

Petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place, et le drame éclate.

Nous comprenons alors les conséquences de la discrimination sur les descendants actuels des amérindiens.
Nous saisissons les problèmes d'identité refusée à ces hommes et ces femmes.

Une séquence importante nous montre également comment le capitalisme de l'opium a contribué grandement à asservir le peuple amérindien.

Nous assisterons également à un rêve onirique. Deux comédiens, à l'intérieur d'un kayak, se livreront à une sublime chorégraphie, au ralenti, mêlant danse et acrobaties.
C'est magnifique.

La scénographie est on ne peut plus ingénieuse.
Devant un fond de scène comportant en permanence des images vidéo de synthèse représentant les différents décors, les changements ultra-rapides de décors et accessoires sont réalisés dans le noir par les comédiens eux-même et quelques techniciens.
Les meubles se transforment de façon très inventive, les colonnes-arbres sont amovibles, des caravanes apparaissent sur scène...
Là encore, c'est très habile et très beau visuellement.

Comme à l'accoutumée, les comédiens du Théâtre du Soleil sont irréprochables et très investis. On ressent en permanence l'esprit de troupe, de compagnie. Impossible de les lâcher, ils nous captivent tout au long de ces deux heures et trente minutes de spectacle.

Robert Lepage signe donc le premier volet d'une œuvre importante, qu'il met en scène avec une force, une puissance et une rigueur incomparables.
Nous connaîtrons bien entendu la position des deux grands noms français et québécois du théâtre concernant la fameuse controverse.

C'est un spectacle incontournable, de ceux qui restent gravés dans les mémoires.

On attend avec impatience le deuxième épisode de cette immense entreprise théâtrale.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor