Jaz, Koffi Kwahulé

Jaz, Koffi Kwahulé
  • Théâtre de la Cité internationale
  • 17, boulevard Jourdan
  • 75014 Paris
Itinéraire
Billets de 7,00 à 23,00
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Avec JAZ, Koffi Kwahulé nous conduit au coeur de ses intuitions et glisse vers le poème musical choc.

JAZ est le récit d’un viol, où la parole devient un exutoire, l’acte nécessaire à une certaine forme de libération ; un chant tragique où toute la violence du monde vient frapper la beauté et l’innocence de l’être.

Le chant de JAZ c’est le corps reconstruit. Un corps musical qui bat de l’intérieur, une réappropriation de soi par la force de la création.

 

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21 oct. 2018
7/10
1 0
Etage après étage, le spectateur monte pour arriver dans la salle. Doucement la chaleur monte. Et plus on avance et plus il fait chaud. Une ambiance singulière s’installe où seule la teinte rouge se voit. Le noir s’installe sur le public. Coup de projecteur sur scène. Ludmilla Dabo se dirige vers le micro avec un déhancher plein de séduction dans une robe bleu. Le regard pétillant, elle se saisit du micro et nous fait entendre son timbre rauque et enrobant. Elle nous raconte qu’elle nous propose une rencontre. Une rencontre pas comme les autres. Une rencontre qui va vous toucher, vous saisir, vous bouleverser. Vous allez écouter l’histoire de Jaz, une femme d’une beauté incroyable qui va se faire violer.

La scénographie change de teinte. La comédienne retire sa perruque puis ces vêtements. Plus vraiment besoin de se cacher derrière des artifices de beauté. L’histoire qu’elle va nous raconte se veut vrai, sans faux-semblant. Alors derrière un panneau jouer du clair-obscur, toujours teinté de rouge, son corps se dévoile. Elle réapparait juste vêtu d’une simple robe et d’une culotte. L’espace se modifie. Cette grande grille brillante devient une cage de lumière à la fois prison, autel et sanisette. Les barreaux au fur et à mesure du récit devient intense à l’image du récit. A l’image de cette scène où Jaz se fait violer. « Tu es une femme à viol » entend t'on hurler de la voix de l’agresseur. Les mots sortent de la bouche de Jaz car il a pris toute possession d’elle. Il a pris son respect pour elle, son sourire, son espoir… Que reste t-il alors de possible pour ce reconstruire ?  

Koffi Kwahulé se définit comme un « jazzman de l’écriture ». Sa poésie adaptée au théâtre par Alexandre Zeff ne pourrait prendre vie sans les rythmiques musicales du Mister Jazz Band. Au fond de scène, guitare, basse, batterie et saxophone accompagnent chaque respiration. Entre les mots, les regards et les silences se font entendre le cri de la révolte. Et pour terminer la représentation, une chanson rock avec des improvisations pour rappeler que toutes les 6 minutes une femme se fait violer. Il faut refuser de trouver cela normal et dénoncer ces agressions que rien ne justifie. Le viol est un acte horrible qui détruit et ravage une personne. Elle va devoir se reconstruire quitte à prendre une arme.

L’histoire de Jaz est l’histoire malheureusement bien trop banale d’une femme violée. Un spectacle émouvant qui vous met une claque à vos émotions. Le tout servi par une magnifique performance de Ludmilla Dabo accompagné par le Mister Jazz band.
10 oct. 2018
9/10
20 0
Article 222-23 du Code pénal.
« Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'il soit, commis sur la personne d'autrui ou sur la personne de l'auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.
Le viol est puni de quinze ans de réclusion criminelle. »
Ca, ce sont les mots administratifs, les mots judiciaires.
Ils sont importants, certes.

Mais il y a les mots des victimes.
Dans cette pièce, une femme raconte le crime, elle va nous dire ce qui est arrivé à Jaz.
Ce récit sera non seulement un témoignage, mais également un combat.

Koffi Kwahulé, l'auteur du texte, puise l'inspiration de son théâtre dans le jazz. (D'où sans aucun doute le nom du personnage-titre.)
Alexandre Zeff, qui a adapté et mis en scène la pièce, nous propose donc un mélange de théâtre, de jeu dramatique, de musique, de concert-jazz.
Ludmilla Dabo jouera et chantera avec les quatre musiciens du Mister-Jazz Band.

Tout commence d'ailleurs comme dans un club new-yorkais, avec une chanteuse en robe longue fendue, une diva sensuelle, sexy, dans un fin pinceau de lumière.
Tous les codes sont là... Micro qui descend, fumée lourde, musiciens-requins de séance qui assurent grave... Le Blue-Note, le Village Vanguard, le Birdland, quoi...
Le chanteuse-comédienne nous présente Jaz en chantant, de sa très belle voix de mezzo, chaude, ronde, devant un décor fait de néons horizontaux.

