Critiques pour l'événement Innocence
23 juin 2015
9,5/10
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Cette pièce est magnifique pour spectateur exigeant ! Elle est une exception à la Comédie Française, presque une anomalie. En tout cas, une audace. Preuve que le français a des ressources de courage et d’innovation.

Les codes habituels sont secoués, l’attention du spectateur est exigée. Il y a tout dans la pièce de Dea Loher : du romanesque, du politique, plutôt incorrect, de la culpabilité, du doute. Surtout de la culpabilité dans ce qu’elle nous jette dans une solitude rugueuse dissimulée derrières nos paroles et nos conversations. Il y a tout dans cette pièce réuni de façon désordonnée. L’engagement des interprètes est indispensable à faire tenir ce texte hétérogène. Chaque comédien pousse très loin son art pour soutenir ce salmigondis. Entre autres, Danielle Lebrun est magnifique, Céline Brune est brillante, Georgia Scalliet est envoutante de justesse.

Ça tient et c’est beau, et juste.

Dea Loher mixe aussi le réel et l’hallucinatoire, les vivants et les fantômes. Cet entremêlement nous donne à voir la vie, celle de nos contemporains, dans une Europe, individualiste, égoïste, consommatrice d’idées et de produits, une Europe qui tente de se cacher qu’elle est coupable à charge de rendre des comptes.

La force de la pièce réside dans cette restitution de nos actuels où l’enchainement des rencontres n’est que l’enchainement de non rencontres. Ce n’est jamais ça. Le décor aussi est un non décor. La mise en scène semble disparaitre derrière les acteurs. On croirait plus à une mise en place qu’une mise en scène cependant qu’efficace, elle rajoute à notre angoisse, notre peur de la solitude. Les dialogues sont autant de ratés, de faux semblants. Chaque personnage est habité par sa petite musique intime et glisse sur l’autre sans l’atteindre. Une femme qui a perdu il y a longtemps son seul enfant lors d’une fausse couche s’empare désormais d’autres fils, des meurtriers. Elle repère des meurtres et s’en va présenter ses excuses de mère autoproclamée aux parents de la victime. Et elle l’aime radicalement ce fils adopté, ce meurtrier en prison, car elle se sent si proche; elle se sent coupable d’avoir tué son propre enfant.

Cette pièce magnifique pleure notre culpabilité, la manifeste et l’imaginée. Le monde est non fiable, mais le destin est innocent. Et si le hasard est innocent, sommes nous encore coupables?
21 avr. 2015
9/10
133 0
Pourquoi aller voir "Innocence" de Dea Loher à la Comédie Française ?

- Parce que la pièce est d'une actualité brûlante
- Parce que c'est un grand texte, souvent bouleversant, avec des moments très drôles (Ah !!!.... Danièle Lebrun en ex-militante communiste acariâtre !!!...)
- Parce que les douze comédiens sont époustouflants (On a l'habitude de les voir "époustoufler", mais là, ils "époustouflent" vraiment !...)
- Parce que le québecois Denis Marleau est un grand metteur en scène
- Parce que les costumes de JP Gaultier sont très réussis, à la fois sobres et flamboyants (les amateurs d'oxymores se régalent...)
- Parce que c'est la première fois qu'une auteure allemande entre au répertoire de son vivant
- Parce que ça fait du bien de voir, d'entendre de belles choses qui vous font réfléchir et vous font vous sentir un peu moins bête...

Pas vrai, Helmut ?