Hedda

Hedda
  • Théâtre de Belleville
  • 94, rue Faubourg du Temple
  • 75011 Paris
  • Goncourt (l.11)
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« HEDDA commence de la façon la plus quotidienne et s’achève aux confins du froid et de la peur.

On y raconte l’histoire d’un couple qui observe, au fil des jours, la violence prendre place sur le canapé du salon, s’installer et tout dévorer.

A la lisière du conte, par le biais d’une écriture à la fois sensible et incisive, Sigrid Carré Lecoindre et Lena Paugam nous invitent à nous détacher des réflexions binaires et des jugements hâtifs. Elles inventent ici les mots pour dire la coexistence de la détresse et de l’amour, quand les évènements nous échappent et nous isolent.»

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2 mars 2020
7,5/10
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Cela démarre lentement… une femme, qui semble un peu perdue nous raconte une histoire.
Une histoire ? D’amour?
Elle hésite, digresse, parle de rencontre, de séduction, semble bien peu sûre d’elle, contrairement à l’homme qu’elle dépeint.
Peu à peu, tout s’installe, dans un camaïeu de bleu, les coups, l’eau glacée où elle se plonge,une froideur, un certain détachement même qui rend l’histoire « écoutable » et nous voyons Hedda se désintégrer doucement devant nos yeux… dans ses yeux.

La manipulation, l’anéantissement de l’estime de soi, la violence psychologique, avant la violence physique.
Nous sommes dans la « bonne société », elle a un métier, la violence n’en est pas moins terrible. Elle même pose la question, partir ? Espérer encore un changement ? Espérer lui plaire encore ?

Le spectacle questionne, et ne laisse pas indifférent!
21 févr. 2020
8/10
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Lena Paugam est exceptionnelle en parvenant à interpréter tous les personnages : le narrateur, la femme, l’homme et l’enfant.

C’est une excellente idée d’une part parce que théâtralement cela révèle une grande comédienne mais d’autre part surtout parce que cela montre que les choses ne sont pas binaires dans un couple. La différence est ténue entre le bourreau et sa victime et je ne dis pas pour autant que la victime soit consentante en pleine conscience.

Il y a comme l'écrit si précisément Sigrid Carré Lecoindre, un moment de la vie où on perd le pourquoi du comment de ce qu'on fait.

Pour résumer la pièce on peut dire que c’est une histoire d’amour comme il y en a tant, une histoire ordinaire qui se contorsionne et part à la dérive. De petites peurs en grandes humiliations, on raconte le récit d’Hedda, une de celles dont on dit qu’elles sont restées, malgré le premier coup et malgré ce qui a suivi.

Initialement, à l'automne 2016, le projet devait s'intituler Bégayer sa vie / Au bout du plongeoir pour signifier d'une part la difficulté de Lena Paugam à faire un choix pour soi-même, à l'instar de quelqu'un qui ne pourrait se décider entre le désir de plonger et l’empêchement de le faire. Elle a souhaité ensuite aborder la question du mutisme et de la solitude des femmes qui vivent dans la terreur de leur compagnon et qui ne savent pas comment ni à qui en parler.

Elle a donc proposé à Sigrid de poursuivre en orientant l’écriture sur une fiction autour de la violence dans le cadre secret du couple, en s'inspirant de la vie d'Hedda Nussbaum, une femme américaine née en 1942, dont le nom fut rendu célèbre en 1987 suite à une affaire judiciaire où elle fut accusée par son mari Joël Steinberg d’avoir tué sa fille adoptive, Lisa Steinberg. Ses défenseurs furent nombreux à la présenter comme victime de violences physiques et psychologiques exercées sur elle par son mari. Elle a écrit le livre Surviving Intimate Terrorism, paru en 2005.

Cependant Hedda n’est pas (seulement) un spectacle sur les violences faites aux femmes car il raconte également l’histoire d’un homme qui se découvre monstrueusement violent et ne parvient pas à maîtriser ses colères et ses frustrations. Si au départ la relation entre les amoureux est équilibrée on la voit basculer et provoquer l'autodestruction.

Il s'agissait ensuite de montrer comment le théâtre, par le biais de la tragédie, pourrait penser la présence du monstrueux en puissance en chacun, sans se situer dans une voie moralisante. L'homme est en quelque sorte autant victime que la femme.

Le décor est d’une grande simplicité mais tout à fait fonctionnel laissant apparaître dès le début du spectacle la salle de bains où aura lieu le drame. Les lumières sont essentielles et très réussies. Les choses se font petit à petit. C’est peut-être pour cela que l’engrenage des violences conjugales est si tragique.

Parce que cette histoire de domination s'installe sous le prétexte inverse. L'homme lui laisse entendre qu'il va l'aider à se faire respecter tout en insistant sur le fait que cela ressort de sa responsabilité à elle d'y parvenir. Au final c’est d’abord l’histoire d’une rencontre amoureuse dans laquelle petit à petit naît la violence. Comme le dit la comédienne dans une terrible parole : cet homme qui perd les pédales, je l'aime. Çà aurait pu être vous.

En alternant les voix parlée, chuchotée, dites avec ou sans micro, Lena Paugam se place et nous place face à chacun des protagonistes. On comprend que l'amour sera plus fort que tout, et qu'aucune horreur ne conduirait la femme à renier l'homme.

Mention spéciale pour les costumes avec un rouge exprimant l’amour, la passion et le drame.

A signaler que le texte de la pièce (plus long que celui du spectacle) a été publié.
7 févr. 2020
9/10
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C’est l’histoire d’un couple d’amoureux, de leur rencontre jusqu’à leur chute. Ce qu’ils vivent est un amour pas tout à fait ordinaire, un amour passionnel, un amour dévastateur au premier sens du terme.

Cette pièce raconte un épisode du «terrorisme intime » comme l’appelle Hedda Nussbaum la femme américaine dont la vie a servi de point de départ à la pièce. C’est l’histoire d’une femme victime de violence conjugale, cette cruauté quotidienne qui va petit à petit tout dévorer et tout détruire.

Hedda, si timide et invisible, au début, grandit et s’épanouie grâce à l’amour que son compagnon lui porte. Mais l’autonomie et le succès qu’elle acquière grâce à lui va déséquilibrer l’interdépendance qui a soudé leur couple : lui fort et brillant, elle fragile et en admiration devant lui. C’est le début de la chute, le premier coup, la première vraie humiliation qui sera suivi par d’autres, puis d’autres… encore et encore.
Hedda, follement amoureuse de son bourreau, Hedda à la fois fragile et déterminée, Hedda pleine de doutes et de contradictions. Ce couple en disfonctionnement se loge et se développe, dans le secret et le silence, puis dans l’isolement et l’enfermement.

Lena Paugam alterne entre les mots d’une narratrice dont on n’a aucun détail, les souvenirs d’Hedda et la vision de son compagnon : témoignages les plus objectifs possible, sans patho, sans drame, sans effet. Elle nous montre juste ce qu’il y a à voir, sans nous imposer quoi en penser. Pas de raccourci, pas de vérité prédigérée. Au lieu de dénoncer elle nous propose de creuser, de chercher à comprendre.
En sortant du schéma classique manichéen des histoires de violences conjugales cette pièce nous bouscule et nous force à réfléchir un peu plus en avant. Comment la violence naît-elle dans un couple ? Cet attachement indéfectible qui nous semble si irrationnel justifie t’il de tels sacrifices, de telles souffrances. Comment de telles atrocités peuvent-il exister s’il y a autant d’amour ? Quel est le cheminement dans la tête d’un homme pour agir ainsi ? Comment expliquer qu’une femme refuse de quitter un homme violent ?

La délicatesse de la comédienne et la précision de son jeu contraste avec la violence du sujet. Son doux sourire nous enveloppe et nous capte dès les premiers mots, presque chuchotés, de la pièce. La scénographie est très belle et le travail sur les lumières et les décors particulièrement soigné.
C’est une pièce engagée et intelligente que nous propose le duo constitué de Lena Paugam, comédienne et metteuse en scène et de Sigrid Carré-Lecoindre à l’écriture.
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Texte
Jeu des acteurs
Emotions
Intérêt intellectuel
Mise en scène et décor