Puis, ce mur de lumière va se transformer en sanisette, avec une cuvette de toilettes. Là où le crime aura lieu.

Melle Dabo enlève alors sa perruque et sa robe. Une véritable mise à nu, principalement et surtout intérieure.

A partir de cet instant, le théâtre de Koffi Kwahulé va aller bien au-delà de la douleur, afin de terrasser cette dernière. La poésie devient un moyen de de survivre.
Nous allons tous dans la salle ressentir ce viol.

Ce que fait Ludmilla Dabo est à la fois glaçant et époustouflant.
Elle est le personnage qui raconte l'histoire de Jaz la victime, et elle incarne également son bourreau.
Sur le siège de la sanisette, ou à quatre pattes, grâce à un logiciel déclenché en régie, elle prend la voix grave et grondante de « l'inquisiteur à la figure du Christ », elle hurle l'agression, elle nous crie le supplice.

Le viol est ainsi mis en évidence par le metteur en scène, la voix de l'homme pénètre devant nous à la fois cette femme et son identité.

Le quatuor passe alors d'un jazz léger à une longue plainte de free-jazz à la Ornette Coleman.
Le climax est atteint avec une hallucinante scène de crucifixion enfumée, en contre-jour rouge sang. L'image est terrible et magnifique !

Puis, ce sera la résilience, la tentative de reconstruction, la révolte. Et la vengeance, aussi.
La comédienne est alors impressionnante de fureur, de colère plus ou moins contenues.

Après la première ovation du public (les bravi fusent), elle reviendra chanter un titre très rock et très explicite, « Every six minutes, a woman cries... »

Une horrible statistique. Et au passage un message de déculpabilisation des victimes.

Hier soir, j'ai reçu une véritable gifle théâtrale en pleine figure.
Ce spectacle est un coup de poing salutaire, impressionnant et fascinant.
Un spectacle dont personne ne peut sortir indemne, l'un de ceux dont les images et le propos restent longtemps gravés dans la mémoire.
En sortant, j'étais sonné. C'est aussi la fonction du spectacle vivant.

Un spectacle indispensable et incontournable.
8,5/10
5 0
... Un spectacle imposant et étonnant. Un récit ravageur et monstrueux. Une interprétation majeure et impressionnante.
6 octobre, 20h30, Paris

Jaz, un poème musical. Un choc. Une complainte. Le récit d’un viol.
Le spectacle s’ouvre en musique, celle-ci tiendra un rôle important tout le long du spectacle.
Jaz, « on l’a toujours appelée Jaz », a été violée dans des toilettes. Aujourd’hui, une voix, celle de l’auteur Koffi Kwahulé est transmise par la comédienne Ludmilla Dabo.
La musique peut-elle être un moyen de parler, de témoigner d’événement traumatisant ?
A travers un récit choc, accompagnée de musique Jazzy nous découvrons une histoire violente dans des propos relatés en toute simplicité.
Cette histoire est d’autant plus violente qu’elle nous est racontée aussi simplement que n’importe qu’elle fait de la vie quotidienne.
Un récit sous la forme d’un témoignage difficile. Celui-ci ouvre des questions comme : Comment continuer à vivre après avoir vécu ce que Jaz a vécu ? Comment supporter d’entendre des paroles tel que : «  De même qu’il y a des têtes à claques, il y a des femmes à viol » ? Ces paroles qui ont hanté cette femme, jusqu’à se penser coupable. Comment ne pas avoir envie de loger une balle dans un homme qui fait subir ça ? C’est, d’ailleurs ce que Jaz fera, en choisissant bien l’endroit !

Après le viol, la comédienne reste dans ce qui représente les toilettes. Jaz s’auto-condamne, en effet nous pouvons voir des flash de lumières semblable à des flash quand les policiers photographient des suspects. Jaz n’est-elle pas en effet condamnée à vivre une vie sans « arc-en-ciel » ?
Dans le spectacle, chanson et récit se mêlent ainsi que le français et l’anglais, ce qui donne une résonnance internationale. En effet, beaucoup de gens parlent ou du moins comprennent l’anglais et il nous arrive d’écouter des chansons même sans en comprendre la langue.

Après une première vague d’applaudissements et de saluts, la comédienne et les musiciens reviennent. Ludmilla Dabo chante une chanson « Every six minutes » sur toutes les femmes violées, toutes les femmes que l’on a pas écoutées.

Un spectacle puissant dans sa simplicité et sa cruauté ! A voir.
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Musique
Talent des artistes
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor