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Innocence

Innocence
De Dea Loher
Mis en scène par Denis Marleau
  • Comédie Française - Salle Richelieu
  • 2, rue de Richelieu
  • 75001 Paris
  • Palais Royal (l.1, l.7)
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Fadoul et Elisio travaillent clandestinement dans le port d’une grande ville d’Europe.

Un jour, alors qu’ils voient une femme se noyer dans la mer, ils ne font rien pour la sauver. La mauvaise conscience les ronge. Lorsque Fadoul découvre un sac rempli d’argent, c’est pour lui un signe de Dieu, et, pour se racheter, il entreprend d’aider Absolue, une jeune aveugle qui danse nue dans les bars. Elisio quant à lui rencontre Frau Habersatt, une femme seule prête à tout pour qu’on lui accorde un peu d’attention. C’est avec elle qu’il va voir l’employé de la morgue, en quête de l’identité de la noyée. Il découvre alors que la femme de ce dernier, Rosa, est le sosie de la morte.

La mère de Rosa, ancienne communiste souffrant de diabète, exaspère sa famille en s’inventant une vie militante fantasque. Entre ces histoires parallèles, qui finissent par s’entremêler, surgissent des personnages qui font des paris sur le sens de la vie et les risques de la mort.

Pendant ce temps, Ella, philosophe vieillissante, soliloque sur la non-fiabilité du monde, sur ce qui détermine véritablement le destin des hommes.

 

Déa Loher est une dramaturge allemande de 50 ans. Elle a écrit la pièce de théâtre Innocence (Unschuld) en 2003.

 

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La critique de Phane (rédac' AuBalcon) : La Mer – ou La Mère, telle est la question. La vie donnée par la figure maternelle ou la mort prise par l’élément naturel. Evoluant entre ces interrogations, les personnages d’Innocence se croisent, se cherchent à travers différentes histoires, toutes dissemblables et qui pourtant se font écho. Il y a Fadoul et Elisio, rongés par le remord d’avoir laissé une femme se noyer sous leurs yeux , Frau Zucker tourmentant joyeusement sa fille et son mari, leur répétant sans cesse « Ah ! Si j’étais pompiste ! », ou encore Absolue l’aveugle, danseuse dans un bar du port, Ella la philosophe qui discourt sur la non fiabilité du monde, Frau Habersatt à la recherche d’un fils, et bien d’autres…

Malgré la mort omniprésente (les différents suicides et morts qui jalonnent la pièce, la Tour des Suicidés qui sert d’habitation de fortune à Ellisio et Fadoul), une lueur d’espoir apparaît : qu’il soit sous la forme d’un sac plastique dans lequel se cacherait Dieu, l’amour d’Absolue et de Fadoul, ou la rencontre maternelle de Frau Habersatt avec Elisio. De la même façon que les costumes bariolés des personnages tranchent avec le blanc neutre et froid du décor en cube qui les enferme, l’optimisme fait des soubresauts à travers la misère des personnages.

La mise en scène joue avec le public en faisant déambuler ses comédiens dans les balcons, créant une scène sur la scène, et donnant aux spectateurs des bribes d’informations sous la forme de dessins sur les grands murs blancs qui entourent les personnages, sans toutefois limiter notre interprétations.

Je n’ai pas vu les deux heures et demie passées, clouée à mon fauteuil, tantôt riant, tantôt pleurant : en dehors du jeu impeccable et juste des acteurs, ainsi que les questions (très actuelles) posées sur notre société par ces drôles de personnages, Innocence est, je crois, un spectacle du ressenti ; On vit les espoirs et désillusions de ces êtres, plus qu’on écoute leurs analyses fumeuses sur la raison de l’existence.

Et rien que pour entendre encore une fois Frau Zucker inventer les récits rocambolesques de sa vie rêvée ou voir Ella frapper son mannequin de mari, je retournerai voir Innocence !

Note rapide
5,6/10
pour 6 notes et 3 critiques
1 critique
Note de 1 à 3
33%
0 critique
Note de 4 à 7
0%
2 critiques
Note de 8 à 10
67%
Toutes les critiques
23 juin 2015
9,5/10
138 0
Cette pièce est magnifique pour spectateur exigeant ! Elle est une exception à la Comédie Française, presque une anomalie. En tout cas, une audace. Preuve que le français a des ressources de courage et d’innovation.

Les codes habituels sont secoués, l’attention du spectateur est exigée. Il y a tout dans la pièce de Dea Loher : du romanesque, du politique, plutôt incorrect, de la culpabilité, du doute. Surtout de la culpabilité dans ce qu’elle nous jette dans une solitude rugueuse dissimulée derrières nos paroles et nos conversations. Il y a tout dans cette pièce réuni de façon désordonnée. L’engagement des interprètes est indispensable à faire tenir ce texte hétérogène. Chaque comédien pousse très loin son art pour soutenir ce salmigondis. Entre autres, Danielle Lebrun est magnifique, Céline Brune est brillante, Georgia Scalliet est envoutante de justesse.

Ça tient et c’est beau, et juste.

Dea Loher mixe aussi le réel et l’hallucinatoire, les vivants et les fantômes. Cet entremêlement nous donne à voir la vie, celle de nos contemporains, dans une Europe, individualiste, égoïste, consommatrice d’idées et de produits, une Europe qui tente de se cacher qu’elle est coupable à charge de rendre des comptes.

La force de la pièce réside dans cette restitution de nos actuels où l’enchainement des rencontres n’est que l’enchainement de non rencontres. Ce n’est jamais ça. Le décor aussi est un non décor. La mise en scène semble disparaitre derrière les acteurs. On croirait plus à une mise en place qu’une mise en scène cependant qu’efficace, elle rajoute à notre angoisse, notre peur de la solitude. Les dialogues sont autant de ratés, de faux semblants. Chaque personnage est habité par sa petite musique intime et glisse sur l’autre sans l’atteindre. Une femme qui a perdu il y a longtemps son seul enfant lors d’une fausse couche s’empare désormais d’autres fils, des meurtriers. Elle repère des meurtres et s’en va présenter ses excuses de mère autoproclamée aux parents de la victime. Et elle l’aime radicalement ce fils adopté, ce meurtrier en prison, car elle se sent si proche; elle se sent coupable d’avoir tué son propre enfant.

Cette pièce magnifique pleure notre culpabilité, la manifeste et l’imaginée. Le monde est non fiable, mais le destin est innocent. Et si le hasard est innocent, sommes nous encore coupables?
30 avr. 2015
2,5/10
123 1
Folie, absurdité, exil, désespoir, mort. Plombant, sinistre, désespérant, mortel.

Les difficultés massives de diction dans la scène Un vous rejettent d'entrée de jeu sur la berge dans une communauté d'exil avec les naufragés. Et entament involontairement de vous plonger dans la déréliction la plus totale. Si vous tenez bon le temps interminable du spectacle, vous finirez comme eux : au bout du rouleau. Une réussite !... de ce point de vue. Tout comme la mise en scène homogène au texte.

Restent les costumes qui illuminent une perspective bouchée d'une douceur ironique bienvenue. On peut ne pas aimer. On peut préférer moins de pesanteur.
21 avr. 2015
9/10
133 0
Pourquoi aller voir "Innocence" de Dea Loher à la Comédie Française ?

- Parce que la pièce est d'une actualité brûlante
- Parce que c'est un grand texte, souvent bouleversant, avec des moments très drôles (Ah !!!.... Danièle Lebrun en ex-militante communiste acariâtre !!!...)
- Parce que les douze comédiens sont époustouflants (On a l'habitude de les voir "époustoufler", mais là, ils "époustouflent" vraiment !...)
- Parce que le québecois Denis Marleau est un grand metteur en scène
- Parce que les costumes de JP Gaultier sont très réussis, à la fois sobres et flamboyants (les amateurs d'oxymores se régalent...)
- Parce que c'est la première fois qu'une auteure allemande entre au répertoire de son vivant
- Parce que ça fait du bien de voir, d'entendre de belles choses qui vous font réfléchir et vous font vous sentir un peu moins bête...

Pas vrai, Helmut ?
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Notes détaillées (pour les plus courageux)
Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor