Intérieur

Intérieur
De Maurice Maeterlinck
Mis en scène par Nâzim Boudjenah
  • Comédie Française - Studio Théâtre
  • 99, rue de Rivoli
  • 75001 Paris
  • Louvre-Rivoli (l.1)
Itinéraire
Billets de 14,00 à 45,00
Evénement plus programmé pour le moment
Réservation de tickets

Un vieil homme, accompagné d’un étranger qui vient de trouver le corps d’une jeune noyée, doit annoncer le tragique événement à la famille. À travers les fenêtres de la maison isolée, ils observent le père, la mère et leurs deux autres filles qui veillent sereinement.

Alors que le cortège des villageois approche, le vieillard ne peut se résigner à passer le seuil du foyer et à en briser l’harmonie : « Ils sont si sûrs de leur petite vie, et ils ne se doutent pas que tant d’autres en savent davantage ; et que moi, pauvre vieux, je tiens ici, à deux pas de leur porte, tout leur petit bonheur, comme un oiseau malade, entre mes vieilles mains que je n’ose pas ouvrir... »

Pensionnaire de la Comédie-Française, où il a conçu et interprété une fulgurante Saison en enfer de Rimbaud, Nâzim Boudjenah met en scène cette pièce en confiant la scénographie à Marc Lainé. Suivant Maeterlinck pour qui chaque geste derrière la vitre est « spiritualisé par la distance », les fenêtres deviennent l’outil d’exploration de l’âme humaine, à l’image de ses travaux d’entomologiste sur les fourmis ou les abeilles.

En devinant les silhouettes lointaines, les mouvements invisibles de l’esprit se révèlent, et le mystère de l’être se dévoile. Cet échange entre le vieillard, sorte de clochard céleste, et l’étranger, jeune voyageur solitaire, est l’occasion d’une parole de vie qui ne cacherait plus sa parenté avec la mort.

 

Note rapide
5,8/10
pour 3 notes et 3 critiques
0 critique
Note de 1 à 3
0%
2 critiques
Note de 4 à 7
67%
1 critique
Note de 8 à 10
33%
Toutes les critiques
25 févr. 2017
7/10
27 0
Attention : Expérience !

Une fois admise la temporalité et le rythme déroutant (ce qui demande un certain effort sur le premier tiers du spectacle) la pièce se révèle etre d'une puissance inouïe.
12 févr. 2017
4,5/10
62 0
J’adore les silences. Les silences qui disent tout. Il y a le silence gêné, le silence de politesse, le silence attendu et le silence surpris, le silence religieux, le silence endormi, celui qui précède une décision ou un jugement, celui qui décidera de notre vie. Et il y a le silence creux, celui qui sonne faux et qu’on ne rencontre qu’au théâtre.

Certes, cet Intérieur est d’une beauté rare : les décors, les mouvements, les lumières. Il y a quelque chose qui aurait pu toucher à la grâce, car on retrouve recherche et poésie dans cette mise en scène. Mais c’est trop souvent surfait : on veut nous faire rentrer dans quelque chose, et c’est sûrement pour cela que j’ai bloqué. J’aime rentrer de moi-même dans un spectacle. Alors quand les 10 premières minutes consistent à regarder des hommes arriver au loin en écoutant une musique qui cherche à imposer une atmosphère, j’avoue que j’ai tendance à me bloquer.

L’histoire avait pourtant de quoi me toucher, et même me captiver. Elle conte l’histoire de deux hommes qui ont trouvé le corps d’une fille noyée, et doivent aller annoncer la nouvelle à sa famille avant que le cortège qui la transporte n’arrive. La pièce raconte leurs hésitations, leurs pensées, leurs réactions à l’idée d’aller déranger une famille qu’ils observent et qui semble si calme, et l’idée de briser ainsi leur vie en un instant les rebute de plus en plus à franchir le seuil de la porte. Mais l’heure approche et les villageois sont en route. Ils doivent se décider.

Je pense que le spectacle aurait été bien plus prenant s’il y avait eu quatre Thierry Hancisse sur le plateau. Mais il n’y en a qu’un et il ne peut porter à lui seul une pièce où le texte ne se suffit pas à lui-même. Je n’ai pas senti l’urgence de monter un spectacle pareil, et si Nâzim Boudjenah a su créer la beauté dans le cadre, il n’a pas réussi à l’intégrer en substance. Il faut dire aussi que ce spectacle passe juste après La Règle du Jeu, où aucun état d’esprit, aucune prédisposition antérieure n’était nécessaire, et où on était pris au jeu sans faire d’effort. Ce soir, je n’ai pas voulu faire d’effort et m’accrocher car ce n’est pas ma conception du théâtre.

Il manque probablement aussi une direction d’acteurs. On ne peut s’empêcher de remarquer le gouffre qui sépare les jeunes acteurs des plus expérimentés. La voix cristalline d’Anna Cervinka, qui m’a toujours emportée jusqu’ici, ne suffit pas à porter ce texte, et le timbre de Pierre Hancisse manque cruellement de nuances et de profondeur. Le contraste est d’autant plus flagrant qu’il donne la réplique à un Thierry Hancisse plus que pénétré. Transformé. Lorsqu’il entre sur scène, il a la voix fatiguée et atteinte d’un vieil homme usé par la vie et par sa journée.

Mais les silences qui suivent sonnent faux, sonnent creux, et on perd trop vite l’intensité de Thierry Hancisse. Et cet effet de yo-yo qui se tient tout au long de la pièce n’a que trop renforcé la distance entre la scène et moi.

Mieux disposé à ce spectacle, on peut peut-être rentrer dedans et en apprécier la beauté…
1 févr. 2017
9/10
71 0
Comment dire l'indicible ?
Comment dire ce que l'on devrait ne pas avoir à dire ?
Comment annoncer la pire des choses à quelqu'un, à savoir la mort d'un proche, d'un enfant ?

Voici le propos de cette pièce de Maurice Maeterlinck, un thème très peu abordé au théâtre.
Une pièce peu jouée, également, que Nâzim Boudjenah a eu le très grand mérite de monter sur la « petite » scène du Studio-Théâtre de la Comédie Française.

Cette pièce insiste également sur le tragique du quotidien et sur le fait qu'en la matière, il n'y a pas de recette miracle.
Celui qui prétendrait le contraire, à savoir annoncer sereinement et sans problème ce genre de nouvelle, aurait un sacré toupet.
Ou une sacrée dose d'inhumanité.

Nous pénétrons dans la salle.
Nous attend un décor représentant une grande estampe japonaise : un paysage avec une rivière qui coule, scintillante sous la lune (un effet video que l'on doit à Richard le Bihan), et avec à jardin une maison avec une fenêtre qui laisse deviner l'intérieur et qui s'animera elle aussi.

La scénographie de Marc Lainé est de toute beauté, grâce notamment à l'oeuvre japonisante du peintre Stéphan Zimmerli.
L'on sait que Maeterlinck avait une relation privilégiée avec le pays du soleil levant.

Une musique commence à poindre. Au bout d'un long moment, (nous verrons combien le temps a d'importance...), deux personnages animés et stylisés, sur le mur du lointain grandissent peu à peu.
Soudains, devenus de taille normale, comme une fleur de thé qui s'ouvre au fond d'une tasse de thé, une grande fleur noire se dépliant sur les murs assure la transition : les personnages en chair et en os pénètrent sur le plateau.

Thierry Hancisse, le personnage du vieillard.
Pierre Hancisse, le personnage de l'étranger.
Les Hancisse père et fils, à la ville.
Une relation qui, évidemment, ne peut laisser personne indifférent, vu le propos de la pièce.

Nâzim Boudjenah fréquente littérairement parlant l'auteur belge depuis longtemps, comme il me le confiait récemment à mon micro.
Il connaît bien cet auteur symboliste, voire mystique.
Il a bien compris qu'on ne pouvait faire dire ce texte comme n'importe quel texte théâtral.

Les deux comédiens vont prendre leur temps. Pour parler. Pour se déplacer.
Le vieillard, tel un Coryphée, le chef du choeur antique, va commencer à entonner le texte, plus qu'il ne va le parler, avec de larges plages silencieuses.
C'est une plainte, une complainte déchirante qu'il nous chante.

Ce sont peut-être ces silences, entre les répliques (peu nombreuses, c'est une pièce courte) qui importent peut-être le plus.
Pendant ces moments sans texte, c'est le spectateur qui s'interroge intérieurement.
C'est assurément là en effet qu'il faut chercher la réelle intériorité.
Les personnages regardent l'intérieur de la maison, nous, nous sondons le nôtre.
Nous sommes en permanence entre identification et distance.
Un théâtre-miroir.

Les petites filles du vieillard, Marthe et Marie (les deux prénoms sont tirés de l'évangile selon Saint-Luc), Anna Cervinka et Anne Kessler, toutes deux bouleversantes, sont les deux faces d'une même entité.
Elles incarnent sans aucun doute chacune à leur manière l'indifférenciation.

L'étranger, lui est « l'allié » de la mort. C'est lui qui a découvert le corps inerte de la petite fille (« l'intruse ». C'était d'ailleurs au passage le titre provisoire de la pièce.)

Les parti-pris de Nâzim Boudjenah pourront évidemment en agacer plus d'un.
Moi, j'ai beaucoup apprécié ce sentiment d'intense plénitude, de totale sérénité, et de bouleversante humanité qu'il a réussi à faire passer.
Nous sommes proches du nô.
Je défie quiconque de sortir indifférent d'un tel spectacle.

Le pensionnaire de la Comédie Française, a courageusement choisi pour sa première mise en scène dans la grande maison une pièce difficile, exigeante, qui demande énormément au spectateur.
Il n'a pas choisi la facilité, loin de là !

Pour un coup d'essai, c'est un vrai coup de maître, M. Boudjenah !

-----
Je rappelle le lien où l'on peut écouter Anne Kessler et Nâzim Boudjenah s'entretenir avec moi. C'était ici :

http://delacouraujardin.over-blog.com/2016/12/entretien-avec-anne-kessler-et-nazim-boudjenah-de-la-comedie-francaise.html
Votre critique endiablée
Nos visiteurs sont impatients de vous lire ! Si vous êtes l'auteur, le metteur en scène, un acteur ou un proche de l'équipe de la pièce, écrivez plutôt votre avis sur les sites de vente de billets. Ils seront ravis de le mettre en avant.
Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor