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Joueurs, Mao II, Les Noms

Joueurs, Mao II, Les Noms
De Don DeLillo
Mis en scène par Julien Gosselin
Avec Guillaume Bachelé
  • Guillaume Bachelé
  • Joseph Drouet
  • Rémi Alexandre
  • Adama Diop
  • Théâtre de l'Odéon (théâtre de l'Europe)
  • Place de l'Odéon
  • 75006 Paris
  • Odéon (l.4, l.10)
Itinéraire
Billets de 6,00 à 40,00
Evénement plus programmé pour le moment
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Après Les Particules élémentaires d’après Houellebecq, puis 2666 d’après Bolaño, c’est au tour de Don DeLillo d’être convoqué à la scène par Julien Gosselin.

Voilà plus de cinquante ans que l’Américain bâtit une œuvre immense, protéiforme, pareille à un relevé sismographique des états de notre planète.

Gosselin a choisi d’opérer une coupe verticale pour y prélever trois échantillons datant de trois décennies différentes. 

Joueurs (1977) ne quitte qu’à peine New York afin de suivre à la trace la dérive d’un trader dont un collègue se fait abattre en pleine salle des marchés. 

Note rapide
7,3/10
pour 4 notes et 3 critiques
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Note de 4 à 7
25%
3 critiques
Note de 8 à 10
75%
Toutes les critiques
17 déc. 2018
9/10
50 0
Une performance !
Une performance du metteur en scène Julien Gosselin, des comédiens, des cadreurs, des techniciens, des musiciens.
Une performance des spectateurs aussi !

Assister à la représentation de ces trois pièces de Don DeLillo revient à se plonger dans un maelström dramaturgique, à vivre une expérience théâtrale unique, qui peut secouer, étonner, déranger, fasciner, agacer, émerveiller, ou tous ces verbes à la fois.

Ce qui nous est donné à voir, à entendre, à sentir (la fumée), à vivre, relève d'une tempête artistique.
Les neuf heures et trente minutes de ce spectacle nous assènent un véritable coup de massue on ne peut plus salutaire.
Parce que toutes nos certitudes en la matière vont être mises à rude épreuve !

Gosselin a donc adapté trois romans de DeLillo, Joueurs, Mao II et Les Noms.

Ces romans ne constituent en aucune façon une trilogie, ils ont des personnages complètement différents, mais des thématiques récurrentes, ce qui justifie le choix du metteur en scène de monter sur un plateau ces trois textes plutôt ardus, écrits dans les années 80-90.

Le principal sujet de tout ceci sera la violence. Quel est le rapport entre littérature et violence ?
Car ici, c'est bien la question des mots qui va être cruciale.
Les mots qui disent la mort, le terrorisme, notamment dans le dernier volet « Les noms », mon préféré, dans lequel une secte tue des villageois parce que ces personnes portent les mêmes initiales que les gens qu'ils tuent.

Dans Mao II, la pièce centrale, l'auteur s'interroge : le terroriste a-t-il volé le rôle du romancier ?
« Notre offrande, c'est le langage », martèle un personnage.
L'offrande faite à qui ?

Il sera également beaucoup question de religion, celle qui aboutit au meilleur, comme celle qui amène le pire.

DeLillo sait bien que l'Amérique impérialiste, donneuse permanente de leçons, interventionniste au possible au Moyen-Orient, il sait bien que cette Amérique-là prépare dès les années 70 des jours très difficiles à l'ensemble de la planète.
La démonstration, avec le recul que nous avons, est implacable.

Il y a le fond, il y a la forme.
Gosselin, lui, « terrorise » les codes du théâtre.
Sur scène, les comédiens ne sont pas seuls. Les cadreurs-vidéo successifs sont des personnages à part entière.
Parce qu'ici, il s'agit la plupart du temps d'une forme qui tend parfois vers un « cinéma en direct ». C'est beaucoup plus que du théâtre filmé !

Les acteurs sont filmés en permanence, à une ou deux exceptions près, et ce sur le plateau, dans les coulisses, au dehors des ateliers Berthier, même...
Et ce, qu'on les voit sous les deux grands écrans ET en chair et en os, ou qu'on ne les voit QUE sur ces deux grands écrans. (La première séquence est plus un film, les comédiens étant filmés derrière des panneaux de bois. Une longue scène sera réalisée dans un enclos lui aussi en bois complètement fermé.)

Les chorégraphies des caméramen sont stupéfiantes.
Quel travail de précision que cette mise en scène « technique » et « humaine » !
Tout est réglé au millimètre, sous des dehors complètement foutraques.

Les comédiens forcent le respect !
Ce qu'ils font durant ces cinq-cent-soixante-dix minutes comporte des moments grandioses. (D'ailleurs, dès le premier salut, ce sera une standing ovation!)

Se dépétrant d'un texte parfois assez hermétique, ils sont véritablement ces personnages souvent hallucinés. On sent l'esprit de troupe, on sent une totale cohésion, une entière complémentarité.
Il en faut pour aborder ces textes-là.

Trois musiciens assurent en permanence la bande originale de ce spectacle. Aux machines plus électroniques les unes que les autres et à la guitare, ils nous envoient des boucles rythmiques très techno, assourdissantes (on frise parfois les 105 db à 20 mètres des enceintes, j'ai mesuré...) ou des nappes synthétiques éthérées. Là aussi, c'est un très beau travail.

Les neufs heures et trente minutes se termineront par une sorte d'épure.
Sur le plateau entièrement vidé, dans une magnifique scène de glossolalie collective, tous les comédiens se tordent de douleur, dans des mouvements quasi-épileptiques.

Dans un dernier riff de guitare, ils finissent tous à terre, dans la plus totale des nudités.
Il n'y a plus que des vecteurs du langage qui ont du se résoudre à se taire.

Nous, nous n'avons pas fini de parler de ce que nous venons de voir.
14 déc. 2018
10/10
5 0
J'ai vu hier le volet 3 de ce triptyque, je ne pourrai pas parler des 2 autres volets.

D'abord cette salle est toujours fantastique (ateliers Berthier) livrant un espace et un volume (visuels et soniques) que la mise en scène exploite jusqu'à l'image la plus désertique en passant par un rubikcube transparent ou contreplaqué.
De Lillo est un auteur d'une intensité poétique extrême qui affleure le visuel mental avec un sens presque cinématographique.

On est plongé dans une narration à facettes à la fois directe et rétractée, avec une image in filmée live et projetée sur un écran et une narration off à lire comme un roman synopsique qui se déconstruit à fur à mesure que l'alphabet se reconstruit.
C'est un récit puissant avec des gens qui voyagent en technochrates financiers ou en mesureurs de risque anti empire.
On parle soumission, domination, secte contre le langage, domination contre le langage. Création vers la destruction ?

Beaucoup de scènes fabuleuses avec une impression d'être dans le vif des esprits, dans la chair primitive des esprits qui convulseront vers la fin comme des particules élémentaires mal assemblées.

Une expérience théâtrale passionnante à ne pas manquer !
19 nov. 2018
8,5/10
5 0
Plongée dans du théâtre réel, pleins de sensations ! Dénonciation physique, socialement et économique de la société.

En bref, c'est compliqué à raconter, car Gosselin (le metteur en scène des Particules Elémentaires) a adapté 3 romans de Don DeLillo au théâtre : Joueurs, Mao II, et Les Noms. Cette trilogie de 10 heures retrace l'histoire du terrorisme, et en parallèle, l'évolution de la société, des mentalités, des comportements. C'est une pièce très sociologique.
- Joueurs : c'est l'histoire d'un couple qui s'ennuie, et dont le mari tombe dans le terrorisme.
- Mao II : c'est 'histoire d'un écrivain qui écrit sur l'enlèvement d'un journaliste au Liban. Selon Gosselin, le terrorisme est la plus grande/meilleure source d'inspiration pour les écrivains de romans policiers.
- Les Noms : je n'ai pas pu voir cette dernière partie du spectacle, à mon grand désespoir.

Ce que j'aime dans les mises en scène de Gosselin, c'est toute l'actualité des personnages et des sujets. On se voit dans la pièce. On est questionné en permanence.

Parmi les sujets que Gosselin dénoncent :
- la sur-sécurisation de la société, thème récurrent chez Gosselin (1993). C'est une entrave à la liberté individuelle, et le pire dans tout cela c'est qu'aujourd'hui on s'y est habitué. Gosselin parle ainsi des portiques à métaux dans les buildings, pour détecter les bombes et armes des terroristes.
- l'excès de la fête : Gosselin met en scène une soirée, ou les personnages sont pommés, et dont les personnages s'enfoncent dans les vices et les excès : la drogue, le sexe et l'alcool de manière totalement non constructives. Je n'ai jamais vu de fêtes aussi "réelles" que celles mises en scènes par Gosselin. Je parle de l'anniversaire de Lyle / Pamela dans Les Joueurs. On y croit à leur triste soirée. Les personnages parlent de rien, personne ne s'écoute, la soirée s'enlise. Les personnages sont totalement excessifs. On sent un mal être, qui ressort parfaitement bien chez les comédiens.
- le désamour : on voit un couple, Pamela et Lyle qui s'ennuie, et ne partagent plus rien. Chacun va "kiffer" dans son coin, et c'est vraiment triste : Pamela part en vacances dans le Main avec ses deux amis. Lyle part dans son coin se masturber (juste à côté de sa femme), puis part avec une autre femme, puis part dans une secte terroriste.

Sur le plan formel : c'est très intéressant
- c'est une expérience de théatre réel. Un écran est disposé devant un plateau, et les comédiens jouent derrière le plateau, avec un caméraman qui projette ce qu'il filme sur l'écran. Au fil de la pièce, l'écran se lève, et les comédiens jouent derrière. Du coup, c'est un theatre très réel car il n'y a pas de coupe, de scénario, on voit les comédiens qui sont filmés de très proches. C'est totalement immersif.
- Le collectif "Si vous pouviez lécher mon coeur" est très polyvalent : excellente musique techno, c'est une véritable trans qui nous emporte, les caméramans filment de magnifiques plans, les comédiens jouent de manière totalement transparente, toutes leurs émotions ressortent à l'écran. On en vient à sa demander, devant la justesse du jeu, si certains passages sont improvisés ou alors si c'est le texte qu'ils récitent à la perfection
- On est hors du temps : ca dure 10 heures, on ne comprend pas tout, mais on reste emportés. et on partage des émotions très intenses. C'est assez hypnotique : le rythme est très soutenu et cadencé grâce à la musique.
- Les décors sont vraiment artistiques : Joueurs m'a marqué pour son décor américain des années 1970, la pluie sur le plateau ; Mao II est très très arty, avec son décor en noir et blanc.

J'ai bien aimé les deux passages suivants :
- le concept de "bruit organisé" : un personnage qui étouffe en ville,
- "les universitaires considèrent les autres comme des récepteurs" : une jolie pique lancée aux professeurs agrégés et à leurs cours d'une passivité mortelle.

Bon spectacle à tous !
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor